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110 articles avec l'invite d'aloys

Georges Roland en invité d'Aloys... Il nous revient avec un nouveau titre !

Publié le par christine brunet /aloys

rolandtete
Georges ROLAND

 

membre de l’Association des Écrivains Belges de langue française (AEB)

Né à Bruxelles, Georges ROLAND est un parfait bâtard belge, tiraillé entre cultures flamande et francophone. Il défend également la langue française et le dialecte bruxellois. Bruxelles et la province de Brabant sont les décors récurrents de presque tous ses textes.

Passionné de théâtre dès l’adolescence, il monte dès 15 ans une troupe d’amateurs, qui va interpréter ses premiers dialogues. Plus tard, acteur et metteur en scène dans diverses troupes dont celle du Petit Ry, à Ottignies (Belgique), il s’engage dans l’écriture de comédies policières.

« Vous ferez bien d’amener votre lanterne » est créée à Ottignies en 1989 et publiée en 2013.

En 2004, un accident le contraint à abandonner sa profession et sa passion des planches. Il se réfugie alors dans le roman.

Ses premiers textes, farces policières bruxelloises persillées de dialecte, sont sous-titrées « Traminot-polars zwanzés »,  il les propose au public sous les titres

« C’est le brol aux Marolles »(2008), « Cahots dans le métro »(2010) et « Manneken Pis ne rigole plus »(2013).

En 2010, son récit « Le coup du Clerc François » mêle la dérision et l’impertinence à la vision décalée d’une actualité intemporelle de figures connues.

Entre-temps, il a proposé un recueil de poésie « Chansons de Roland »(2008).

En 2011, il propose son roman noir « Le pantin de l’impasse » sous le pseudo Ron DORLAN. L’approche courageuse d’un thème difficile, un sujet épineux et souvent dangereux à proposer.

Sa chronique rurale « Les contes de Louis Blanc-Biquet » sort en 2012, une compilation de contes et farces racontées par un Brabançon du début du XXe siècle.

Le recueil « satanique » « Les contes de Luci », incluant entre autres les nouvelles « L’épître de Luci au Terrien » et « De l’Alsace au Tonkin » sort en 2013.

site de l'auteur :

http://www.georges-roland.com

courriel : lordan46@gmail.com

 

 

biblio-G.Roland.jpg

Publié dans l'invité d'Aloys

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L'ange gardien, Marie-Claire Georges, avis de blogs http://rambalh.blogspot.fr/ et http://www.book-and-cook.blogspot.fr/

Publié le par christine brunet /aloys

 

http://www.bandbsa.be/contes2/angegardienrecto.jpg
L'ange gardien est un recueil offrant 25 histoires toutes différentes, abordant des thèmes, des personnages et des époques variées. Que ce soit par l'humour, par l'émotion ou par la dureté de la vie, Marie-Claire George fait passer des messages à travers des histoires du quotidien ou encore à travers des histoires que l'on pensait connaître mais que l'on redécouvre sous sa plume. Chaque nouvelle est intéressante, chacune d'elles est unique en son genre et mérite qu'on s'y attarde.

L'écriture de Marie-Claire George est surprenante : on croit saisir sa façon d'écrire une fois une nouvelle terminée mais en fait, elle nous surprend dès la suivante en changeant de point de vue, d'usage des temps, de vocabulaire, de rythmique... Elle est telle un caméléon de la plume qui s'adapte à sa propre imagination, qui réussit à vivre pleinement ses histoires en choisissant le mot juste, la phrase qui fait qu'on plonge dans le cœur d'un personnage, le style qui nous aide à mieux nous immerger dans l'univers.

On aborde la vie quotidienne de personnes comme nous, ou presque. La nouvelle qui a donné son nom au recueil,L'ange gardien, aborde par exemple l'histoire d'Arthur, un ange, qui cherche un nouveau protégé... Il va alors jusqu'en Amérique Latine et trouve un jeune Arturo à prendre sous son aile... Seulement, Arturo est peut-être déjà l'ange gardien de toute sa famille depuis que ses parents ne sont plus là. À travers L'or de Xoliswa, c'est le combat d'une femme, une femme qui, fille d'ouvriers, a su gravir la vie en la défiant et qui s'impose désormais à la tête de l'équipe dans laquelle ses ancêtres ont travaillé.

On touche aussi du doigt le destin extraordinaire qui peut se cacher derrière le sourire courtois d'une personne. C'est l'une de mes nouvelles préférées du recueil d'ailleurs, Le sourire d'Emilie, dans laquelle une vieille dame seule se retrouve hospitalisée. C'est sa jeune voisine qui se charge alors de lui rapporter de son appartement les vêtements nécessaires... Seulement, elle ne s'attend pas à trouver tant de choses surprenantes dans l'appartement de la vieille dame : mais qui était donc l'extraordinaire Emilie Beauprès ? C'est la vieille femme elle-même qui va lui conter son histoire, une histoire qui même pour notre époque, détonne, fait rêver.

Une nouvelle m'a touchée, il y en a toujours une dans le lot qui tente de me tirer quelques larmes... C'est Il est tard et je m'en vais... On assiste aux heures qui suivent la mort d'un vieil homme : il ne regrette pas d'être mort, il regrette simplement la presque froideur avec laquelle ses filles règlent les détails. Il les regarde, aimerait bien leur donner quelques conseils avant de partir... Seulement, lorsque l'une de ses filles parle de mettre Spirou, le vieux compagnon de leur père, à la SPA parce qu'il est désormais un "poids encombrant", le vieil homme mort sent presque son corps frémir... L'issue est touchante, je dois avouer que c'est une nouvelle que j'ai relue une fois le recueil terminé, juste pour pouvoir laisser mes émotions s'exprimer alors que ma première lecture avait été faite dans les transports en commun. Marie-Claire George manie aussi bien l'humour que l'émotion sans doutes possibles.

D'autres nouvelles m'ont réellement arraché plusieurs grands sourires comme Ronchon, chat d'exception avec une chute drôle et inattendue. C'est l'innocence de la chute qui est touchante : on sent réellement les paroles et le regard neuf des enfants. La fin du recueil est teintée de nouvelles plus engagées, plus orientées vers la différence et la tolérance : encore une preuve de la merveilleuse polyvalence de l'auteur. Mémoires est touchante : elle permet de rendre la vie à un être dont la puissance a été bafouée.

Enfin, un point extrêmement plaisant du recueil, les nouvelles historiques... Elles reprennent un point d'histoire à partir d'un point de vue inédit, un point de vue qui, pour une fois, change le héros de place, le méchant aussi. Marie-Claire George nous invite là à voir plus loin que les préjugés, elle nous invite à creuser sous la surface pour obtenir la vérité, pour comprendre. Ainsi, elle permet à Caïn, le premier fils, de ne plus être l'homme égoïste, violent et mauvais que la bible dévoile. Il est à travers sa plume un homme travaillant dur qui, sur un coup de sang, n'a pu retenir un geste violent face à un frère oisif et sans cervelle. Louis XVI est aussi revisité : avant d'aller vers la mort, on pénètre ses pensées pour comprendre à quel point l'homme n'était pas mauvais, à quel point il a voulu bien faire, à quel point ses tentatives de compréhension ont été interprétées comme du désintérêt...

Ce recueil est réellement bon. Je ne regrette absolument pas cette lecture et remercie encore une fois la maison d'édition Chloé des Lys ainsi que Marie-Claire George pour cette lecture teintée de bonheur, de rires, de larmes, de voyage... Je me vois bien comme Emilie Beauprès, partir à l'aventure, vivre de belles rencontres, des tas de passions ! Je me vois comme Xoliswa gravir des montagnes pour atteindre mes buts, pour me faire une place... Je me vois bien fusiller du regard les voisins de mademoiselle Crédence, donner une leçon de vie aux filles du maître de Spirou... Ou encore observer les arbres du jardin de mes parents durant des heures en pensant à ce vieux chêne qui a désormais retrouvé son ami le coucou... Merci de m'avoir donné tant d'envies à travers quelques histoires qui pourraient sembler banales mais qui sont tout le contraire !
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L'ange gardien regroupe 25 nouvelles toutes plus différentes les unes des autres. Certaines sont très courtes, d'autres plutôt longues. Certaines sont belles et joyeuses, d'autres sont incroyablement tristes. C'est un assemblage d'émotions fortes, de douceur, d'infinie beauté.

L'écriture est simple, belle, sans superflu. Elle ne manque de rien, elle se suffit à elle-même et nous embarque dans un autre monde. Elle nous faire sourire, soupirer de bonheur, ou monter les larmes aux yeux. Aucune nouvelle ne se ressemble, j'ai eu quand même quelques préférences mais peu de mauvaises surprises. D'ordinaire, je n'apprécie pas (ou plutôt je ne sais pas apprécier) les nouvelles, ces quelques pages d'histoires inachevées qui ne mènent à rien. Mais là, quel agréable moment ! Je ne pouvais plus m'arrêter. Je l'ai englouti d'une lampée, profitant d'une bonne matinée de week-end prolongé. Les personnages, même si nous ne vivons que quelques minutes à leur côté, nous touchent profondément. Ils sont humains, ils sont vrais, palpables, simples. Je pense particulièrement à Emilie Beaupré, la petite vieille si discrète et remplie d'expériences hors du commun, le mystérieux américain qui réveille Esmeralda dans la nuit avec son coup de téléphone, Sandra, qui ne vient pas fêter l'anniversaire de son amoureux, le gros chêne dont l'histoire finit bien, et bien d'autres encore.

J'ai beaucoup beaucoup aimé toutes les personnifications. Ces choses devenues vivantes et pensantes ! J'ai adoré suivre les pensées d'un vieux chêne, d'un chat qui cherche à échapper à une bande de gamins pour dormir tranquille, d'un stylo, d'une aiguille et d'un sécateur qui se chamaillent pour savoir lequel est le favori de leur maîtresse. Le ton est léger, pétillant.

Nous pouvons sentir la diversité des sources d'inspiration de l'écrivaine. Certaines nouvelles semblent ordinaires, d'autres sont bibliques ou historiques. Il y en a vraiment pour tous les goûts. C'est assez étrange comme recueil, en tous cas pour une inhabituée comme moi, il n'y a aucun fil directeur, si ce n'est la douceur des mots. Je ne me suis pas ennuyée, mais je n'ai pas saisi tout le sens profond de quelques nouvelles telles que "Une femme qui me regarde" avec cet homme qui fuit sa famille pendant trente ans pour chercher à vivre à travers le regard de femmes en peinture, à travers le monde. Trop étrange. Ou encore dans "L'or de Xoliswa", que j'ai trouvée bien trop courte et peu intéressante à mon goût par rapport au reste.

Mais qu'est-ce que j'ai aimé "L'ange gardien", "Le sourire d'Emilie", "Aniadoué, la Fille de la Lune", "Graffiti", "Richard, entre ombre et lumière", "Comme s'il était trop tard", "Matin félin", "Il est tard et je m'en vais", "Au jardin", "La piscine", "Comme une petite fleur qui vibre", "Lettre à mon ange"... Ce qui en fait un bon petit paquet ! Un bon paquet de plaisir, une bourrasque de vie. Des situations drôles ou tragiques, qui sonnent vraies et sont loin de nous laisser indifférents. À lire à tout prix.

Une expérience forte qui adoucit mes idées sur la nouvelle et me donne envie d'en lire plus souvent.
Merci aux éditions, à l'auteur et au forum !

Publié dans l'invité d'Aloys

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En invité sur Aloys, Salvatore Gucciardo nous propose un poème, Rêve doré

Publié le par christine brunet /aloys

 

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Rêve doré

 

 

Oscillation émotive

Jaillissement lumineux

La paix dépose

Sur la mousse de la vie

Un frémissement doux

 

Éblouissement instantané

On illumine la chambre

De ses sombres pensées

 

Friselis féerique

Musicalité corporelle

L’oriflamme

Sur la mer des délices

 

Éclat solaire

On se laisse emporter

Par la dérive des eaux

 

Extase du rêve

Boulimie paradisiaque

Le vent du sud

Caresse les rizières

De l’âme

 

On dépose

Sur les fougères

De l’inconscient

Une fine couche

De poussière dorée

Pour égayer

Notre cheminement terrestre

 

 

 

 

Salvatore Gucciardo

www.salvatoregucciardo.com

Publié dans l'invité d'Aloys

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JM Bernos en invité avec une fiche de lecture d'Hamid Fekhart pour l'Illusion

Publié le par christine brunet /aloys

 

Hamid-Fekhart.jpg

 

J’ai lu l’ombre d’une illusion, par Hamid Fekhart

J’ai pu déceler une imagination fertile à commencer par l’idée générale (une ombre qui se détache de son maître pour recouvrer la liberté) jusqu’aux détails qui soulèvent des questions très pertinentes quant à l’essence de l’homme, son développement, ses relations avec ses semblables, avec la nature. Le livre, à mon sens, est une invitation à reconsidérer la vie sous ses diverses facettes, à respecter la sagesse millénaire, à ne pas balayer d’un seul revers de main les legs des civilisations ancestrales…

La courageuse ombre d’Etienne m’a fait découvrir les contradictions des hommes, les inégalités infondées, les vices inutiles… Comme elle nous invite à la sagesse, aux bonnes valeurs et surtout au bon sens.

Les circonstances par lesquelles l’ombre d’Etienne s’est détachée… d’Etienne m’ont d’embléeCouverture (2) donné à réfléchir. N’est-ce pas suite à des difficultés que celle-ci a réalisé qu’elle pouvait réellement se libérer ? 

Maintenant qu’elle s'est libérée, permettez-moi de vous dire ce que l’ombre mobile, volant littéralement, comprenant le langage des animaux, savourant les joies d’autrui, compatissant avec les souffrants, condamnant les inégalités… m’a finalement enseigné.

D’abord une prise de conscience de la dépendance, puis son rejet. « Rien ne peut exister sans cet antagonisme, source de mouvement ». 

Puis cette avidité de découvrir, de connaître, de comprendre. Aussi une invitation à ne pas se détourner de la beauté de la nature, des eaux, des oiseaux des feuillages… Encore une invitation à aimer le travail et surtout respecter les hommes de métier… En un mot : une invitation à aimer ce monde qui est le nôtre.

L’ombre est aussi humaniste. Elle refuse les geôles, l’incarcération arbitraire et surtout sauvage. Elle veut un homme digne, respecté et respectable. Chacun fera sa lecture de cette délivrance « irréfléchie » opérée par l’ombre d’Etienne.

L’ombre tente-t-elle de nous inciter à prêter attention à tout ce qui nous entoure et d’évaluer chaque chose à sa juste valeur ? C’est en tous cas ma lecture. Est-elle subjective ? Je m’en contente largement.

Plus nous connaissons, plus il nous est difficile de nous prononcer et d’affirmer ! La réflexion que l’ombre a faite quant à la « gloire » est si frappante ! Certaines phrases devraient inciter l’humanité à réécrire l’histoire autrement et surtout à réinventer la justice !

Réconciliation, fraternité, équilibre, cohésion, sagesse, concessions, universalité, endurance, compréhension mutuelle… sont des mots que l’ombre d’Etienne, après un long apprentissage, défend, sans l’ombre d’un doute. L’harmonie de l’univers tient à nous. Le plaidoyer de l’ombre d’Etienne est sans équivoque : aimer son prochain comme l’on s’aime.

Etienne n’a pas perdu son ombre, loin s’en faut ! Elle était juste allée s’abreuver dans la nature, dans l’histoire, dans les animaux, dans le fond des hommes : leur souffrance, leur faiblesses, leurs qualités cachées… pour tenter de bâtir une vie meilleure, une société meilleure, un monde préférable, où tout un chacun aura son lot de lumière et de joie…

Je sais maintenant que la lumière existe puisque les ombres existent. Il suffit juste de regarder « un peu loin que son nombril », pour voir cette ombre, preuve irréfutable de sources permanentes et intarissables de bonheur… Pourvu qu’on admette que l’homme est loin d’être une machine à faire… et à se faire mal ! Pourvu qu’on apprenne à écouter attentivement nos ombres… nos consciences…

L’ombre d’une illusion est une leçon de vie. 

Hamid Fekhart

"La pieuvre noire"

Publié dans l'invité d'Aloys

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Jean-Michel bernos en invité d'Aloys avec un extrait de son premier roman, L'ombre d'une illusion

Publié le par christine brunet /aloys

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 Les jardins oubliés

 

(extrait de L’ombre d’une illusion, éditions Aparis-Edilivre, Paris 2010)

 

 

Malgré le vent froid d’automne qui faisait tournoyer les petites branches sèches au dehors, la grande et longue serre formait un havre de paix où l’on se sentait presque au chaud. J’y étais parvenu de façon étrange.

 

   Ce jardin lumineux, un peu à l’abandon et traversé par des ruisseaux, gardait une allure coquette et harmonieuse. Les plantes après avoir gagné leur liberté, s’y étaient développées naturellement. Elles avaient su ciseler une harmonie que seule la nature sait toujours trouver, cette fois encouragée par un certain appui. 

 

   Je me trouvais dans une expression de monde protégé, un jardin qui pourtant ne durerait qu’un temps… celui de l’obstination des éléments à garder cette construction vertueuse.

 

   On imaginait seulement le bruissement du vent à l’extérieur, car la serre restait silencieuse, si ce n’est quelques oiseaux qui la traversaient en sifflant.

 

   Il n’y avait pas de chemin dans ce paysage sauvage, mais j’avançais tranquillement. Je sentais un air de paradis renforcé par le milieu protégé.

Je ne voyais pas encore le bout de cette construction et son origine gardait son mystère, mais je ne me sentais pas le courage de me soustraire au besoin d’aller au bout.

 

   Le soleil déclinait déjà, la douce chaleur persistait. Le ciel léger continuait d’éclairer mon jardin d’hiver. Je sentais ce bonheur simple et serein me combler, avec la ferme volonté de ne pas m’abandonner.

 

   Je m’assis un moment sur un tronc bas et parallèle au sol. La création avait joué ici un récital de fantaisie. Je crois que je me serais assoupi, si un doux appel ne m’avait soudain sorti de ma torpeur.

 

   « Je suis le lutin des jardins oubliés… »  Me dit la petite voix !

 

   Avec son minuscule bonnet rouge, ses joues écarlates et son nez pas plus gros qu’un grain de maïs, le bonhomme me toisait, intrépide, turbulent et audacieux.

 

   Je ne vous rapporterai pas l’histoire de cette serre gigantesque, car je veux garder ce secret pour Etienne, mais Biquet-Tom m’en conta toutes les couleurs, les formes et les genres.

 

  L’éblouissante et féerique histoire de la serre des jardins oubliés demeure déjà dans le fond de tous les hommes au cœur pur, qui entrevoient le jardin d’Eden dans tout lieu propice à la méditation.

 

   On y trouve la paix et dans la création, les êtres les plus beaux, les plus sincères et les plus empressés. Fées et petits lapins, agneaux et petits lutins.

 

   Quand les hommes abandonnent leurs projets d’édification, pour méditer sur son sens profond, ils perçoivent l’harmonie et la beauté de la fondation de la vie. La vie reprend ses droits et ses devoirs sans avoir besoin de les lire dans un manuel. L’être qui reste attentif aux valeurs de l’équilibre, s’y fond et s’en abreuve, trouvant en lui-même les forces vives, les chemins et les instruments de la félicité.

 

   Il n’en est qu’un maillon. 

 

 

Jean-Michel Bernos

 

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Kate Milie en invitée sur Aloys avec cette fiche de lecture signée Carine-Laure Desguin

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

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L’assassin aime l’Art Déco, de Kate Milie, 180° Editions, ISBN 978-2-93047-19-5

 

Bluffée ! Je lis la dernière phrase de ce roman de 186 pages : on était le jeudi 28 août. Jamais je n’aurais pensé à un tel dénouement. D’une grande subtilité et avec quelle classe, dans l’écriture…

L’histoire ? Par-dessus la rambarde de la Basilique de Koekelberg, un vieil homme est jeté. Une semaine plus tard, toujours un jeudi, le corps d’un homme d’affaire russe est retrouvé noyé dans un hôtel du centre ville. Et un troisième corps est découvert aussi, dans l’incendie du Palais des Beaux-arts. A chaque fois, une carte- un as- accompagne la victime.

Pour mener l’enquête, Guillaume, l’inspecteur de police. Et Franck, le journaliste. Bien malgré elle, Marie, le seul témoin à pouvoir donner le signalement du suspect qu’elle a croisé à la basilique de Koekelberg, alors qu’elle guidait dans ce lieu un groupe de touristes, se joint aux deux hommes et distille tout au long de l’enquête ses connaissances au sujet de l’art déco.

Un quatrième personnage intervient mais je n’en dis pas plus. J’aikatemillie1.jpg adoré l’intrusion de celui-ci, vers la page nonante. Très bien, Kate Milie, vous surprenez le lecteur, vous brouillez les pistes !

Ah, les pistes ! Préparez vos gps car cette passionnée des belles architectures vous entraînera à travers ces lieux mythiques Art Déco de cette surprenante capitale : de la Basilique du Sacré-Cœur jusqu’à la Maison van Buuren, en passant par l’hôtel Plaza, le palais des Beaux-Arts et d’autres endroits…

Quels sont les liens entre les victimes et pourquoi le ou les assassins choisissent-ils précisément ces endroits ? Les liens entre les deux enquêteurs, des coïncidences ? Les meurtres, toujours un jeudi ! Pourquoi ?

L’auteur de « Une belle époque », par son style d’écriture aussi harmonieux que les courbes de l’architecture Art Déco et son feeling pour mener des enquêtes sans jamais lasser le lecteur assoit ici un genre de littérature tout neuf. Kate Milie, une créatrice. Et fin limier avec ça ! Mais il est vrai qu’entre LIMIER et MILIE, il n’y a qu’un R qui différencie les deux mots. Un R comme dans Renouveau. Car croyez-moi, on reparlera de cette auteur. Les lecteurs attendent un troisième livre…Un meurtre dans les sous-sols de l’hôtel Métropole ? Dites-nous….

 

Carine-Laure Desguin  http://carinelauredesguin.over-blog.com

 

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Alain Bustin en invité sur Aloys... présenté par Marie-Claire George

Publié le par christine brunet /aloys

 

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La course de lumière

 

Préface

            Courir, courir... Infatigable Alain Bustin ! Dans « Albert ou la quête d’un marathonien », son héros tente de rejoindre son père. Situation qui se reproduit dans « La course de lumière » puisque cette fois, c’est le fils d’Albert qui cherche à recréer le lien familial. Ce roman, comme le premier, dépasse l’aspect anecdotique pour interpeller le lecteur sur son propre cheminement. Est-ce le résultat qui importe, ou la quête ? Le but ou le chemin ? Chemin de montagne, exigeant et gratifiant. Des hauts et des bas ; de la souffrance, beaucoup, mais une joie à sa mesure. Se dépasser pour se trouver, se trouver au fond de soi, se trouver dans le regard de l’autre, de celui qui importe, de celui que l’on cherche sans oser se le dire. Métaphore de la montagne, apparemment immuable mais qui reflète nos émotions, nos expériences, nos attentes, nos craintes, nos espoirs. La montagne qui creuse en l’homme un besoin d’absolu et le renvoie en même temps à son humanité.

            Au rythme de cette épreuve hallucinante qu’est l’Ultra Trail du Mont Blanc – 168 kilomètres et 9.500 mètres de dénivelé en une seule étape – c’est en même temps le monde de la course que nous découvrons : le dépassement de soi, la solidarité, l’humilité. Une leçon de vie puisque le découragement menace, que l’échec guette – mais qu’est-ce que l’échec ? Chaque instant porte en lui sa richesse, il s’agit de l’accueillir, de le vivre, de lui donner son sens. C’est là que réside l’essence du message qu’Alain Bustin, en homme de terrain, en homme sage aussi, réussit nous communiquer. Pour autant, ce livre n’a pas l’austérité d’un traité de philosophie ; il nous entraîne dans des paysages grandioses, nous fait vivre l’atmosphère des grandes courses d’endurance, nous ramène à travers la souffrance et les doutes vers un quotidien chaleureux. Un dépaysement, une initiation, mais c’est bien l’homme ordinaire que l’on trouve au centre de cet ouvrage.

            Ce roman original et profond, ancré dans l’écrin prestigieux des Alpes, n’est pas de ceux qu’on oublie ; on s’y attarde, on y revient, il se fait compagnon de route. Et son auteur devient un ami qu’il nous semble avoir toujours connu.

 

 

  Marie-Claire George

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Gauthier Hiernaux en invité de notre blog avec... Mallaurig

Publié le par christine brunet /aloys

 

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Mallaurig

 

Gauthier Hiernaux signe avec Mallaurig son septième roman, un thriller moite et terrifiant avec des références à des faits divers qui ont marqué l’actualité belge à la fin des années 90 (l’affaire András Pándy et celle du Dépeceur de Mons).

 

Mallaurig, c’est une ville située quelque part aux Etats-Unis, une métropole  étrange puisqu’elle est coupée en deux et dirigée par deux maires qui se détestent. L’ambiance y est lourde, pesante.

Éli Meyer est un journaliste obstiné qui couvre essentiellement l’actualité locale et la frénésie avec laquelle un meurtrier s’amuse à dépecer des femmes dans des lieux sciemment choisis l’interpelle.

Bien sûr, la police a arrêté un suspect, un pauvre original totalement asocial. Sauf que Meyer ne croit pas beaucoup en sa culpabilité, bien trop évidente pour être honnête.

Et plus l’histoire avance, plus il fait chaud, plus les insectes envahissent l’espace, plus les relations entre les individus se tendent, plus le mystère s’épaissit !

Peut-il y avoir une explication rationnelle à tout cela ?

Pas sûr !

 

 

 

Mallaurig, par Gauthier Hiernaux, Cactus Inébranlable éditions, Collection Cactus Noir #2, 16 €, 260 pages, ISBN : 978-2-930659-03-9.

 

Plus d’infos sur le site de l’auteur : www.grandeuretdecadence@wordpress.com

 

 

 

 

Extrait :

 

 

 

Quelque chose m’a tiré d’un profond sommeil.

Un bruit, une voix, un bourdonnement, une lueur trop forte.

Qu’importe.

Je me réveille d’un coup, en sursaut, comme si on avait pressé un interrupteur.

Mon cœur bat la chamade, j’en ressens les effets jusqu’à mes tempes qui pulsent douloureusement. J’ai l’impression que ma tête va imploser et envoyer des éclats de crâne et cervelle un peu partout.

J’essaie de me calmer. J’aspire autant d’air que possible. Je tousse, je crache. Une odeur lourde et métallique m’agresse.  

Au plafond, une ampoule nue oscille de droite à gauche, projetant des flashs de lumière sur les murs. 

Je cligne des yeux. Mes paupières brûlent.

Je lève une main pour essuyer la sueur qui coule et qui m’empêche de me concentrer. Au moment où mes muscles se tendent, je comprends que quelque chose ne va pas.

Ma main est trop pesante. Elle tient un objet lourd et encombrant. Lentement, je ramène à mes yeux ce que je serre dans mon poing.

L’objet est en métal, en forme de « D » et pourvu de petites dents pointues sur son côté le moins arrondi. Une scie. Elle est poisseuse. Sur quoi étais-je en train de travailler ?

Mes yeux se détachent lentement de la mâchoire de l’outil et se fixent sur le paysage immédiat.

L’ampoule se stabilise doucement et éclaire davantage le centre de la pièce. Une table sur laquelle repose l’objet de mon travail.

C’est une femme.

Sa poitrine pointe encore fièrement, malgré les outrages qu’elle a subis.

Elle me lance un regard étonné, comme si elle voyait pour la première fois ses formes généreuses de si près.

Je recule d’un pas, lâche la scie qui rebondit sur le sol dans un fracas épouvantable.

Je me prends les pieds dans les sacs en plastique qui jonchent le sol. Il s’en faut de peu pour que je me fracasse la tête sur le sol.

Je panique.

Je suis à deux doigts de hurler. 

Mais à ce moment-là, mon esprit bascule. 

Je pars avec cette pensée : il est revenu et il a recommencé à tuer.

Publié dans l'invité d'Aloys

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Isa Lise est l'invitée d'Aloys !

Publié le par christine brunet /aloys

 

IsaLISE.jpg

Biographie :

 

A l'âge de 4 ans, fascinée par les mots, Isa LISE s'exclama : « Quand je serai grande, je seraijournal-interdit.jpg écrivine ! » Rapidement, elle dévora livre après livre et s'essaya aux jeux de l'écriture, écrivant plusieurs romans qui s'endormirent au fond de ses tiroirs.

Adulte, elle obtint une licence de Lettres Modernes, suivit plusieurs formations et occupa différents emplois.

Depuis quelques années, elle s'implique également dans des activités associatives.

Cependant, l'écriture chevillée à l'âme, elle comprit que celle-ci demeurait encore et toujours sa passion. Alors, elle décida de vivre son rêve en se donnant les moyens de devenir romancière.
C'est ainsi que "Margaux, zéro défaut... ou presque", une fiction dont l'héroïne est une femme contemporaine, vit le jour en avril 2011.
En janvier 2012, elle accoucha de romans-jumeaux : un roman fantastique intitulé "Le Journal Interdit" et "Un doigt pointait vers le ciel", un roman policier.

 

Isa Lise nous propose de courts aperçus de ses textes et de son univers ...

 

Extraits

Margaux, zéro défaut… ou presque

"Ce matin-là, métamorphosée en tortue portant son cartable sur le dos, j'ai péniblement traversé la cour goudronnée de mon nouveau lieu de détention. La fraîcheur et la tristesseun-doigt.jpg matinale de ce matin brumeux et gris d'automne m'ont tout de suite avertie que j'allais devoir renoncer ici à certains de mes petits voyages irréels. Les visages tristes étaient chiffonnés de sommeil. Les yeux inquiets des autres nouveaux surfaient d'un enfant à l'autre. Et tout à coup, une envie de rire a grimpé au fond de ma gorge."

 

Un doigt pointait vers le ciel

« Sofiane la dévisagea, refusant de comprendre. Sybille la chassa d’un geste las et tendre. Alors, l’enfant accepta. Lorsque la fillette regarda à nouveau dans leur direction, elle vit sa sœur couchée sur leur mère, son chemisier blanc devenu rougeâtre,  des perles de chagrin au coin des yeux… Elle serra très fort les dents et fit ce qu’on attendait d’elle : ellemargaux0.jpg alla siroter un lait indigeste avec le petit garçon et la femme, sans identifier clairement le chocolat tant l’odeur âcre de l’essence s’était invitée dans son nez, tant celle-ci et tout ce qui s’y rattachait étaient gravés dans son âme… Jamais plus elle ne pourrait boire un chocolat sans penser au véhicule qui avait détruit son enfance, songea-t-elle. »

 

Le Journal Interdit

« Les traits de cet homme sont impénétrables. Ses yeux semblent maussades. Son front est grand et marqué, son visage carré, pourtant son nez retroussé offre un parfum d’enfance… Sa bouche… Cette bouche sourit-elle ? Elle me semble séduisante et malgré tout, elle m’effraie. Est-elle avenante ou carnassière ?  Tout autour de ce visage, j’ai griffonné une chevelure fournie retenue par un fragile élastique. Je le devine grand et rebelle. Mystérieux… Ténébreux ?

Pourquoi me hante-t-il ? Qui est-il ?

Je préfère jouer les midinettes et me persuader qu’il s’agit peut-être de l’homme de ma vie… Mais si tel est le cas, n’est-il  pas effrayant de l’avoir deviné ? » 

Publié dans l'invité d'Aloys

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L'invité d'Aloys, Bernard Lyonnet, nous propose un extrait de "Venise au coeur"

Publié le par christine brunet /aloys

 

Bernard-Lyonnet.jpg

 

 

Dès que je le pouvais, je quittais les réalités du Bella Riva. Je me précipitais avec la ferveur du jeune amoureux épris d’une belle mystérieuse. Je ne vivais pas dans Venise, mais juste à côté. Cette petite distance rendait plus fort encore mon désir de voir la ville. Ma soif de Venise ne faiblissait pas. Je partais chaque fois sur ce navire de rêve, via Punta Sabbioni et le Lido, dans une fièvre anxieuse de découverte. Ce départ dans la lumière du matin avait des allures d’embarquement pour Cythère. Le trajet sur le motonave était un passage délicieux d’attente et d’espoir, comme une épreuve imposée par une belle souhaitant vérifier l’ardeur de son amant.

Le voyage n’était jamais le même mais je commençais peu à peu à prendre quelques habitudes. Dès le départ du motonave, je choisissais le bon côté de l’embarcation qui me permettrait de guetter dans les meilleures conditions l’apparition de la cité, toujours différente selon les jeux de la lumière et de l’eau.

Brumes de hammam. Caresse bleutée. Métal gris. Clarté délavée. Lumière grisâtre. Grisaille grisante. Eclats orangés. Dorure verdie. Bleu tendu et clair. Clarté voilée. Eclats retenus. Fusion d’ors. Lueurs volcaniques. Déchirures jaunies. Silences embrumés. Ailleurs. Clapotis. Nulle part. Rêve qui flotte. Palais en partance. Défi des constructions. Palais flottant sur l’eau. Vaguelettes taquinant les bordures des quais. Reflets de soleil léchant les façades.

J’avais ma place, parfois difficile à conquérir, à l’avant du vaporetto de la linea una, là où l’on reçoit en plein visage, avec l’air frais et poisseux, les images mouvantes des façades de palais basculant dans le large S du Grand Canal.

J’avais aussi mes stations de vaporetto et mes circuits préférés. J’avais mes calli, mes églises, mes mercerie, mes campi, mes bacari, qui étaient autant d’îlots stables où je reprenais mon souffle parmi les nœuds étourdissants du dédale. Je m’y posais avec la sérénité amicale d’un habitué.

Venise restait pour moi, une coulée sauvage de beauté explosée dans un chaos grandiose, un entassement complexe propre à défier un esprit cartésien. La ligne droite était bannie dans cette ville-escargot, recroquevillée sur ses calli et ses rii. Sa grande avenue d’eau elle même se tortillait comme un serpent.

Enchevêtrement de murs, de ponts, de calli et de rii. Encastrement de toits. Profusion des églises. Variété des portes, des fenêtres. Mélange des époques et des styles : Roman, gothique, Renaissance, classique, baroque, byzantin, vénéto-byzantin, palladien, néo-gothique. Amoncellement d’œuvres d’art dans les rues, dans les églises, dans les musées. Ruissellement de beauté. De ce désordre naissait une harmonie.

Comme si cette accumulation ne suffisait pas, les Vénitiens avaient hissé sur le sommet des toits, de petites cabanes en bois où prendre le frais. Cette abondance donnait le vertige. Je retrouvais le calme dans des oasis discrètes cachées au cœur de la ville : Le premier étage du Fondago dei Tedeschi, la Cour des Comptes duCampo San Angelo.

Venise n’avait rien d’un musée. Elle bougeait, elle vivait. C’était une ville de mouvement, née elle-même du mouvement des hommes, des migrations osées cherchant refuge sur les eaux, puis des aventures lointaines vers l’Orient. Elle continuait à vivre son passé et entretenait sa grandeur.

Elle était profusion de mobilité. La foule glissait comme une rivière dans les mercerie, comme une marée sur la Piazza. Elle vivait, reproduisant au cœur du rêve les activités habituelles d’une ville normale. Des péniches charriaient du sable, du ciment et des poutres, d’autres ramassaient des poubelles. Des pinasses apportaient des fruits, des légumes. Des embarcations livraient des poissons. Des ambulances, des vedettes de la police ou des pompiers, parcouraient les canaux. On voyait glisser sur les eaux des piles de caisses, des cartons de bouteilles, des matelas, des fleurs ou des pianos à queue.

Venise avait été le carrefour des grands flux commerciaux de la planète. Où affluaient aujourd’hui les touristes, avaient afflué autrefois porcelaines, textiles, soie, thé, épices et or. Elle avait été le grand bazar entre l’Occident et l’Orient, édifiant ses palais sur sa richesse. L’Orient avait apporté son or et laissé son préfixe.

Venise avait gardé ce parfum d’Orient et ces accents de bazar. Ils étaient là, dans la courbure des fenêtres byzantines, le rythme des arcatures, la polychromie des marbres enrichis de dorures, l’agitation des marchés et des mercerie animés comme des souks, la douceur indolente des campi dominés par les campaniles tels des minarets, l’embrasement doré des coupoles de San Marco.

J’évitais quelque temps encore l’approche de la Basilique, du Palais des doges et autres lieux, où tout le monde allait et où je devrais bien me rendre un jour.

Pour le moment je poursuivais mon errance parmi les ombres et les lumières des calli et des campi, avançant avec la conviction de me rendre en un lieu précis qui allait certainement m’être révélé sous peu. J’avançais avant de me perdre de nouveau.

Je ne pressais rien, profitant des petits trésors dévoilés par mon vagabondage : madones recueillies, enchâssées dans des tabernacles grillagés animés de veilleuses vacillantes, patères vénéto-byzantines, médaillons et blasons nobiliaires figés dans la pierre, margelles de puits ou de citernes comme autant de bouches mystérieuses.

Je respirais des relents de lessive, des odeurs de cuisine, des bouffées d’encens et de pipis de chats. Je surprenais la sarabande des reflets de soleil s’agitant comme des lucioles pour taquiner l’ombre d’un vieux pont voûté. Je tentais de créer des liens avec les chats errants, à défaut de communiquer avec les lions de pierre. Je cueillais des éclats de conversation échappés d’une fenêtre ouverte, une chansonnette italienne lancée par une radio dans un quartier désert, le sifflotement joyeux d’un artisan heureux dans son ouvrage. Parfois même, un air d’opéra, redondant, trop italien pour être vrai, véritable musique d’accompagnement du rêve que je me sentais vivre.

Venise, elle aussi, était trop belle pour être vraie. Elle était un rêve naviguant sur les eaux, une fusion de la terre et de l’eau, un mirage dans les nuages. Elle mélangeait images et reflets, se dérobant sans cesse dans les contorsions de ses canaux et de ses ruelles, dans ses changements de lumière, dans ses touffes de brume ensoleillée.

Je m’accrochais à des réalités banales pour mieux approcher ses secrets. Incapable de la saisir dans sa globalité confuse, j’étais attentif à chaque détail, persuadé qu’il pouvait contenir un message.

J’avançais au hasard dans ce dédale. Ce long cheminement solitaire devenait un parcours initiatique dont je devais guetter les signes. Ce désordre devait avoir un sens. Parfois des emblèmes ou des armoiries apparaissaient comme des balises. Un chat m’invitait à le suivre. Un porche s’ouvrait sur un jardin fleuri. Parfois perdu sans espoir dans l’imbroglio des calli et des rii, s’ouvrait au bout d’un canal noir, une vision d’infini bleuté.

Cette beauté complexe cachait un royaume qu’il me fallait découvrir. Ses éclats de splendeur évoquaient le temps figé dans l’éternité.

La cité qui flottait sur les eaux semblait venir du ciel. La grâce infinie de la ville était d’une essence divine.

 

Bernard Lyonnet

Extrait de "Venise au coeur"


Publié dans l'invité d'Aloys

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