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110 articles avec l'invite d'aloys

Alain Magerotte est l'invité d'Aloys avec "Les Epargnés"

Publié le par christine brunet /aloys

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LES  ÉPARGNÉS

 

Je m’appelle Jean Rémy. Durant des années, j’ai fait partie des rouages du système pervers, de l’engrenage infernal, qui sévit à l’extérieur. J’ai apporté mon écot à une société sacrifiée à la productivité, devenue vérité première. Produire, entreprendre, construire… encourager sans relâche le développement des énergies en vue de l’accélération dans les différents domaines de la production, faire grimper sans cesse la courbe des graphiques, veiller sans faiblesse à la rotation, au renouvellement des stocks. La technologie de pointe, la statistique au jour le jour, l’étude de marché, les coûts de production, les balances boni/mali, le renforcement de l’industrie, la consolidation du commerce, l’augmentation sans répit de l’accroissement de la puissance du pays, voilà les seules réalités de l’extérieur. Des réalités assénées au quotidien à grand renfort de publicité, de discours à sens unique. Un univers entièrement consacré aux opérations concrètes, excluant sans vergogne tout ce qui est dénué d’utilité pratique.

D’après un rapport circonstancié de l’Office de placement des épargnés, j’ai atteint le seuil d’usure. C’est-à-dire vingt-cinq ans de service crédités d’un rendement en courbe descendante. Je suis ainsi devenu un épargné ! Mon salaire est diminué de 30% par rapport à celui perçu lors de ma dernière activité.

Les épargnés sont versés dans des bâtiments occupés jadis par les administrations. Ils n’ont pas à se plaindre puisqu’ils bénéficient du semblant d’humanisme que se donne le système et ne sont donc pas assimilés aux chômeurs, victimes, eux, d’une chasse impitoyable. Ce statut d’épargné sert surtout à maquiller les chiffres du chômage. Parce que tout va bien dans une société de consommations en progrès constants…

 

Dois-je me réjouir d’être un épargné ? Je ne sais pas encore très bien…

Habitué à m’entendre dire, durant des années, que j’étais un rouage essentiel au bon fonctionnement de la Multinationale qui m’employait, me procurait, je l’avoue, une grande satisfaction. Et puis, un jour, patatras, une décision de l’Office de placement des épargnés vient me retirer ce qui était ma raison de vivre, mon boulot !

Afin d’éviter la déprime, je me suis forcé à prendre du recul, à relativiser en me disant que, finalement, je m’en sortais sans trop de casse. Le seuil d’usure, que j’avais soit disant atteint, montrait un homme aux facultés mentales et physiques pas trop entamées. J’étais certes un peu émoussé face à la résistance à l’effort soutenu ou plus lent à la réflexion devant un problème ardu. Mais j’aurais pu, je pense, rendre encore quelques bons services si on m’avait versé dans un secteur moins astreignant.

Tant pis. J’en prends mon parti, aussi, est-ce presque serein que je pénètre dans le bâtiment aux hauts murs gris. Ma convocation à la main, je me dirige vers le bureau d’accueil derrière lequel un type en blazer bleu foncé, en pantalon de la même couleur, et en chemise blanche, bâille aux corneilles. Il s’étire en prenant le papier officiel que je lui tends. Il y jette un coup d’œil rapide et dit :

« Deuxième étage ! »

Alliant le geste à la parole, il forme, de sa main droite, le chiffre deux à l’aide de l’index et du majeur. Merci, je ne suis ni sourd, ni crétin.

« Les ascenseurs sont devant vous » ajoute-t-il en étouffant un bâillement.

O.K., il faudrait être miro pour ne pas les voir. Des coups de klaxons et de crissements de pneus parviennent de l’extérieur. Un choc indique un tamponnage entre des véhicules pressés… des bruits qui appartiennent désormais, pour moi, à un autre monde. Tiens, curieuse réflexion que celle-là… me suis-je déjà glissé dans la peau d’un épargné ?   

J’appuie sur le bouton d’appel. Les portes s’ouvrent aussitôt; l’ascenseur est désert. Je l’envoie au second étage où j’atterris d’abord dans un sas. Il y fait lourd. Le sol est recouvert d’un tapis-plein fatigué de couleur grise. Une odeur de soupe flotte dans l’air. Je trouve cela plutôt sympa.

Un long et étroit couloir conduit vers le secrétariat où une femme au visage sévère et au teint frais se regarde dans une petite glace ronde. Je me présente; elle me dit de m’asseoir et d’attendre. Je m’exécute.

Histoire d’engager la conversation, je demande l’heure du déjeuner car je suis, ajoutais-je, alléché par l’odeur de la soupe.

« De la soupe au quoi ? » insistais-je faussement intéressé.

Le haussement d’épaules et le silence qui suivent m’indiquent que la femme au visage sévère et au teint frais trouve mon propos stupide ou ma question déplacée.            

Enfin, au bout de quelques minutes, elle dépose la petite glace ronde et daigne s’occuper de mon cas. Elle prend le cornet du téléphone et forme un numéro sur le cadran.

« Monsieur le Directeur, Monsieur Rémy est arrivé… bien, Monsieur le Directeur. »

La femme au visage sévère et au teint frais me dit :

« C’est par là, Monsieur le Directeur vous attend. » Elle accompagne ses paroles d’un hochement de tête ensuite, elle reprend la petite glace ronde et se laisse aller à une nouvelle séance de narcissisme.

Je frappe à la porte. De l’autre côté, une voix agacée crie :

« Entrez ! »

Là, je découvre un singulier personnage au crâne dégarni, au nez en bec d’aigle, aux sourcils épais et aux yeux bleus. L’œil de droite est atteint d’un tic, il cligne sans arrêt.

Les mains à plat sur le buvard d’un large bureau accentuant sa petite taille, le Directeur m’invite à m’asseoir et me souhaite la bienvenue. Le ton est sec, nerveux, et le restera tout au long de l’entretien. 

« Monsieur Rémy, c’est bien cela ?

- Oui…

- Oui qui ?

- Oui, Monsieur le Directeur.

- Bien. Monsieur Rémy, ça va ?

- Ça va… Monsieur le Directeur.

- Monsieur Rémy… nous y arrivons… Monsieur Rémy, disais-je, l’Office de placement des épargnés m’a prévenu de votre venue… ce n’est donc pas vraiment une surprise de vous voir ici… nous y arrivons… Monsieur Rémy, apprenez ceci… »

Il s’interrompt et se met à déplacer, de droite à gauche, un paquet de feuilles vierges puis, il ouvre et referme un dossier vide, répétant ce geste à plusieurs reprises avant de poursuivre la conversation.

«… Où en étions-nous ?... Nous sommes constamment interrompus… nous y arrivons… le téléphone !... N’a-t-il pas sonné ? »

- Euh… non, Monsieur le Directeur.

- Suis-je bête, il a sonné pour m’avertir de votre arrivée. Mais depuis, plus rien… tant pis ou tant mieux, devrais-je dire… Monsieur Rémy, sachez ceci pour votre gouverne… tant que je vous surprendrai à ne rien faire, vous n’aurez pas d’ennui… c’est bien cela, non ?... Vous permettez ? »

Il plonge la main dans la poche de son veston pour en extraire un tube d’aspirine, catapulte deux cachets dans un verre d’eau, hésite, ajoute un troisième, attend qu’ils se dissolvent, ensuite, hop, il avale le liquide d’un coup.

«… Nous y arrivons… ceci étant clair, je pense, rien ne vous empêchera, face au temps largement imparti, de développer… non, ça fait «usine» … de cultiver… non plus, ça fait «agriculture»… ne nous énervons pas, nous y arrivons… ah, voilà ça y est… de vous découvrir un passe-temps… car, en ce qui me concerne, j’éprouve du mal à… non, je m’égare… excusez-moi, mais ainsi nous n’y arriverons pas… bon, assez parlé maintenant… allez-y ! » 

Je lui dis que je suis prêt à y aller mais où ? Dans quel bureau vais-je devoir me croiser les bras ?

« Question pertinente, en effet ! Un bon point pour vous mais ce point ne servira à rien, je préfère vous prévenir » marmonne-t-il.

Le Directeur sort d’un tiroir une feuille barbouillée de lignes dans tous les sens, de flèches pointées vers des petits rectangles portant chacun un numéro.

Au bout d’une cogitation intense, l’homme se libère soudain.

« Eurêka ! Comme dirait Archimède, je sais dans quel bain vous lancer... voyons, le bain, Archimède… nous y arrivons ? » insiste-t-il en me fustigeant du regard; courroucé, à l’évidence, de ne point me voir réagir à son humour éléphantesque.

J’esquisse alors un rictus et juge opportun de préciser, usant d’une dégoulinante flatterie, qu’un homme alliant à la fois culture, humour et humanisme, soit plutôt denrée rare de nos jours.

Mon message de faux-cul fait mouche car le Directeur rosit de satisfaction. Du coup, il prend l’initiative de me conduire lui-même sur les lieux de mon affectation.

Nous empruntons le long et étroit couloir dans le sens inverse. Evitant le sas, nous bifurquons à droite pour aboutir dans un plus long et plus étroit couloir aux flancs garnis de portes numérotées. Chiffres pairs d’un côté, chiffres impairs de l’autre. Nous nous arrêtons devant le numéro 205.

« Nous y arrivons ? » questionnais-je sur un ton moqueur. Aïe, la gaffe ! Le capital sympathie qui part en vrille.

Le Directeur s’affuble aussitôt du masque dur et froid du reproche; sourcil gauche levé en accent circonflexe. Je m’attends à essuyer une volée de bois vert, conséquence de mon effronterie. Rien ! Mais, la minute de silence qui tombe, telle une chape de plomb, m’invite à ne pas récidiver. Ici, il y a comme un relent de ce qui se passe à l’extérieur; on ne se moque pas d’un Directeur ! Du moins en sa présence, pensais-je.

Quant il eût pris sur lui, une fois les 60 secondes écoulées, il lâche :

« Nous y arrivons en effet, entrez… »       

Je veux lui rendre la politesse mais il me colle une main ferme dans le dos et me pousse devant.

La pièce est meublée de deux bureaux recouverts chacun d’une fine pellicule de poussière ainsi que d’une armoire ouverte aux étagères vides. Et c’est tout. Le type avec lequel je vais passer huit heures par jour est affalé sur son siège.           

« Monsieur Lapêche » fait le Directeur en désignant celui-ci.

« Enchanté, dis-je en tendant la main, moi c’est Rémy… Jean Rémy. »

L’autre ébroue à peine un mouvement de la tête de bas en haut en conservant un air absent. A cet instant, un nouveau pic de bruits assourdissants provient de l’extérieur. Des sirènes de police hurlent.

« Vous devriez vous entendre » lance le Directeur avant de tourner les talons.

Je m’installe face à Lapêche, à nouveau perdu dans ses pensées. Il ne semble pas désireux de lier connaissance. Peut-être est-il resté seul trop longtemps ?

« Euh… je pense que nous allons passer d’agréables moments ensemble » dis-je, essayant d’engager la conversation.

- Si vous le dîtes…

- Ce n’est pas moi qui le dit mais le Directeur…

- Le Directeur n’a pas dit «vous allez» mais «vous devriez», la nuance est d’importance... parce que dans le premier cas de figure, il aurait certifié que l’entente serait bonne entre nous; en disant «vous devriez», il suppute, il subodore une éventuelle bonne entente entre vous et moi… suis-je clair ? »

Plutôt pointu Lapêche… et teigneux avec cela ! Probablement est-ce dû à son désoeuvrement. Cela promettait ! 


La suite ? Demain !

 

Alain Magerotte

Des nouvelles de l'absurde

Publié dans l'invité d'Aloys

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Georges Roland en invité d'Aloys avec ses Traminots

Publié le par christine brunet /aloys

01BRL-couv.jpgJe suis un enfant de Bruxelles. Né à Bruxelles, mais pas à saint-Pierre. J’ai habité Bruxelles, mais pas dans les Marolles. Mon enfance a été bercée par un dialecte tellement fleuri qu’il m’est resté gravé dans la mémoire. C’est le paradoxe de mon écriture : le ket des beaux quartiers rencontre le petit peuple de la plèbe.

Mes personnages sont des figures que j’ai connues dans les années 1950, et que j’ai ramenées au XXIe siècle. Dans ces romans, les nostalgiques du Congo Belge côtoient des buveurs de gueuze d’après-guerre et des keums d’aujourd’hui.

Je me fiche de la vraisemblance, je raconte des histoires, des flooskes, des traminot-polars zwanzés :

C’est le brol aux Marolles (Édilivre)

Cahots dans le métro (Édilivre)

Cartache ! (Bernardiennes)

Manneken Pis ne rigole plus (Bernardiennes)

 

***

Un traminot-polar zwanzé ?

Wadesma da veui eet ? Qu’est-ce donc cela ?

 

« Il s’agit d’une approche cybernétique et transcendantale, quasi oulipienne, de la desserte ferroviaire subjacente en milieu urbanisé. »

Ça, c’est une zwanze, tu comprends ? Mais une de technocrate avec une barbe, une épée04CAHOTS-couvred.jpg et un chapeau à cornes et que tu rencontreras pas sur le trottoir gauche en descendant la rue Saint-Ghislain ou dans un caberdouche de la rue des Prêtres.

Un traminot-polar zwanzé, c’est net la même chose, sauf que c’est juste le contraire ; c’est un roman policier humoristique qui se passe à Bruxelles.

Tu rencontres là-dedans des tronches colorées au lambik racontées par Roza, une rame de métro qui a sa langue bien pendue avec un accent qui ne vient pas du vieux Nice, ça tu as déjà compris, newo.

Le commissaire Carmel qui boit de la gueuze comme toi tu bois du Cacolac, sa fille Arlette adepte de sports de combat, et madame Gilberte qui va kocher les rames au dépôt et qui cause avec ses copines de comptoir de la brasserie Pill de madame Bertha où-ce qu’il y a des anciens et des nouveaux colons du Congo qui viennent se frotter la panse en dégustant un stoemp au moambe et saucisses arrosé de faroet de pékèt. Entre-temps, il y a quelques morts et une enquête de police un peu déjantée. Tout ça dans les rues de Bruxelles.

À la fin du livre, tu trouves un lexique pour si tu es né à Villeneuve-Loubet ou bien que tu habites à Houte-Si-Plou et que tu ne comprends rien à tout ce bazar. Juste net comme ici en-dessous. Ara ! 

 

09MAN-couv.jpgRoza-la-Rame : Je peux aussi te dire quelque chose ?

Un traminot-polar, qu’il dit que c’est, le Georges ! Un traminot-polar ! Moi, je te pose une fois la question : ses histoires, est-ce que ça a quelque chose à voir avec le tram ? Rien du tout, que je te dis. Il sait quamême raconter des carabistouilles quand il s’y met, celui-là !

C’est pas traminot-polar, mais métro-polar, qu’il doit dire, ce zievereir. Ou bien comme ma copine Fred, pour faire chic : un métro-pol. Tu ne trouves pas que ça sonne mieux ? Un métropole. Tu vois tout de suite les madames chichi avec leur chienchien qui viennent chichi-roter un thé de Chichine à la terrasse pour qu’on les voie bien.

Un métro-pol, ça j’aime, dis ! Moi, je suis une rame de métro de Bruxelles, et je n’ai pas une langue en bois, je te préviens. Je raconte des histoires de crimes et de fafouleries des hommes (mais aussi un peu des femmes, tu sais) qui montent dans mes wagons. Parfois, je sors dehors prendre la température, et ça, mon cher ami, c’est pas de la barbe à papa ni des smoutebolles, mais c’est quand même comme ça un tout petit peu la foire du Midi, newo ?

Tu as le commissariat où ça tourne comme dans la roue de la mort, et puis la brasserie Pill où-ce que ça ressemble à un fritkot de luxe, et de temps en temps, il y a un peï qui se met à tirer dans le tas, juste comme toi sur les pipes en plâtre de chez Buffalo Bill, et des castars qui se battent comme des veuivechters, ou des grandes gueules, c’est comme tu veux.

 Les personnages, non plus, c’est pas du tout-venant de chez Nounkel Ware. Qu’est-ce que tu veux, c’est des gens avec un genre. À Bruxelles on dit avec un jââre, ça fait plus vrai.

Quand tu vas t’asseoir dans un café, ça s’appelle « Chez Méï Moeyal » ou « Chez les bons amis de Pitje Schaveiger », tu commandes une demi-gueuze et tu regardes autour de toi. Je te garantis pas que c’est la salle de lecture de la Bibliothèque Royale ou le dôme de l’Institut, mais tu entends parler une langue universelle. Un mélange de flamand, de français, de lingala, de roumain, d’italien, d’espagnol et des tas d’autres que je ne connais même pas comment on les appelle. Quand tu sais plus dans une, tu continues dans l’autre, et tout le monde se comprend. La demi-gueuze, ça aide à la comprenure ; au plus que tu en bois, au mieux que tu deviens polyglotte. Ça ils ne te diront pas au journal tévé, car ils sont payés par Cacolac au lieu des brasseurs bruxellois.

Tu as déjà compris que je raconte des flooskes. Allez, de la fiction, si tu préfères. Une11CART-couv01.jpg rame de métro qui t’explique qu’elle sort de son tunnel et qui va regarder les gens, c’est pour du rire. Va pas en faire une cause pour ton avocat, il cause déjà assez.

Même la police sort du Grand Guignol. Tu vois très bien le commissaire Carmel avec un bicorne, qui reçoit des coups de balai sur son dos, et un ket avec une pinnemouch qui rigole dans un coin, juste sous une fresque montrant l’agent 15 de Hergé.

Bon, on va commencer, va chercher une bouteille de gueuze dans le frigo, enlève le bouchon et mets-toi seulement à lire en buvant un coup de temps à autre. Ça va te faire du bien, tous les deux, mais pas le bouchon.

 

 

LEXIQUE :

 

flooskes :              inventions

zwanze :                blague à la Bruxelloise

caberdouche :           bistrot

lambik :                bière bruxelloise

newo :                  n’est-ce pas ?

kocher :                nettoyer

stoemp :                purée de légume

faro :                  bière bruxelloise

pékèt :                 genièvre wallon

Ara !:                  voilà !

zievereir :             radoteur

fafouleries :           vantardises

smoutebolles :          beignets au sucre

fritkot :               friterie, baraque à frites

castars :               mecs

veuivechters :          cherche-misère

Nounkel Ware :          Oncle Édouard

Meï Moeyal :            mêle-tout

Pitje Schaveiger :      Pierre le Ramoneur

ket :                   gamin, équivalent de Titi ou de Gone 

 

Georges Roland

http://www.georges-roland.com

Publié dans l'invité d'Aloys

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Kate Milie en invitée avec Noire Jonction

Publié le par christine brunet /aloys

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Dès la première page, l’intrigue est lancée. Un drôle de type ce Tony. Il mate une fille, griffonne des trucs sur son carnet. La fille, c’est Marie, la guide que nous connaissons bien puisqu’elle était au cœur de l’enquête de « L’assassin aime l’art déco » (180° Editions, 2012).

 

La ville de Bruxelles est en effervescence, c’est le soixantième anniversaire de la jonction Nord-Midi. Marie est contactée par un certain Bart, un gars plongé dans la réappropriation de la ville par l’art et l’écriture qui pour l’occasion forme une association, le Collectif Art/Jonction. Le rôle de Marie est d’organiser au mieux un programme digne d’une telle manifestation. Gunnar Berg, un célèbre auteur suédois est invité, il devrait écrire un roman noir. Autour de ce Collectif, des animateurs, des plasticiens, des photographes…

 

A savoir, cette jonction avait à l’époque éventré la ville, 1500 habitations furent détruites, ce qui fit 13000 mécontents.

 

Marie organise donc ces jours festifs. Avec Gunnar Berg, elle visite la capitale et retrace avec lui le Bruxelles d’avant la jonction. Des bars à textes sont mis sur pied, qui drainent pas mal d’écrivaillons de tout bord. Et puis surgissent les événements, des poupées pleines de sang sont découvertes à l’entrée d’un tunnel…Attentat artistique ? Les intervenants autour du Collectif Art/Jonction représentent quand même quelques personnes. Il y a Yvan et Myriam, Bella et Tatiana…Il y a aussi ce mystérieux Frère Guillaume, qui aurait fait vœu de silence. Mais pourquoi donc ? Et puis ce drôle de type, ce Tony qui remonte de temps en temps à la surface. Tout le monde suspecte tout le monde et voilà Tatiana qui est mise hors de cause. On vient de découvrir son cadavre…Ah oui, il y a aussi cette écrivaine, cette Kate Milie qui met son grain de sel et qui, c’est une intrigue de plus, connaît le Frère Guillaume.

 

Le décor est planté ! J’ai commencé ce livre dans le train de 7 heures 05 à la gare du Sud de Charleroi et je n’ai pas décroché ! Bon Dieu, qui tue ces poupées ? Qui a tué Tatiana ?  A 12h05, je bouscule un brave type dans le porche de l’église Saint-Nicolas et j’ai l’audace de sursauter, il ressemblait à ce Tony ! A 14 heures 30, du côté de la rue des Alexiens, je me sens trahie. Jamais je n’aurais songé à un tel dénouement !

 

Kate Milie réussit à merveille ce troisième opus. Pas évident pourtant, un tel imbroglio dans cette jonction…Avec un vocabulaire qui saute les barrières et qui vous entraîne dans un véritable polar, Kate Milie affirme ici son style et s’installe dans un créneau qui lui colle à merveille : une intrigue policière nouée à part entière avec l’architecture de la capitale et les beaux bâtiments de la Belle Epoque. Aujourd’hui, ce sont les gares du XIX ème que Kate Milie, en quelque sorte, reconstruit. Et demain ? Je suis certaine que tous les lecteurs attendent comme moi la prochaine enquête qui mettra encore en scène cette charmante guide, cette Marie. A moins que …Oh non ! Non !

 

Carine-Laure Desguin

http://carinelauredesguin.over-blog.com

 

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Georges Roland en invité d'Aloys avec une fiche de lecture d'Alain Magerotte

Publié le par christine brunet /aloys

http://www.georges-roland.com/images/c/cou/couv.LOUIS01.jpg

LOUIS BLANC-BIQUET

Par Georges Roland

 

Georges Roland m’énerve ! Ce type est à l’aise dans tout : le traminot-polar zwansé, le roman grave, le roman humoristique, la chronique rurale, le roman historique, le roman rural, la chronique historique, la chronique romancée, le roman chroniqué. Y paraît que Môssieu excelle même dans la poésie, dixit Barbara Flamand, une épée dans le genre !

Tiens, je n’ai pas encore lu de Nouvelles de lui, mais, mais, mais… c’est prévu… car Môssieu Georges a aussi, tout récemment, «commis» un recueil de Nouvelles ! 

Bon, soit. J’ai lu «Louis Blanc-Biquet» et j’ai A-D-O-R-É ! Louis Blanc-Biquet, wie is dat ? C’est le grand-père du «génie littéraire». Louis de witten bikker est appelé comme ça à cause de la blancheur de sa chevelure et de la vie trépidante qu’il a menée dans les milieux bourgeois de la ville. Louis Blanc-Biquet ou la trajectoire d’un fils de bourgeois devenu paysan (fin du XIXème siècle).

Cela dit, chapeau ! Il faut une fameuse dose de courage pour quitter l’insouciance de la vie universitaire et retourner au village pour apprendre le dur métier de fermier. Je connais quelqu’un qui m’est très très proche, donc très très cher, qui a beaucoup guindaillé mais qui, après, a opté pour la profession nettement moins rude de fonctionnaire.

Louis rencontre son petit-fils (onze Georges) et raconte la trajectoire de chacun de ses gosses (11 au total !). Mais, attention ! Louis est un conteur né, difficile donc de dissocier la réalité de la fiction. Qualifions dès lors ce récit de réalité romancée.

Cette belle grande famille vit dans le village de Neerijse (Brabant flamand). Et, dans la première moitié du XXème siècle, il n’y a pas la télé, Internet ou les GSM. Un des plaisirs consiste à se rassembler à la veillée, après une dure journée de labeur, pour écouter le pater familias raconter des histoires ou des légendes comme celle du Lodder, ce grand chien noir qui hante notamment la côte du Rood Hoof.

A cette époque, les traditions sont rigoureusement respectées comme celle, par exemple, consistant à sacrifier un enfant à Dieu et un autre au pays. Louis n’y déroge point; l’une de ses filles entre au couvent et un de ses fils s’engage à l’armée. Ce dernier, le pauvre, va même se retrouver caserné au bout du monde… à Neufchâteau !

Et puis, une autre de ces demoiselles, Marie-Joséphine (Merée), monte à Bruxelles pour trouver un emploi de bonne chez un notaire. Quelle expédition, zeg ! La ville avec ses bruits, ses voitures, ses maisons collées les unes aux autres, sans jardin, sans vache, sans poule, sans cochon… Et quand, de temps à autre, elle revient au bercail faire un petit coucou, Madame «joue les fières» et s’habille comme une princesse !... c’est ce que pense sa sœur Justine, un chameau !

Merée sera bientôt rejointe à Bruxelles par son frère Miel (Emile, le futur père d’onze Georges).

Un livre divertissant à souhait avec ses passages cocasses (le vélo de Gust, l’incendie de Bram, la soupe trop chaude ou encore la mésaventure du curé sur la planche des toilettes) mais également un témoignage poignant sur la première guerre mondiale (la rencontre de Louis avec les Uhlans, l’invasion de Neerijse en 1914, la vie sous l’occupation… et puis ces soldats flamands obligés d’obéir aux ordres émis en français par leurs Supérieurs…).

De la première à la dernière page, ce fut un savoureux moment de lecture. Ce «Louis Blanc-Biquet», je le recommande prestement.

Merci Georges de m’énerver autant !


 

Alain Magerotte. 

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Claude Colson en invité d'Aloys avec son dernier roman "La fin, les moyens"

Publié le par christine brunet /aloys

 

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La fin, les moyens  -   Claude Colson

 

 

 

Cette fiction traite d'un avatar du féminisme naissant.

 

 

La quatrième de couverture :

Fin des années 70 :

Vous êtes un homme, en France : la société vous suggère un rôle, une place.

Cette dernière est tout autre si vous êtes une femme : discriminée.

Certaines d'entre elles, déterminées, ne s'en accommodent pas et passent à l'action,

Quelle qu'elle soit !

Un combat à l'issue incertaine...

 

Présentation :

 Un roman court, coup de poing, pour retracer, dans l'action, une dérive ponctuelle et de pure fiction du  combat mené par les féministes au début de leur mouvement, ici en 1978, époque trouble en Europe de l'Ouest. 

Un roman historico-moralo-politico-social sur le thème :  jusqu'où peut-on aller pour défendre une cause ?

110 pages grand format 17 X 25, ISBN 978-2-35866-518-6 , éditions du Banc d'Arguin, 16 euros 

 

Résumé : un juge à la retraite veut libérer sa conscience et revient sur une affaire ancienne qu'il a eue à traiter.

Trois copines ont  vaguement côtoyé à la fac. expérimentale de Vincennes des groupuscules terroristes ; elles s'intéressent, elles, davantage aux débuts du mouvement féministe qui vient de s'intensifier, en France, après l'adoption de la loi Veil sur l'interruption volontaire de grossesse en 1975.

Un incident à l'Assemblée Nationale va mettre le feu aux poudres et elles décident de réagir afin de bousculer une société qu'elles estiment sclérosée. Coup de sang, relative impréparation de l'action, enchaînement fatal et la machine  est en marche qui ne les laissera pas indemnes.

 

Au lecteur de conclure et de porter le jugement qu'il souhaite, mais le juge donne une piste, sa propre vision des choses.

 

Extrait :

( plutôt au début du roman)

 

…   En 1971 le mouvement pour la libération de l’avortement s'est créé et les trois femmes ont participé activement aux groupes de soutien qui, çà et là, essayaient de s’organiser, en particulier à Paris.

   Improvisées au dernier moment dans des cafés, les assemblées voyaient les « grandes gueules » s'imposer. Parfois quelques hommes, en particulier des étudiants progressistes, s’y aventuraient et s’y faisaient acclamer, pour peu que leurs propos aillent dans le bon sens, c'est à dire contre la société sclérosée de l’après-gaullisme !

   Ce soir-là, Annie se heurte à un étudiant de Vincennes.

La discussion roule sur les inégalités homme-femme. Pierre déclare :

 

  Ok, on sait bien qu'il ya beaucoup à changer, mais on ne peut pas tout vouloir bouleverser en même temps !

 

  Dis, donc, ça t'arrange, toi, ou quoi ? Nous on veut tout, y'a pas de raison que pour le même boulot on gagne moins que vous, et pas qu'un peu, hein les filles ?

 

Une clameur d'approbation monte, se détachant du brouhaha général. Pierre tente encore :

 

  Si on se concentrait plutôt sur sur la liberté de la contraception et de l'avortement, on obtiendrait sûrement...

 

Il ne peut finir sa phrase tant le chahut devient général ; il doit abandonner le terrain sous les huées des femmes : "macho, bourge à la solde...".

Il regagne son coin et tâche de se faire tout petit, de disparaître dans la masse. Nadia reprend la parole :

 

  Ne nous arrêtons pas  en chemin, il faut aussi que les prostituées soient reconnues, Après tout elles méritent ; elles devraient être subventionnées par la Sécu au lieu d'être traquées par les flics, car elles remédient aux souffrances des pauvres mâles malheureux en ménage. Elles guérissent les névrosés, z'êtes d'accord ?

 

Un tonnerre d'applaudissements ponctue son intervention.

Une autre fille tente d'imposer le silence pour s'exprimer, tandis que les trois amies décident que quitter momentanément les lieux pour aller s'en jeter un dans un endroit où au moins elles pourront entendre ce qu'elles ont à se dire.

 

   C'est à cela que ressemblaient alors pas mal de leurs soirées.

Dans l'agitation intellectuelle post-soixante-huitarde, les trois amies accueillent favorablement l’arrivée de Valéry Giscard d’Estaing, un homme jeune, à la Présidence de la République en 1974. Le programme commun de la gauche les effraie , d'autant que la droite agite l'épouvantail communiste en ces temps de fin de guerre froide.../


http://claude-colson.monsite-orange.fr

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Antoine Armedan... auteur-compositeur-interprète

Publié le par christine brunet /aloys

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Cet interview aurait dû passer sur le blog Passion créatrice mais voilà... Passion créatrice a fusionné avec Aloys. Une bonne façon de donner à notre blog Aloys "nouvelle version" une ouverture à des genres artistiques qui utilisent les mots comme vecteurs...

 

Pourriez-vous vous présenter ? Êtes-vous un chanteur, auteur, compositeur ?

 Je m'appelle Antoine Armedan, et suis auteur-compositeur-interprète de chansons en français. J'ai grandi dans la musique, avec des parents guitaristes amateurs et des disques de Brassens, Cabrel, Souchon, Leforestier, ..., qui tournaient en boucle à la maison. J'ai appris la guitare avec eux, j'ai dû commencer vers huit ans environ, et à l'adolescence, je me suis mis à l'électrique et j'ai fait beaucoup de rock. A dix-huit ans, c'était sûr, je voulais vivre en faisant de la musique du matin au soir. J'ai étudié la musique classique un an au Lemmens Instituut de Leuven, puis je me suis tourné vers le jazz, l'autre filière supérieure "officielle" en Belgique, véritable découverte mais qui m'a complètement passionné. J'ai donc fait cinq années au Conservatoire Royal de Musique de Bruxelles, et depuis j'enseigne le jazz en académies, je joue dans divers projets en tant que leader, sideman, compositeur, arrangeur, ... En 2011, retour aux sources, parallèlement à mes autres activités, je lance mon projet de chanson française en solo, avec mon premier album autoproduit "Le jardin des nouveaux jours" sorti fin 2012, et actuellement la tournée de présentation pendant toute l'année 2013.

 

 Vos chansons sont engagées : pourquoi ? Comment créez-vous vos chansons ? D'abord le texte, d'abord la musique ? Quel déclencheur pour le sujet abordé ?

 En fait, j'ai envie d'écrire des chansons qui ont une certaine profondeur, pas deux couplets trois refrains juste comme ça. Je pars en général d'une chose vécue ou d'une impression personnelle, et transforme le sujet en chanson. Du coup, mes chansons parlent de choses qui me sont très proches, ou qui me posent question. Plusieurs morceaux tournent autour des malaises de la société actuelle. Dans ma démarche, si mes textes "engagés" peuvent à leur tour susciter une réflexion, tant mieux...

Au niveau du processus de création, souvent c'est soit une idée de texte que je mets rapidement en musique, soit un début de musique sur lequel je pose les premières phrases. Quand l'idée générale me convient sur les deux plans (texte et musique), je continue les deux ensemble et ça donne une chanson!

  

Combien de temps pour créer un album ?

 En fait, j'ai commencé à composer vers quinze ans environ, et cet album est un peu comme l'aboutissement de ce que j'ai composé jusqu'à maintenant. J'ai fait un tri, et choisi les chansons qui me paraissaient le mieux coller pour le disque et voilà! Mais il faut quand

même souligner que "Le jardin des nouveaux jours" ne serait pas sorti si vite sans Baptiste Mathy, un de mes anciens élèves qui m'a choisit comme sujet de TFE en infographie, et qui a donc réalisé avec talent tout le packaging, mon site internet et le clip vidéo de la chanson "Entre les doutes"!

 

 Je suppose qu'il est difficile de trouver sa place dans l'univers de la musique. Parlez-nous de ces difficultés.

 Pour ce premier disque, tout a été fait en autoproduction, dans la formule guitare-voix. Ça prend beaucoup de temps et d'énergie, mais ça me permet de prendre la température, voir ce que les gens pensent de mon projet, et les retours sont très positifs! Après, pour ce qui est de percer, c'est une autre histoire! Sans une grosse équipe autour de soi ou un énorme buzz sur internet, c'est quasiment impossible à l'heure actuelle. Et puis, ça n'est pas mon souhait à tout prix... Mais si ça bouge un peu, tant mieux! 

 

Bonne chance, donc ! Pour tous ceux qui désirent en savoir un peu plus sur cet artiste, une vidéo...

Christine Brunet
www.christine-brunet.com
 

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La chronique poétique de Salvatore Gucciardo

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

 

L-a-revelation-des-spheres---acrylique-100-x-80.JPG

(La révélation des spères, acrylique 100x80)

 

MYSTERE

 

 

Mystère

 

 

Bacchanales

Et mascarades

La statue de jade

S’inspire

De la brume matinale

Pour écrire ses mémoires

En hiéroglyphes

 

Oeil du lynx

Spasme nocturne

La solitude

Au cœur de la braise

 

Aux confins de l’univers

Germination cellulaire

Mystère

De la nature humaine

 

 

 

Salvatore Gucciardo

www.salvatoregucciardo.be

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Christine Brunet en invitée sur aloys avec Non nobis domine, une lecture de Bob Boutique

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

bobclin

 

 

J’ai déjà lu quatre bouquins de Christine Brunet, quatre thrillers (ce terme lui convient mieux que polar) et celui-ci est donc le cinquième. C’est dire si je commence à connaître son monde très particulier ainsi que son héroïne, Axelle de Montfermy, que je comparais au début à une sorte de James Bond au féminin.

Oubliez ! Rien à voir avec ce bellâtre gominé, sinon peut-être au niveau de l’action. Ou alors, si vous tenez absolument à l’associer à quelque chose de connu, histoire de vous faire une idée : disons « Le Code Da Vinci » ou mieux encore « Millénium ».

Mais bon, « Non Nobis Domine » n’est pas signé Dan Brown ou Stieg Larsson mais Christine Brunet et ça fait toute la différence.



Parlons d’abord de l’objet, le livre papier, car il en vaut la peine. Comme d’hab’ une couverture qui en jette, remarquable, et un format original, que je vous recommande tout particulièrement : entre le poche et l’ A5 traditionnel des publications de Chloe des Lys. Ca tient bien dans la main, ça se glisse dans la poche d’une veste et en plus, ça coûte 15 euros (prix affiché) pour un livret de 300 pages. C'est une formule nouvelle des éditions Gascogne et à mon avis, une formule gagnante.

 

 

***



Pas de préambule ni de dédicace ou autre intro préchi-précha. Le titre et hop, on saute à pieds joints dans l’ histoire avec deux cadavres dès la page 11. Accrochez-vous, on vient déjà de passer la cinquième ! Comme ces films qui démarrent sans générique…

En revanche je n’ai trouvé nulle part la liste des autres publications de Christine et ça, à mon avis, c’est une erreur.

**

Disons-le tout de suite, je n’ai pas l’intention de m’attarder ici sur le résumé de l’intrigue. D’autres le feront aussi bien que moi. Elle est haletante et on ne lâche pas avant la fin… une chasse au trésor des templiers (vrai ou légendaire, vous lirez) à laquelle le lecteur est associé comme dans tous les livres de Christine.

Elle renverse la boîte de puzzles sur la table et vous invite à le reconstituer en distillant ça et là des indices ( et pas mal de victimes également ), qui devraient vous mener tout droit à la solution. Pour autant que vous soyez très attentif et lisiez en prenant des notes et vous fassiez un plan.

Car la meilleure façon (et la plus passionnante) de lire un Brunet c’est ça… appeler Google earth sur l’écran de façon à visualiser tous les décors ( ici on se promène à travers l’ Auvergne qu’elle connaît comme sa poche pour y avoir vécu ) et noter sur une feuille de papier qui pourra vous servir de marque-page, les très nombreux protagonistes de l’intrigue. Sans ça, inutile de vous fatiguer, vous ne devinerez rien avant la fin et vous perdrez parfois dans les noms des intervenants. 

Autre avantage de ma formule : vous vérifierez avec satisfaction que l’auteur a conçu son scénario au millimètre, que tout se tient parfaitement et que votre enquête avancera en même temps que celle d’Axelle.

Et croyez-moi j’ai cherché la petite erreur, la petite invraisemblance, pour le fun. Mais sans la trouver ! 

**

Car quand même… et pour rappel : 

Axelle de Montfermy, notre héroïne, dirige au niveau européen la SPIE, la police des polices et ce avec une équipe de spécialistes internationaux qu’on retrouve de livre en livre : I’écossais Ian Donaldson, son bras droit, Guillaume Cayet, le génie informatique maison, Tara,un grec, Mark Hoffman, un allemand etc… 

Chacun a ses paramètres, son profil psychologique et je suppose qu’elle a mis des figures qu’elle connaît dans la vie courante sur ses nombreux personnages, car elle ne les confond jamais.

Ajoutez à tout ça, le fait qu’ Axelle sort d’un long coma de deux ans (voir son livre précédent « E16 »), est devenue paraplégique et mène donc son enquête dans une chaise roulante !

Elle a également un fils de 7 ans, Nicolas, dont personne ne sait précisément qui est le père. Vous suivez ?

**

Face à la SPIE, on trouve la FSE, une sorte de CIA européenne dirigée par l’ ex amant d’ Axelle, le fameux Sean Sheridan, un ancien de l’ IRA qu’elle aime d’un amour absolu mais tellement compliqué que je renonce ici à vous en expliquer les raisons. Je ne vais pas refaire le bouquin. Lisez…

Et ici aussi, au FSE, il y a des personnages récurrents : le danois Hank Van Dahlen, l’ irlandais Danny Rose et même une petite belge au type asiatique, Virginia Fayet…

**

Lorsque l’histoire démarre, le jeune Guillaume de la SPIE vient de disparaître, d’oùNon-nobis-Domine-Couv--1-.jpg l’entrée en lice d’ Axelle. Et comme presqu’en même temps on retrouve dans le quartier des Halles à Paris, le corps de la fille d’un ministre britannique avec le numéro de tel de ce Guillaume inscrit au bic dans la main… voilà que débarque le patron du FSE, Sean, qui se retrouve face à face avec Axelle… obligé de collaborer avec elle dans une même enquête.

Bonjour les dégâts ou en tous les cas, les complications.

**

Inutile de préciser que dans cette saga de Christine, et ça dure ainsi depuis quelques années, les méchants sont très méchants, sadiques, psychopates et le plus souvent d’une sauvagerie bestiale. Vous êtes prévenus.

Question : est-il utile, voir nécessaire d’avoir lu les titres précédents pour comprendre ? Pas du tout. Mais cela apporte un plus incontestable et l’auteure, maligne et futée comme sont toutes les femmes, vous le laisse sous-entendre avec subtilité. Tout comme elle termine son livre (mais ça elle le fait depuis son premier « nid de vipères ») en lançant le suivant…

C’est le principe des séries télévisées où on ferme chaque épisode par une séquence qui se termine en point d’orgue, une question sans réponse ou l’ébauche d’un mystère qui ne vous sera révélé que dans l’émission suivante. C’est du marketing et en la matière la petite Brunet en connaît un bout ! Pour notre plus grand plaisir.

**

Je vous ai dit en ouvrant ce commentaire que j’avais l’impression de commencer à bien connaître Axelle, après cinq ouvrages, vous pensez…

Cette policière déterminée est à mon sens un très beau cas d’étude pour une classe de psychologie.

Essayons de décrypter. 

Elle dort peu, trop peu, carbure à l’énergie interne, toujours en ébullition, entière, sans concession et d’un orgueil démesuré. Dans ce livre elle vit en chaise roulante dans un 400 m² luxueux situé au faîte de la Défense à Paris, donc au dessus de ses bureaux, mais refuse d’être maternée et encore moins plainte ou préservée par son équipe… elle finit d’ailleurs toujours par agir seule, surtout lorsqu’il y a des risques.

Elle a un enfant auquel elle ne cesse de penser, mais dont en fin de compte elle s’occupe fort peu, se contentant de le mettre en pension dans les meilleures écoles. Peut-être à mon sens, son côté le plus déplaisant.

Elle a peu d’humour, sinon pas du tout, rit rarement et sa vie sentimentale, intense, ne lui semble véritable que dans le sacrifice, comme s’il fallait souffrir pour prouver qu’on aime, comme s’il fallait que cela coûte très cher pour avoir de la valeur. Elle ne dit d’ailleurs jamais « je t’aime » et s’enferme dans le silence où parfois, très rarement, elle se relâche et sanglote. A l’autre de deviner…

Et puis, un constat qui se confirme de livre en livre, cette phobie de l’enfermement qui semble la poursuivre. Ses monstres humains se cachent toujours dans des endroits obscurs, des grottes glaciales, des égouts gluants de crasse ou des douves humides… Des décors théâtraux et glauques d’un romantisme exacerbé sur lesquels flotte l’ombre de l’enfer.

Etrange bonne femme qui déçue par la vie a décidé de la consacrer à traquer le Mal… ce n’est d’ailleurs pas un hasard si elle termine toutes ses enquête à bout de souffle, agonisante, mais sauvée par la cavalerie comme dans beaucoup de films américains ou les vieux westerns de John Wayne.

**

Parlons en ! Tout est américain chez Christine Brunet, le style, le scénario, la super-héroïne et le monde divisé en deux, les bons d’un côté et les mauvais de l’autre. Avec quelques personnages très complexes évoluant au purgatoire comme Sean Sheridan.

Son style est « efficace », presque journalistique, je l’ai déjà dit dans un autre commentaire, dépourvu de fioritures et d’envolées littéraires. L’ histoire avant tout, avec des paragraphes courts, des dialogues réduits à l’essentiel et des chapitres qui rebondissent tout le temps avec des titres accrocheurs qui annoncent la suite mais trop en révéler.

C’ est qu’elle sait y faire Christine pour scotcher le lecteur ! Même qu’elle s’arrête de temps à autre pour faire le point, déposer les éléments de l’ enquête sur la table et demander à son équipe ce qu’elle en pense ? Mais en réalité, c’est au lecteur qu’elle s’adresse… une façon de l’associer au jeu de piste.

Pour mieux le rouler ensuite, mais ça c’est une autre histoire.

**

C’est un livre stupéfiant, peut-être son meilleur avec « Nid de vipères » mais là c’est un avis purement subjectif.

Bon… tout ça est fort intéressant, mais ne nous dit toujours pas ce que signifie le titre « Non Nobis Domine » ? 

Ah bon ? Je ne vous l’ai pas dit ? C’est du latin bien sûr, une devise des templiers : « Pas à nous, Seigneur, non pas à nous. Mais à ton nom seul, donne la gloire ».

Et laisse-en un peu à Christine Brunet, car elle le mérite… 

 

Bob Boutique

www.bandbsa.be/contes.htm

10negresses

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Gauthier Hiernaux en invité sur aloys avec une fiche de lecture signée Alain Magerotte !

Publié le par christine brunet /aloys

 

Mallaurig

MALLAURIG

Par Gauthier Hiernaux

 

Mallaurig est une petite ville américaine composée de deux parties bien distinctes (Est et Ouest) reliées par un pont unique. Aucun homme politique n’a réussi à fédérer les deux parties d’où la nomination d’un édile de chaque côté.

Le maire de Mallaurig Est : Randolf de Winter; le maire de Mallaurig Ouest : Jude Proficio. Ce sont les Capulet et Montaigu du 21ème siècle. Ils se détestent.

MALLAURIG : polar ou thriller ? Je dirais plutôt «thriller», la psychologie des personnages et, en particulier, du criminel est mise en avant.

Dès le début, on est pris à la gorge, tant par la touffeur qui plombe l’atmosphère que par la peur qui sévit suite aux différents meurtres perpétrés à l’Est comme à l’Ouest de Mallaurig. Des corps de femmes sont découverts dans des sacs poubelles. Des corps affreusement mutilés par un dépeceur.

Le personnage central, Eli Meyer, est journaliste. Il est pote avec un flic, Ethan Mac Callahan.

Défile alors une série de personnages «pas très nets», voilà ce qu’on pourrait appeler un panier de crabes bourré d’ordures :

Le pasteur Octavio Mendez (soupçonné d’avoir assassiné ses proches), l’indien Norman Quatter, le shériff Donald Weincook… Otto … Artur Gershwin… le docteur Wesley…

Face à de tels personnages, l’atmosphère est encore plus lourde, encore plus irrespirable.

Et puis apparaît Natalie Wagner, journaliste d’investigations. Une jeune femme au caractère bien trempé.

Gershwin… Wagner… l’auteur connaît la musique pour nous entraîner dans une histoire peu avare en rebondissements, entraînant ainsi le lecteur de surprises en surprises… au point de le faire basculer carrément du thriller au fantastique !

La trame fantastique de MALLAURIG apparaît assez loin dans le roman. Il est alors question du Lépanthe, l’héritier de Satan.

Le rejeton de l’Enfer prend possession des corps et des âmes... mais je n’en dirai pas davantage au risque de gâcher votre plaisir car, amateurs de frissons, de suspense et de belle écriture, procurez-vous sans tarder ce MALLAURIG de Gauthier Hiernaux qui pourrait rivaliser avec n’importe quel(le) auteur(e) d’Outre-Atlantique et d’ailleurs.

Ce livre que je vous recommande très chaudement est édité aux Editions Cactus Inébranlable.

 

Alain Magerotte. 

 http://www.mabiblio.be/wp-content/uploads/2009/02/Scan%20cover%20Magerotte004%282%29.jpghttp://www.bandbsa.be/contes3/partombrerv.jpg

 

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Régine Laprade est l'invitée d'Aloys. Dans ses romans, "le présent et l'imparfait se mêlent sans cesse"...

Publié le par christine brunet /aloys

Régine Laprade a plusieurs cordes à son arc... Elle voyage beaucoup, écrit et présente avec passion ses romans à ses lecteurs dans de très nombreuses foires et salons. Aux côtés de son nouvel éditeur, elle sera même à Brive... 

 

La première fois que je l'ai rencontrée, elle m'a intimidée... Sérieuse, intransigeante dans la vie, elle l'est également en littérature. Ses récits sont rythmés, son écriture facile, ses sujets surprenants... Bon, vous l'avez compris, j'aime bien ses récits et j'avais envie de vous la faire rencontrer au travers d'un échange de mots, d'idées...

 

tetes-1348.JPGPrésente-toi, stp...    


Je suis née le 4 mars 1946 à CARLUX en Périgord noir,dans la maison où sont elles-mêmes

nées ma mère et ma grand-mère.Cette maison s'appelle La PRADE.


J'ai choisi ce nom pour écrire et suis désormais Régine LAPRADE.


Mariée,puis divorcée,mère de deux enfants,grand-mère de quatre petits enfants,j'ai

effectué ma carrière professionnelle de médecin ergonome à BRIVE -LA GAILLARDE en Corrèze,à 45 km de La Prade. Ma vie continue de se partager entre ces deux régions.

 

 Depuis quand écris-tu ? Un déclencheur ?


J'ai toujous aimé écrire. Enfant, je rédigeais de petites histoires pour mes poupées,encouragée par ma mèrre,institutrice. Médecin,je me suis appliquée à écrirerapports,communications,thèse,mémoire ,en m'appliquant à utiliser la langue française avec soin et un lyrisme qui semblait parfois peu scientifique!!  

                             

Ce n'est qu'à la retraite que j'ai enfanté de mon premier roman.Un jour en triant les

papiers de ma mère décédée,j'ai trouvé une liasse de feuilles dactylographiées: des anecdotes qu'elle avait soigneusement mises en page tout au long de sa vie.Sur le dessus de la liasse,une note manuscrite m'invitait à remettre les feuillets en ordre.C'est ainsi qu'est né LE COLLIER D'AMBRE. Depuis, écrire me passionne, m'est devenu indispensable. J'ai écrit trois romans en trois ans.

 

scan0004.jpgDonne-moi ta définition du mot écriture...

 

Pour moi,le mot écriture signifie deux choses:

-manier les mots et la langue française,

-transmettre l'amour de notre langue ainsi qu'un patrimoine composé de souvenirs d'une période révolue mais cependant encore proche .


Notre identité me parait faite de tout cela,y compris  celle de la jeune génération qui vit 

d'une façon si différente de celle que j'ai connue il y a 50 ans. Pourtant ces souvenirs font partie de leurs racines.

 

 Définis ton style...


Mon style est simple.Certains me reprochent d'écrire comme une institutrice, ce qui n'a rien de surprenant puisque je tiens ce goût de ma mère! J'aime les phrases accessibles à tous,qui ne nécessitent pas d'être relues plusieurs fois pour être comprises. Je m'attache au choix des mots,à la précision des déscriptions.


D'autres disent que je suis trop concise,que je vais droit au but,et qu'on reconnait bien là

le médecin !

 

 

Comment choisis-tu tes sujets ? D'où viennent tes personnages ?


Je choisis mes sujets à partir de situations que j'ai vécues ou qui m'ont été racontées, ou à

partir de personnages réels qui m'ont laissé une forte impression.Tous ont un point commun: ils ne considèrent jamais comme la victime des évènements  tragiques qui ont émaillé leur vie. Ils puisent en eux l'énergie de dominer ces évènements,de maîtriser leur destin ou de se reconstruire.

 

Jeanne, dans Le COLLIER D'AMBRE, Gabriel dans Le CAMION BLESSE, ou Hélène dans LE

BOIS DE MON PERE (qui sortira en octobre prochain ) ont tous ce point commun. Bien sûr autour du personnage principal tiré de la réalité, je brode, j'imagine, je romance.

 

Comment voit-on ta passion de l'écriture autour de toi ?


Autour de moi,si certains ne s'étonnent pas, me poussent à aller plus loin,m'encouragent à

progresser,d'autres semblent imaginer que mon égo,démesuré à leurs yeux s'est trouvé le moyen de se mettre en scène...


Je vis seule, donc m'isoler pour écrire,fréquenter les salons,m'absenter pour des

dédicaces,ne nuit pas à ma famille. Ma fille, elle, comprend très bien cette passion,relit mes manuscrits,conseille,... et envisage d'en faire autant !

 


    camion-blesse-couv-copie.jpg

 

 

Facile ou compliqué de mettre le point final à tes romans ?


Mettre le point final a un roman ne me semble pas le plus compliqué.Le plus difficile pour moi est d'amener le personnage principal à rentre en scène, à camper le décor et l'ambiance qui accrocheront tout de suite le lecteur et lui donneront le goût de lire la suite.


Tu dis écrire des récits qui mettent en scène le passé : inscris-tu tes histoires, tes

personnages dans un passé que tu veux rappeler ou fais-tu en sorte que cette approche du passé puisse interpeller le lecteur d'aujourd'hui ? En d'autres termes, ces récits s'adressent-ils à tous le monde ou ne touchent-ils qu'une certaine catégorie de lecteurs ?


Bien entendu, mes histoires du passé s'adressent à tous les lecteurs. J'ai eu le plaiseir récemment de constater que "Le camion blessé" est volontiers lu par des adolescents. En quelque sorte je lègue un patrimoine en espérant que les héritiers en feront bon usage.

Dans chaque roman, le fil conducteur de l'histoire se passe aujourd'hui même si je raconte hier. Le présent et l'imparfait se mêlent sans cesse.

 

Comme tous les auteurs, je suppose que tu as toujours, dans ta tête, un livre d'avance ? Si c'est le cas, envisages-tu d'ancrer l'une de tes histoires dans la vie d'aujourd'hui ?

 

Pour l'instant je n'ai pas de projet sur un roman totalement ancré dans la vie d'aujourd'hui. Maisje n'exclus nullement cette possibilité.

 

Tu as raconté comment ton premier livre, Le collier d'ambre, était né. mais comment "Le camion blessé" est-il né ? Drôle de titre... Tu m'expliques ?


"Le camion blessé" était dans ma tête depuis longtemps.J'ai rencontré Gabriel il y a trente ans.A la suite d'un tres grave accident ,il cherchait à faire une reconversion professionnelle.Je cherchais un secrétaire-assistant astucieux,débrouillard, capable de m'aider dans mon travail d'ergonome.Lors de l'entretien d'embauche j'ai immédiatement compris qu'il était l'homme de la situation.Au fil des jours il m'a raconté sa vie d'avant:celle dans laquelle il conduisait d'énormes camions sur les routes des années 60.Les anecdotes étaient parfois drôles,surprenantes,truculentes...Je disais il faudrait les écrire!J'ai attendu pour m'y mettre de connaître   parfaitement le personnage.J'ai vécu sa reconversion,sa renaissance à une autre vie.Nous avons travaillé vingt ans ensemble. Il m'accompagne parfois pour dédicacer à quatre mains!


100_6116.JPG Le titre est venu d'un lapsus, mais les lapsus sont souvent révélateurs.

Gabriel enfant rêvait tellement de camions qu'il s'identifiait vraisemblablement à eux.Plus tard au volant de ses engins il ne faisait qu'un avec sa machine.Il devenait lui-même le camion.Lors de l'accident qui aurait pu lui coûter la vie,le camion a été écrasé,l'homme gravement blessé.J'ai fait une contraction.La blessure a été physique bien sûr mais aussi morale:perte de l'identité, de l'image que l'on a de soi...et perte de l'image du camion !


 Je pense que ce n'est pas toujours simple de trouver un titre,celui-la est né au hasard

de ce lapsus et m'a finalement plu.

 

Tu me parles un peux du prochain roman ?


Le prochain roman traite d'un drame,une tragédie familiale à l'époque glauque de la

résistance en 1944 dans les bois du Quercy.L'époque des résistants de la dernière heure où

se mélangeaient héros et voyous.Elle est racontée par une femme de 91 ans aujourd'hui, une femme formidable qui vit notre vie actuelle de façon moderne,active. Elle existe vraiment,je la connais bien et l'admire beaucoup.Elle aussi a su se reconstruire tout en gardant au plus profond d'elle même la marque douloureuse et indélébile de ce drame.

 

En guise de conclusion, j'aimerais que tu nous donnes un petit éparçu de ton univers au travers d'un court extrait... 

 

Le soleil se lève sur le Larzac. Il nimbe les buissons rabougris de tons pastel,de dégradés de mauve et de rose.Cà et là émergent des taches plus claires,presque blanches,dont je ne sais s'il s'agit de cailloux ou de moutons.

 

   J'aime ce paysage lunaire,désertique,cette herbe sèche et courte,ce pays plat entaillé de rides profondes,vallées encaissées creusées dans les falaises calcaires.Je  baisse la vitre pour mieux respirer la fraîcheur du petit matin.Elle arrive par bouffées des Cévennes aux sommets encore enneigés que j'aperçois à l'hotrizon.

 

    Jacky dort dans sa couchette.Tant mieux.J'aime jouir seul de cet instant magique,calme,serein.Je suis heureux.

 

    J'ai mis le cap au sud.Je vais passer par Millau,Lodève...puis je vais descendre l'escalier,"la petite échelle",ce pas de l'Escalette si bien nommé,qui permet de quitter les hauteurs du plateau,la terrasse sèche et rocheuse,pour découvrir tout d'un coup la plaine du Languedoc que le regard embrasse ,ébloui.

 

     Suspendue en corniche,la route devient étroite,sinueuse:un goulet.Taillés dans la falaise,des créneaux de croisement sont aménagés,fabuleux travail de l'Homme pour vaincre la Nature.Je ne roule pas vite,la main sur le "bec de canne",prêt à changer sans cesse de vitesse,la tête inclinée vers la fenêtre ouverte.Les virages sont nombreux;il faut à la fois regarder et écouter,repérer au détour d'une courbe un autre camion souffrant dans la côte et se ranger sur le décrochement le plus proche,ou bien deviner la voiture dont le chauffeur  fasciné par le paysage néglige de tenir sa droite.Un coup de klaxon le rappelle brusquement à l'ordre.Chacun serre sa machine et lentement,précautionneusement,nous nous croisons.

 

      La voilà,la plaine.Sa beauté me subjugue chaque fois,comme une nouvelle découverte.L'émerveillement m'émeut,me pince le coeur.

 

 

       Je la domine encore un peu avant de la pénétrer et me repais les yeux de ses couleurs:le vert tendre de la vigne,celui plus argenté des oliviers...un camaîeu que coiffe le bleu vif du ciel...Là-bas au fond,n'est-cepas la mer? Mon voyage me mènera jusqu'à Nice. Je cueillerai une brassée de mimosa.La senteur sucrée et épicée à la fois embaumera mon camion jusqu'à Saint-Clément.Baptiste aidera Claudine à disposer les branches dans un grand vase.Il enfouira son nez dans les grappes duveteuses et je penserai à mémé Lisa...Elle me disait souvent en me caressant le visage:"Ta peau est douce comme un brin de mimosa!" Je ne savais pas au juste de quoi elle parlait.(Extrait de "Le camion blessé")

 

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

 

Publié dans l'invité d'Aloys

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