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Le blog Aloys

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La petite fée, troisième partie de la nouvelle de Noëlle Fargier

12 Novembre 2014 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Feuilleton

La petite fée, troisième partie de la nouvelle de Noëlle Fargier

3ème partie et fin

La petite fée s'envole vers cette forêt qui cache tous les siens. Elle redoute ce qu'elle va découvrir et l'accueil qui lui sera réservé. Des arbres gigantesques ouvrent l'entrée de ce lieu magique et dès son arrivée, une multitude de petites fées l'entourent en se donnant la main et en lui chantant la bienvenue. La petite fée se reconnaît dans chacune d'elle. Elle est enfin chez elle. Les petites fées sont si bienveillantes, elles lui offrent un logis dissimulé dans le creux d'un arbre, tapissé de pétales de fleurs, elles lui font visiter chacun de leurs petits abris, tous plus douillets les uns que les autres et si jolis. La petite fée apprend son histoire, l'histoire des petites fées, elle apprend à les connaître et ainsi à « se » connaître. Les petites fées sont très gentilles avec elle, pourtant la petite fée se sent seule. Elle ne partage pas leurs souvenirs, et puis elles sont toujours tellement joyeuses, elles sont toujours ensemble et la petite fée est bouleversée, elle qui ne connaît que la solitude. Ne supportant plus cette morosité, elle décide de suivre l'exemple du lys et s'envole vers des horizons inconnus. Ses amies lui confient les endroits du monde où vivent encore d'autres petites fées. Elle part donc à la rencontre de nouvelles terres. La petite fée vit de voyages en voyages, et plus elle voyage, plus elle comprend les petites fées, mais aussi la flore, la faune, les êtres humains. Elle apprend à aller vers les autres, à leur parler, les écouter. Riche de son expérience, elle décide de retourner chez elle, maintenant elle se sent prête. Comme elle arrive dans sa forêt, elle voit une dame qui arpente le bois, l'air perdu. La petite fée s'approche et lui demande :

  • Puis-je vous aider ?
  • Oh oui, je me suis égarée, pouvez-vous m'indiquer la première maison afin que je demande de l'aide ?

La première maison est celle de l'homme, pense la petite fée, mais aujourd'hui la petite fée a disparu : elle est forte et a appris à dire « non ». Elle répond donc à cette dame :

  • La maison n'est pas très loin, je vous accompagne.

Sur le chemin, la petite fée, qui sait mettre les gens à l'aise, raconte à la dame ses différents voyages. Celle-ci est très intéressée car elle aussi parcourt le monde. Toutes deux arrivent enfin à la maison, que la petite fée reconnaît difficilement , tant elle a changé. Le jardin a disparu pour laisser place à une terre sèche : plus une seule fleur, plus un arbre, pas la moindre trace d'herbe. La petite fée remarque que même les oiseaux ont délaissé le ciel. Il n'y a plus... de vie. La petite fée et la dame s'approchent de la maison, la porte est ouverte et laisse apparaître un désordre complet dans une odeur nauséabonde. L'homme arrive, voûté, le visage pâle, les yeux éteints. A la vue de la petite fée, il s'écrie :

  • Petite fée !
  • Mais qu'est-ce qu'il est arrivé ici ? demande la petite fée d'une voix sûre.
  • Quand tu as disparu, j'ai chassé et tué beaucoup d'animaux, j'ai déraciné les plantes, les arbres, et tous ont décidé de ne plus revenir. Depuis je suis seul, comme tu l'étais quand tu vivais ici.

La dame qui assistait à la scène sans rien dire, prend la parole :

  • Monsieur, j'ai bien discuté avec la petite fée. Je voyage actuellement et je vous propose de partager ce voyage avec moi, voulez-vous ?
  • Je ne suis jamais parti d'ici, j'ai peur de ne pas en être capable.
  • Oui quand on part, on a toujours peur, mais on revient plus fort et la peur disparaît, intervient la petite fée.

Tous trois repartent, ferment la maison. La petite fée , elle, s'envole rejoindre sa famille dans sa forêt, et fait un signe d'adieu aux deux voyageurs.

Quelques années plus tard, l'homme et la dame, après avoir traversé beaucoup de pays, rentrent à la maison. Arrivés à sa proximité, l'homme est surpris de voir sa demeure bariolée de toutes les couleurs. Autour de cette dernière : des lys, des roses, des coquelicots recouvrent le sol, les arbres ont repris leur place, le ciel est zébré d'oiseaux. La mésange, fière, perchée sur le rebord de la lucarne, fait son concert, entourée de petites fées qui chantent et dansent, barbouillées de peinture. L'homme et la dame entrent dans la maison, la porte ne grince plus, l'homme ne porte plus de chapeau. Il a envie de retrouver son jardin, il s'assoit dans l'herbe en faisant attention de ne pas écraser une seule fleur. La petite fée vient le rejoindre. L'homme la regarde d'un air solennel et d'une voix posée lui déclare :

  • Tu sais petite fée, j'ai beaucoup appris lors de mon voyage. J'ai rencontré des animaux, des fleurs, des arbres, des hommes, des femmes, des enfants, des petites fées et je les ai regardés, puis écoutés, puis j'ai parlé avec chacun d'eux. Certains d'entre eux étaient libres, d'autres se croyaient libres, d'autres étaient esclaves. J'ai rencontré une famille de petites fées, sans ailes : l'homme les avait coupées afin qu'elles ne s'enfuient pas, et j'ai pensé à toi, petite fée. Moi, je ne t'ai pas coupé les ailes, peut être ai-je fait pire : je t'ai amputé de ta confiance, je t'ai inculqué la peur des autres....
  • NON, tu n'es pas le seul responsable. Moi aussi, j'ai voyagé, moi aussi j'ai vu tous ces êtres, j'ai vu aussi des petites fées qui se sont révoltées, qui n'ont pas cédé et sont parvenues à être libres. Je t'ai laissé me dire les pires mots, je t'ai laissé m'emprisonner, j'aurais dû parler plus fort, j'aurais dû m'envoler dès le premier jour, mais j'avais peur...
  • Moi aussi j'avais peur, j'avais peur … de la VIE, si belle, si magique. J'avais peur que si tu la connaissais, si tu la rencontrais, tu ne me quittes. OUI, petite fée j'avais peur.
  • La peur, la peur... moi j'avais peur de la mort...
  • Tu sais petite fée, en voyant ces peuples heureux, je me suis interrogé. Je crois qu'ils ont accepté dès leur naissance qu'un jour ils partiraient, ou devraient partir.. De cette fatalité, ils en ont fait leur force. Ils vivent, sans cette peur, se disant qu'on doit profiter au maximum de chaque moment passé. Vivre dans l'ici et le maintenant . Le temps n'a plus d'importance. Ils vivent chaque jour simplement, sans se projeter dans le futur, sans s'empoisonner par un passé douloureux. Ils profitent de la différence de chacun, faisant de cette différence une complémentarité et non une adversité. La mort n'est pas omniprésente puisqu'ils vivent.
  • Merci, tes pensées sont tellement vraies et me parlent , t'ont-elles appris à aimer la vie ?
  • OUI petite fée, mes pensées ont fait écho puisqu'en arrivant ici, le retour des fleurs, des arbres, et le tien m'ont fait comprendre que j'avais une autre chance. Mais ne m'en veux- tu pas trop pour le mal que je t'ai fait ?
  • NON. Nous nous sommes fait du mal tous les deux puisque ni l'un ni l'autre n'étions heureux. Crois-tu que nous pouvons l'être maintenant et faire partager ce bonheur ?
  • OUI, car je n'ai plus peur de la vie et toi, tu n'as plus peur de la mort.
  • Nous allons être heureux, nous allons vivre avec tous nos amis, la terre, les animaux, le ciel, la lune, le soleil, le vent, la pluie, nous n'avons pas besoin d'autre chose et nous vivronsnos rêves.
  • C'est cela petite fée, nous allons VIVRE nos rêves, dit l'homme regardant d'un air tendre la petite fée aux yeux couleur d'émeraude, sa meilleure amie.

La dame qui les écoutait leur sourit d'un beau sourire plein, heureux, sage, …

… avant de repartir vers un autre voyage...

Noëlle Fargier

La petite fée, troisième partie de la nouvelle de Noëlle Fargier
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La petite fée, un conte signé Noëlle Fargier, 2e partie

11 Novembre 2014 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Feuilleton

La petite fée, un conte signé Noëlle Fargier, 2e partie

Deuxième partie

Le quotidien reprend sa place, la petite fée reste clouée à ses tâches ménagères et lui, dehors, prend l'air dans son jardin. Elle pense de plus en plus à la petite mésange, à sa proposition, à cette après-midi magnifique.... Un soir, alors qu'ils dînent, elle et lui, la petite fée ose lui demander prudemment :

  • Dis moi, pourquoi ai-je des ailes ? Peut être puis-je voler ?
  • Ah, ah ! tu as des ailes complètement ratatinées et tu n'es pas un oiseau ! lui répond t-il en ricanant.
  • Alors qu'est-ce que je suis ?
  • Tu es une p'tite chose, sans grande importance.
  • Tu veux dire que je ne sers à rien, répond la petite fée d'une voix triste.
  • Tu sers à faire le ménage, c'est sans grande importance, d'ailleurs je préférais ma maison avant ta venue !
  • Je suis donc inutile ... puis, reprenant espoir : mais tout le monde sur terre sert à quelque chose : les oiseaux, les lapins, les fleurs, les arbres...
  • Tu as raison : ils servent à nourrir les hommes ! Et toi tu sers à me servir !
  • Et toutes les fées servent à cela ?
  • Y' a pas d'autres fées : tu es seule sur cette terre et si je n'avais pas été là, tu serais morte ou mourante. D'ailleurs, ton teint est cadavérique, demain tu pourras aller dans le jardin.
  • Je pourrais ...aller dans le jardin ?
  • Oui, répond l'homme d'une voix bourrue, comme s'il regrettait déjà sa proposition.

La petite fée saute de joie, elle est prête à s'envoler vers la lucarne mais une petite voix la retient. Elle est si reconnaissante à l'homme :

  • Oh merci que tu es bon, que tu es gentil !!!!!!

Le lendemain, la petite fée se lève aux aurores, elle a tellement hâte de sortir de cette maison !

Elle prépare le petit déjeuner, et elle attend patiemment qu'il ait fini son bol. Lui boit lentement, ignorant son regard suppliant. Enfin il pose le bol sur la table, elle s'empresse de le laver, de le ranger, puis, n'y tenant plus :

  • Je peux sortir ?
  • Va, mais ne sors pas du jardin et surtout ne reste pas, tu as du travail !

La petite fée n'entend pas ces dernières paroles. Dans sa tête, elle est déjà dehors. Dès qu'elle ouvre la porte, le soleil l'éblouit, elle doit fermer les yeux, mille senteurs alors l'enveloppent, elle touche l'herbe, respire chaque fleur, court d'une découverte à l'autre, un arbre, une fourmi, un ver de terre, une souris ... Elle sent ses ailes palpiter quand la grosse voix la rappelle à l'ordre :

  • Cela suffit ! Entre maintenant !
  • Je ressortirai demain ?
  • On verra, peut-être...

La petite fée reprend sa vie de recluse. Le lendemain il refuse de la laisser sortir, le surlendemain aussi, et ainsi de suite pendant des semaines . A chaque demande quotidienne de la petite fée, il répond « non ». La petite fée s'épuise à la tâche, espérant ainsi attirer les bonnes grâces de l'homme, mais en vain. Elle pense souvent à la visite de la mésange pour trouver un peu de réconfort, hélas celle-ci ne vient plus. La petite fée caresse ses ailes, s'imaginant voler au-dessus des arbres. Elle rêve en se voyant survoler les montagnes, les lacs, les vallées comme si elle les avait toujours connus.

Puis un jour, seule dans la maison, elle s'autorise à voler jusqu'au rebord de lucarne. Le soleil l'éblouit mais elle décide de s'y habituer. Les couleurs du dehors l'appellent, aussitôt la petite fée prend son élan pour s'envoler. Elle se sent vivre, elle vit. Puis elle l'aperçoit qui rentre chez lui, vite elle fait demi-tour, rentre par la lucarne et reprend sa place habituelle.

Sa première sortie lui a donné du courage et ainsi chaque jour, elle sort, osant aller de plus en plus loin. Ses ailes qui ont retrouvé l'air, deviennent de plus en plus belles. Le teint de la petite fée rosit et fait ressortir le vert de ses yeux qui pétillent. L'homme remarque ce changement et lui donne encore plus de travail. La petite fée continue à lui obéir mais elle sait qu'un jour elle le quittera. Plus le temps passe, plus la petite fée s'embellit, l'homme semble devenir tolérant mais refuse encore qu'elle sorte. Elle accepte … jusqu'à ce matin de printemps.

Comme d'habitude, l'homme est parti, elle vole jusqu'à la lucarne, se retourne pour jeter un dernier regard à sa prison, puis s'enfuit. Elle est libre, libre, libre, légère, légère, légère. Elle a envie de revoir l'endroit où elle est née, ce si bel endroit ! Le lys est toujours là, il lui offre un accueil chaleureux. La petite fée lui propose de rester près de lui, en échange elle l'aidera dans son quotidien, mais le lys refuse :

  • Non petite fée, tu dois rejoindre les tiens, pars vite.
  • Les miens ? Mais je suis seule ! L'homme me l'a dit.
  • Crois moi, il y a d'autres petites fées, elles habitent là, répond le lys en désignant une luxuriante forêt.

La petite fée n'en revient pas, elle est heureuse et en même temps a peur.

  • Je peux revenir te voir ?
  • Tu sais, je change souvent de prairies et peut-être l'année prochaine je serai ailleurs. Tu as eu de la chance de me retrouver car je me déplace souvent, j'aime bien connaître d'autres endroits, d'autres fleurs, d'autres abeilles, d'autres arbres......
  • Mais tu n'as pas peur ?
  • De quoi aurais-je peur ? , répond le lys en riant, … maintenant va, va vite ! Tu as perdu assez de temps !
La petite fée, un conte signé Noëlle Fargier, 2e partie
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La petite fée, une nouvelle en trois parties signée Noëlle Fargier

10 Novembre 2014 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Feuilleton

La petite fée, une nouvelle en trois parties signée Noëlle Fargier

Première partie

Il était une fois une petite fée qui venait juste de naître.

Elle était là, tapie derrière un lys, perdue, seule, se demandant ce qu'elle faisait sur cette terre. Soudain, elle entend un son agréable, mais pour elle, inconnu, émanant de la terre. Curieuse, elle baisse les yeux pour identifier ce chant surprenant. A ses pieds, une étrange petite bête, toute verte, dotée de longues pattes, sautille dans l'herbe. La petite fée remarque que, comme elle, la petite bête est pourvue d'ailes et que chaque fois qu'elle les active, le son s'intensifie. La petite fée décide alors de mimer cette petite sauterelle. A son tour, elle remue ses ailes mais celles-ci restent muettes. Réconfortée par la présence de sa première amie, elle relève la tête, une multitude de couleurs toutes plus belles les unes que les autres, allant du rouge des coquelicots, du vert des sapins, du jaune des jonquilles tapissant les prés, au bleu du ciel, lui souhaitent la bienvenue. Elle aperçoit une petite mésange, posée sur une branche, qui la regarde en chantant. Elle voit un oiseau tout blanc qui sillonne légèrement le ciel azur. Elle se lève, émerveillée jusqu'à ce qu'un parfum lui chatouille les narines et envahisse tout son être d'une senteur divine. Elle distingue alors le lys, qui lui dit :

  • Mais que fais-tu, petite fée, pourquoi ne t'envoles-tu pas ?

La petite fée, abasourdie par ce spectacle magnifique, lui répond :

  • Je n'y arrive pas, mes ailes ne sont pas encore prêtes !
  • Bien sûr que si ! tu......

Le lys est interrompu, la petite fée le voit se plier pour se faire tout petit, le ciel s'assombrit, elle n'entend plus la petite sauterelle ... et la jolie mésange a disparu. Les mains sur les hanches, elle imagine qu'elle va découvrir un autre spectacle, cette terre est tellement belle, généreuse, et déjà elle a rencontré des amis ! Elle décide de rester là, confiante et heureuse, et d'attendre sa prochaine surprise. Soudain, une grosse chose, toute noire, s'apprête à l'écraser. D'un bond, elle l'évite, et, d'une voix colérique lui crie de toutes ses forces :

  • EH ATTENTION JE SUIS LA !

Une grosse voix lui répond :

  • Oui, je t'ai vue, petite imprudente !

Elle lève les yeux : un homme très grand, fort, la toise de toute sa hauteur. Il s'accroupit pour être à la portée de la petite fée. Ses yeux noirs plongent dans les yeux émeraudes de la petite fée.

  • Que fais-tu là ? lui demande le colosse.
  • J'allais partir, puis, désignant ses ailes toutes neuves, translucides, elle rajoute : je vais m'envoler, le lys m'a dit que c'est ce que je devais faire .
  • Tes ailes sont bien trop petites pour pouvoir t'envoler. Le lys t'a dit des mensonges, il souhaitait juste pouvoir t'attraper pour t'empoisonner.
  • Le lys, « m'empoisonner ? » ! « M'em-poi-so-nner ! » . Sûrement pas ! D'ailleurs son parfum est crô délicieux !
  • D'abord on dit « trop » délicieux, et justement petite imbécile, c'est un piège pour les naïves comme toi ! Je te propose de venir avec moi. Ainsi tu n'auras pas d'ennuis.

La petite fée est désorientée. C'est vrai, elle ne connaît pas la vie. Ce géant aurait pu l'écraser mais il ne l'a pas fait. Alors, baissant les yeux devant ce protecteur, elle se décide et lui dit :

  • Oui, je te suis.

Le géant saisit la petite fée dans sa main, la fait valdinguer sur sa tête et la recouvre de son chapeau. La petite fée se retrouve complètement dans le noir, elle glisse sur la chevelure du géant comme sur un toboggan tant il marche vite, se cogne aux bords du chapeau qui, heureusement bien calé, l'empêche de tomber. Enfin le géant s'arrête. Elle entend une lourde porte grincer en s'ouvrant puis se refermer. L'homme enlève son chapeau, attrape la petite fée pour la poser sur une grande table en bois. La petite fée regarde alentour, les couleurs ont disparu, seule une petite lumière donnée par une lucarne éclaire l'unique pièce.

  • Te voilà chez toi, tu n'as plus qu'à préparer le repas car tu dois manger et ensuite faire le ménage, ordonne l'homme.
  • Je préférerais aller dehors, je crois qu'il y a un jardin ?, dit la petite fée d'une voix légère.
  • Tu préfères te faire empoisonner ou ECRASER ? Tu dois faire comme moi : travailler, travailler, travailler, ainsi tu n'auras plus le temps de faire des bêtises et prendre des risques. Tu comprends ?
  • Oui, répond doucement la petite fée.

Les jours passent, la petite fée s'affaire sans cesse entre les casseroles et la serpillière, donnant à la maison une propreté irréprochable. La petite fée met toute son énergie à cette tâche, son unique fierté. Lui revient du jardin, les pieds crottés, les mains sales, obligeant la petite fée à répéter sans cesse sa besogne. Une après-midi, la petite fée vient de finir son travail, lui est sorti. Soudain elle entend un chant qu'elle reconnaît, elle s'approche de la lucarne et là, … elle découvre la jolie mésange. La petite fée est si heureuse qu'elle se met également à chanter. Toutes deux offrent à la chaumière un concert extraordinaire. La petite fée chante à tue-tête et se met à danser, à tourner, à virevolter au rythme de la mésange, elle danse, danse, danse … et subitement, sans comprendre, elle se retrouve près de la mésange au bord de la lucarne. Elle réalise alors qu'elle vient de voler : elle SAIT voler ! La petite mésange lui propose :

  • Viens petite fée, allons voler dans le ciel, tu verras : c'est merveilleux !
  • Mais, je n'ai pas le droit ! Et puis c'est ...dangereux.
  • Bien sûr que non ! Mais devant l'air catastrophé de la petite fée, elle rajoute : ce n'est pas grave, continue à danser !

La mésange reprend donc son chant avec la petite fée qui, à nouveau les pieds sur terre, danse, toute heureuse en songeant à son nouveau pouvoir. Perdue dans ses pensées, elle ne l'entend pas, lui, arriver ! La porte s'ouvre brusquement. L'homme est face à elle, le visage fermé, il a l'air en colère. D'une voix sèche il ordonne :

  • Ferme cette lucarne ! Cette maison est pleine de courants d'air et tu vas tomber malade !
  • Oui, répond la petite fée.

Noëlle Fargier

La petite fée, une nouvelle en trois parties signée Noëlle Fargier
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"Toujours aussi jolie", dernier épisode du feuilleton signé Carine-Laure Desguin

28 Septembre 2014 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Feuilleton

Episode IV : Rue Léon Bernus, numéro 68

Qui ? Qui a glissé ce courrier dans sa boîte aux lettres ? En quelques secondes, tout se confond dans sa tête, des images se chevauchent, le visage de l’inconnu, fantôme de Marcus, et ce carton sur lequel elle lit : Toujours aussi jolie. C’est vrai que cette ville n’est pas une mégapole, que Virginia traîne dans les rues plusieurs heures par jour et que les rumeurs roulent aussi vite que des billes sur un trottoir. Virginia relève la tête et observe tout ce qui bouge autour d’elle, comme si l’auteur de la missive (elle n’imagine pas un seul instant que ce soit une femme) attendait béatement, accoudé au bar, un verre de bière devant la tronche. Ensuite, son regard dévie du côté de la fenêtre. Dans la rue de Marcinelle, à cette heure, ça défile. Chacun déboule, un sandwich entre les dents. Personne ne tourne la tête vers la grande fenêtre de La quille…

— Hello, Virginia !

Virginia sursaute, elle qui croyait tout spéculer autour d’elle se laisse surprendre par l’arrivée de Piet.

— Oh Piet, j’étais perdue dans mes pensées !

— Virginia, dit-il tout en se penchant pour l’embrasser, tu es toujours aussi jolie…

Un silence, un blanc, un malaise.

Virginia ressasse les trois mots, les mêmes que ceux qu’elle vient de lire sur le carton. Elle décide de ne pas tergiverser et de trancher. À la minute.

— C’est donc toi, sacré coquin !

— Moi ? Moi ? dit Piet, l’air étonné, tout en s’asseyant en face de Virginia et en pointant son index en plein milieu de sa poitrine, sur un des grands boutons noirs de son manteau de cuir. Qu’est-ce qu’il a encore fait, ce drôle de Piet ? rétorque-t-il en ricanant.

— Arrête, c’est toi ! Tu m’as vue déambuler dans les rues il y a deux ou trois jours et tu m’as suivie. Tu as ensuite glissé ce carton dans ma boîte aux lettres…Mais si c’est toi, ce n’est pas grave…De toute façon, ce n’est pas grave, même si ce n’est pas toi…Disons que tout simplement, je voudrais connaître l’auteur de ces trois mots !

À ce moment, elle tend à Piet le carton aux lettres couleur rose bonbon.

Piet prend un air sérieux et ne voit même pas le garçon qui s’approche de la table.

— Bonjour, que prenez-vous ?

— Oh, excuse-moi, un déca, merci !

Piet retourne le carton, rien au verso, et pas de signature.

— Rien de mal à cela…Quelqu’un pense que depuis ces dernières années, tu n’as pas changé, tu es toujours aussi jolie, voilà tout ! Tu ne dois pas mener une enquête policière pour ces trois mots ! Qui disent la vérité…Tu es toujours aussi jolie ! Une jolie frimousse !

— Oui, tu as raison, je deviens parano…Mais il n’y a pas que ça !

— Oh la, du calme ! Tu débarques dans la ville après plusieurs années d’exil…Et il t’arrive déjà des trucs…C’est vrai que…

Et de grandes vagues de tristesse traversent le bleu de son regard. Piet a passé de longues soirées avec Marcus et Virginia, et il a aussi partagé leurs projets, toutes ces heures de folie…

— Je devine à qui tu penses…Moi aussi, je ne cesse de penser à Marcus ! Piet, Marcus est-il mort ?

— Tu rigoles ou quoi ?

— Non, je ne rigole pas, justement…

En deux secondes, Virginia flanque sous le nez cette fameuse photo, celle où le visage de Marcus est presque visible. Piet ne lâche pas l’appareil. Il pâlit et reste muet.

— Alors, troublant, pas vrai ?

— Ça ne veut rien dire, ce n’est qu’un visage aux traits vraiment très flous, parmi la foule...

— Je suis folle, c’est ça ?

— Non, je n’ai pas dit ça…Ecoute, Virginia…Tu veux venir chez moi, ce soir ? On sera plus à l’aise…

— Si tu veux, ce sera mieux qu’ici, oui. Tu habites toujours cette rue coupe-gorge, derrière le boulevard Tirou ?

— Non ! J’habite rue Léon Bernus, numéro 68 !

— Ok, je vois très bien…

A ces mots, Virginia sent son cœur chavirer. Depuis son retour au pays, rien ne lui sera épargné.

Ce soir-là, Virginia se rend au 68, rue Léon Bernus. Une ancienne maison de maître, juste à côté des maisons que Marcus et elle désiraient acheter afin de les aménager en salles d’expositions. La porte est entr’ouverte…

— Piet ?

— Piet n’est pas encore arrivé, mais rentre, première porte à gauche…

Virginia hésite, son cœur bat la chamade, cette voix…Non ! Ce n’est pas possible ! Virginia se sent paralysée, elle pousse doucement la porte…

— Oh, Marcus, j’en étais certaine !

Après de longues, de très longues embrassades, vient le temps des explications…

— Marcus, ta tombe, pourquoi ces mystères, pourquoi, pourquoi ne m’avoir rien dit ! Comment cela se peut-il ? J’ai tellement souffert !

Marcus s’assoit sur le canapé et entraîne sa belle…

— Juste avant de te rejoindre, j’ai plongé dans la Sambre pour sauver un pauvre type, mais trop tard, il s’est noyé. Mon père s’est arrangé pour reconnaître le corps du type comme étant mon propre corps, afin que je disparaisse pour toujours…Cela l’arrangeait. Moi aussi… Je ne voulais pas que tu vives ta vie avec un con de ma trempe, tu méritais mieux. Mais tu vois, j’ai bossé dur, sous une autre identité… Piet m’a aidé ! On vient d’acheter cette baraque, ce sera une salle d’expos…La semaine dernière, je t’ai vue, tu sortais de ton immeuble. Voilà, tu sais tout.

Virginia reste silencieuse. Elle pose sa tête contre la poitrine de Marcus. Quelque chose vient cogner contre sa joue. De la poche de son mec à elle, elle sort un gros marqueur fluo. Couleur rose bonbon.

FIN

Carine-Laure Desguin

carinelauredesguin.over-blog.com

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"Toujours aussi jolie", épisode 3, un feuilleton signé Carine-Laure Desguin

27 Septembre 2014 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Feuilleton

Episode III : Trois mots, pas un de plus

Ses pas l’amènent jusqu’à la rue de Marcinelle et puis vers le quai de Brabant. Elle se demande alors pourquoi elle fait ce détour pour se retrouver là, à quelques pas de la place Buisset. Le hasard ? Croiser des gens, détecter des visages, revoir Marcus ? Inconsciemment, c’est ça, oui, c’est bien ça. Marcus revit en elle, minute après minute. Quai de Brabant, Virginia s’attarde devant la maison du Hainaut et puis, un peu plus loin, elle remarque un groupe de touristes, ce sont des Japonais, ils ont le regard braqué sur des travaux de démolition et leurs appareils-photos surchauffent à plein tube. Au milieu d’eux, un guide explique qu’ici même, une fois la banque nationale rénovée, un haut lieu culturel verra bientôt le jour. On sait déjà que Yolande Moreau sera la marraine de ce temple cinématographique, ce ne sont donc pas que des promesses ! Virginia reconnaît le guide. Oh oui, c’est lui, cette dégaine, cette gueule moqueuse et provoc, c’est bien le Piet. Piet, ex-taulard, ex-drogué, un pote avec qui Marcus et elle remodelaient le monde…Virginia ne peut s’empêcher de prendre des dizaines de clichés, elle matraque de son flash tous les visages qu’elle croise, même ceux des Japonais. On n’sait jamais…

Piet, elle s’en approche en ne désarmant pas son appareil. Dix ou douze clichés de Piet à chaque pas.

— Virginia ? Virginia ? répète la voix avec un accent flamand.

— Piet!

— Virginia ! Si je m’attendais ! continue-t-il, le sourire aux lèvres.

— Oh Piet ! Piet ! Tu n’as pas changé, ton long manteau de cuir noir...Dis-moi, quelle reconversion mon vieux ! Ça te change de faire la manche sur le pont Baudouin ! Te voilà guide pour la ville de Charleroi ! Tu vois, l’art mène à tout !

— C’est juste pour faire visiter les ruines ! Non, je rigole…Je m’occupe, tu vois…L’art ne paie pas, tu sais bien…Virginia, si tu es libre, on peut boire un verre ensemble, depuis tout ce temps…Mes japonais s’impatientent…Ils n’ont que deux heures à passer ici et ensuite, ils filent vers la capitale ! Dans une heure à La quille, ok ? Tu as le temps ?

— Bien sûre que j’ai le temps ! La quille, c’est rue de Marcinelle, si mes souvenirs sont bons ?

— Bongo !

— Bingo, Piet, bingo !

— Je dis ça exprès, tu te souviens pas de mes conneries à la flamande ?

Virginia est ravie et pour un peu, elle oublierait pourquoi ce petit vent printanier lui pique les yeux. Tout se bouscule tellement, son retour dans cette ville, le visage de cet inconnu qui se confond avec celui de Marcus, et à présent, voilà qu’elle rencontre par hasard ce Piet. La vie prend de ces tournants parfois, comme c’est étrange. Virginia ressent en elle de grands remous, elle pressent, comme si des milliers d’antennes plantées dans son corps faisaient écho avec l’univers en entier, que des changements surviendront bientôt dans sa vie. Un nouvel amour ? Qui sait ? Après tout, être fidèle à un fantôme comporte des avantages, mais aussi, hélas, des inconvénients. Parfois, le soir, la solitude est écrasante…Elle se dit que finalement, ces photos insolites viennent pimenter son destin, que rien n’arrive par hasard, que ce hasard n’existe pas, qu’il n’est que le reflet de nos pensées…

La silhouette de Virginia s’infiltre dans ces rues étroites, ce labyrinthe situé entre le quai de Brabant et le centre-ville, dans lequel viennent se perdre des individus à la recherche d’une fille ou l’autre. Elle tape un œil vers la rue François-Joseph Navez et, au fur et à mesure qu’elle respire les poussières de Charleroi, de grands projets viennent claquer dans son esprit.

— Un mazout, merci ! lance-t-elle au garçon derrière le comptoir.

Virginia jette un œil sur son gsm et se dit que de toute façon, personne ne la contactera. Ses amis de New-York l’oublieront bien vite et ici, qui pourrait l’appeler ? A part le proprio …

Le visage de Marcus réapparaît devant ses yeux, elle sort de sa poche son appareil-photos et elle ne peut s’empêcher de fixer la troisième photo. Qu’elle zappe, se disant que tout cela devenait obsessionnel. L’enveloppe de tout à l’heure est sortie en même temps que l’appareil-photos. Elle l’ouvre. Stupeur ! Non timbrée, et…

Virginia reste bouche bée. Elle avale deux longues gorgées du mazout que le garçon vient de déposer sur la table. Est-ce possible ? Dans l’enveloppe, un carton sur lequel sont inscrits trois mots. Trois mots, pas un de plus. En lettres capitales et au marqueur fluo rose bonbon :

Toujours aussi jolie

Fin épisode 3

Carine-Laure Desguin

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"Toujours aussi jolie", épisode 2, un feuilleton signé Carine-Laure Desguin

26 Septembre 2014 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Feuilleton

Episode II : Marcus est partout, partout

Tout cela s’est passé si vite, si vite. Marcus est mort. Jamais elle n’aurait dû partir deux semaines à Londres cet été-là, jamais. Mais ses vieux avaient insisté, ses résultats en anglais étaient plus que désastreux, tout cela devait changer sinon…Sinon quoi ? La prison ? Le bagne ? La vérité, c’est qu’il fallait par n’importe quel moyen séparer les deux ados. Tout cela devenait infernal, et le petit cercle de bourges auquel appartenait leur parent respectif l’avait décidé. Tous, un soir, chacun le nez vissé dans une aristocratique partie de bridge, l’avaient décrété, il fallait une solution, plus personne ne couvrirait les conneries de ces deux morveux, ces imbéciles avaient dépassé les bornes. Cambrioler les maisons des joueurs de bridge, ceux qui se rassemblaient à la taverne du Prince Baudouin tous les mercredis soir, un comble ! Et de surcroît tous étaient des amis intimes de leur famille, non, c’était insupportable. Tout cela pour l’amour de l’art ! Pour acheter une rangée de maisons rue Léon Bernus et donner du mouvement aux arts graphiques et aux arts plastiques ! Parce que ces maisons étaient couronnées de sgraffites précieux et qu’il fallait préserver ce patrimoine ! Séparer ces deux utopistes, voilà, il fallait les séparer. Ils n’avaient dans leur tête que des idées saugrenues, à mille lieues d’une situation concrète et lucrative. Oh, les Uittebroek n’avaient qu’à envoyer Virginia à Londres durant l’été, ce n’était pas bien compliqué.

Virginia avait accepté car Marcus avait prévu de la rejoindre cinq jours plus tard. Il n’est jamais arrivé. Jamais. En ressassant toutes ses images, Virginia balance le pc de l’autre côté de ce vieux divan de récup, tape ses pieds sur la boîte à bananes qui lui sert de table de salon et elle fume clope sur clope, tout en sanglotant de plus en plus. Elle aurait tellement aimé être aux côtés de Marcus ce jour-là et mourir avec lui, oui, c’est ça, mourir avec lui. Mourir contre lui, comme dans les grandes histoires d’amour. Une fois revenue dans cette ville qui n’était plus pour elle qu’une ville fantôme, Virginia a préféré filer à New-York, une métropole où tout était permis et puis, Marcus et elle rêvaient souvent de cette grosse pomme, juteuse et croquante. Photographier New-York. Flâner dans Manhattan, survivre dans le Bronx. New-York et ses taxis jaunes. New-York qui ne dort jamais. Et aujourd’hui, une fois le rêve américain avorté, la voilà atterrie ici, sur la place Buisset, à Charleroi. Consolation, c’est à deux pas de l’endroit où se situait le Cabaret-Vert, celui-là même où Rimbaud s’installa pour grignoter son jambon-beurre. Un quartier que Marcus et elle fréquentaient, justement à cause de Rimbaud, de ses fantaisies, de son jambon-beurre et de ses longues marches, sous la Grande Ourse.

C’est le mal du pays, le besoin de respirer dans des endroits bien ancrés en elle qui l’ont ramenée ici. La Grande Ourse couvre la planète entière disait Marcus, il suffit de dévisager les ciels car les ciels, ce sont de longs corps qui ne demandent qu’à être caressés par la douceur de nos yeux. Pour mieux conjurer tout ça, tous ces souvenirs, voir plus clair en elle-même et espacer ces flashs d’hier qui lui barrent la route, Virginia s’approche de la grande fenêtre, celle qui s’ouvre sur l’esplanade de la gare. Durant quelques minutes, elle regarde les étoiles et puis son regard se rive sur le pont Baudouin. Elle aperçoit des silhouettes, elle devine des claudos qui font la manche devant les navetteurs, elle veut détailler leurs gestes, leurs mimiques...Marcus est partout, entre deux SDF, sur le pont, devant la gare, Marcus est partout.

Elle se cogne la tête contre la vitre. Et son regard voyage. Tous ces travaux de mégalo, un chantier titanesque, quelle horreur. Cette ville est vraiment devenue une caricature de je-ne-sais-quoi, se dit-elle, pour se ressaisir. A ce moment-là, l’envie de sortir la tiraille. Plus que tout elle veut arpenter les rues, toutes les rues. Elle jette un œil sur le tas de cendres qui s’accumulent dans la boîte de conserve vidée de ses sardines qui fait office de cendrier, enfile le premier sweat venu, passe la main dans ses cheveux roux coupés courts afin de leur donner un soupçon de convenance et en quelques minutes, elle se retrouve dans le hall de l’immeuble. Des publicités dépassent de sa boîte aux lettres, elle les attrape, glisse dans sa poche la seule lettre, déjà une facture se dit-elle, et la voilà dans la rue du Collège. Elle tape le tas de pubs inutiles dans la poubelle, devant la mine indignée d’une petite vieille qui réajuste son foulard couleur léopard. Le regard de Virginia se brouille, ses yeux rougis lui font mal, elle renifle encore et essuie ses morves avec la manche de son sweat bleu clair. Ça lui fait vachement plaisir d’acter dans la rue des petites saloperies comme ça. Pour un peu, et si ces maudites photos n’envahissaient pas ces neurones, elle pousserait sur le bouton de toutes les sonnettes des immeubles, le coup classique…

De ce côté de la ville basse, des dizaines de maisons sont abattues. Un giga centre commercial verra bientôt le jour. En attendant, le quartier ressemble à un ghetto, avec des courants d’air qui déboulent de partout, des graffitis de toutes les couleurs sur le peu de murs qui subsistent (Virginia trouve tout cela fort élégant), et des badauds qui s’extasient sur l’ampleur des dégâts. Sur la Place Albert 1er, le marché du jeudi matin replie ses boutiques. Virginia balaie du regard l’horizon, son sentiment est plus fort que tout et renaît à la vitesse de la lumière. Marcus est partout, partout. Dans les reflets des vitrines, aux terrasses des cafés, partout. Ce visage sur la photo, cet homme qui semblait se cacher derrière un autre ou fuir peut-être, c’était celui de Marcus. Pourquoi l’aurait-elle remarqué si ce n’était lui ?

Fin épisode 2

Carine-Laure Desguin

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"Toujours aussi jolie", un feuilleton signé Carine-Laure Desguin

25 Septembre 2014 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Feuilleton

Carine-Laure Desguin
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Episode I : Ce visage, elle le reconnaît. Est-ce possible ?

Ses petits doigts nerveux clapotent sur le pc et, à mesure que les photos se dévoilent, elle sent monter en elle comme une fièvre, pire encore, sa tête est comme une fournaise ardente, que des pelletées de charbon, lancées à intervalles réguliers, empêcheraient de se refroidir. Ces photos prises hier soir, dans la salle des pas-perdus de la gare du sud, elle les agrandit, les renverse, les triture dans tous les sens. Ce visage, là, au milieu de la foule grouillante, juste derrière la tronche anguleuse d’un grand binoclard, ce visage, elle le reconnaît. Mais est-ce possible ? Non, c’est impossible, complètement impossible ! Et pourtant, ces yeux, qu’elle devine verts et frondeurs, ce regard provocateur…C’est une illusion, un rêve, un désir. Oui, c’est ça, un désir. C’est la projection de son désir qui débarque dans la vraie vie. On a tous été victimes de ce leurre un jour ou l’autre, c’est l’histoire de l’assoiffé qui fantasme devant une oasis, en plein désert…Mais ce visage, non, non, c’est impossible ! La quatrième dimension, les apparitions de spectres, basta ! Nous sommes en 2014, bordel ! La jeune femme se pince, se gifle. Elle visionne encore et encore ces photos, se colle les yeux sur l’écran.

Dans ce grand appart du dixième étage de la tour Centre-Europe, un appart plein de la lumière blanche de ce printemps précoce, Virginia scrute encore chaque millimètre carré de la troisième photo, celle où le grand binoclard courbe un peu le dos et laisse entrevoir l’image moins floue d’un visage, celui de l’homme campé juste derrière lui. A présent Virginia hésite, ses certitudes s’estompent, ses rêves s’effritent et, après ces longues minutes partagées entre exaltation et désespoir, elle se raisonne.

Marcus est mort. Mort. Il ne reviendra plus jamais traîner dans cette ville. Marcus est mort. C’est bien son nom qui est inscrit sur le grand caveau familial du cimetière de Charleroi-Nord, Marcus Stordeur. Un caveau énorme, imposant comme un mausolée, presqu’aussi grand que celui de ces hommes illustres qui ont donné du punch à cette ville, des hommes comme Jules Destrée, Joseph Tirou, et Emile Vandervelde, pour ne citer qu’eux. Les Stordeur n’avaient pas lésiné, comme d’habitude. On est notable ou on ne l’est pas. Marcus, avec ses idées d’anar et ses larcins dévoilés au grand jour leur avait jeté la honte et quelque part, Virginia le savait, ça les arrangeait tous que Marcus disparaisse.

D’ailleurs, quand elle a quitté la ville après la mort de Marcus, elle en mettrait sa main au feu, ils ont tous ressentis un réel soulagement, aussi bien les Stordeur que les Uittebroek, ses parents à elle. Virginia le savait, sa présence, même amputée de celle de Marcus, ça les aurait tous gêné, leur belle réputation aurait perdu de son aura. Des gosses qui crachent sur l’univ et qui postulent pour un art libre, un art pour tous, un art libérateur, ça doit s’éclipser, ça doit se fondre dans le néant ou alors ça doit courber l’échine et rentrer dans les modèles conformes aux idées de la bonne société.

Marcus est mort. Elle se répète cette phrase des centaines de fois. Et des sanglots commencent à l’étrangler. Qu’elle ne peut réprimer. Alors, à la fois furieuse après elle-même et dépitée, elle sort de la poche de son jeans, à la façon d’un mec, son paquet de Marlboro, celui acheté la semaine dernière à l’aéroport. C’est sa première clope depuis son retour sur les lieux de son enfance, trop occupée à déballer ses cartons. Et de plus, s’installer dans cet appart, cela entraîne les sacro-saintes formalités, tous ces papelards inutiles, l’attente dans les bureaux de la maison communale, les mines excédées des employées lorsqu’elles lisent les documents des expatriés…

Presque dix ans que Virginia a quitté le Pays Noir, the Black Country comme lançait Marcus, juste pour agacer ses vieux, pendant le repas dominical. Après la disparition de Marcus, Virginia est partie comme ça, sur un coup de tête, pour en faire baver à ses vieux qui, de toute façon l’auraient enfermée dans ces espèces de maisons de jeunesse pour gosses turbulents. Virginia a préféré trancher elle-même. Elle n’en pouvait plus, elle étouffait. Tous ces endroits qui lui rappelaient les heures passées avec Marcus, ça devenait intolérable. Alors elle s’est tirée, en prenant bien soin de piquer du pognon sur les comptes de ses vieux. Le pire, c’est qu’ils ne l’ont même pas recherchée, cette fille rebelle.

Fin du premier épisode.

Carine-Laure Desguin

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Ys l'engloutie, la suite du feuilleton de Didier Fond

3 Septembre 2014 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Feuilleton

Ys l'engloutie, la suite du feuilleton de Didier Fond

YS L’ENGLOUTIE

Deuxième partie

« Une nuit, n’en pouvant plus, elle entra dans sa chambre et se jeta sur lui. Il la laissa complaisamment l’embrasser, le caresser, puis stoppa les ébats au moment même où Ahès pensait connaître le comble du plaisir. « Tu crois avoir atteint le sommet de la perversion, lui dit-il, mais tes jeux puérils ne sont qu’amusements de petite fille. Tu ne m’intéresseras que le jour où tu commettras vraiment quelque chose de plus grand que ce Mal là. » Et il la mit rudement à la porte.

Cela dura encore quelque temps. Ahès avait perdu tout ce qui pouvait lui rester des quelques lambeaux de sa dignité. Le refus de l’étranger de se livrer à elle la rendait folle, surtout qu’il lui répétait toujours les mêmes paroles : « Trouve autre chose pour m’intéresser. Tes cloaques sont quelconques et tu n’as même pas la saveur de l’eau claire. » Alors un matin, elle abdiqua : « Que veux-tu de moi ? » demanda-t-elle. L’étranger la regarda fixement. Elle était maintenant prête à lui obéir. « Donne-moi ta ville, lui répondit-il. Et je t’aimerai comme tu n’as jamais été aimée. » Elle ne comprit pas d’abord ce qu’il voulait dire. Il précisa : « Je veux comme preuve d’amour la perte d’Ys : vole la clef des écluses à ton père, ouvre les portes. Je serai alors à toi, rien qu’à toi. »

Cette exigence monstrueuse laissa d’abord Ahès sans voix. Elle se mit à trembler. « Non, bégaya-t-elle enfin, non, tu ne peux pas me demander ça. Tout mais pas ça. » « Et c’est pourtant ça que je veux », rétorqua-t-il. L’horreur donna enfin à la Princesse l’intelligence de poser la bonne question : « Qui es-tu ? » Mais, évidemment, la réponse ne leva pas le mystère. « Un homme, dit-il, simplement un homme qui aime le Mal, le vrai et te donneras son amour si tu satisfais à son désir. Ne te prends-tu pas pour la pire des débauchées ? Ne t’imagines-tu pas avoir atteint les bas-fonds de l’abomination ? Tu peux encore tomber plus bas, si tu le désires, ou monter bien plus haut, comme tu voudras. Tes meurtres rituels sont ridicules ; je veux que tu trahisses ton père, ton peuple. La trahison des innocents, la révolte contre Dieu, voilà le sommet du mal. Choisis, mais choisis vite. »

Il savait ce qu’il faisait, ce qu’il disait. Les hésitations de la Princesse ne durèrent que le temps d’un soupir. La nuit suivante, elle se glissa dans la chambre de son père et, profitant du profond sommeil dans lequel l’avait plongé un breuvage versé dans son verre par l’étranger, détacha la clef de la chaîne qui la portait. Puis, elle courut rejoindre son amoureux qui l’attendait sur les digues.

La serrure des portes était inaccessible. Debout à l’extrémité du mur, l’étranger regardait Ahès approcher. Lorsqu’elle fut près de lui, il tendit la main ; elle déposa la clef dans sa paume. « Maintenant, dit-elle, aime-moi. Je t’ai obéi. » « Pas complètement. Les portes ne sont pas ouvertes ; je veux voir la mer déferler sur cette cité et l’engloutir. » Il saisit Ahès dans ses bras. Elle eut tout à coup l’impression de voler ; sans savoir comment, elle se retrouva avec lui à hauteur de la serrure. L’étranger avait glissé la clef entre les doigts de la Princesse ; sans que sa volonté y fût pour quelque chose, elle l’introduisit dans la serrure. « Je n’ai pas la force de la tourner », chuchota-t-elle. « Mais si… » insista-t-il avec une étrange tendresse dans la voix. Elle imprima un léger mouvement de rotation à la clef ; il y eut un déclic, puis un autre et, comme elle aurait ouvert la porte de sa chambre, elle ouvrit avec la même facilité les portes des digues. La mer s’engouffra dans la brèche. En quelques secondes, des milliards de tonnes d’eau s’abattirent sur les bas quartiers.

Ahès n’eut pas le temps de pousser un cri de triomphe. Déjà, l’étranger l’avait lâchée, et elle tombait, elle tombait, elle tombait à la rencontre des flots furieux qui se ruaient sur la cité et l’effaçaient du monde des vivants.

Comment arriva-t-elle malgré tout à échapper à la mort ? Cela non plus, la légende ne le dit pas. Mais une légende n’a pas à tout expliquer et c’est un de ses grands charmes d’être invraisemblable. De même qu’il parait bien improbable que Gradlon ait pu lui aussi survivre à la catastrophe…

Et pourtant, alors que la mer envahit la ville, nous les retrouvons sur un cheval, fuyant à bride abattue ce qui n’est plus qu’une vaste étendue d’eau. La fille est en croupe derrière son père, elle le tient à bras le corps, terrifiée, éperdue ; mais la mer exige sa victime ; la mer et le diable ne veulent pas que leur proie leur échappe. Alors les flots s’agitent, montent, montent derrière les fugitifs, les pourchassent impitoyablement. Gradlon éperonne en vain son cheval, la mer est plus rapide que lui, elle va les engloutir… En un instant, Gradlon comprend comment il peut se sauver : la mer réclame la responsable de cette horreur. Sa fille s’est damnée et il ne peut plus rien pour elle. Il se retourne, lève sa cravache, en cingle le visage et le corps de la Princesse. Avec un hurlement de terreur, elle se débat et, déséquilibrée, bascule dans l’abîme. La mer se retire aussitôt.

Sur une éminence, Gradlon s’arrête enfin et contemple le nouveau paysage. Là où s’élevait autrefois sa cité, il n’y a plus rien, rien que de l’eau, et la mer, calme à présent, tranquille. Le désespoir envahit l’ancien roi d’Ys. Il fuit vers l’intérieur des terres sans se retourner.

Et Ahès ? La mort est une punition trop douce pour elle. Transformée en sirène, devenue Morgane, elle détourne les marins de leur chemin par son chant et les précipite sur les écueils. Il en est ainsi depuis toujours et il en sera ainsi jusqu’à la fin des temps ; ou du moins, jusqu’au jour où une messe de rachat sera célébrée dans une des églises d’Ys l’engloutie. Alors, la malédiction qui retient Morgane dans les flots sera levée, et elle pourra enfin mourir… »

Didier Fond

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Ys l'engloutie, une nouvelle en 2 épisodes de Didier Fond

2 Septembre 2014 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Feuilleton

Ys l'engloutie, une nouvelle en 2 épisodes de Didier Fond

Ys l’engloutie

Première partie

L’Allemagne n’a pas l’exclusivité des villes englouties. La France a aussi sa cité perdue dans les eaux maritimes. Vous connaissez la légende, j’en suis sûr : celle de la ville d’Ys (ou Is). Elle nous vient de la Bretagne. Si vous allez dans cette merveilleuse région, rendez-vous à la Baie des Trépassés. C’est là que, d’après la légende, se serait située la ville d’Ys, perdue par la faute de la fille du roi, nommée Ahès ou Dahut, selon les versions. Franchement, je préfère Ahès parce que Dahut, c’est trop péjorativement connoté, notamment en ce qui concerne une certaine chasse…

Voici une des versions de cette légende : que les puristes bretons me pardonnent s’ils trouvent que je m’égare trop loin du conte originel. Mais au fond, qui la connaît, la véritable histoire d’Ys ?...

« Imaginez, dit le conteur, une ville aux toits d’or. Oui, je dis bien aux toits d’or. Les charpentes des maisons n’étaient pas recouvertes de tuiles, ou d’ardoise, ou de chaume, ou de tout autre matériau vulgaire et commun ; non. La toiture de tous les palais d’Ys était formée d’immenses plaques d’or, fines, appliquées sur les montants de bois et si soigneusement agencées qu’il était impossible de distinguer où commençait et finissaient les plaques. Les murs étaient en marbre blanc. Lorsque le soleil se levait sur la ville, la lumière devenait peu à peu éblouissante. Nul ne pouvait regarder Ys en face sans en devenir presque aveugle.

Belle. Admirablement belle, telle était l’opinion de tous les voyageurs qui s’arrêtaient dans la ville et y séjournaient souvent plus longtemps que prévu, charmés, fascinés par la splendeur des places, des rues, la gentillesse et l’amabilité des habitants. On aurait pu croire en effet que tant de richesse avait pourri le cœur et l’âme des gens d’Ys. Il n’en était rien. L’étranger qui avait réussi à franchir les portes de la ville était accueilli avec raffinement, courtoisie, et politesse, quels que soient son apparence et son niveau social.

Ys était gouvernée par un roi très sage, nommé Gradlon. Bienveillant envers ses administrés, il était aimé et respecté de tous Il était sage parce qu’il connaissait l’âme humaine et savait qu’en l’Homme, le pire côtoie souvent le meilleur. Il savait aussi que l’envie, la jalousie, le désir de posséder d’immenses richesses étaient des passions qui pouvaient éclore dans le cœur de chaque être humain et le transformer en monstre sanguinaire. Il ne craignait rien de son peuple. Les gens d’Ys avaient la richesse, la gloire, la beauté ; ils étaient heureux, ils aimaient leur ville et s’aimaient entre eux. Pourquoi auraient-ils cherché à détruire tant de perfection ?

Mais il y avait l’extérieur. Et c’est de là que pouvait venir le danger, Gradlon en était tout à fait conscient. Aussi les portes de la ville étaient-elles toujours fermées, même pendant la journée. N’entraient dans Ys que ceux qui avaient pu prouver leurs intentions pacifiques ; aucune arme n’était admise dans la cité. C’était surtout des marchands nomades ou des cavaliers solitaires qui y faisaient halte.

Gradlon mettait donc tout en œuvre pour assurer la sécurité de sa cité. Mais cette dernière avait un point faible : construite au bord de la mer, elle n’était protégée des assauts de l’océan que par d’énormes digues. Ce mur cyclopéen, de plus de vingt mètres d’épaisseur, plus haut que le Palais Royal lui-même dont les tours dominaient les toits, bordait le côté maritime de la ville. De gigantesques portes en fer renforçaient l’endroit le plus exposé et c’était ces portes qui inquiétaient Gradlon. Nul être humain pourtant n’aurait pu les ouvrir, d’une part à cause de leur énormité et de leur poids et d’autre part parce que la clef de ce que Gradlon nommait « les écluses » ne quittait pas son cou auquel elle était suspendue par une chaîne d’or.

Gradlon craignait les hommes mais il craignait surtout les puissances surnaturelles. Bon chrétien, il se rendait tous les jours à l’office, dans la chapelle du palais, priait régulièrement Dieu, pratiquait la charité, était bon avec ses semblables. Mais il avait en lui la prescience que le Diable ne tarderait pas à venir mettre son nez dans ses affaires pour le simple plaisir de détruire une si belle réussite.

Ys avait un autre point faible : sa Princesse, Ahès, la fille de Gradlon. C’était une débauchée, une perverse, qui passait ses nuits dans le quartier des tavernes et des bouges qui fleurissaient sous les digues. La majorité des habitants d’Ys étaient des gens vertueux qui suivaient les préceptes de l’Evangile ; mais dans toute communauté, il y a des renégats, et Ys n’échappait pas à la règle. Le « bas quartier des digues » renfermait une population d’ivrognes et de prostituées que la Princesse fréquentait sans vergogne, au grand désespoir de son père qui n’ignorait rien des orgies et autres abominations auxquelles elle se livrait dans ces repaires de pouilleux et de blasphémateurs.

Un jour, un bel étranger demanda à entrer dans Ys. Il avait fière allure sur son cheval noir. Il déposa volontiers ses armes avant de franchir les portes et se fit conduire au palais où il demanda audience au roi Gradlon. Il se présenta comme le fils d’un seigneur français ; il avait de belles manières, un air noble, une voix agréable. Ses paroles coulaient de ses lèvres comme une fontaine de liqueur et de miel. Gradlon fut charmé de tant de courtoisie et de raffinement et le pressa de rester quelques jours dans la ville où il serait son hôte. Alors que le jeune homme allait se retirer dans les appartements que Gradlon avait fait préparer pour lui, Ahès entra dans la salle du trône. Le Roi se vit obligé de faire les présentations, bien qu’il n’en eut guère envie, connaissant sa fille et la façon dont elle « traitait » les étrangers, surtout lorsqu’ils étaient beaux et bien bâtis.

Vous pensez bien que la Princesse ne resta pas insensible à l’allure de ce jeune cavalier. Elle déploya tous ses charmes pour le séduire et sembla parvenir à ses fins sans trop de peine. Il faut dire qu’Ahès était très belle ; mais, dit la légende, sa beauté était flétrie par sa luxure ; au fond de ses yeux luisait une flamme sensuelle et perverse, une fièvre mauvaise la faisait constamment frissonner. Elle était toujours vêtue d’habits écarlates, le rouge de sa robe cachant ainsi les taches du sang qui l’éclaboussait lors des rites impies auxquels elle se livrait.

Elle entraîna le jeune étranger dans ses débauches, le conduisit dans les infâmes bas quartiers sous la digue. Et tandis qu’elle participait activement aux orgies, lui restait assis dans son coin ; il regardait en silence, les bras croisés sur la poitrine, l’air à la fois amusé, intéressé et méprisant. Cette attitude hautaine enflamma davantage les sens et le cœur de la Princesse. Elle se mit à l’aimer, follement ; cette passion soudaine la dévorait nuit et jour, et cela d’autant plus fortement que l’étranger gardait ses distances, ne lui accordait aucune caresse, aucun baiser, aucune réelle parole d’amour. Elle cherchait un dérivatif dans des amusements de plus en plus barbares, de plus en plus impies. Mais plus elle se perdait dans ses débordements, plus l’étranger semblait devenir lointain. »

(A suivre)

Didier Fond

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A deux pour la vie, le dernier épisode du feuilleton de Carine-Laure Desguin

21 Juin 2014 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Feuilleton

A deux pour la vie, le dernier épisode du feuilleton de Carine-Laure Desguin

Episode 4 : Dans la galerie d’art…

— Monsieur Leclerc ? Ah oui, monsieur Leclerc a pris son repas très tôt ce matin, je suis désolé mademoiselle ! affirma le garçon de salle en s’affairant pour réassortir le buffet.

— Bien, bien…

— Déposez le livre à la réception ou attendez jusqu’à ce soir, monsieur Leclerc passera encore une nuit ou deux dans cet hôtel !

— Ah, très bien alors !

Une grosse pelote couverte d’aiguilles lui traversait la gorge. Son cœur était meurtri et un grand vide lui signalait qu’elle, Estelle Debierge, venait de sombrer dans un romantisme qui ne lui ressemblait guère, et c’est bien cela qui la tracassait. Le visage de Medhi Leclerc s’était imprimé devant ses yeux et son sourire ne cessait de la regarder. Il lui semblait qu’elle le voyait partout, sur les trottoirs, dans le métro, sur les façades des immeubles, partout.

Au cimetière de Montmartre, elle prit de nouveaux clichés mais ne découvrit plus rien de palpitant. Elle semblait porter moins d’intérêt à la tombe de « La Goulue », et à tous ces artistes que l’on enterrait la nuit. Est-ce vraiment ces balivernes qui attireraient l’attention des adolescents ? Toute la journée, elle traîna les pieds sur le boulevard de Clichy, et c’est avec toutes les peines du monde qu’elle grimpa vers le haut de la butte. Dans la rue Gabrielle, une rue assez calme, elle vit qu’on débarquait d’un camion de très grandes fresques et ce déménagement attira son regard. Elle s’approcha et, à travers une des larges fenêtres, elle s’aperçut qu’une nouvelle galerie d’art prenait ses quartiers. A l’intérieur, deux hommes s’affairaient, ils calculaient des hauteurs, se passaient des cimaises, discutaient en montrant les fenêtres, sans doute des discussions par rapport à la luminosité. Cela distrayait Estelle mais soudain, sa respiration se coupa net. Était-ce possible ? Là, entre les tableaux, les rouleaux de papiers et toutes sortes d’outils, l’étreinte d’un homme et d’une jeune femme. Cette chevelure, ce dos, cette silhouette…Le couple se retourna et elle ne pouvait se tromper ! Cet homme qui embrassait goulument cette gamine, c’était …Medhi Leclercq ! Elle vit les yeux de braise de l’homme qui lui avait fait la cour toute une soirée ! Elle ne reconnut pas sa veste de tweed mais qu’importe. C’était donc ça, les quelques jours à Paris, chaque mois ! Monsieur ouvrait une galerie d’art et monsieur n’était pas libre !

Estelle pleurait de rage. Au lieu de grimper jusqu’à la butte, elle dévala quatre à quatre les petites rues et tous leurs escaliers, elle ne voyait plus rien, sa vue se brouillait. Essoufflée et en pleurs, elle rentra au café des Deux Moulins. Et ne s’assit pas ! Sous le regard consterné des clients, elle s’éclipsa et déambula presque toute la nuit dans les rues de Montmartre, aveuglée par ses sanglots et toutes sortes d’autres sentiments qui lui passaient par la tête. Vers trois heures du matin, elle s’écroula sur son lit et prit l’oreiller à témoin. Elle pleurait encore et s’en voulait d’être tombée dans le panneau, dans cette fameuse comédie qu’était l’amour. Elle, une fille intelligente et carriériste, pourquoi avait-elle dérogé de sa ligne de conduite ? Elle regarda le stylo que ce malhonnête avait eut l’audace de lui rendre, la veille au soir. Elle se souvint que ce matin encore, elle avait embrassé le stylo, cet objet qui avait frôlé la main et sans doute une partie du corps de Medhi Leclerc. Elle passa de longues heures à pleurer de rage et le lendemain matin, le miroir lui renvoya l’image d’une fille au visage déconfit qui n’avait pas fermé l’œil de la nuit.

— Bonjour Estelle, je vous ai attendue, hier soir…

Estelle mordillait dans son croissant, buvait une gorgée de café, elle se demandait ce qu’elle allait pouvoir répondre à ce Medhi Leclerc. Elle avait envie de le gifler et d’envoyer valdinguer dans son visage café, lait et confiture. Mais il lui sembla tellement irrésistible, là, debout devant elle, dans son beau costume de tweed et elle vit une telle interrogation au fond de ses yeux – presque du désarroi –, qu’elle se décida :

— J’ai pensé qu’après une journée comme celle que vous avez subie hier, vous aviez bien mérité votre repos…

— Permettez-moi, dit-il d’un air consterné et en prenant place juste en face d’Estelle, je ne comprends pas….Hier….Hier…

— Oui, hier, interrompit-elle et, reprenant ses esprits, hier, vous étiez tellement occupé dans cette galerie d’art, rue Gabrielle, que…

— Oui, hier ! J’ai passé la journée à enlever d’un gigantesque camion des peintures de toutes les grandeurs afin d’accélérer la mise en place de la nouvelle galerie d’art de mon frère…

— Votre frère ?

— Oui, mon frère jumeau, Joachim ! Il est artiste peintre et le vernissage de sa nouvelle galerie aura lieu la semaine prochaine ! Et j’ai l’impression d’être le seul à travailler, je viens plusieurs jours par mois à Paris, pour l’aider ! J’en délaisse même ma propre galerie de Lille ! Et le gredin, pendant que je m’affole avec toutes ses toiles, il passe tout son temps à courtiser sa nouvelle compagne ! Sous mes yeux !

— Oh, je comprends tout à présent ! Si vous voulez, asseyez-vous donc ici… ….Nous avons pas mal de choses à nous raconter…

Medhi caressa la main d’Estelle pendant tout le temps que celle-ci lui raconta, soulagée, la vérité sur ce voyage à Paris.

Rue Gabrielle, quelques jours plus tard…

Dans la grande salle, les invités embrassaient de leurs regards émerveillés les peintures signées Joachim Leclerq, de grandes fresques aux paysages surnaturels. Les portes étaient ouvertes et s’infiltrait à travers la foule un léger et délicieux vent printanier.

— Et si on rentrait à l’hôtel ? murmura la voix sensuelle de Medhi.

— Oui, répondit Estelle, avec de jolies flammes très coquines au fond des yeux…

Ce soir-là, arrivés devant les portes de l’ascenseur, les amoureux se blottirent dans les bras l’un de l’autre. En espérant prolonger cet instant pour l’éternité.

Carine-Laure Desguin

http://carinelauredesguin.over-blog.com

A deux pour la vie, le dernier épisode du feuilleton de Carine-Laure DesguinA deux pour la vie, le dernier épisode du feuilleton de Carine-Laure DesguinA deux pour la vie, le dernier épisode du feuilleton de Carine-Laure Desguin
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