Le marcheur de l'aube, une nouvelle signée Claude Colson

Publié le par christine brunet /aloys

Le marcheur de l'aube, une nouvelle signée Claude Colson

Le marcheur de l'aube

On l'avait repéré comme il effectuait chaque dimanche le même parcours, et on l'avait dénoncé.
Rond, râblé, avec un brin de calvitie, il sortait régulièrement vers six heures de son domicile, dans la petite ville, non loin du canal où étaient amarrées quelques péniches colorées. Le lendemain matin elles partiraient vers la Belgique avec leurs cargaisons diverses : textiles, céréales ou encore charbon.

On était peu avant le milieu des années soixante et le fuel n'avait pas encore supplanté le mode de chauffage antérieur.
C'était toujours à la même époque , d'octobre à mars ernviron, qu'il partait ainsi, tôt, alors que toute la ville achevait son sommeil. Cà et là lui venaient quelques relents de café ou de pain grillé, lorsqu'un autre matinal avait ouvert sa fenêtre pour aérer sa maison.

L'homme qui le suivait de loin, pour la deuxième fois, ce dimanche appartenait aux Renseignements généraux. Ses supérieurs, alertés, avaient été intrigués par les faits et gestes du marcheur de l'aube. Ils l'avaient envoyé à ses basques.
Rien, depuis deux semaines, rien. Aucun indice ne lui permettait de comprendre ce que faisait ce quidam suspect.

Après une vingtaine de minutes de marche il le voyait sortir une grosse clé de son manteau et pénétrer dans une bâtisse un peu lourde, en bord de rue, par une porte de côté. La serrure apparemment rarement manoeuvrée couinait misérablement dans la rue vide.
Le dimanche précédent il l'avait vu ressortir au bout d'un quart d'heure puis il s'en était tranquillement retourné chez lui.
Un peu court pour rendre visite à une éventuelle maîtresse, songea notre agent.
Comme prévu, au bout de quinze minutes, l'homme rond réapparut et ajusta le col de son manteau. L'air était vif et le gel enserrait encore les quelques brins d'herbe des trottoirs.

Le policier l'aborda en présentant sa carte et lui demanda ce qu'il faisait de si bon matin seul dans la rue le jour du Seigneur.
Précisément, répondit le gros-homme. Je suis membre du Conseil presbytéral de l'Eglise réformée et j'ai la charge de venir allumer le vieux poêle deux heures avant l'office. Il fera bon quand les fidèles arriveront.

L'agent sourit, prit congé en serrant la main du "suspect" et s'éloigna à pas rapides. Il faisait moins cinq ce matin-là, avec un petit vent du nord très désagréable.

(à mon beau-père)

Claude COLSON

http://claude-colson.monsite-orange.fr

Publié dans Nouvelle

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R
Bien campé ce suspect qui, finalement, se révèle un gentil quidam ! Evidemment, les &quot;braf ... gens qui n'aiment pas que ....&quot;y ont tout de suite vu sujet à malices.<br /> <br /> C'est pourquoi j'ai apprécié la chute finale qui tord le cou à bien des malentendus.<br /> <br /> Une façon agréable de philosopher sur les comportements humains.<br /> Merci pour ce récit court et bien balancé.
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C
Merci de votre lecture et de votre appréciation.
E
J'ai adoré cette petite nouvelle au relent de vécu, simple mais si parlante... Merci Claude pour ce joli texte du matin!
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C
Edmée, Jean-Louis, pour moi, en écriture, le problème est toujours beaucoup plus de trouver un sujet que de passer à la rédaction : là, le sujet m'a été fourni, alors,... facile !
C
De Claude Colson, je ne connaissais que les poésies. Voilà pour moi une belle découverte. L'auteur excelle aussi dans la nouvelle. Un texte, une ambiance que l'on ressent très authentique.
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J
Oui, Claude, je pressentais l'histoire vécue, narrée de la sorte.
C
Salut, les vous ! Carine, c'est une histoire vécue, telle que le la racontée mon ex beau-père...
J
Une belle petite histoire courte du quotidien dans une ambiance bien campée. Avec cette couverture toujours autant superbe et magique. Bravo et merci Claude.
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