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Texte n°2 "Les petits papiers de Chloé"

Publié le par christine brunet /aloys

Texte n°2 "Les petits papiers de Chloé"

POUR JUSTINE


Justine, jusqu'à la fin de ta vie, tu te souviendras de ce premier courrier anonyme trouvé dans ta boîte aux lettres. C'était un simple cœur rouge découpé dans un carton, glissé dans une enveloppe rouge sur laquelle était collée une étiquette "Pour Justine". Avant de découvrir le contenu, tu as pensé que c'était une carte envoyée à l'occasion de la fête des secrétaires puisque c'est le poste que tu occupes à l'école Marie Curie. Quand tu as vu, tu as imaginé que c'était un amoureux timide qui s'adressait à toi. Tu as vingt-cinq ans, tu es fiancée à Vivien, tu es jolie, enjouée et sociable. Tu as envisagé une dizaine de noms et tu as souri. Tu as rangé le carton dans le premier tiroir de ton bureau. Tu as commencé alors à considérer quelques collègues, voisins et même un élève redoublant de terminale d'un regard neuf. C'était comme une devinette qu'il te fallait résoudre. Tu étais vigilante, mais considérais les choses d'un œil amusé. Ce qui était sûr : l'inconnu connaissait ton adresse et n'avait pas eu besoin de recourir aux services de la Poste.


Puis il y a eu l'enveloppe rose avec un bouquet de fleurs découpé dans la couverture glacée d'un magazine de décoration que tu connaissais bien, car tu le lisais parfois chez ton coiffeur. Tu as souri de nouveau et cet envoi a rejoint le premier. N'était-ce pas charmant ? Naïve Justine !


Ensuite il y a eu l'enveloppe noire avec la photo d'un couteau de chasse. Au verso, tu as lu "Chaque jour, le risque est présent". Là tu n'as plus souri. Il ne pouvait plus s'agir d'amour, mais de haine, de vengeance, peut-être de déception amoureuse mal assumée. Tu as pensé à des histoires anciennes, à des garçons dont tu avais repoussé les avances. Tu as eu envie de t'épancher. Mais auprès de qui ?

 

Une semaine plus tard, c'était une enveloppe blanche et d'autres menaces : "Si tu ne romps pas avec Vivien le pire t'arrivera !" C'était écrit en lettres noires découpées dans un quotidien. Le collage assez artistique était agrémenté çà et là de cœurs et de ballons multicolores. Il ne s'agissait donc plus d'histoires anciennes. Parler à une autorité et non plus à un ami devenait impératif. Tu hésitais pourtant à te rendre au commissariat. Comment allais-tu être reçue ? T'accorderait-on une attention réelle ? Le hasard a placé sur ta route Daniel B., inspecteur de police, ancien voisin.

 

Tu as abordé Daniel. Il n'était pas en service. Tu lui as proposé de venir boire un café avec toi pour lui parler de ton problème. Tu lui as expliqué ta situation : Tu côtoies beaucoup de gens. Tu es suis fiancée à Vivien qui travaille actuellement à l'étranger. Vous communiquez par skype, vous ne vous rencontrez que toutes les six semaines et comptez vous marier quand il retravaillera au pays. Tu n'éprouves aucune difficulté de relation avec qui que ce soit au collège ou dans ton voisinage. Tu ne tiens pas à entreprendre une démarche officielle. À vrai dire, tu ne crois pas que cela puisse aboutir et sera pris au sérieux.


Daniel t'a conseillé de porter plainte en cas de nouveau message, ce qui selon lui risquait de se produire. Il t'a assuré que la police considérait toujours avec prudence les lettres de maître-chanteur.

 

Plus tard, est venu une nouvelle missive : "Romps. Sinon…" Une part de tes certitudes se perdait, tes points d'appui étaient moins fermes. Cette fois, tu as décidé de te confier à la sœur de Vivien.

 

"Montre-moi le message…"

 

Ce fut rapide !

 

"Ne cherche pas plus loin. Pour moi, c'est clair. C'est Pierrick, mon jeune frère. C'est un ado complexé, mal dans sa tête, mal dans ses baskets et sans doute un peu amoureux de toi. Maintenant, je ne suis pas certaine à cent pour cent !"

 

Trois messages et quelques semaines plus tard, tu as retrouvé Mozart ton vieux chat mort sur le pas de ta porte… Coïncidence, tu as croisé Pierrick avec des traces de griffure sur les mains.

 

À partir de là, il n'y a plus eu de lettre. Mais tu as reçu l'un ou l'autre appel sur ton téléphone. Tu décrochais, tu entendais une respiration et quelques mots à peine audibles avant qu'on ne raccroche.


Finalement tout s'est arrêté et tu as songé : "Tiens, Pierrick s'est déniché une copine et c'est fini !"

 

Aujourd'hui, matin de ton mariage, dans ta boîte aux lettres, une enveloppe avec une étiquette "Pour Justine". À l'intérieur, des cœurs rouges, une photo de chat encadrée d'un trait noir, le mot pardon et en guise de paraphe, un simple "P" au graphisme complexe…

 

À la fin du banquet, comme le veut la tradition, les invités signent le menu des mariés. Dans un coin, tu aperçois l'initiale P que tu ne reconnais que trop bien. Le menu arrive devant toi. Tu lis le nom, Patricia, ta belle-mère…


 

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Texte n°1 Concours "Les petits papiers"

Publié le par christine brunet /aloys

Texte n°1 Concours "Les petits papiers"

La cité des enfants oubliés

 

De tout temps, de tout pays, les gens ont craint pour leurs enfants.

Que le malheur les emporte au détour d’une rue, d’un instant, d’une rencontre.

De tout temps, de tout pays, les petits d’hommes grandissent au sifflet de la même recommandation : « Il ne faut jamais parler aux inconnus ! »

Les mères et les pères s’inquiètent. Les enfants, bien souvent, trop peu.

 

C’est ainsi que l’imprévisible surgit dans la vie du petit Sully.

Par un jour de printemps, doux et clair, au souffle léger parfumé de pollen, on aperçut un étranger aux quatre coins du village de l’enfant.

Assis sur un banc de jardin public. Aux portes d’une cour de récréation.

Marchant, d’un pas lent, les mains croisées dans le dos.

Peut-être serait-il passé inaperçu s’il n’avait pas eu cette étrange apparence. Sans âge, imberbe, tout de gris vêtu. Sur son visage, accroché un sourire, presque figé, comme un collier de perles au cou d’une jeune fille.

Sully était un garçon réservé. C’est sur lui que l’homme jeta son dévolu.

 

La fin des cours retentit.

Tour à tour, les écoliers traversèrent pour retrouver les bras ouverts de leurs parents. L’enfant d’une dizaine d’année se retrouva rapidement seul sur les marches de l’entrée principale. Dans son dos, la porte se ferma à double tour. La directrice ébouriffa ses cheveux et d’un simple « tes parents ne vont probablement pas tarder, Sully », elle disparut à son tour.

Sully resta seul un long moment, seul sous un ciel coloré d’oiseaux, plus nombreux et bien plus proches que de coutume.

En ce jour de printemps, doux et clair, au souffle léger parfumé de pollen, leurs chants semblaient vouloir égayer le silence.

L’étranger tout de gris vêtu arriva aux pieds de l’enfant, il s’accroupit et le regarda comme jamais personne ne l’avait regardé.

« Sully, tu veux bien venir avec moi ? »

Le lendemain, aux premiers rayons du soleil, une lettre attendait d’être lue.

 

Les parents de Sully étaient loin d’être fortunés : ce ne fut donc pas une demande de rançon. Et, ils n’avaient aucun ennemi connu : ce ne fut donc pas un aveu de vengeance.

Par contre, le ciel en était témoin, coupables ils étaient tout deux de bien des méfaits. De ceux qui restent gravés dans les murs et les cœurs des enfants.

Voici ce que contenait ladite lettre :

Chaque enfant mérite protection.

Ce que Sully subit, chaque jour, devrait être lourdement puni mais en rien, ceci ne réparerait les blessures qu’il porte en lui. Alors, s’il vous reste une once de raison, acceptez ma proposition : renoncez à votre tutelle parentale en signant en bas de cette lettre, ou, en l’espace de quelques battements d’ailes, vous serez arrêtés. Jugés et écroués, assurément, pour les coups et sévices innommables dont je connais et peux prouver chacune des horreurs.

Six bourses de pièces d’or accompagnaient l’écrit.

Hébétés, mère et père se jaugèrent un instant. Puis, apposèrent leur signature. Juste en dessous de la mention Grand bien sera fait à votre enfant.

Dès la pointe du crayon retirée du papier, sous des yeux ahuris, le feuillet s’émietta jusqu’à ne plus être que poussière luisante. Elle se propagea, évanescente, avant de totalement disparaître. Quelques fines particules imprégnèrent l’esprit des signataires, puis celui de chacun des villageois, effaçant le souvenir de l’enfant.

Sitôt, Sully devint un enfant oublié.

 

 

Main dans la main, l’étranger tout de gris vêtu emmena Sully à travers villes et campagnes. Une marche de six jours et six nuits.

Aux pieds de l’école, quand les deux regards s’étaient croisés, instantanément, comme par le fait de la grâce, ils avaient su lire l’un en l’autre. Sully n’avait pas su dissimuler les brisures de son âme et l’étranger, ou plus justement le moine-chanteur, lui avait offert le miracle des cieux, des saisons et des lumières.

 

Durant leur voyage, ils se nourrirent de graines de courges, d’anis et de nigelles et burent de l’eau de gourde inépuisable.

Plus les jours passaient, plus leurs compagnons de route à plumes se multipliaient. Merles, passereaux, hérons et rossignols. Chouettes, pélicans et mouettes. Le cortège aux mille couleurs semblait ouvrir le chemin. Ou était-ce le contraire ?

A mi-parcours, le moine-chanteur et l’enfant firent une halte dans un village de pierres blanches. Une protection était à offrir à nouveau. La même lettre, la même mention Grand bien sera fait à votre enfant, suivie de deux paraphes coupables. Clara, aux grands yeux verts, serra plus fort encore la main du moine-chanteur tout au long du chemin.

Chaque soir, à la tombée de la nuit, souvent en lisière de clairière, toujours à l’abri d’un mont ou d’une simple roche, ils s’allongeaient tous les trois à même le sol, blottis les uns contre les autres tels deux oursons dans la fourrure d’une ourse aimante.

 

Puis vint le dernier jour de marche. Le jour de l’équinoxe de printemps.

Précisément à la seconde où les deux hémisphères de la Terre se retrouvent éclairés de la même façon, le moine-chanteur posa sa main à la surface d’une immensité rocheuse. Finement rugueuse et striée à l’image d’une peau de pachyderme. Si les enfants avaient fait de même, ils auraient ressenti les incroyables battements de vie de la roche-animale.

Une ouverture offrit un passage aux pèlerins.

Ce qui se révéla à eux fut infini de beautés. Une forteresse à ciel ouvert.

Nichée dans la roche, la cité des enfants oubliés regorgeait de merveilles. Luxuriante était la végétation. Enchanteresse, la pierre. Energisante, les sources d’eau. Fantasmagorique, les arbres fruitiers et parterres de comestibles. Des fleurs et oiseaux par milliers.

Un groupe d’enfants, de tout âge, accompagnés de moine-chanteurs, vinrent à leur rencontre. « Soyez les bienvenus, les enfants ! ».

Les premières nuits furent les pires, entièrement hantées par les souvenirs passés. Il fallut quelques semaines pour enfin profiter d’heures de sommeil continu.

 

Tandis que les matinées prodiguaient les enseignements, les après-midis appelaient à l’oisiveté. Lettres, Mathématiques, Sciences et Histoire. Sans oublier, loin s’en faut, la médecine par les plantes et l’observation du ciel et de ses constellations. Mais, par-dessus tout, ce qui ravissait le plus les enfants de la cité n’était autre que l’apprentissage des chants d’oiseaux. Ah, les oiseaux ! La compagnie de ces derniers ne manquait d’ailleurs pas de vertus : au bout de quelques mois seulement, Sully riait en découvrant l’escalade à l’envers de la sitelle torchepot ; Clara, elle, se prenait de tendresse pour les si petits roitelets. Et que de fééries ! Dans les bassins d’eau douce, poussaient en leur fond les pièces d’or qui servaient aux moine-chanteurs. Dans leur chute, se métamorphosaient la pluie et la neige en graines, ensemencées aussitôt par une terre d’une douce tiédeur.

Petit à petit, les esprits s’apaisaient.

Petit à petit, chacun réapprenait à vivre et, sans crier gare, tout redevenait possible. Rire, chanter, danser, aimer, rêver. Comme n’importe quel enfant.

Les amitiés naissaient ; les premières amours se chuchotaient.

En grandissant, tout comme le regard posé sur les jeunes filles, celui envers les oiseaux se mettait à changer. L’envie au-delà de la tendresse. Celle de voyager et de vivre le monde…

L’heure de prendre son envol pointait le bout de son nez.

 

C’est dans la vingtième année qu’il était de coutume de quitter le nid.

Tout comme l’équinoxe était le moment de l’arrivée, le solstice d’été était celui du départ. La veille au soir, on festoyait à foison : tous dansaient, chantaient, riaient autour d’un immense feu de joie aux poussières luisantes qui s’envolaient écrire sur les registres l’existence retrouvée des anciens oubliés.

Au matin, plus nuageuse était l’heure des adieux.

Les poches ankylosées de pièces d’or mais le cœur serré, dans les bras de son moine-chanteur, l’adulte en devenir gémissait, intérieurement, s’évertuait à ne pas pleurer jusqu’à ce que d’une phrase, le moine-chanteur l’y autorisa :

« Pleure, mon enfant, il n’y a pas plus belles larmes que celles qui noient le chagrin dans la joie.»

Ainsi, commençait leur chant de liberté…

 

Si un jour, votre chemin croise celui d’un ancien enfant oublié, peut-être saurez-vous déceler dans son regard, l’infime brisure d’âme dissimulée sous une incroyable force de vie.

Quelques fois, ils plongent leurs yeux dans les cieux pour mieux décrypter le chant des oiseaux.

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Concours "les petits papiers de Chloé" texte n°8

Publié le par christine brunet /aloys

Souvent femme varie…

C'est un vendredi d'hiver qu'a eu lieu l'enterrement de Nelly. Il n'y avait guère grand monde pour consoler François, son fils unique. Seule Simone, sa voisine de toujours, trois collègues et quelques vieilles grenouilles de bénitier avait bravé la pluie glaciale pour assister à l'office. Au cimetière, on avait rapidement descendu le cercueil de Nelly et on l'avait placé sur celui d'Auguste. Le couple était enfin réuni pour toujours…

Fin janvier, François a pris quelques jours de congé. C'est que la brave Nelly est morte inopinément et qu'il y a des choses à faire d'urgence, récupérer les choses comestibles, jeter les produits entamés. François débute la besogne avec courage.

Après la cuisine et la salle de bains, François s'attelle à ce qu'il croit être la partie la plus dure, le salon et son grand buffet. Deux heures, il ne lui faut pas plus de deux heures pour vider le meuble et décider de ce qu'il garde et ce qui sera donné à une bonne œuvre. Il remplit une grande caisse de carton avec quelques pièces d'argenterie qui faisaient la fierté de sa mère et de son père, un beau vase de cristal et des assiettes chinoises qu'on a toujours prétendu valoir une fortune et qu'on ne sortait qu'aux grandes occasions…

Françoise ouvre les tiroirs à la recherche de souvenirs mais aussi des papiers importants. Oh, elle n'était pas bien riche, Nelly, mais vous savez l'administration a de ces lubies ! Il entend encore son père lui dire : "Les choses importantes sont dans l'armoire du bureau. Lorsque nous seront morts, ta mère et moi, tu n'auras pas à chercher bien loin !" Ah, cette fameuse armoire à laquelle il n'avait jamais eu accès… Il trouve tout méthodiquement rangé. Merci Papa et merci Maman !

Le lendemain, il ne reste à trier que la chambre à coucher. C'est dans la table de nuit qu'il découvre une bague inconnue ornée d'un joli diamant. Qui a bien pu offrir cette bague ? Quand et à quelle occasion ? À l'intérieur, une année gravée, juste un an après le décès d'Auguste, son père. À cette époque, François était au pensionnat et sa mère avait probablement fait la connaissance d'un homme riche… Ami, amant ? Qu'importe. À moins de cinquante ans, Nelly avait bien le droit d'encore un peu profiter de sa vie.

François a vite fait d'oublier la bague car le poste de directeur commercial va être vacant dans son entreprise et il espère bien être nommé. Hélas, c'est Pierre, son collègue, celui qui travaillait juste en face de lui qui est désigné. Pierre, un orgueilleux, Pierre un arriviste, qui a bien manœuvré.

François est désespéré et l'arrivée de Valérie en face lui rend peu à peu le moral. Valérie est enthousiaste, extravertie et a le même âge que François. Au fur et à mesure des semaines, Valérie s'intéresse à François et, fait extraordinaire, François s'intéresse à Valérie !

Les pauses-café se multiplient et François parle de la maison familiale, de son désir d'y habiter. Un soir, il propose à Valérie de venir la visiter. Il s'entend lui dire : "Si cela te plaît je te raconterai un conte du pays qui se passe dans un cimetière." Valérie rit de bon cœur à l'idée. Valérie est emballée par la maison. Elle la trouve jolie, bien située, pas vieillotte pour un sou contrairement à la description de François. Il y a un beau grand jardin. Certes, la cuisine est sombre mais Valérie a tôt fait de décréter qu'en agrandissant la fenêtre existante ce serait vraiment top ! En deux temps, trois mouvements, Valérie a tout décidé, elle a tout prévu…

La seule chose qu'elle n'a pas prévu c'est que dix minutes plus tard, ils seraient assis dans le vieux canapé, un verre à la main et qu'après un tendre baiser, François se lèvera et lui demandera de fermer les yeux.

"Une surprise pour toi, dit-il en lui passant la jolie bague au doigt… À présent, tu peux regarder…

- Elle est superbe, mais…

- Il n'y a pas de mais ! Considère ceci comme une demande en mariage !"

Valérie, pour la première fois, reste muette. Mais quelques jours plus tard, elle fait expertiser le bijou. Heureuse surprise. Il vaut très cher, très cher...

La vie bien rangée du couple se déroule sans anicroche. Personne ne soupçonne rien parmi leurs collègues. En quelques semaines, la maison a repris vie. Nouveau mobilier, travaux divers, coups de peintures un peu partout. Valérie a orchestré jusqu'aux moindres détails et François s'est découvert des talents de menuisier, de plombier et de décorateur. Le jardin d'Auguste a retrouvé un peu de sa splendeur d'antan et les nouvelles plantations laissent présager un lieu calme, arboré et fleuri.

Au bureau, c'est Valérie qui prendra en charge l'organisation du traditionnel week-end de détente de la société. Il y a deux ans, tout le monde avait loué son idée d'aller au Mont-Saint-Michel. Cette année, ce seront les châteaux de la Loire qui accueilleront le groupe.

Voyage en car, logement à Blois, nombreuses visites, repas typiques, quelques bonnes bouteilles et son et lumière à Chenonceau, le dimanche soir. Retour prévu le lundi midi, un cadeau du patron, une demi-journée de congé pour le personnel ! Valérie est diablement efficace !

Samedi midi, après un voyage agréable, le groupe arrive. La magnificence de Chambord, le calme d'Azay-le-Rideau, l'architecture d'Amboise, l'histoire avec un grand 'H' dans chaque couloir de Blois. Le groupe suit les guides avec enthousiasme et bonne humeur.

"Demain, à Chenonceau, nous regarderons les étoiles avant la représentation" a déclaré Valérie. Il est 20h30 et le groupe est bien installé sur des chaises alignées dans le jardin. Il fait un peu frisquet et les visiteurs ont pris soin de s'habiller chaudement. Dans le noir, François et Valérie se tiennent par la main.

À la fin, la musique se fait de plus en plus légère, l'éclairage se rallume autour d'eux et on constate l'absence de Pierre. On le cherche, en vain. On informe le responsable de l'accueil, on lance un appel, rien.

Après plus d'une heure, le chauffeur du car propose de rentrer. Pierre se serait-il senti mal et aurait-il rejoint l'hôtel ? Il n'y est pas. On décide donc de prévenir la police. Comme il est près de minuit, les recherches commenceront le lendemain à l'aube.

Le lundi matin, Valérie et François propose de rester sur place en attendant les résultats des recherches.

Vers midi, on leur annonce que l'on a retrouvé le corps de Pierre dans le Cher, juste sous le pont du château. Il a probablement glissé et, engoncé dans son gros manteau, n'aura pas pu rejoindre la rive. Pierre, qui savait à peine nager, s'est noyé dans moins d'un mètre d'eau. Ses appels ont été couverts par la musique du son et lumière. C'est un accident stupide. Les journaux en parleront à peine à la rubrique des faits divers.

Valérie et François ont prévenu le bureau et sont rentrés en train.

François assure l'intérim de Pierre dont le personnel ne semble guère regretter le décès. François se sent parfaitement bien dans ses nouvelles fonctions. Quelques semaines plus tard, il est convoqué chez le directeur général qui lui annonce la bonne nouvelle : le provisoire devient définitif !

Valérie organise évidemment une petite fête pour l'entrée en service de François. C'est à cette occasion qu'ils annoncent leurs fiançailles. On applaudit et on boit à leur santé.

De retour chez eux, à peine dégrisé, François entend Valérie lui avouer que Pierre n'est pas tombé seul. Qu'elle l'a poussé tant elle sentait François malheureux et stressé.

"C'est notre bonheur que je voulais ! Tu comprends ? Je l'ai fait pour toi ! Je l'ai fait pour nous !"

Ainsi Valérie, la douce et gentille Valérie, a tué par amour…

Les mois passent et François garde difficilement le secret. Valérie est souriante, active et prépare les noces. Elle s'occupe de tout, liste des invités, menu du repas, costume de François, robe blanche pour elle. Elle rayonne de bonheur. Il devient de plus en plus ombrageux. Dès qu'ils se retrouvent seuls, il lui reproche son geste.

"Tu te rends compte que j'ai ça sur la conscience. C'est vrai que Pierre était un tyran, c'est vrai que sans ton geste fou, nous serions toujours ses esclaves… Mais il y a des jours où je me demande si…"

Valérie feint d'ignorer les paroles de François. Comme toujours, elle s'affaire, elle n'arrête pas.

"Et si on allait raconter que tu l'as vu glisser et que tu as eu peur ? Et si, et si…"

Valérie se tait…

La veille du mariage, Valérie et François ont décidé de se faire un simple repas en amoureux avant de se coucher pas trop tard.

"Tiens, mon chéri, j'ai préparé deux pastis légers. Il faudra tenir le coup demain."

Ils trinquent à leur futur bonheur. François est calme tandis que Valérie s'affaire dans la cuisine.

Le lendemain, il est 10 heures et le docteur Gardier prend sa garde aux urgences.

"Quoi de neuf, Isabelle ?"

"Deux personnes arrivées ce matin, empoisonnement à l'arsenic. Tu te rends compte, ils devaient se marier aujourd'hui, paraît-il !"

"Et alors ?"

"Un sur deux ! L'autre va s'en tirer…"

Sur son lit, comme dans un rêve et dans le ronronnement des appareils, un sourire apparaît sur ses lèvres. Il lui revient en mémoire la phrase de François 1er auquel le guide a fait allusion à Chambord : 'Souvent femme varie et bien fol est qui s'y fie'.

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Concours "Les petits papiers de Chloé" texte n°7

Publié le par christine brunet /aloys

Oh misère! Là retenez-moi! Sinon je décolle

car mon imagination ne peut que me rendre folle!

Si, si, croyez-moi: si je devais gagner le pactole,

il vous faudra sans doute me passer la camisole!

Pourquoi? Mais je me mettrais à danser la farandole,

espérant que l’on ne me prenne pas pour une frivole

mais prête à détaler pour aller pêcher des soles

surtout si devait brutalement surgir Anatole!

*

Allons donc, que ferais-je avec la somme gagnée?

Je foncerais d’abord chez ma coiffeuse, exaltée;

Puis du supermarché je reviendrais les mains chargées;

Ensuite, sans Anatole, ce serait la virée

avec mes copines Christine, Martine et Edmée;

Enfin nous rentrerions chez nous complètement givrées,

mais contentes, ravies, heureuses, surexcitées

d’avoir pu nous défouler autant! La folle échappée!

*

Anatole, mon mari, est un homme fort surprenant:

très bon, aimable, gentil, attentionné mais détonnant!

Si nous touchions le pactole: “à la banque, tout l’argent

car nul ne peut prédire notre avenir à cent pour cent!”,

tandis que moi, j’aimerais pouvoir profiter du présent,

de l’instant, du monde qui m’entoure, un monde étonnant

mais Anatole s’y opposerait vigoureusement!

Réfléchissons: quels pourraient alors être mes arguments?

*

“Ecoute-moi, laisse voyager ton imagination!

S’il te plaît, chéri, ne résistons pas à la tentation!

Cette villa en bord de mer serait la consécration:

les volets et portes bleues attireraient l’attention;

le toit rouge et les murs blancs ne seraient pas en option

mais le signe, même le reflet de notre ambition:

vivre en harmonie, en complète intégration

avec la terre, le ciel, la mer et la population.”

*

Mais je suis en cet instant complètement étourdie,

imaginant le montant de notre économie

si Anatole devait l’emporter sur mes envies!

Pourquoi n’y a-t-il plus entre nous cette alchimie?

D’accord, l’argent ne fait pas le bonheur mais infinie

serait notre joie car cette côte d’Italie,

mon mari, lui aussi, l’aime d’une douce folie

mais, quant à l’avouer, ce ne serait là qu’utopie!

*

Si je devais gagner le pactole, je le ramasse

comme s’il s’agissait de feuilles d’automne qui s’amassent,

qu’il me faudrait évacuer; ensuite je me casse

pour sans doute laisser Anatole dans la mélasse!

Peut-être s’aviserait-il de me prendre en chasse?

Ce serait un témoignage d’amour, grand bien nous fasse

à moins qu’il veuille me faire la peau avec sa masse?

Le pactole? Pour les oeuvres du père Boniface!

Ah l’argent! Ah l’amour! Ah les hommes!

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Concours "les petits papiers" Texte n°6​

Publié le par christine brunet /aloys

JE TE FAIS CONFIANCE, MA FILLE

Le jour de ses quatre-vingts ans, Maman m'a dit : "Ce petit AVC m'a laissé des séquelles, peu visibles pour les gens, mais bien réelles pour moi. Je ne me sens plus aussi fringante qu'avant. Parfois, j'ai des problèmes pour m'exprimer. Tu l'as sans doute remarqué ? Il m'arrive d'employer un mot pour un autre… Je passe la main, Christelle. Tu t'occuperas de toutes mes affaires. La gestion de mon patrimoine, ça exige trop d'attention. Je risque de commettre une bêtise. Je vais te faire une procuration, c'est plus sage." J'avais du pain sur la planche

C'est ainsi qu'à quarante et un ans, j'ai tenu les comptes de Maman. Enfant unique comme mes parents, j'hériterai d'une petite fortune au décès de ma mère.

Au début, j'ai géré ses affaires comme j'aurais géré les miennes. Il ne me serait pas venu à l'idée de spolier ma mère. Mais le temps a passé, Maman a eu quatre-vingt-dix ans alors que j'en avais cinquante et un. Maman restait plutôt alerte. Elle conduisait encore sa petite voiture dans le quartier, elle fréquentait toujours son club de bridge et faisait régulièrement sa gymnastique matinale.

C'est en voyant une publicité dans un magazine que j'ai eu envie de ce cabriolet dernier cri. J'ai pensé : "L'argent qui me reviendra au décès de Maman, j'en ai besoin maintenant. Plus tard, il sera trop tard." Presque aussitôt j'ai entendu la voix de Papa : "Je ne veux rien devoir à personne, je ne suis pas un mendiant. J'assume ce qui m'arrive". C'est ce qu'il avait dit après avoir refusé que ses parents lui offrent l'argent destiné à réparer le toit de notre maison. Papa était si fier ! Il avait été furieux quand, rentrant de Paris, ma grand-mère m'avait rapporté un joli ensemble en soie sauvage. "Mamy pourrait t'acheter dix robes de plus, elles ne seront jamais aussi belles que celle que tu achèteras avec ton premier salaire. Tu verras…"

L'idée est donc passée. Elle semblait m'avoir abandonnée. Puis Maman l'a ravivée : "Pauvre Christelle ! Tu devras attendre que je disparaisse pour avoir ton héritage". J'ai eu le sentiment que si elle pensait cela, elle aurait pu dans l'immédiat me faire une donation, mais c'était un acte juridique dont elle ignorait probablement l'existence. J'ai pourtant répondu : "Maman, je ne manque de rien, crois-moi". Il y avait tout à la fois la crainte de la blesser, le sens des convenances et la fidélité à Papa.

Un reportage télévisé sur un centenaire m'a amenée à revoir mon point de vue. Mon anniversaire approchait. Après quelques hésitations, j'ai osé : "Tu ne m'offrirais pas une petite croisière en Norvège, Maman ?" Elle a accepté et quelques semaines plus tard, je partais à la découverte des fjords. Huit jours c'était peu, mais même si Maman avait une voisine prévenante et attentive, elle avait horreur que je m'éloigne trop longtemps. Pour Noël, puis pour Pâques, je lui ai demandé si elle ne m'offrirait pas un petit sac d'un grand maroquinier ou un collier aperçu à la vitrine d'une joaillerie. Ce fut oui !

Encouragée par son assentiment, j'ai soustrait quelques milliers d'euros sur son compte pour acheter la voiture de mes rêves. Puis, je me suis offert un séjour dans un palace vénitien, j'ai fréquenté des restaurants étoilés avec Bernard, mon éternel amoureux ou avec Maman, évidemment. Un foulard par-ci, un bracelet par-là. Ni vu ni connu. Après tout, je ne faisais qu'anticiper ce que je ferais quand Maman aurait rejoint les étoiles.

J'aurais pu continuer si je n'avais eu quelques scrupules… Sous une forme ou une autre, il me fallait une autorisation maternelle. Un bel après-midi, j'ai lancé : "Tu sais, Maman avec une partie des intérêts que tu as touchés dernièrement, je viens de m'acheter un pull en cachemire. Ça ne te dirais pas que je t'en achète un ?" J'ai épié ses réactions du coin de l'œil. Un instant elle a froncé les sourcils et s'est détendue : "Tu as bien fait, Christelle. Tu es encore jeune, tu vois du monde, tu travailles, tu sors avec tes amis par tous les temps. En ce qui me concerne, ma garde-robe est remplie. En tout cas, j'apprécie ta franchise même si tu as agi sans me demander la permission." Son ton n'avait rien eu de réprobateur ! J'ai bredouillé un timide merci. Elle a repris : "Tant que tu ne touches pas au capital, fais ce qui te plaît…"

J'ai profité de l'opportunité pour lancer : "Et si avec les bénéfices de tes actions, nous allions passer quelques jours dans un palace au bord du Léman ? Souviens-toi, quand Papa a pris sa retraite, vous y étiez allés et ça t'avait plu." Elle n'a pas réagi immédiatement, elle a toussoté comme si elle se donnait le temps de la réflexion. Il y a eu une lueur dans son regard quand elle a répondu : "Pourquoi pas, si ça ne t'ennuie pas de te balader avec une vieille femme !"

Nous sommes parties en Suisse. Ce fut une belle connivence : partage de plats raffinés, magnifiques paysages, rires de gamine, yeux brillants devant le spectacle majestueux du site. Le plus souvent, elle se contentait de petites promenades solitaires dans le parc tandis que je faisais du shopping ou des balades. Elle ne m'a fait aucun reproche à propos de nos dépenses : "Ces vacances m'ont fait un bien fou. Nous recommencerons, mais plus près de chez nous. Le voyage m'a paru un peu long…"

Nous avons choisi les bords de Meuse et plus tard, nous sommes allées sur la Côte d'Opale. C'est ainsi qu'un jour pluvieux, je suis entrée au casino du Touquet et que j'ai été fascinée par l'imprévisible roulette. J'ai joué quelques euros et très vite, je suis devenue accro à ce jeu. Ma quête n'est pas de gagner, mais de vivre intensément, de sentir mon cœur battre, de trembler face aux caprices du destin. J'ai découvert ce qu'était le vrai suspense, l'ombre et la lumière.

En rentrant, j'ai continué : le casino de la ville était à deux pas. J'ai joué, peu, mais souvent. J'ai joué, j'ai perdu. Les comptes de Maman se sont dangereusement dégarnis…

Heureusement, il y a l'immobilier et les placements auxquels il m'est impossible de toucher, sans quoi je crois que Maman aurait pu être ruinée sans avoir pris conscience de la situation.

À présent, j'ai près de soixante ans. Maman vit toujours dans sa maison, elle est bien entourée par une infirmière et une aide-ménagère. Elle sort encore parfois avec moi. Pour ses cent ans, elle souhaite que j'organise une belle fête.

Elle m'a recommandé de ne pas regarder à la dépense…

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Concours "les petits papiers" texte n°5

Publié le par christine brunet /aloys

Cela fait plus de vingt ans que je joue au Lotto, vingt ans que je regarde les boules tomber, une à une, espérant toujours voir les numéros que j’ai tirés au sort au moment où j’ai décidé de tenter ma chance aux jeux de hasard. Mais on dirait qu’elles le font exprès, ces maudites boules de malchance ! Les miennes, celles que j’espère voir tomber, restent coincées dans la machine ! Maudite machine !

Le pactole ! Je voulais de l’oseille, beaucoup d’oseille afin de pouvoir fuir la mégère que j’ai épousée il y a vingt-cinq ans. Tiens, j’y repense, ça fait tout juste vingt-cinq ans qu’on s’est dit « oui » pour le meilleur et pour le pire. Le pire, je l’ai connu, là, y a pas de problèmes, mais le meilleur, c’est comme les boules de Lotto, ça reste coincé quelque part dans la machine, la machine de la vie, du temps qui passe. Allez Germaine, bon anniversaire !

Pourtant, Germaine – enfin son vrai nom c’est Caroline, mais je trouve que Germaine lui va mieux à la vieille – elle a pas toujours été comme ça sinon je l’aurais pas épousée. J’suis pas con quand même ! Elle était plutôt jolie, Caroline, quand je l’ai rencontrée, blonde, grande, avec des yeux en amande et des seins, j’vous dis pas des seins, hum, j’en bave encore ! Dix de plus que moi qu’elle avait quand on s’est vus pour la première fois, vieille déjà, trop vieille pour enfanter sans doute, car des bambins, elle ne m’en a pas fait un seul ! Et c’est pas faute d’avoir essayé ! Les fausses couches, l’attente désespérée, le sang qui revient chaque mois, ce fut ça notre vie, les premières années. Et ça l’a aigrie, Germaine. Elle a changé du tout au tout. Plus un sourire, plus un mot gentil, plus un dessert préparé avec amour, rien, nada, bouffe ta main et laisse l’autre pour demain !

Au bout de cinq ans, j’en pouvais plus de la Germaine ! Je me suis mis à avoir des maitresses, une blonde, une brune, une rousse, … Si c’était maintenant, j’pourrais même vous dire une rouge, une bleue,… tant la mode a changé ! Que voulez-vous ? Tout change ! Même Caroline qui est devenue Germaine ! La tromper m’a fait du bien, j’dois dire ! Un an, deux ans, puis elles ont commencé à me fatiguer, les gonzesses ! Il leur faut tout, les gonzes : le beurre, l’argent du beurre, et pourquoi pas, le sourire de la crémière ! Moi, j’en pouvais plus, je les ai toutes plaquées, les unes après les autres, et je suis resté seul … avec ma Germaine !

C’est alors que je me suis mis à jouer au Lotto. J’ai misé un peu d’argent, pas beaucoup, du moins au début. Ensuite comme le hasard ne m’était pas bénéfique, j’ai misé un peu plus. De l’oseille, elle en a, Germaine, enfin c’est plutôt sa mère qui a la bourse, mais elle est pas prête à en délier les cordons, celle-là ! J’ai jamais pu la piffer, la belle-doche ! Pingre comme pas deux, elle donnerait même pas l’eau qu’elle lave ses pieds !

« T’auras le trésor quand j’aurai passé l’arme à gauche ! » Voilà ce qu’elle a toujours répété à sa fille ! Faut croire que son arme est bien accrochée à droite parce qu’elle est toujours là, la belle-maman, avec son pognon bien à l’abri à la banque. Elle a même pas voulu payer lorsque sa fille a voulu avoir un bébé autrement que de manière naturelle ! Elle a rien voulu entendre, la vieille !

« Faites un bébé comme tout le monde ! qu’elle a répondu à sa fille lorsqu’elle lui a demandé un peu de tune pour l’opération. Qu’est-ce que j’en peux si tu as épousé un homme stérile ? Je t’avais dit de bien choisir ton futur époux ! Résultat : t’as choisi un bon à rien ! Il ne sait rien faire de ses dix doigts, et apparemment, il n’y a pas que ses doigts qui ne servent à rien ! » Et toc ! dans les mâchoires ! J’ai reçu ça en pleine poire ! J’en suis resté, comment on dit ? abasourdi ! J’ai rien pu répondre ! Et pourtant, on peut dire que j’ai de la répartie ! Mais là, rien, elle m’a coupé la chique, la vieille rosse ! Et d’abord qu’est-ce qu’elle connaissait de notre vie privée, hein, la belle-doche ? Et d’abord c’est pas moi qui n’a pas pu ! Le médecin me l’a bien dit : « Vous n’y êtes pour rien, monsieur, c’est votre femme qui… ».

« Ouf ! je me suis dit, je suis bien l’étalon que je croyais ! » Et pour le prouver, j’ai fait un enfant à Annick. Bon, Annick, elle l’a pas gardé, le gosse, elle avait seize ans, faut la comprendre. J’pouvais pas quitter Germaine pour épouser une gamine de seize ans, quand même ! Et qui c’est qui aurait fait bouillir la marmite ? A la maison, c’est Germaine qui ramène l’oseille, moi j’ai pas d’travail. C’est pas que je sois fainéant, mais j’suis vite fatigué, j’ai pas d’santé, comme disait ma mère !

Et c’est donc avec l’argent de ma grosse que je joue au Lotto. Depuis plus de vingt ans, je vous l’ai dit, et rien, quelques euros seulement. Avec les années, je me suis mis à jouer des plus grosses sommes. Après les boules de la malchance, j’ai essayé les chevaux, puis les billets à gratter, mais quand on est né sous une mauvaise étoile, y a rien à faire, la veine, c’est pas pour soi !

Et puis, un jour, vous m’croirez pas : j’ai décroché la timbale ! A moi, les millions ! Riche comme Crésus ! L’argent était là, devant moi, dans un sac, et vous m’croirez encore moins, j’savais pas quoi en faire, de tout ce pognon !

Partir, c’est ce que j’avais toujours voulu ! Me la couler douce au soleil, le chapeau sur la tête, les doigts de pied en éventail, à siroter un cocktail coloré sur une plage de sable blanc ! J’en rêvais depuis des années. Eh bien là, alors que je pouvais enfin réaliser mon rêve, je suis resté comme bloqué. Partir sans Germaine, j’pouvais pas ! Depuis plus de vingt ans, elle dirigeait ma vie, me disait ce que je devais faire, ou dire, ou penser ! J’avais perdu ma personnalité ! Je me rendais compte que je ne pouvais rien faire sans elle ! Même prendre un billet d’avion, j’pouvais pas, c’était trop dur pour moi !

Et pourtant, j’aurais dû ! J’aurais dû embarquer mes maigres affaires et disparaitre. Je ne serais pas dans cette situation maintenant ! Je ne serais pas seul, à lire le journal, sans Germaine à mes côtés pour commenter l’actualité.

Le journal que je tiens en main date de quelques jours. Il parle du cambriolage qui a eu lieu chez la concierge de mon immeuble. La vieille – qui l’aurait cru ? – cachait son magot dans son matelas. Une fortune évaluée à plusieurs millions d’euros ! Je ne l’ai pas crue quand elle m’a dit qu’elle était aussi riche que la reine d’Angleterre ! Comment aurait-elle pu gagner autant de fric en nettoyant les escaliers et le hall de l’immeuble ? Elle déconnait, la vieille ! Et puis, pourquoi elle m’en parlait, à moi qui essayais de faire fortune dans les jeux de hasard ? D’après le journal, elle était atteinte de démence sénile. Ça doit être sa maladie qui l’a poussée à parler. Toujours d’après le journal, elle n’était pas encore morte, quand le facteur l’a trouvée le matin. C’est à l’hôpital, qu’elle a clampsé ! Elle a eu le temps de parler au médecin avant de fermer les yeux…

Allez, je referme le journal, j’entends du bruit dans le couloir, ça doit être l’heure de la promenade. J’vais encore devoir tourner en rond dans cette cour carrée surmontée de fils barbelés, sans Germaine !

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Concours "Les petits papiers" texte n°4

Publié le par christine brunet /aloys

Quand la vie pivote…

Putain ! Je l’ai hurlé à mort ce mot de six lettres ! Putain ! J’étais libre ! Enfin libre ! Le pactole venait de me tomber dessus, comme ça. Dans une espèce de loterie. Oh, une bien drôle de loterie, un concours de circonstance, comme on dit. Peut-être même une magouille, d’après certains échos. Qu’importe, le pognon était au rendez-vous et je me rendis compte qu’enfin, je pourrais combler toutes les heures de mon existence en m’activant à ce que j’aimais vraiment. Ce que j’aimais ? Me balader, la tête dans les étoiles. Lire, lire tout ce qui me tombait sous les pognes : de Pierre Louÿs à Martin Page en passant par Benoîte Groult et Patrick Modiano. Et Marguerite Duras. Point. Non, j’oubliais des auteurs incontournables. Christine Brunet, Christian Van Moer, Laurent Dumortier, Martine Dillies-Snaet et Bob Boutique (Faut jamais renier ni rien ni personne).Vous voyez, y’avait d’la marge. Et ce que j’aimais, c’était surtout, surtout : écrire. Oui, j’écrivais déjà depuis des lustres. Des histoires gentillettes. Ou des trucs plus sérieux, avec une philo de dieu le père en filigranes, juste pour les lecteurs qui savaient lire entre les lignes. Mais à partir de ce jour lumineux de novembre dernier, quand j’ai compris qu’un paquet de tunes me tomberaient bientôt dessus… Putain !

Le premier truc qui m’est venu à l’esprit, c’est Louky. Louky, Le Condé et ses banquettes en moleskine, cette jeunesse perdue du côté de l’Odéon. Ne me demandez pas pourquoi cette Louky m’a traversé l’esprit, c’était comme ça. L’envie de décrocher l’inaccessible. Avec tout ce pognon sur la trogne, je devenais fou.

D’ailleurs, pour vous expliquer tout ça, je ne sais par quel chapitre commencer. Après l’annonce de ce mégamachinchose, sans hésiter, je lâche mon appart rue Rachel, j’en ai marre de mes voisins mortifères et je file à grands pas (je dis bien je file, je ne regarde rien, pas une seule gonzesse, pas un regard vers un bar quelconque, rien) de l’autre côté de la Seine, rue Saint-Benoît. Mythique aussi, la rue Saint-Benoît. Vous pigez le pourquoi ? Devant le N°5, mon cœur se serre, je ralentis et je fredonne Chanson, toi qui ne veut rien dire, toi qui ne parles pas… Je dépose mon sac (oui, un seul sac, je décide d’élaguer, de fuir un trop-plein de consommation) dans le hall de l’hôtel Bel ami, envie de m’enraciner dans cette rue. Parce que le Mékong, c’est trop loin. Trop luxueux cet hôtel, je me dis, y’a trop d’gens qui s’la pètent. Et ces affiches sur les murs avec en grandes lettres des mots de Duras, c’est vraiment trop con. Le type à l’accueil, nippé comme un pingouin, reconnaît ma tronche et me propose une suite grandiose et patati et patata…Je ne lui donne pas l’occase d’achever sa phrase et je reprends mon sac. J’ai envie d’un hôtel miteux, avec un petit bureau de rien du tout, une douche sans eau chaude, un wc qui pue l’urine. J’ai des tunes mais je veux des morpions qui me dégoulinent de partout. A n’y rien comprendre. Esprit de contrariété, sans doute. Je me pointe à deux pas de là, du côté de Saint-Germain. Le Flore, les Deux Magots, je zappe. C’est absurde ! Je deviens absurde ! Tout ce pognon me brouille les neurones ! Comme si d’un seul coup j’effaçais Sartre et toute sa clique. Alors qu’en fait, je voudrais une machine à remonter le temps et me frotter à la Gréco, l’arracher des pattes de ce Davis et lui trompetter mon jazz à moi, dans l’obscurité d’une cave ou l’autre. Putain, tout ce pognon, à quoi ça sert alors ? Louky me revient dans la gueule, comme un boomerang. Louky, le Condé, avec ses banquettes en moleskine. Et puis toute cette pluie glaciale qui me fouette la gueule. Et ce froid. Nous sommes en décembre, quand même. Ça commence à clignoter de partout et les touristes se précipitent sur les Champs-Elysées. Car faut pas rater ça, les fêtes. Perso, je m’en tape. Je déambule dans ces rues de Paris et, trente minutes plus tard, place Saint-Sulpice, je m’engouffre dans le café de la Mairie. Tout de suite, je respire, je revis. Je me tape tout au fond, tout près de la porte des cuisines, dans le coin, là. Je les aime bien, les coins, dans les zincs. Je sors un crayon, un carnet, une gomme. L’Odéon n’est pas loin, mais c’est ici que j’ai envie de m’incruster.

Ça s’agite de partout, à cette heure. Un garçon s’approche de moi et me demande sur un ton qui désire une réponse illico :

— Vous avez choisi ?

— Une chambre, une petite chambre, sans luxe, je lui dis. De l’eau froide sous la douche et un wc crado qui pue l’urine ! Ah oui et surtout pas de chauffage ! Je veux que mes doigts s’engourdissent, je veux avoir froid. Comme le Docteur Jivago lorsqu’il grattait ses poèmes. Dans le film éponyme, vous voyez ?

— Vous rigolez, Monsieur !

— Non, j’ai l’air de rire ? Je peux payer savez-vous !

— Ici, ce n’est pas un hôtel, c’est une brasserie…On peut vous servir une omelette, une salade…Vous voyez ? Mais une chambre, ah non, ça, ce n’est pas possible ici !

— Un hôtel miteux, vous pourriez me renseigner un hôtel miteux ? je demande, tout déconfit.

Le garçon se retourne vers un de ses collègues et lance en n’oubliant pas, sur un ton moqueur, d’en remettre une couche :

— Bernard ! Monsieur demande le nom d’un hôtel miteux ! Avec un wc qui pue l’urine, des araignées sur les bords des fenêtres, etc etc etc…Tu connais ça, toi?

Le Bernard se retourne, retient les verres de rouge qui se bousculent sur son plateau, fronce les sourcils et lâche tout en rigolant :

— C’est une blague ?

— Vous voyez Monsieur, c’est la misère ici ! Personne ne peut vous renseigner !

— Ok, je prendrai le plat du jour et un rouge…

Je me cale alors contre le mur, je sors un cahier et un crayon. Je me dis que la belle vie commence. Sur toutes ces pages, bientôt des mots, des labyrinthes de phrases. Enfin ! C’est dingue ce qu’on peut cracher avec seulement vingt-six lettres ! Je lève la tête et je me dis, putain ! Quelle aubaine ! Les chiottes sont juste à un mètre de mon cahier. Les gens défilent, se trompent, cherchent, font un pas vers les cuisines…Le bonheur, quoi ! Et avec un coup de bol, encore un, une certaine Louky passerait bien par ce café, et se languirait là, dans l’autre coin…

Oh, des histoires comme ça, j’en ai plein la tête. Ça ne demande qu’à se griffonner sur ces pages. Tout à coup un type insignifiant s’approche de moi, cigarette au bec, des yeux à moitié fermés et de la déprime plein la gueule. Entre deux postillons, il bégaie ces mots :

— Je peux te donner une carte. Pas le territoire. Condoléances ! Je t’ai reconnu tout de suite, pauv’gars ! T’as accepté cette merde aussi, toi ! Tu te souviens de Julien ? Julien Gracq ? Vers les années 51 ou 52, je sais plus trop, 51 je crois. Il l’avait refusé, lui, ce Goncourt ! Quel cran ! Son rivage des Syrtes, il l’a barbelé, lui ! Avec du recul, je me dis que j’aurais du cracher dans toutes ces assiettes, au Drouant ! On a le pognon, d’accord. Et après ? Après, on se creuse, rien n’est plus comme avant. L’inspiration se gangrène, y’a des chancres sur chaque mot. Une vraie merde, je te dis, ce Goncourt. Ah oui, je crèche dans un hôtel qui pue l’urine et ça bave tellement de foutre sur les tapis que ça te colle aux godasses, tout ça. Je pieute dans un lit à deux places. Si ça t’dit…

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Concours "Les petits papiers" n°3

Publié le par christine brunet /aloys

Si je gagnais le pactole ?

N’imaginez pas que ça changerait une autre vie que la mienne, en tout cas pour ce qui est de changer en bien.

Pour commencer, je ne devrais pas marchander sur le tarif du tueur à gage qui enfin me débarrasserait proprement de Fulbert, mon beau-frère. Proprement, j’entends par là sans traces de pas, gluantes et rouges, conduisant au manoir, car pour le reste… ça peut-être une boucherie pire que le massacre des dauphins aux îles Féroé. Et plus sonore qu’une rave party. Au moins sa voix ne dira pas comme d’habitude Mais je n’ai fait que vous l’annoncer, Oswald, que votre femme vous tromperait. Je vous avais prévenu dès que vous l’avez amenée à la maison… je vous ai dit qu’il y avait quelque chose de louche dans cette femme-glaçon, un peu comme une Grace Kelly distante qui devient une bayadère aux sens enflammés dès qu’on enlève ses lunettes et déboutonne son tailleur… souvenez-vous Oswald… Vous n’avez que ce que vous méritez, pauvre sot. Je vous avais averti ! Ce qui m’horripile le plus c’est ce pauvre sot dont il couronne régulièrement mon nom. Oswald, pauvre sot. Pauvre sot.

Car ma femme Drusilla… mais bien sûr qu’elle me trompe. Et finalement ça m’arrange plutôt. Qui m’avait prévenu qu’elle avait des seins plus velus que ceux d’une femelle orang-outang ? Regarder mais pas toucher, m’avait-on bien recommandé. C’est une jeune fille de très bonne famille, de ce genre de famille où on ne touche rien du tout avant le mariage. Un baiser sur la joue, éventuellement l’œil peut se poser plus longuement sur le genou, mais patience, après l’autel l’hôtel et les délices nocturnes. Sauf que là… j’ai compris qu’on ne pouvait m’avoir menti en me garantissant sa virginité. On pouvait faire des nattes sous ses aisselles, et un peigne à carder la laine aurait perdu ses dents dans les bouloches de son ventre. La rusée demoiselle avait attiré l’intérêt de ma mère par ses tenues modestes, ses chemisiers fermés à la base du cou, ses jupes au-dessus du mollet, ne révélant la pointe du genou qu’en position assise. En-dessous, je ne le compris que trop tard, le rasoir n’avait dénudé la chair que jusqu’à mi-cuisses. Ça coûte un pont en mousse à raser, m’expliqua-t-elle alors en souriant, et demandant si désormais on pourrait partager la mienne. Elle crût bon d’ajouter que cette pilosité hirsute et indomptable était un héritage génétique ayant traversé les âges qui ne touchait que les femmes, et qui leur avait mérité le surnom de peaux de velours. J’aurais trouvé Tapis-brosse mieux adapté…

Et donc si j’avais le pactole, eh bien le tueur à gage pourrait aussi me débarrasser de Drusilla. Je suppose qu’il me ferait un prix de gros. Car je pourrais très bien lui faciliter la tâche en organisant un rendez-vous clandestin entre mon beau-frère et Drusilla. Il ignore tout de l’effroyable secret pileux et comme les autres… se demande ce que cachent tailleurs, chemisiers boutonnés, bas opaques et le refus paisible d’aller à la plage en famille. Et comme les amants sont tétanisés après une seule rencontre et ne se représentent pas, la légende de la dévoreuse insatiable tient bon. Et oui… j’ai encore des cauchemars au sujet de ma nuit de noces, dont je suis sorti vierge, oui, mais pas indemne psychologiquement. Moi qui aimais tant les films d’horreur, je ne savais si je venais d’épouser la femme araignée, Queen Kong, ou un alien de la planète Pantène. Je me suis évanoui, tout comme mon érection, dieu merci, et elle a bien dû me libérer. Souriante. Je suis votre femme, Oswald. Pour la vie.

Il me resterait des sous… beaucoup de sous puisqu’il s’agirait d’un pactole. Je pourrais ensuite faire une croisière, peut-être. On y rencontre des femmes seules qui veulent se marier. Je serais veuf, on voudrait me consoler, je me ferais consoler le plus ardemment possible et puis le lendemain je dirais que non… je ne peux oublier ma Drusilla de velours. Et ce serait le tour d’une autre. Et d’une autre encore. Je pourrais d’ailleurs en faire deux ou trois, de ces croisières, puisque je ne devrais plus aller travailler. J’aurais quitté mon bureau avec superbe, marchant comme d’Artagnan vers la porte, sans épée bien entendu mais j’aurais sans doute pu faire tournoyer mon béret alpin dans un geste très élégant, pour marquer un petit temps d’arrêt plein de panache devant la porte. « Et maintenant, Monsieur Ducon, vous taillerez vos crayons vous-même, et vous alignerez les photos de votre hideuse femme et de vos enfants qui ressemblent à des gorets malades vous-même. Je me tire. Je suis riche. Adieu, Ducon ! ». Oh, je souris rien que d’y penser…

Maintenant, la première chose est de trouver un tueur à gages. Pas un de ces pauvres hères qui tuent pour 1000 € seulement par tête de pipe – et 500 € en période de soldes - mais qui ensuite vont les boire au premier café venu, se mettent à pleurer, à implorer le pardon de toute leur clique de saints et dieux, de leur mère surtout, qu’ils viennent de déshonorer, et pensent reblanchir la réputation maternelle en se ruant au poste de police. Je pourrai m’offrir la crème de la crème des tueurs, genre Robert Duvall ou Leonardo Di Caprio, en costard, discret, fignoleur… Je lui proposerais bien de violer Drusilla au passage mais là… je crains fort qu’il ne retourne son arme contre moi, ou ne soit pris de convulsions hallucinatoires.

Mais la première des premières choses à faire serait d’acheter un billet de loterie… si je veux mon pactole. Voyons…

Tiens, revoici l’abruti avec son béret alpin et son air ébahi. Je ne comprendrai jamais comment il a fait pour épouser cette sorte de Jessica Rabbit en tenue de pensionnaire… même si on dit qu’au château elle consomme tous les domestiques l’un après l’autre, qu’ils sont sur les rotules et rendent leur tablier en proie à des malaises étranges. Celui-ci n’est pas bien fringant mais bon… s’il la contente encore au bout de 5 ans… il doit avoir des ressources insoupçonnées. Sa sœur lui ressemble – moustache comprise - et on l’appelle Javotte dans le village. Comment ils ont réussi à la faire épouser par Fulbert… il faut bien qu’ils aient eu des arguments. Sonnants et trébuchants. Car oui, l’abruti ne sait même pas qu’ils sont riches à millions – d’Euros – et travaille comme range-bureau chez Ducon et Compagnie pour quelques sous. Javotte ignore tout elle aussi… les vieux parents ont toujours dit que l’argent polluait les âmes simples et ne faisait pas le bonheur…

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Concours "Les petits papiers" texte n°2

Publié le par christine brunet /aloys

Et si vous gagniez le pactole ?

Le pactole ...

C’est quoi le pactole ?

Surement pas un gage de bonheur.

Je n’aime pas les frimeurs, les grosses bagnoles, les bijoux clinquants, les demeures luxueuses.

Etaler ses richesses quand d’autres s’épuisent pour un salaire de misère, je trouve cela indécent.

Ce qui fait mon bonheur est gratuit. L’amour, le partage, le soirées entre amis (es).

La nature, les livres, la musique.

Mais je le prendrai quand même ce pactole ! Pour l’employer à bon escient.

Surement pas cacher le billet gagnant dans une armoire, comme l’héroïne du livre “ La liste de mes envies”.

Si il peut servir à répandre du bonheur autour de moi ... Pourquoi pas ?

Et le regard des gens ...

Il parait que d’un coup, on attrape plein d’amis. Riche, on vous admire, on vous respecte !

On est toujours le même pourtant. L’intelligence, le courage, le talent, ce n’est pas une affaire d’argent.

Il y a pourtant des aspects positifs :

- La sécurité, une certaine insouciance, face aux aléas de la vie, il y a au moins cette béquille.

- Voyager, prendre une année sabbatique.

- Adopter tous les chiens d’un refuge.

- Engager un poète et un violoniste pour les soirs d’hiver. L’un jouerait et l’autre réciterait du Prévert.

- Diriger un journal “ Les ailes du monde”. – Il ne publierait que des articles positifs, relatant des actes généreux, valorisant le courage,

la générosité, l’altruisme, la solidarité.

Avec des photos des plus beaux paysages.

Un envol d’oiseaux, des collines bleues, des rivières miroitantes, les montagnes enneigées, et les vertes vallées.

Des pages entières consacrées à toutes les disciplines artistiques, elles transcendent la vie !

- Pouvoir engager un tueur à gages pour éliminer son pire ennemi ... Je rigole !

Et si le pactole, c’était toi mon amour ?

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Concours "les petits papiers" n°1

Publié le par christine brunet /aloys

Tout a commencé dans mon appart. Un samedi soir.

J’étais tranquille-peinard au fond de mon canapé tout neuf Troc En Stock, je tenais mon ticket du Loto, et puis les boules sont sorties. Une par une. Enfin, comme d’hab quoi. Sauf que là, j’avais tous les numéros. Tous !

Celle qui emportait le pactole, ce soir-là, c’était moi.

Je vous dis pas : encore un peu je clamsais sur place. Un peu con. Alors, je me suis reprise, j’ai bondi de mon canapé tout neuf Troc En Stock et, je sais pas, comme un cri de mes entrailles, j’ai poussé des youyous que même la mère Kumba, dernier étage du dernier immeuble au fond du quartier, elle a dû m’entendre. Même dure de la feuille comme elle est avec sa musique zouk à donf. Un truc de fou !

J’habite la tour Flaubert depuis toujours. Et depuis deux ans, l’appart juste en dessous de chez mes darons. Franchement pratique.

Je m’appelle Aïcha Bouchacour, c’est pas trop loin de la vérité mais je préfère garder l’anonymat.

J’ai vingt-cinq ans, je suis animatrice de quartier et j’ai toutes mes dents. Bon, le dernier détail, c’est un truc entre mon père et ma mère. Ils m’ont refilé le virus. Ca fait bien trois piges qu’il a son dentier et à chaque fois qu’y se prennent le bec, elle lui lance : « Moi au moins j’ai toutes mes dents. » Ca le rend dingue. La porte elle claque. Direction le café du coin, cinq ou six parties de cartes entre potes retraités, ça picole un peu, ça refait le monde, et puis y rentre plus léger de quelques biffetons. C’est pas très muslim tout ça mais bon, à l’âge qu’il a, je vais pas essayer de le changer. Ma doyenne, elle, même si elle râle tout le temps, y’a pas une prière sans bénédiction pour lui. C’est bizarre de le dire, mais ça crève les yeux qu’y sont tout l’un pour l’autre.

Faudrait peut-être que je revienne à nos moutons, non ? Le pactole.

Bon, alors, ce samedi soir, dans mon canapé tout neuf Troc En Stock, après les youyous, j’ai eu comme un blanc. Je me suis rassise comme une masse et je me suis dit : je fais quoi maintenant ? Eh ben, franchement, j’ai pas trouvé. Ma vie, elle était ici, je me voyais pas déménager. Une grosse voiture : j’avais déjà du mal à garer ma vieille Clio. Voyager : sans mec, le kiffe, il est moyen.

Toute la nuit, j’ai pas dormi. L’impression que la terre s’était arrêtée de tourner. Mon crâne, c’était un chalutier perdu en pleine mer. Plus de fuel. Plus de boussole. La loose quoi.

Heureusement, le lendemain, je suis allée manger chez mes darons.

Comme tous les dimanches, couscous. Mais attention le couscous. The best couscous of the world ! Et c’est là que la bouche pleine de semoule, j’ai eu une révélation. A la télé, d’un coup, ça s’est mis à parler flouze. J’entends que wonder beau gosse (Cristiano Ronaldo) vient de filer 75.000 euros pour l’opération du cerveau d’un môme. Je me dis « Putain, ça c’est de la générosité » mais en une phrase ma mère elle va décider du destin de mon pactole :

  • Donner ce qu’on a en trop c’est pas de la générosité ! C’est besiff !

Dit autrement : c’est obligé, normal quoi. Franchement, j’ai trouvé qu’elle avait pas tort. On était tous, là, autour de la table, darons, frangins, frangines, et chacun donnait son avis, et moi, j’ai commencé à partir en live. J’ai imaginé recevoir des lettres d’insultes (Nall Dine Oumouck, sale riche !), qu’on cracherait sur le trottoir en me croisant (Arrr pouhh !), qu’on m’enverrait les doigts de mon petit frère en morceaux par la poste pour demande de rançon. Je vous jure, j’ai flippé ma race.

Ma décision était prise : rester incognito. Libre d’être généreuse ou pas. Quand je veux. Avec qui je veux. Et puis, comme ça, je pouvais rester ici et ne rien changer à qui je suis aux yeux des gens.

Depuis que je suis gosse, on m’appelle Pique-assiette, ça a l’air péjoratif comme ça, mais, franchement, j’assume. J’ai toujours été fourrée chez les voisins à l’heure du goûter ou du repas. Pas que je manquais de quoi que ce soit chez moi, non, c’est juste que j’aimais bien manger chez les autres. D’autres trucs. D’autres ambiances. Comme si j’avais plein de familles adoptives. Et, ça m’est resté. Y’a pas un jour où je cuisine. Soit je monte chez mes darons, soit je me laisse guider par l’odeur, comme un poisson qui mort à l’hameçon. N’importe qui dans l’immeuble sait que si ça toque à l’heure du repas, c’est moi. Bon, faut quand même dire ce qui est : je suis pas juste celle qui s’incruste pour bouffer. Je suis aussi celle qui remplit les papiers de l’administration ou qui chiale comme un corbeau avec madame Béranger parce que tous ses enfants ont quitté le nid trop vite.

Nos moutons ! Wouah, pardon.

Donc, je disais que ma décision était prise. La générosité incognito.

Le premier kiff de ma nouvelle double vie, je m’en souviens encore. J’ai filé mille euros dans toutes les boîtes aux lettres du quartier. Quatre-vingts quinze au total. Avec juste un mot du maire dans l’enveloppe : « Prime à la consommation ».

Le lendemain, c’était l’Aïd et Noël en même temps.

Un défilé de traineaux jaunes et bleus, tous chargés à ras bords. J’étais par la fenêtre, le sourire jusqu’aux oreilles. Un truc de fou ! Ecrans plats, ordi, Xbox. Des salons, des frigos, des cuisinières. De tout quoi. Même madame Béranger, elle s’est fait plaisir. Un fauteuil relax télécommandé dernier cri.

Ma parole, les livreurs de Darty, ils ont eu du taf à plus savoir où donner de la tête.

Ca, c’était ma première bonne action. Chez nous, on dit Dieu te le rendra en double. Franchement, là, si ça arrive, je saurais pas quoi en faire.

Et puis, je me suis dit, maintenant, faut quand même la jouer sérieux. Alors, je me suis lancée dans une opération : list and do.

Priorité number one.

En top du top, j’ai inscrit Leila. Impossible autrement.

Internet et mon nouvel ordi allaient m’aider. J’ai cherché le meilleur chirurgien plastique de la planète. Quoi que ça coûte, Leila y avait le droit. Plus que personne. Et j’ai trouvé.

650 000 euros pour une réparation complète du visage. C’était du sérieux. J’ai contacté le pro du bistouri, à New York, ma veine c’est qu’il parlait aussi français, et je lui ai tout raconté. Les brûlures. Les cicatrices. Même les circonstances. Putain, fait chier. Mais je me suis pas démontée. J’ai super bien tout goupillé. Une semaine plus tard, j’allais voir Leila chez ses parents et on a réussi à la convaincre. Tout était pris en charge par un fond exceptionnel de la Sécurité Sociale. C’est ce que le chi a écrit sur la lettre.

Pendant un mois, j’ai prié le bon Dieu pour que ça marche. Ma mère a prié le bon Dieu. Peut-être même tout le quartier. Et au bout d’un mois, Leila est rentrée au bercail.

Elle était à l’arrière de la 407 de son père. Ma face par la fenêtre y voyait que dalle.

Et puis, elle est sortie de la voiture.

J’ai pas chialé comme un corbeau mais comme tous les corbeaux du ciel. Elle était belle comme avant, je vous jure. Sa peau de miel. Ses yeux de méditerranée. Mon Dieu protégeait toutes les filles du monde qui sont si belles qu’elles rendent fous les hommes.

Ce soir-là, ma prière elle a duré des plombes. J’ai remercié le bon Dieu, le chi, et la française des jeux. Et encore le bon Dieu.

Priorité number two.

Bon, là, j’ai pas été très réglo. Dans le quartier, les gazeaux et les gazelles, y passent leur temps à tenir les murs. Y’en a qui déconnent un max mais y’en à d’autres, et pas qu’un peu croyez-moi, qui se verraient bien taffer comme tout le monde. Quitter l’appart des darons, un petit toit, des mômes qui tapent du ballon dans le jardin, un plan télé après le boulot. Comme tout le monde quoi. Alors, j’ai pris le taureau par les cornes. Avec ma vieille Clio, je me suis pointée partout : restos, garages, hôpitaux, boutiques, bureaux, entrepôts… J’ai tout ratissé. En un mois, les murs du quartier tenaient presque tout seuls. Un truc de ouf ! Bon, faut quand même que j’avoue un petit détail : j’avais un complice. Monsieur le Maire. Pour sa défense, c’est un peu à son insu, vu qu’il a Alzheimer. Chaque fois que je lui demande un certificat, un cachet de la mairie, il me le file. Enfin, il le file à Corinne. La petite fille du compagnon d’escadrille pendant la guerre d’Algérie qui lui a sauvé la vie. Alors, il peut rien me refuser. Voilà comment j’ai graissé la patte aux recruteurs potentiels. Une prime à l’embauche de quatre mille euros avec interdiction de licenciement pendant cinq ans sous peine de remboursement de la prime.

La cerise sur le gâteau, c’est que les gens ici ont commencé à croire aux politiques. Avec tout le fric que le maire mettait sur la table pour eux, sans parler de la sécurité sociale, des aides gouvernementales, y se sont tous mis à glisser le bulletin dans l’urne en se disant que ça valait quelque chose.

Je pourrai vous citer tous les tripes qui ont suivis mais, franchement, un bouquin suffirait pas.

C’est fou ce que le fric, ça donne des ailes aux initiatives.

Ca fait trois ans que ça dure et y’a pas un jour où je m’endors pas avec la banane. Je sais pas si les vrais riches savourent comme moi le pouvoir de rendre les gens heureux. Moi, en tout cas, je prends un pied de malade, et c’est pas juste une histoire de Hassanates, vous savez les bons points pour le paradis. Non. Franchement, pas seulement.

Distribuer le bonheur, ça vaut tout l’or du monde.

Encore un truc. Voilà, j’ai rencontré quelqu’un. Un garçon quoi. Je crois que c’est le mektoub qui me l’envoie. Vraiment. Hier, l’air de rien, je lui demande ce qu’il ferait s’il gagnait le pactole. Il m’a répondu : « Je filerais tout à Emmaüs ». Ouais, bon, il est catho, tout le monde peut pas être parfait, mais sa réponse, elle m’a sciée. Je crois franchement qu’il était sincère. Il est presque aussi beau que Cristiano Ronaldo et en plus, je crois que c’est un signe, il s’appelle Robin. Comme Robin des Bois quoi.

Publié dans concours

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