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69 articles avec auteur mystere

Le jeu d'ALOYS : "les aventures de Billy et Clara"

Publié le par christine brunet /aloys

 
point d'interrogation
 Les Aventures de BillyÉtoile
                Billy et Clara
 
 
- Cela suffit maintenant ! Clara, tu dépasses les limites.
Maman crie très fort, elle est toute rouge, mais Clara continue à courir dans la chambre sans vouloir se mettre au lit, défiant sa mère du regard.
Tout à coup, c’est le drame, maman s’est emparée du doudou et ouvrant la fenêtre le précipite dehors !
 
Stupeur, Clara est affolée.
- Maman ! Non, mon vieil ours, il fait très froid, en plus le jardin est plongé dans l’obscurité.
- Je veux mon doudou, s’il te plaît, je vais au lit, je serai sage, maman, c’est promis.
 
Clara esquisse son plus joli sourire, celui qui fait craquer les adultes ... mais, cette fois, cela ne marche pas.
Maman est vraiment très fâchée.
 
- Bonne nuit Clara, j’espère que cela te fera réfléchir.
 
La petite fille sanglote.
- C’est affreux ! mon pauvre doudou seul dans le noir.
Tout doucement elle se lève et s’approche de la fenêtre, elle essaie d’apercevoir Billy, mais en vain !
Enfin,  juchée sur une chaise, elle voit sont doudou, il est là, couché dans la neige, si petit...
- C’est pas possible ! je ne vais pas le laisser passer la nuit dehors.
Courageusement Clara descend dans le salon, ses parents se disputent, elle se plante devant eux et attend...
- Quoi ! Clara que fais tu encore debout ?
La petite fille se sent bien misérable devant ces adultes en colère, mais il faut sauver Billy.
- Papa, maman, je veux mon doudou.
- Oh ! mais oui, dit papa, où est-t-il ?
- Je l’ai jeté, crie maman, et Clara va aller dormir, elle est punie.
-Mais!
- Tu ne discutes pas !
 
Que faire ,pleurer, taper du pied, ah ! si une bonne fée pouvait l’entendre et lui rendre son doudou...
Ou alors ? Peter Pan, la fenêtre s’ouvre, il entre avec la fée clochette et ils partent ensemble vers le
pays imaginaire en emportant Billy.
 
Oui, mais tout cela c’est des histoires, et maintenant c’est la réalité !
Clara assise sur son lit réfléchit... je veux récupérer mon doudou, mais comment ?
 
Il n’y a plus de bruit dans la maison, les parents se sont couchés.
Alors la petite fille prend sa décision, elle va descendre et sauver son vieil ours.
Furtivement elle quitte sa chambre et descend les escaliers.
Elle a échafaudé un plan : sortir, et reprendre son vieil ours. Voilà, je suis très courageuse, je vais ouvrir la porte et ...
Seulement, voilà la peur la paralyse, elle hésite ... que faire? non, il faut continuer, il y a toute cette neige et puis Polux, le méchant chat des voisins pourrait s’emparer de Billy et le déchiqueter !
Cette fois j’y vais.
 
La porte s’ouvre facilement et, pieds nus, l’enfant sort et court vers Billy le couvrant de baisers.
- Viens mon ours, nous rentrons.
 
Et là ... c’est le drame ! la porte s’est refermée et on ne peut l’ouvrir de l’extérieur.
- Oh, non je suis toute seule dehors, mais c’est horrible !
Désespérée, Clara se couche près de son ours et pleure si longtemps et si fort... qu’une bonne fée l’entend et s’apitoie sur son sort.
 
La fée voltige, lumineuse autour de Clara.
- Qui es-tu ? la fée Clochette?
- Non, mais je suis en effet une fée.
- Mais vous n’existez pas !
- Pourtant tu me vois.
- Je te vois mais tu es un rêve !
- Peut-être que si tu le veux vraiment tu peux donner vie à tes rêves.
- Je ne comprend pas, et j’ ai froid, je vais mourir de froid.
- Non, non, regarde ton ours!
Billy ? Billy est maintenant un ours immense et vivant ! La petite fille n’en croit pas ses yeux, il est si chaud, elle se sent tellement bien près de lui. 
- Billy, tu es un vrai ours ?
- Oui, et je parle, mais seulement pour une nuit, c’est un cadeau des fées, dors Clara tu es une petite fille très courageuse.
 
Il y a plein d’étoiles dans le ciel, la neige a cessé de tomber, l’ours est doux, rassurant, Clara s’est endormie.
 
Le lendemain les parents de Clara, affolées, cherchent partout leur petite fille...
 
- Je n’aurai pas dû jeter son ours, mais voilà, elle était désobéissante, je voulais lui donner une leçon.
Quelquefois les parents sont fatigués, énervés, c’est normal !
 
Mais où est Clara ? Je l’aime tellement, crie maman... et soudain, elle aperçoit l’enfant couchée dans le jardin près de son doudou.
Mon Dieu ! elle doit être morte de froid, papa et maman se précipitent et soulève la petite fille, la couvrant de baisers.
Clara s’étire en souriant.
- Mais, tu n’as pas froid ? C’est comme si tu sortais de la couette, comment cela est-t-il possible ?
- C’est l’ours Billy maman, l’ours m’a réchauffée toute la nuit.
 
Papa ramasse l’ours mais il est tout petit, il est à nouveau son doudou.
Vite, nous allons boire un chocolat chaud dit maman, Clara se blottit dans les bras de son père.
Avant de rentrer dans la maison, elle tourne la tête, scrutant le jardin, plus de traces de la fée... pourtant elle sait qu’elle n’a pas rêvé, elle a vécu une aventure magique.
 
Les adultes ne voudront pas la croire, ils sont tellement occupés, ils ne prennent plus le temps de contempler les étoiles ou les fleurs, alors, comment pourraient-ils apercevoir les fées ?
 
 Mais qui a écrit ce conte ?????? Un auteur que vous connaissez tous !!!!!!! Alors ?????

Publié dans auteur mystère

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L'auteur... Thierry Ries !

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

http://www.bandbsa.be/contes2/riestete.jpg

 

Ce goût de terre précis

 

Nath a raison. Son côté mère dominante et possessive me bouscule encore, mais elle a raison. Pour ma paix intérieure, je m’incline, comme toujours ou presque.

Dierick, comme souvent, renchérit :

- Il suffit que vous tombiez sur un bacille ou un parasite, juste dans une seule moindre bouchée, et là, retour au traitement choc.

Nath a balancé une vanne, un sarcasme et dispersé ce chapelet montant de petits rires en accordéon tout à elle.

Bien plus aujourd’hui qu’à l’adolescence, et avec l’arrivée de Dierick, voilà six ans, quant il l’a opérée, Nath se targue de connaître La Vérité pour les autres ; plus incisive que jamais, elle et ses humeurs et états d’âme tonitruants… tonitruant. Ce que j’aime ce mot ! D’abord, sa sonorité, son évocation. Puis, Toni c’est mon prénom. Enfin, avec truand, si on remplace le t par un d, on a mon truand de chef d’épouse tout entier. Publique. Impudique. Sulfurique. Pseudo mystique. Et tous les hics entre nous.

Malgré leur reproche, je me suis penché vers l’avant, et m’agrippant vaille que vaille aux accoudoirs du fauteuil roulant, j’ai mis en bouche un zeste de terre du parc de l’hosto.

Plus que ça, ce goût : plus qu’un rituel, qu’un culte, qu’une dévotion ; retour à la terre, à l’enfance, terre d’enfance, enfance de la terre.

A la mère aussi, quand la mienne organisait des après-midi d’échappatoire, balades, recherche de glaise, ateliers poterie. J’avais léché un doigt par distraction puis encore par curiosité. Une décennie plus tard, j’en prenais dans mes bagages militaires. Nath était là, déjà, toujours, autour de mes quatre décennies, d’inquiétudes grandissant avec chacune d’elles…

Je ne sais si c’est moi ou Dierick et Nath qui sont fous. Pourquoi au juste veulent-ils, selon moi, me garder en vie, ni trop près, ni trop loin de leurs activités sibyllines, nébuleuses ?

Argent ? Maison ? Couverture sociétale ? Terres ?

Mes jambes sont racines mortes. Si elles revivent un jour, il faudra du temps pour qu’elles me tiennent à nouveau sur terre. A présent, je la sens plus fort, cette terre. Par les doigts ; les narines ; la langue.

C’est beaucoup, l’enfance. Sentir la vie autre.

Quelque chose en moi me rend fort, prêt à tout relever, réveiller, révéler. Quelque chose qui tient de ma visite sous terre. D’immenses méandres me distancient de ce monde de réalité relative, de dépendances affectives, d’inachèvement de coursive, bringuebalant et soluble au moindre examen.

Nath veut me faire croire que ce qui est arrivé - je devrais écrire ce qu’elle a causé - n’est en rien le fruit du hasard. Les chiffres parlent d’eux-mêmes, me prétend-elle. C’est vrai que pour ce coup-là, c’est plus qu’étrange :

Elle est née un 2 juin. Moi, un 6 juin. Nous nous sommes mariés un 26 juillet. Le crash a eu lieu le 26 février 2006, à bord de sa 206…

S’il est vrai que je crois au hasard, tout ça fait beaucoup. Et ça me chavire d’une berge à l’autre.

J’ai pensé et repensé à ce qui a pu se passer : mon audace, d’abord « d’exiger » de l’accompagner chez Dierick, qui a fini par payer. Nath ne me reconnaissait pas, ni moi non plus d’ailleurs, moi qui depuis trop longtemps jouais la politique de l’autruche, les yeux sous terre.

Personne encore ne sait mot de notre dispute dans la 206, avant que Nath ne la verse dans le fossé, alors que j’avais enfin obtenu qu’elle me conduise chez son sacro-saint gourou. Moi, je ne roulais plus, depuis mon sevrage, je tremblais encore trop.

C’est la première fois que je transcris toute cette histoire dans ce carnet, je me demande qui pourra la lire un jour… ?

Selon mon souvenir, c’est Nathalie qui a commencé les reproches ; ça disait à peu près ceci :

- Tu vas me dire ce que tu veux savoir, à la fin ? Tu n’as rien à faire là-bas, tu es trop primaire.

Je tenais tête.

- Après tout, ça fait des années que tu rejoins Dierick et que tu en reviens toute changée. C’est pas que je veuille des explications, je veux voir, c’est tout.

- Si tu y tiens… mais je te répète que tu es loin d’être prêt, à supposer que tu le sois un jour.

- Pas prêt à quoi ? A vos initiations mystiques ? Vos… vos simagrées cosmiques ? Vos… vos croyances narcissiques ?

J’étais allé un peu loin dans la provoc, je crois, en ce drôle de 26 février 2006. Surtout connaissant sa nature impulsive. C’est que, trouvant ces derniers temps que Nath devenait de plus en plus illuminée, et qu’un soir, ayant croisé son ordi allumé pendant qu’elle était au téléphone, j’étais tombé sur un lien envoyé par Dierick, qui l’invitait à des dons pour un gourou indien milliardaire et controversé qui laissait baba. Jouant d’audace, j’étais allé dans la recherche de messages plus anciens. Dans l’un d’eux, Dierick y évoquait des manœuvres pour parvenir à la succession de mes terres. J’avais dû couper rapidement, Nath venait de raccrocher…

J’espérais une conversation franche avec eux, jusqu’à ce jour du crash. A voir l’état de la voiture, je ne comprends toujours pas comment elle s’en est sortie indemne.

Quant à moi, je suis, paraît-il, un miraculé : 16 minutes d’apnée sans oxygénation, et surtout sans la moindre séquelle cérébrale… Un record jamais égalé, me dit-on, de mémoire de médecin. Cela tiendrait au fait que je ne me suis pas noyé dans l’eau, mais dans la boue de ce fossé où Nath, dans un accès de colère, avait versé la Peugeot. L’urgentiste m’a parlé du Guinness Book, pour que j’y entre. Il s’occuperait de tout. Je suis décidément mis à toutes les sauces !

Moi, tout ce que j’ai senti, c’est ce goût de terre précis en bouche qui m’a prolongé les sens, ramené près de trente ans en arrière.

Dierick était là quand ils m’ont sondé. C’est lui-même qui a pris la responsabilité d’un pneumothorax. Entre trépassement et demi conscience, je me souviens vaguement de ma tristesse, quand la boue a quitté mes poumons. Bizarre, me dirait-on ! C’est que tout un soleil buissonnier, tout un atelier de poterie, ces goûts, ces odeurs, ces gestes primesautiers poétiquement infantiles, toutes ces marques de grandes vacances s’en allaient avec la vidange de mes voies respiratoires.

La morphine et les médocs m’ont laissé dans un état second. Voilà trois jours que je feins de les prendre, pour conserver le plus possible de lucidité.

Je ne veux pas que mes terres servent un temple, où mes illuminés pourraient à leur guise manipuler certains cerveaux, aussi résignés qu’influençables, ayant grand besoin de se raccrocher à tout et n’importe quoi.

Je me souviens encore par éclairs de Dierick gueulant sur l’urgentiste :

- Doucement, bon Dieu, le pouls s’affole ! C’est bien trop tôt pour l’adrénaline. N’importe quoi… Vous voulez le voir clamser ? Refaites un électrochoc, je reprends en manuel.

Je me souviens de mon moi intangible, survolant par-dessus terre les quatre bras s’affairant sur mon corps à demi mort. J’étais présent à 1000% d’âme. Ame qui enflait, enflait, jusqu’à dépasser la salle d’op. Dans le couloir, il y avait Nath, accrochée comme souvent quand j’étais là, à son portable. Dierick l’avait rejointe. Peut-être étais-je « sauvé » ? Et mon âme partout dans l’univers, mais surtout là, dans ce couloir où Dierick a embrassé Nath. J’ai ressenti une vraie souffrance, signe effectif que mon corps était en train de se remettre à vivre sa vie terrestre.

Tout est, qui doit être.

La promenade se termine. Nous quittons le parc de l’hôpital, un dernier rayon de fin de journée traverse la pièce vitrée à l’arrière du bâtiment.

Demain, je pourrai sortir, à condition que l’on me soigne à domicile. Dierick veut me prendre chez lui ; ça, jamais ! Sinon, je suis réellement foutu. Mon ami Marc viendra me chercher une heure avant eux. Il se fera passer pour un assistant de Dierick.

C’est dans les instants critiques qu’on se rend compte si on peut faire confiance à ceux qu’on croit être des amis. On verra.

Qui terre a, guerre a.

J’ai gardé un peu de cette boue qui m’a « sauvé », un infirmier, sur ma demande, me l’avait conservée.

Il me reste au moins ça : ce goût de terre précis.

 

     Thierry Ries

 

Cette nouvelle a été écrite pour les besoins du thème de la revue de notre cercle littéraire hainuyer Clair de luth ( www.clairdeluth.be).

 

Publié dans auteur mystère

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C'est le jeu d'Aloys... Mais qui a écrit cette nouvelle ???

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

 point d'interrogation

 

 

 

Ce goût de terre précis

 

Nath a raison. Son côté mère dominante et possessive me bouscule encore, mais elle a raison. Pour ma paix intérieure, je m’incline, comme toujours ou presque.

Dierick, comme souvent, renchérit :

- Il suffit que vous tombiez sur un bacille ou un parasite, juste dans une seule moindre bouchée, et là, retour au traitement choc.

Nath a balancé une vanne, un sarcasme et dispersé ce chapelet montant de petits rires en accordéon tout à elle.

Bien plus aujourd’hui qu’à l’adolescence, et avec l’arrivée de Dierick, voilà six ans, quant il l’a opérée, Nath se targue de connaître La Vérité pour les autres ; plus incisive que jamais, elle et ses humeurs et états d’âme tonitruants… tonitruant. Ce que j’aime ce mot ! D’abord, sa sonorité, son évocation. Puis, Toni c’est mon prénom. Enfin, avec truand, si on remplace le t par un d, on a mon truand de chef d’épouse tout entier. Publique. Impudique. Sulfurique. Pseudo mystique. Et tous les hics entre nous.

Malgré leur reproche, je me suis penché vers l’avant, et m’agrippant vaille que vaille aux accoudoirs du fauteuil roulant, j’ai mis en bouche un zeste de terre du parc de l’hosto.

Plus que ça, ce goût : plus qu’un rituel, qu’un culte, qu’une dévotion ; retour à la terre, à l’enfance, terre d’enfance, enfance de la terre.

A la mère aussi, quand la mienne organisait des après-midi d’échappatoire, balades, recherche de glaise, ateliers poterie. J’avais léché un doigt par distraction puis encore par curiosité. Une décennie plus tard, j’en prenais dans mes bagages militaires. Nath était là, déjà, toujours, autour de mes quatre décennies, d’inquiétudes grandissant avec chacune d’elles…

Je ne sais si c’est moi ou Dierick et Nath qui sont fous. Pourquoi au juste veulent-ils, selon moi, me garder en vie, ni trop près, ni trop loin de leurs activités sibyllines, nébuleuses ?

Argent ? Maison ? Couverture sociétale ? Terres ?

Mes jambes sont racines mortes. Si elles revivent un jour, il faudra du temps pour qu’elles me tiennent à nouveau sur terre. A présent, je la sens plus fort, cette terre. Par les doigts ; les narines ; la langue.

C’est beaucoup, l’enfance. Sentir la vie autre.

Quelque chose en moi me rend fort, prêt à tout relever, réveiller, révéler. Quelque chose qui tient de ma visite sous terre. D’immenses méandres me distancient de ce monde de réalité relative, de dépendances affectives, d’inachèvement de coursive, bringuebalant et soluble au moindre examen.

Nath veut me faire croire que ce qui est arrivé - je devrais écrire ce qu’elle a causé - n’est en rien le fruit du hasard. Les chiffres parlent d’eux-mêmes, me prétend-elle. C’est vrai que pour ce coup-là, c’est plus qu’étrange :

Elle est née un 2 juin. Moi, un 6 juin. Nous nous sommes mariés un 26 juillet. Le crash a eu lieu le 26 février 2006, à bord de sa 206…

S’il est vrai que je crois au hasard, tout ça fait beaucoup. Et ça me chavire d’une berge à l’autre.

J’ai pensé et repensé à ce qui a pu se passer : mon audace, d’abord « d’exiger » de l’accompagner chez Dierick, qui a fini par payer. Nath ne me reconnaissait pas, ni moi non plus d’ailleurs, moi qui depuis trop longtemps jouais la politique de l’autruche, les yeux sous terre.

Personne encore ne sait mot de notre dispute dans la 206, avant que Nath ne la verse dans le fossé, alors que j’avais enfin obtenu qu’elle me conduise chez son sacro-saint gourou. Moi, je ne roulais plus, depuis mon sevrage, je tremblais encore trop.

C’est la première fois que je transcris toute cette histoire dans ce carnet, je me demande qui pourra la lire un jour… ?

Selon mon souvenir, c’est Nathalie qui a commencé les reproches ; ça disait à peu près ceci :

- Tu vas me dire ce que tu veux savoir, à la fin ? Tu n’as rien à faire là-bas, tu es trop primaire.

Je tenais tête.

- Après tout, ça fait des années que tu rejoins Dierick et que tu en reviens toute changée. C’est pas que je veuille des explications, je veux voir, c’est tout.

- Si tu y tiens… mais je te répète que tu es loin d’être prêt, à supposer que tu le sois un jour.

- Pas prêt à quoi ? A vos initiations mystiques ? Vos… vos simagrées cosmiques ? Vos… vos croyances narcissiques ?

J’étais allé un peu loin dans la provoc, je crois, en ce drôle de 26 février 2006. Surtout connaissant sa nature impulsive. C’est que, trouvant ces derniers temps que Nath devenait de plus en plus illuminée, et qu’un soir, ayant croisé son ordi allumé pendant qu’elle était au téléphone, j’étais tombé sur un lien envoyé par Dierick, qui l’invitait à des dons pour un gourou indien milliardaire et controversé qui laissait baba. Jouant d’audace, j’étais allé dans la recherche de messages plus anciens. Dans l’un d’eux, Dierick y évoquait des manœuvres pour parvenir à la succession de mes terres. J’avais dû couper rapidement, Nath venait de raccrocher…

J’espérais une conversation franche avec eux, jusqu’à ce jour du crash. A voir l’état de la voiture, je ne comprends toujours pas comment elle s’en est sortie indemne.

Quant à moi, je suis, paraît-il, un miraculé : 16 minutes d’apnée sans oxygénation, et surtout sans la moindre séquelle cérébrale… Un record jamais égalé, me dit-on, de mémoire de médecin. Cela tiendrait au fait que je ne me suis pas noyé dans l’eau, mais dans la boue de ce fossé où Nath, dans un accès de colère, avait versé la Peugeot. L’urgentiste m’a parlé du Guinness Book, pour que j’y entre. Il s’occuperait de tout. Je suis décidément mis à toutes les sauces !

Moi, tout ce que j’ai senti, c’est ce goût de terre précis en bouche qui m’a prolongé les sens, ramené près de trente ans en arrière.

Dierick était là quand ils m’ont sondé. C’est lui-même qui a pris la responsabilité d’un pneumothorax. Entre trépassement et demi conscience, je me souviens vaguement de ma tristesse, quand la boue a quitté mes poumons. Bizarre, me dirait-on ! C’est que tout un soleil buissonnier, tout un atelier de poterie, ces goûts, ces odeurs, ces gestes primesautiers poétiquement infantiles, toutes ces marques de grandes vacances s’en allaient avec la vidange de mes voies respiratoires.

La morphine et les médocs m’ont laissé dans un état second. Voilà trois jours que je feins de les prendre, pour conserver le plus possible de lucidité.

Je ne veux pas que mes terres servent un temple, où mes illuminés pourraient à leur guise manipuler certains cerveaux, aussi résignés qu’influençables, ayant grand besoin de se raccrocher à tout et n’importe quoi.

Je me souviens encore par éclairs de Dierick gueulant sur l’urgentiste :

- Doucement, bon Dieu, le pouls s’affole ! C’est bien trop tôt pour l’adrénaline. N’importe quoi… Vous voulez le voir clamser ? Refaites un électrochoc, je reprends en manuel.

Je me souviens de mon moi intangible, survolant par-dessus terre les quatre bras s’affairant sur mon corps à demi mort. J’étais présent à 1000% d’âme. Ame qui enflait, enflait, jusqu’à dépasser la salle d’op. Dans le couloir, il y avait Nath, accrochée comme souvent quand j’étais là, à son portable. Dierick l’avait rejointe. Peut-être étais-je « sauvé » ? Et mon âme partout dans l’univers, mais surtout là, dans ce couloir où Dierick a embrassé Nath. J’ai ressenti une vraie souffrance, signe effectif que mon corps était en train de se remettre à vivre sa vie terrestre.

Tout est, qui doit être.

La promenade se termine. Nous quittons le parc de l’hôpital, un dernier rayon de fin de journée traverse la pièce vitrée à l’arrière du bâtiment.

Demain, je pourrai sortir, à condition que l’on me soigne à domicile. Dierick veut me prendre chez lui ; ça, jamais ! Sinon, je suis réellement foutu. Mon ami Marc viendra me chercher une heure avant eux. Il se fera passer pour un assistant de Dierick.

C’est dans les instants critiques qu’on se rend compte si on peut faire confiance à ceux qu’on croit être des amis. On verra.

Qui terre a, guerre a.

J’ai gardé un peu de cette boue qui m’a « sauvé », un infirmier, sur ma demande, me l’avait conservée.

Il me reste au moins ça : ce goût de terre précis.

 

    

 Alors, selon vous, qui est l'auteur de cette nouvelle ?

Publié dans auteur mystère

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C'est Carine-Laure Desguin !

Publié le par christine brunet /aloys

                                      

desguin

 

 

 

Deuxième étage, salle  07.

 

 

Après avoir écrasé son mégot, le trentenaire mal rasé appuie lourdement son front tout gras de sueur sur la grande fenêtre de la salle 07, celle des interrogatoires de longue haleine. Sa hargne, il veut la jeter sur la ville endormie, à travers les premiers brouillards de l’automne. De ce deuxième étage du commissariat, cet obstiné ne voit de la métropole que peu de chose…A 23 heures, un mardi soir de septembre, rien de bien spécial, à part cette gonzesse, là, derrière lui. Elle joue à l’amnésique, doublée de la muette de service. De temps en temps, elle déballe une miette ou deux. Le cerveau gonflé par les séries américaines, le visage dégoulinant de produits à bon marché, elle attend quoi, ce trésor, pour vomir des noms de types véreux, de bars mal famés, de tripots encavés ou de rues aux enseignes qui ne s’éteignent jamais ? Un hot-dog avec du ketchup et une bague de fiançailles au dessus, en guise de cerise sur le gâteau ? Demain, Cédric Durlière affrontera les familles des disparues ainsi que des politiciens ronds-de-cuir, des gens qui ignorent tout des poubelles de la ville, des quartiers qui puent le rat et la dope, et du jus de sperme qu’éclaboussent sur les murs des hôtels miteux, des calotins binoclards et sans scrupules. Les fichiers sont saturés de vieux dégueulasses, de jeunes tordus, de désaxés qui harponnent à coups de poussières blanches des gonzesses qui rêvent d’écrans plats et d’hôtels quatre étoiles sur une île de plein soleil, le 24 décembre à minuit.

Quelques heures. Il ne reste que quelques heures au flicard à la voix râpeuse, pour extirper de cette paumée, cette bimbo factice aux lèvres épaisses affalée sur la chaise métallique, un indice, n’importe quoi qui pourrait allumer une piste : une odeur, un bruit de train, les chuintements d’une émeute de souris, des cris d’enfants dans une cour de récréation.

- J’peux ravoir mon ? minaude la fille, avec la voix hésitante de celle qui sait qu’elle patauge dans la panade…

Durlière se retourne, outré, les yeux couleur  de prison :

- Pourquoi ? Tu t’emmerdes avec moi ? Ton G ? Tu parles de quel G, p’tite salope ?

- Ben non,  mais c’est que, c’est que, continue-t-elle, comme une gosse paumée devant le tableau noir…

- C’est que quoi, hein ? Rien ! Rien du tout, bon sang ! On recommence depuis le début, ma grosse, creuse dans ce qui te sert de méninges, mam’zelle la pseudo- strip- teaseuse !

- Pseu… ?

Pseudo, espèce d’illettrée de mes deux ! Alors, crache plus vite que ça, je t’écoute !

- J’vous ai tout dit, tout dit dix fois au moins ! Vous m’en voulez d’être vivante ou quoi ?

Face à cette espèce de brute qui lui déshabille le cœur petit à petit, Lisbeth a un sursaut de révolte. Des heures qu’elle est plantée là, les yeux rivés sur ce qu’elle peut, sur les fardes noires empilées dans les étagères, sur le calendrier accroché au mur, sur ce flic, un jeune loup aux  dents longues, qui recherche plus la promotion qu’autre chose. Bien sûr, les deux autres traînées, les disparues, il désire les retrouver saines et sauves mais ce qu’il veut avant tout, c’est que son nom soit cité à la une de tous les canards, il veut qu’on le reconnaisse dans la rue, le dimanche, quand il se pointe à la boulangerie !

- Alors quoi, c’est le gras de tes hanches qui t’empêche de réfléchir, fille de merde ? Tu craches ou je dois aller chercher les morceaux plus loin ?

Cédric Durlière reste debout, piétine autour de son vieux bureau, les deux mains dans les poches, pour se donner une contenance, comme dans les feuilletons, au moment où une musique à suspense nous fait comprendre qu’un élément de premier ordre va apparaître bientôt. Quand il parle, ce flicard démineur, il se penche en avant, tout en haussant le ton de sa voix, pour singer une autorité de futur commissaire.

La fille à la chair boudinée triture un bracelet en cuir noir, avec des initiales fluo et un cœur qui pendouille, une breloque. Les yeux lançant un regard bravache, elle murmure, en reniflant tous les trois mots :

- C’est Debbie et Zoé…elles avaient un pote…Aldo qu’il s’appelait, ce type…il demandait des filles…des grosses…pour un casting…il devait nous filer du pognon…

- Et ? fulmine Durlière.

- Debbie et Zoé se sont amenées chez moi…On a pris le matos et…

- Du matos ? De la dope ?

- Non ! Du matos… pour le strip…des trucs en cuir noir, des slips, des clous, des menottes, des cuissardes, du matos quoi ! Aldo, il lui fallait des filles grosses, avec du gras sur les hanches, comme vous dites….des gros seins…des bourrelets sur les genoux…des grosses quoi ! C’était pour tourner dans un film porno…Des tunes, il devait nous en filer un paquet, de quoi gonfler nos plumards ! Vers six heures du soir, on avait rencart au golden saloon…Un type grand et maigre s’est amené…il avait un long menton…sa bagnole sentait le cuir neuf…on a tourné dans la ville…les rues défilaient…puis on a stoppé dans une espèce de cours d’usine …des bétons…

- Continue, mon trésor, continue …

-Une grande et haute pièce toute froide…une scène…des tissus noirs…des projecteurs…comme au cinéma !

- Tu parles d’un cinéma ! C’est bien poulette, continue, continue, tu l’auras ton septième ciel,  tu l’auras …

- Plus loin que la scène, il y avait un jeu ….un jeu …des quilles et des boules…un bowling, c’est ça, un bowling…

A ce moment, Lisbeth  met les mains sur son visage flétri et balance ses longs cheveux roux et bouclés en arrière. Sous sa peau, son cœur pulse à grands remous.

- Continue, creuse tes méninges ! Des odeurs ? Des bruits ? Des indices, bordel, des indices ! T’as rien entendu ? Une ambulance ? Les pompiers ? Plus vite bordel, plus vite, tu causes comme si tu faisais ton strip, à petites doses ! Balance, balance !

La fille continue, la voix ondulante comme un serpent éméché…

- Aldo était là, appuyé contre un bar, un bar très long, long comme j’ai jamais vu…c’est Debbie et Zoé qui ont dit que c’était Aldo, moi, j’en savais que dalle…deux autres types étaient là, ils causaient pas français, je crois  et …

- Tu crois ou t’es sûre, bordel, réfléchis, t’es majeure et encore plus, à voir les sillons charbonneux autour de tes yeux, t’es censée savoir réfléchir ! Le flic gueule ça avec dans la voix comme des glaçons, des trucs froids, qui coupent et qui font mal.

- Les types lâchaient des mots que je comprenais pas…ils étaient accoudés au bar …par terre, y’avait des débris de verre et des bouteilles vides…les types avaient des yeux de hiboux, des épaules pleines d’os et un sourire, un sourire ….tordu…c’est ça…un sourire tordu….un sourire comme une cuvette de wc qu’on n’aurait jamais récurée …Y’avait des lumières vertes et rouges  s’allumaient et s’éteignaient, de partout…

- Voyez-vous ça, la mémoire revient…

Durlière reluque la grosse fille et se fend du rictus de celui qui a des projets …Sous le pull en grosses mailles noires et argentées, la poitrine sémillante se soulève. La fille baisse les yeux, elle pressent qu’elle doit obéir, son cœur bringuebale. A ce moment-là, Durlière s’écarte de son bureau, recule de deux pas vers la sortie et gueule, tout en gardant ses mains en poche et en s’adossant au mur coquille d’œuf :

- Fais-le moi ce strip, fais-le moi maintenant ! Et dans une heure, dit-il en prenant une voix radoucie et presque sensuelle, je te ramène chez toi, dans ton tripot de derrière les fagots.

Ensuite, dans un mouvement sec et rapide, Durlière sort d’un haut et profond placard un escabeau à quatre marches, une paire de ciseaux, un boa en plumes turquoise et …une boussole. Allez savoir tout ce qu’on peut extirper des armoises des commissariats ! De l’improbable, de l’imprévu, de l’insolite !

Lisbeth n’en croit pas ses yeux. Jamais sa cervelle de piaf n’aurait imaginé un ticket d’embarquement pour un voyage inconnu et haut en couleurs…avec ce flic, ce jeunot à peine sevré du sein de sa mère ! Et Dieu seul sait qu’elle en a connu, la Lisbeth, des zozos, des frimeurs évadés des bandes dessinées, des baratineurs engoncés dans un costume trois-pièces avec la pochette bleu nuit qui clignote comme l’autoroute de Bruxelles un soir de 21 juillet, des gars à l’haleine de porc et aux cheveux gominés qui salivaient devant ces strip-teases….Et la voilà, la Lisbeth, gratinée, un mardi soir, dans la salle 07 d’un commissariat ! Tout ça parce que Debbie et Zoé, deux nanas parties sans laisser d’adresse, n’ont pas rempli le frigo de leurs ringards de souteneurs. Alors, ces messieurs crève-la-faim s’inquiètent …Ils appellent la flicaille ! Un comble ! Si, à l’heure qu’il est, ces deux gonzesses se sont fait la malle, elles sont loin, en route vers le sud, les talons aiguilles et les bouches en cœurs carapatées et enfermées à double tour, dans la valise en écailles de crocodiles qui servait à Sixte l’africain, un vieux pote du milieu,  pour transporter les cure-dents en défense d’éléphant. 

 

Sous les lumières artificielles de la salle 07, sans piper mot, les deux regards allumés se toisent. Labimbo sait qu’elle doit jouer du mieux qu’elle peut, qu’elle doit offrir au jeune merdeux un effeuillage tout en ondulations et frissonnements …

- Vas-y, lui dit-il d’une voix de chef de tribu …Donne-moi ce que tu as toujours donné ! Et encore plus, si tu ne veux pas finir en chair à saucisses dans les congélateurs du sous-sol ! Vas-y !

Durlière se paie une clope et se retape le dos contre le mur. Il se frotte les yeux et se passe la main dans ses cheveux bruns et frisés. Un pan de sa chemise en jeans s’est égaré hors de son pantalon. Pour un peu, s’il n’avait sur la face ce masque de type suffisant, sûr de lui, il serait séduisant. Des yeux bruns bien aiguisés, qui savent lancer de la beauté et l’accrocher sur de belles gambettes demandeuses de ces promesses, un corps grand et long, avec des épaules larges comme il faut, sans trop se la jouer surfeur de body-building et mangeur de protéines pour la gonflette …

Avec des gestes aussi lents qu’elle le peut, la soumise se poudre les joues, dépose sur ses lèvres épaisses un sourire grenat très foncé, et allonge ses faux-cils d’une couche de mascara noir et poisseux, du matériel à deux sous, puisé dans les solderies pakistanaises.

Elle ajuste son long pull aux mailles noires et argentées, avec un décolleté en V et une large ceinture cloutée qui donne du relief à tous ces bourrelets de vieille chair. Car, si vous ne l’aviez pas encore compris, la Lisbeth, elle n’est plus de première jeunesse, elle gamberge depuis des lustres, de mecs en bistrots, et de boîtes à musique en geôles de luxe, elle a du répondant et des décorations plus nombreuses qu’un combattant de la grande guerre. Lisbeth, elle est d’une poésie ronde comme les arènes de Nîmes, grasse comme une saucisse de Francfort vendue dans les grandes surfaces de Charleroi et vieille comme les momies égyptiennes, celles que  le carbone 14 ne sait pas chiffrer …C’est dire ! Sa légèreté se love, tout en subtilité, dans ses gestes de gazelle et son regard de langouste…Que les filles du Moulin Rouge ne se bilent pas, de l’ombre, la Lisbeth, elle ne leur en fera pas !

- Alors, tu dors ? T’as sniffé avant de venir ou quoi ? Tu l’ouvres ce spectacle, espèce de cruche ? Dépêche-toi, la nuit s’avance…Le flic scande ça tout en envoyant des volutes de fumée vers l’esseulée et avec dans la voix comme un ton de menace …

La strip-teaseuse ondule et se passe autour du cou le boa turquoise, à la façon d’une grande professionnelle de music-hall et puis, elle place l’escabeau tout près du bureau, en n’oubliant pas de déposer  les ciseaux et la boussole. Ses faux-cils lui effleurent les joues,  tellement ils battent sous le sourire froid, sa gorge se noue, trop tard pour faire marche-arrière.

Elle grimpe pas à pas les marches et gagne le bureau. De son pied droit, elle pousse, hésitante, quelques dossiers, tout en jetant vers son geôlier un regard gonflé d’interrogations.

- Commence, commence, je veux te voir te trémousser, lance le flic, avec une  voix éraillée   de fumeur de gitanes …Et puis, en éteignant une des lampes, il commence à chantonner en sourdineLa décadence, une chanson de Serge Gainsbourg ….

- Bouge tes reins lentement  et danse la décadence  des eaux troubles soudain troublent mes sens ….

Alors, Lisbeth joue …

Suivant le rythme des paroles murmurées, elle agrippe la paire de ciseaux et découpe du bas vers le haut le long pull aux mailles noires et argentées …Dans un déhanchement doux et langoureux, elle mène ses ciseaux comme on mène un slow…Ses grands yeux vert émeraude, maquillés à outrance, ne quittent pas le visage satisfait du flicaillon émoustillé.

Une fois atteinte la hauteur des gros seins pulpeux, Lisbeth ralentit le mouvement de son poignet …

- La décadence sous mes doigts t’emmènera …

A ce moment, on voit de la strip-teaseuse les souliers noirs à talons aiguilles, des collants noirs et luisants qui laissent s’exprimer tous les amas graisseux suspendus aux jambes de la madone, et le soutien-gorge, deux capuchons de tissus noirs dentelés sous lesquels se laissent deviner d’énormes glandes, molles, adipeuses, mais vivantes….

Appuyé contre le mur de la salle 07, Durlière, le regard à la fois luisant et évaporé continue ses murmures…

- …la décadence m’a perdu ah tu me tues mon amour …

Superbe d’impudeur, la grosse déballe tout…Ses collants, en lambeaux, ne cachent plus d’épaisses jambes blanches, épaisses et flétries…Le boa est gênant, il s’accroche à ce qu’il peut, les dentelles noires du soutien-gorge et du slip à lacets de cuir …

…la décadence m’a perdu ah tu me tues mon amour …, chantonne le flic, tout en déboutonnant sa chemise en jeans, d’un geste très suggestif…

La poupée aux rides profondes  se déshabille le corps, comme d’ailleurs elle venait de se déshabiller et le cœur et l’âme … Des hanches, harmonieuses comme un rock’n’roll joué sans partition par un musicien saoul, des bras et des jambes couronnés tous les dix centimètres de  bourrelets graisseux...

Ses reins se cambrent, la belle joue le jeu jusqu’au bout…Elle prend maintenant dans ses mains boudinées, aux doigts asphyxiés par de vulgaires bagues, ses longs cheveux roux et bouclés…Tout son corps, gras et mou, exprime au flicard un je suis à toi, sans même suer une seule syllabe…

Durlière est tout sourire, des étincelles dans les yeux, il fume clope sur clope et écrase les cadavres, à même le sol…

Des odeurs de vieille chair et de fumée de cigarettes se mêlent aux lumières vaporeuses de la nuit….Une grosse cruche se trémousse devant un jeune flic plein d’avenir…Le turquoise du boa ondule entre les bourrelets blancs et flasques …Sur le vieux bureau, des tissus noirs de lainage et de dentelles, des lacets de cuir, et au milieu de tout cela, une boussole.

Tout à coup, pleines lumières dans la salle 07. Une voix  masculine, suintante de certitudes, de Césars et de festivals cinématographiques, gueule à toute l’équipe :

- Les enfants, fini pour ce soir ! Dans vingt minutes, tous à la feuille d’Eve ! Débriefing ! On l’aura, ce César ! Nom de dieu !

 

 

Carine-Laure Desguin

carinelauredesguin.over-blog.com

 

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Publié le par christine brunet /aloys

point d'interrogation

 

 

                                      Deuxième étage, salle  07.

 

 

Après avoir écrasé son mégot, le trentenaire mal rasé appuie lourdement son front tout gras de sueur sur la grande fenêtre de la salle 07, celle des interrogatoires de longue haleine. Sa hargne, il veut la jeter sur la ville endormie, à travers les premiers brouillards de l’automne. De ce deuxième étage du commissariat, cet obstiné ne voit de la métropole que peu de chose…A 23 heures, un mardi soir de septembre, rien de bien spécial, à part cette gonzesse, là, derrière lui. Elle joue à l’amnésique, doublée de la muette de service. De temps en temps, elle déballe une miette ou deux. Le cerveau gonflé par les séries américaines, le visage dégoulinant de produits à bon marché, elle attend quoi, ce trésor, pour vomir des noms de types véreux, de bars mal famés, de tripots encavés ou de rues aux enseignes qui ne s’éteignent jamais ? Un hot-dog avec du ketchup et une bague de fiançailles au dessus, en guise de cerise sur le gâteau ? Demain, Cédric Durlière affrontera les familles des disparues ainsi que des politiciens ronds-de-cuir, des gens qui ignorent tout des poubelles de la ville, des quartiers qui puent le rat et la dope, et du jus de sperme qu’éclaboussent sur les murs des hôtels miteux, des calotins binoclards et sans scrupules. Les fichiers sont saturés de vieux dégueulasses, de jeunes tordus, de désaxés qui harponnent à coups de poussières blanches des gonzesses qui rêvent d’écrans plats et d’hôtels quatre étoiles sur une île de plein soleil, le 24 décembre à minuit.

Quelques heures. Il ne reste que quelques heures au flicard à la voix râpeuse, pour extirper de cette paumée, cette bimbo factice aux lèvres épaisses affalée sur la chaise métallique, un indice, n’importe quoi qui pourrait allumer une piste : une odeur, un bruit de train, les chuintements d’une émeute de souris, des cris d’enfants dans une cour de récréation.

- J’peux ravoir mon ? minaude la fille, avec la voix hésitante de celle qui sait qu’elle patauge dans la panade…

Durlière se retourne, outré, les yeux couleur  de prison :

- Pourquoi ? Tu t’emmerdes avec moi ? Ton G ? Tu parles de quel G, p’tite salope ?

- Ben non,  mais c’est que, c’est que, continue-t-elle, comme une gosse paumée devant le tableau noir…

- C’est que quoi, hein ? Rien ! Rien du tout, bon sang ! On recommence depuis le début, ma grosse, creuse dans ce qui te sert de méninges, mam’zelle la pseudo- strip- teaseuse !

- Pseu… ?

- Pseudo, espèce d’illettrée de mes deux ! Alors, crache plus vite que ça, je t’écoute !

- J’vous ai tout dit, tout dit dix fois au moins ! Vous m’en voulez d’être vivante ou quoi ?

Face à cette espèce de brute qui lui déshabille le cœur petit à petit, Lisbeth a un sursaut de révolte. Des heures qu’elle est plantée là, les yeux rivés sur ce qu’elle peut, sur les fardes noires empilées dans les étagères, sur le calendrier accroché au mur, sur ce flic, un jeune loup aux  dents longues, qui recherche plus la promotion qu’autre chose. Bien sûr, les deux autres traînées, les disparues, il désire les retrouver saines et sauves mais ce qu’il veut avant tout, c’est que son nom soit cité à la une de tous les canards, il veut qu’on le reconnaisse dans la rue, le dimanche, quand il se pointe à la boulangerie !

- Alors quoi, c’est le gras de tes hanches qui t’empêche de réfléchir, fille de merde ? Tu craches ou je dois aller chercher les morceaux plus loin ?

Cédric Durlière reste debout, piétine autour de son vieux bureau, les deux mains dans les poches, pour se donner une contenance, comme dans les feuilletons, au moment où une musique à suspense nous fait comprendre qu’un élément de premier ordre va apparaître bientôt. Quand il parle, ce flicard démineur, il se penche en avant, tout en haussant le ton de sa voix, pour singer une autorité de futur commissaire.

La fille à la chair boudinée triture un bracelet en cuir noir, avec des initiales fluo et un cœur qui pendouille, une breloque. Les yeux lançant un regard bravache, elle murmure, en reniflant tous les trois mots :

- C’est Debbie et Zoé…elles avaient un pote…Aldo qu’il s’appelait, ce type…il demandait des filles…des grosses…pour un casting…il devait nous filer du pognon…

- Et ? fulmine Durlière.

- Debbie et Zoé se sont amenées chez moi…On a pris le matos et…

- Du matos ? De la dope ?

- Non ! Du matos… pour le strip…des trucs en cuir noir, des slips, des clous, des menottes, des cuissardes, du matos quoi ! Aldo, il lui fallait des filles grosses, avec du gras sur les hanches, comme vous dites….des gros seins…des bourrelets sur les genoux…des grosses quoi ! C’était pour tourner dans un film porno…Des tunes, il devait nous en filer un paquet, de quoi gonfler nos plumards ! Vers six heures du soir, on avait rencart au golden saloon…Un type grand et maigre s’est amené…il avait un long menton…sa bagnole sentait le cuir neuf…on a tourné dans la ville…les rues défilaient…puis on a stoppé dans une espèce de cours d’usine …des bétons…

- Continue, mon trésor, continue …

-Une grande et haute pièce toute froide…une scène…des tissus noirs…des projecteurs…comme au cinéma !

- Tu parles d’un cinéma ! C’est bien poulette, continue, continue, tu l’auras ton septième ciel,  tu l’auras …

- Plus loin que la scène, il y avait un jeu ….un jeu …des quilles et des boules…un bowling, c’est ça, un bowling…

A ce moment, Lisbeth  met les mains sur son visage flétri et balance ses longs cheveux roux et bouclés en arrière. Sous sa peau, son cœur pulse à grands remous.

- Continue, creuse tes méninges ! Des odeurs ? Des bruits ? Des indices, bordel, des indices ! T’as rien entendu ? Une ambulance ? Les pompiers ? Plus vite bordel, plus vite, tu causes comme si tu faisais ton strip, à petites doses ! Balance, balance !

La fille continue, la voix ondulante comme un serpent éméché…

- Aldo était là, appuyé contre un bar, un bar très long, long comme j’ai jamais vu…c’est Debbie et Zoé qui ont dit que c’était Aldo, moi, j’en savais que dalle…deux autres types étaient là, ils causaient pas français, je crois  et …

- Tu crois ou t’es sûre, bordel, réfléchis, t’es majeure et encore plus, à voir les sillons charbonneux autour de tes yeux, t’es censée savoir réfléchir ! Le flic gueule ça avec dans la voix comme des glaçons, des trucs froids, qui coupent et qui font mal.

- Les types lâchaient des mots que je comprenais pas…ils étaient accoudés au bar …par terre, y’avait des débris de verre et des bouteilles vides…les types avaient des yeux de hiboux, des épaules pleines d’os et un sourire, un sourire ….tordu…c’est ça…un sourire tordu….un sourire comme une cuvette de wc qu’on n’aurait jamais récurée …Y’avait des lumières vertes et rouges  s’allumaient et s’éteignaient, de partout…

- Voyez-vous ça, la mémoire revient…

Durlière reluque la grosse fille et se fend du rictus de celui qui a des projets …Sous le pull en grosses mailles noires et argentées, la poitrine sémillante se soulève. La fille baisse les yeux, elle pressent qu’elle doit obéir, son cœur bringuebale. A ce moment-là, Durlière s’écarte de son bureau, recule de deux pas vers la sortie et gueule, tout en gardant ses mains en poche et en s’adossant au mur coquille d’œuf :

- Fais-le moi ce strip, fais-le moi maintenant ! Et dans une heure, dit-il en prenant une voix radoucie et presque sensuelle, je te ramène chez toi, dans ton tripot de derrière les fagots.

Ensuite, dans un mouvement sec et rapide, Durlière sort d’un haut et profond placard un escabeau à quatre marches, une paire de ciseaux, un boa en plumes turquoise et …une boussole. Allez savoir tout ce qu’on peut extirper des armoises des commissariats ! De l’improbable, de l’imprévu, de l’insolite !

Lisbeth n’en croit pas ses yeux. Jamais sa cervelle de piaf n’aurait imaginé un ticket d’embarquement pour un voyage inconnu et haut en couleurs…avec ce flic, ce jeunot à peine sevré du sein de sa mère ! Et Dieu seul sait qu’elle en a connu, la Lisbeth, des zozos, des frimeurs évadés des bandes dessinées, des baratineurs engoncés dans un costume trois-pièces avec la pochette bleu nuit qui clignote comme l’autoroute de Bruxelles un soir de 21 juillet, des gars à l’haleine de porc et aux cheveux gominés qui salivaient devant ces strip-teases….Et la voilà, la Lisbeth, gratinée, un mardi soir, dans la salle 07 d’un commissariat ! Tout ça parce que Debbie et Zoé, deux nanas parties sans laisser d’adresse, n’ont pas rempli le frigo de leurs ringards de souteneurs. Alors, ces messieurs crève-la-faim s’inquiètent …Ils appellent la flicaille ! Un comble ! Si, à l’heure qu’il est, ces deux gonzesses se sont fait la malle, elles sont loin, en route vers le sud, les talons aiguilles et les bouches en cœurs carapatées et enfermées à double tour, dans la valise en écailles de crocodiles qui servait à Sixte l’africain, un vieux pote du milieu,  pour transporter les cure-dents en défense d’éléphant. 

 

Sous les lumières artificielles de la salle 07, sans piper mot, les deux regards allumés se toisent. La bimbo sait qu’elle doit jouer du mieux qu’elle peut, qu’elle doit offrir au jeune merdeux un effeuillage tout en ondulations et frissonnements …

- Vas-y, lui dit-il d’une voix de chef de tribu …Donne-moi ce que tu as toujours donné ! Et encore plus, si tu ne veux pas finir en chair à saucisses dans les congélateurs du sous-sol ! Vas-y !

Durlière se paie une clope et se retape le dos contre le mur. Il se frotte les yeux et se passe la main dans ses cheveux bruns et frisés. Un pan de sa chemise en jeans s’est égaré hors de son pantalon. Pour un peu, s’il n’avait sur la face ce masque de type suffisant, sûr de lui, il serait séduisant. Des yeux bruns bien aiguisés, qui savent lancer de la beauté et l’accrocher sur de belles gambettes demandeuses de ces promesses, un corps grand et long, avec des épaules larges comme il faut, sans trop se la jouer surfeur de body-building et mangeur de protéines pour la gonflette …

Avec des gestes aussi lents qu’elle le peut, la soumise se poudre les joues, dépose sur ses lèvres épaisses un sourire grenat très foncé, et allonge ses faux-cils d’une couche de mascara noir et poisseux, du matériel à deux sous, puisé dans les solderies pakistanaises.

Elle ajuste son long pull aux mailles noires et argentées, avec un décolleté en V et une large ceinture cloutée qui donne du relief à tous ces bourrelets de vieille chair. Car, si vous ne l’aviez pas encore compris, la Lisbeth, elle n’est plus de première jeunesse, elle gamberge depuis des lustres, de mecs en bistrots, et de boîtes à musique en geôles de luxe, elle a du répondant et des décorations plus nombreuses qu’un combattant de la grande guerre. Lisbeth, elle est d’une poésie ronde comme les arènes de Nîmes, grasse comme une saucisse de Francfort vendue dans les grandes surfaces de Charleroi et vieille comme les momies égyptiennes, celles que  le carbone 14 ne sait pas chiffrer …C’est dire ! Sa légèreté se love, tout en subtilité, dans ses gestes de gazelle et son regard de langouste…Que les filles du Moulin Rouge ne se bilent pas, de l’ombre, la Lisbeth, elle ne leur en fera pas !

- Alors, tu dors ? T’as sniffé avant de venir ou quoi ? Tu l’ouvres ce spectacle, espèce de cruche ? Dépêche-toi, la nuit s’avance…Le flic scande ça tout en envoyant des volutes de fumée vers l’esseulée et avec dans la voix comme un ton de menace …

La strip-teaseuse ondule et se passe autour du cou le boa turquoise, à la façon d’une grande professionnelle de music-hall et puis, elle place l’escabeau tout près du bureau, en n’oubliant pas de déposer  les ciseaux et la boussole. Ses faux-cils lui effleurent les joues,  tellement ils battent sous le sourire froid, sa gorge se noue, trop tard pour faire marche-arrière.

Elle grimpe pas à pas les marches et gagne le bureau. De son pied droit, elle pousse, hésitante, quelques dossiers, tout en jetant vers son geôlier un regard gonflé d’interrogations.

- Commence, commence, je veux te voir te trémousser, lance le flic, avec une  voix éraillée   de fumeur de gitanes …Et puis, en éteignant une des lampes, il commence à chantonner en sourdine La décadence, une chanson de Serge Gainsbourg ….

- Bouge tes reins lentement  et danse la décadence  des eaux troubles soudain troublent mes sens ….

Alors, Lisbeth joue …

Suivant le rythme des paroles murmurées, elle agrippe la paire de ciseaux et découpe du bas vers le haut le long pull aux mailles noires et argentées …Dans un déhanchement doux et langoureux, elle mène ses ciseaux comme on mène un slow…Ses grands yeux vert émeraude, maquillés à outrance, ne quittent pas le visage satisfait du flicaillon émoustillé.

Une fois atteinte la hauteur des gros seins pulpeux, Lisbeth ralentit le mouvement de son poignet …

- La décadence sous mes doigts t’emmènera …

A ce moment, on voit de la strip-teaseuse les souliers noirs à talons aiguilles, des collants noirs et luisants qui laissent s’exprimer tous les amas graisseux suspendus aux jambes de la madone, et le soutien-gorge, deux capuchons de tissus noirs dentelés sous lesquels se laissent deviner d’énormes glandes, molles, adipeuses, mais vivantes….

Appuyé contre le mur de la salle 07, Durlière, le regard à la fois luisant et évaporé continue ses murmures…

- …la décadence m’a perdu ah tu me tues mon amour

Superbe d’impudeur, la grosse déballe tout…Ses collants, en lambeaux, ne cachent plus d’épaisses jambes blanches, épaisses et flétries…Le boa est gênant, il s’accroche à ce qu’il peut, les dentelles noires du soutien-gorge et du slip à lacets de cuir …

- …la décadence m’a perdu ah tu me tues mon amour …, chantonne le flic, tout en déboutonnant sa chemise en jeans, d’un geste très suggestif…

La poupée aux rides profondes  se déshabille le corps, comme d’ailleurs elle venait de se déshabiller et le cœur et l’âme … Des hanches, harmonieuses comme un rock’n’roll joué sans partition par un musicien saoul, des bras et des jambes couronnés tous les dix centimètres de  bourrelets graisseux...

Ses reins se cambrent, la belle joue le jeu jusqu’au bout…Elle prend maintenant dans ses mains boudinées, aux doigts asphyxiés par de vulgaires bagues, ses longs cheveux roux et bouclés…Tout son corps, gras et mou, exprime au flicard un je suis à toi, sans même suer une seule syllabe…

Durlière est tout sourire, des étincelles dans les yeux, il fume clope sur clope et écrase les cadavres, à même le sol…

Des odeurs de vieille chair et de fumée de cigarettes se mêlent aux lumières vaporeuses de la nuit….Une grosse cruche se trémousse devant un jeune flic plein d’avenir…Le turquoise du boa ondule entre les bourrelets blancs et flasques …Sur le vieux bureau, des tissus noirs de lainage et de dentelles, des lacets de cuir, et au milieu de tout cela, une boussole.

Tout à coup, pleines lumières dans la salle 07. Une voix  masculine, suintante de certitudes, de Césars et de festivals cinématographiques, gueule à toute l’équipe :

- Les enfants, fini pour ce soir ! Dans vingt minutes, tous à la feuille d’Eve ! Débriefing ! On l’aura, ce César ! Nom de dieu !

Publié dans auteur mystère

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« gcfghksxldfmwsdc », une nouvelle de Bob Boutique

Publié le par christine brunet /aloys

 

bobclin

 

 

«  gcfghksxldfmwsdc »

 

‘gcfghksxldfmwsdc’ se dit-il in petto ! En fait, c’est impossible à exprimer avec les lettres de l’alphabet puisque ce n’est même pas un son (il n’a pas de bouche), mais une pensée qui perce dans son subconscient sous la forme d’une onomatopée virtuelle.

 

On pourrait traduire par ‘tiens ?’, ‘comme c’est curieux’ ou ‘étrange’ .

 

Ce n’est même pas un bruit, puisqu’il est liquide et coule en silence. Un être humain le  confondrait avec des gouottes de pluie ou une tache de mazout, compte tenu de sa réverbération irisée.

 

Mais alors quoi ? C’est une sorte d’extra-terrestre ?

 

Même pas, puisqu’il vit au même endroit que nous, mais dans un espace-temps distant d’une infime fraction de nanoseconde, un univers parallèle où la vie s’est développée au départ de l’hydrogène et non pas du carbone. Peu importe. Il s’est produit une subtile vibration spatio-temporelle et hop, le voila qui débarque chez nous (une chance sur un milliard) …

 

En principe ça ne dure jamais longtemps, encore que son temps à lui soit atomique. Mais ne compliquons pas les choses…

 

«  gcfghksxldfmwsdc » se dit-il in petto, en tombant nez à nez dans un caniveau avec un vieux thermomètre brisé en deux. 

 

C’est que la goutte de mercure qui y reste collée l’attire d’une façon incroyablement émouvante. 

 

Il n’a jamais vu (barrons le mot, car il n’a pas d’yeux non plus), il n’a jamais connu un ‘autre’ aussi beau et d’une fluidité aussi ferme. Il existe bien sur quelques ‘autres’ très denses dans sa soupe primordiale, mais leur poids est insignifiant comparé à ce qu’il  découvre comme une révélation… celui-ci a une densité qui l’étourdit de sensations, le traverse d’infimes vaguelettes de plaisir et le gonfle de désir.

 

Le voila qui roule comme une minuscule boule gélatineuse, vibrante de sentiments condensés, vers l’orifice du tube en verre où, comme attiré par un aimant,  il s’infiltre d’un jet amoureux vers le liquide gris d’où n’émane pourtant aucune pensée d’union, rien sinon… une indifférence totale.

 

C’est déjà fini. Ils n’ont même pas eu le temps de se mélanger. Un frémissement de l’espace-temps l’a soudain ramené dans son univers parmi les autres liquides.

 

Mais il ne reluit plus, s’étale comme une vieille flaque et ne révérbera plus jamais les couleurs de l’arc-en-ciel.

 

Notre univers est insondable et dangereux.

 

 

Bob Boutique

www.bandbsa.be/contes.htm

 

Publié dans auteur mystère

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« gcfghksxldfmwsdc » une nouvelle de qui ????

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

point-d-interrogation.gif

 

 

«  gcfghksxldfmwsdc »

 

‘gcfghksxldfmwsdc’ se dit-il in petto ! En fait, c’est impossible à exprimer avec les lettres de l’alphabet puisque ce n’est même pas un son (il n’a pas de bouche), mais une pensée qui perce dans son subconscient sous la forme d’une onomatopée virtuelle.

 

On pourrait traduire par ‘tiens ?’, ‘comme c’est curieux’ ou ‘étrange’ .

 

Ce n’est même pas un bruit, puisqu’il est liquide et coule en silence. Un être humain le  confondrait avec des gouttes de pluie ou une tache de mazout, compte tenu de sa réverbération irisée.

 

Mais alors quoi ? C’est une sorte d’extra-terrestre ?

 

Même pas, puisqu’il vit au même endroit que nous, mais dans un espace-temps distant d’une infime fraction de nanoseconde, un univers parallèle où la vie s’est développée au départ de l’hydrogène et non pas du carbone. Peu importe. Il s’est produit une subtile vibration spatio-temporelle et hop, le voila qui débarque chez nous (une chance sur un milliard) …

 

En principe ça ne dure jamais longtemps, encore que son temps à lui soit atomique. Mais ne compliquons pas les choses…

 

«  gcfghksxldfmwsdc » se dit-il in petto, en tombant nez à nez dans un caniveau avec un vieux thermomètre brisé en deux. 

 

C’est que la goutte de mercure qui y reste collée l’attire d’une façon incroyablement émouvante. 

 

Il n’a jamais vu (barrons le mot, car il n’a pas d’yeux non plus), il n’a jamais connu un ‘autre’ aussi beau et d’une fluidité aussi ferme. Il existe bien sur quelques ‘autres’ très denses dans sa soupe primordiale, mais leur poids est insignifiant comparé à ce qu’il  découvre comme une révélation… celui-ci a une densité qui l’étourdit de sensations, le traverse d’infimes vaguelettes de plaisir et le gonfle de désir.

 

Le voilà qui roule comme une minuscule boule gélatineuse, vibrante de sentiments condensés, vers l’orifice du tube en verre où, comme attiré par un aimant,  il s’infiltre d’un jet amoureux vers le liquide gris d’où n’émane pourtant aucune pensée d’union, rien sinon… une indifférence totale.

 

C’est déjà fini. Ils n’ont même pas eu le temps de se mélanger. Un frémissement de l’espace-temps l’a soudain ramené dans son univers parmi les autres liquides.

 

Mais il ne reluit plus, s’étale comme une vieille flaque et ne révérbera plus jamais les couleurs de l’arc-en-ciel.

 

Notre univers est insondable et dangereux.

 

 

Mais qui a écrit cette nouvelle ? Qui ???????

 

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Trio... Une nouvelle d'Anne Renault... Deuxième partie !

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

renaultanne

      TRIO, suite...

 

 


 

Marie envisagea avec une sensation de grand malaise l'éventualité d'une crise de larmes. Mais Sarah reprit, plus calmement:

              - Pardon, dit-elle, voilà, je vous explique. J'ai une amie, Carine, ma meilleure amie en fait, on peut dire que nous sommes très proches. Elle est malade depuis quelque temps déjà, et hospitalisée. C'est moi qui m'occupe d'elle. Une autre femme seule, eh oui... Je vais la voir tous les soirs en sortant du travail, je prends soin de sa maison, je lui relève son courrier, je tâche de la réconforter aussi. Ce n'est pas toujours facile... On m'a appelée ce matin, de l'hôpital, il est impératif que je lui apporte des vêtements aujourd'hui. C'est pour cela que je dois me rendre chez elle, et après à l'hôpital. Alors, vous pensez, quand j'ai vu que je n'y arriverais pas, j'ai paniqué, vous êtes ma dernière chance.

         Marie pensa que tout cela était un peu exagéré, Sarah semblait exaltée. Mais enfin, elle pouvait comprendre, l'amie malade, gravement peut-être, la fatigue de la semaine, et puis se heurter à cette impossibilité de transport, le froid, la pluie, les déplacements inutiles dans la ville, on pouvait imaginer de l'angoisse, comme si le monde s'était ligué contre elle pour l'empêcher de rejoindre Carine, de l'aider.

D'un ton apaisant, elle dit:

           - Ne vous inquiétez pas, Sarah. Moi, je m'appelle Marie, et quel hasard, n'est-ce pas, je suis seule aussi et tout à fait libre de mon temps, ce soir. Dites-moi où vous voulez aller et, après, je vous conduirai à l'hôpital.

          Et à énoncer ces simples mots, à se trouver ainsi près d'une inconnue, à qui elle était en mesure de rendre un service apparemment important, Marie sentit une chape de douceur, légère et chaude, l'envelopper tout entière. Comme un apaisement, la mise en place d'énergies vacantes et, elle s'en rendait compte maintenant, plutôt lourdes à porter. Des paroles montèrent à ses lèvres, qu'elle retint de justesse: « Savez-vous que c'est moi qui vous suis redevable ? Cela me fait du bien, vraiment, de pouvoir vous aider ». Mais dire cela, c'était trop... personnel. Eh puis, elles n'étaient pas là pour se faire part de leurs états d'âme.

                  - Indiquez-moi le chemin et allons chez Carine, dit-elle.

La voiture repartit, roula quelque temps dans des rues calmes, loin du trafic du centre.

                  - C'est ici, dit Sarah.

Un immeuble jaune, banal. Marie se gara en face de l'entrée, sur le parking d'une petite supérette, qui flamboyait dans la nuit. Des gens entraient et sortaient, chargés de paquets, de sacs garnis de provision pour le week-end. Chacun allait vers son refuge, sa cage, son nid. Presque tous se retrouveraient en famille, tourneraient le dos à la froide nuit de Novembre, feraient les préparatifs d'un repas plus détendu, sans la perspective d'un lever trop matinal, le lendemain.

 Marie éprouva vivement le caractère improbable de sa situation, être là, assise dans sa voiture, à attendre une inconnue, qui devait rejoindre une autre inconnue, et qui plus est, dans un hôpital. Lui échappaient aussi la cause de l'agitation de Sarah, ainsi que du caractère urgent de sa mission. N'importe, elle se sentait bien, on avait besoin d'elle, pour un temps elle échappait à la redoutable solitude, et, qui sait, cette rencontre pourrait avoir des suites, une amitié, au moins une relation, peut-être... Elle se morigéna immédiatement. Ne rien attendre, prendre ce qui est bon, et surtout ne rien attendre, ne rien imaginer. Mais c'était difficile...

Sarah ressortit de l'immeuble, un grand sac à la main et s'engouffra rapidement dans la voiture dont Marie lui avait ouvert la portière.

  - Merci, dit-elle, j'ai essayé d'aller vite pour ne pas vous faire attendre. Et puis - elle se tourna vers Marie - vous êtes vraiment tout à fait sûre que cela ne vous dérange pas de m'emmener à si loinl ? Vous pouvez peut-être me laisser simplement à la gare, il est bien possible qu'il y ait des taxis, maintenant.

Il était vrai que l'hôpital était très excentré, il faudrait bien une vingtaine de minutes pour l'atteindre.

            - Je vous ai dit que j'avais tout mon temps, et c'est beaucoup plus commode que je vous emmène. Votre taxi, ce soir, ce sera moi.

Marie avait voulu mettre un peu de légèreté, voire de gaîté dans sa réponse, mais Sarah n'y fit pas écho.

        - Encore merci, se borna-t-elle à dire, vous me rendez vraiment un très grand service.

            Puis elle se tut.

           Marie glissa un regard vers elle. Certes, elle ne distinguait presque rien de la femme assise à côté d'elle, mais elle aperçut son profil et, à la tension des mâchoires, à une immobilité qui confinait à la raideur, ainsi qu'à la courbure du dos, le cou rentré dans les épaules dans une position défensive, elle devina une tension écrasante.

Elles roulaient maintenant sur le grand boulevard qui traversait toute la ville, du Nord au Sud et elles avaient retrouvé une circulation dense. Les  feux mal coordonnés les ralentissaient. Encore beaucoup de monde sur les trottoirs. La pluie avait tout à fait cessé, mais les arbres noirs éparpillaient des gouttes, agités par un petit vent acide, désagréable.

Bientôt, elles distinguèrent l'énorme masse carrée et trapue de l'hôpital, avec, sur sa terrasse, des feux clignotants pour l'atterrissage des hélicoptères. La route s'élargissait, elles furent doublées en trombe par une voiture du SAMU, qui se précipita vers l'entrée des urgences, gyrophare flamboyant.

Sarah demeurait silencieuse, Marie eut l'impression que l'angoisse de l'autre femme avait encore augmenté. Elle la sentait fortement présente, à des signes infimes, le corps près d'elle qui semblait s'être replié, les mains qui s'étaient resserrées sur les brides du sac.  Elle-même commençait à en éprouver les effets, le bien-être de tout à l'heure, le plaisir du service rendu avaient disparu. Pourtant elles touchaient au but, Sarah allait pouvoir rejoindre son amie, lui apporter ce dont elle avait besoin.

« Peut-être est-elle très malade », se dit Marie, s'apercevant à cet instant qu'elle n'avait posé aucune question à ce sujet, ne voulant pas assombrir l'atmosphère de cette rencontre inespérée. De plus, un problème se posait : allait-elle demander à Sarah si elle souhaitait  qu'elle l'attende? Et si celle-ci refusait, comment ferait-elle pour rentrer en ville ? De toute évidence, Marie se devait de la ramener. Mais c'était engager un peu plus avant leur relation, et, depuis qu'elles étaient reparties, Sarah, par son silence,  n'avait rien fait pour aller dans ce sens. Marie préféra attendre qu'elles se séparent  pour voir comment les choses allaient tourner.

               - Si je vous dépose  à l'entrée principale des visiteurs, cela vous convient-il ? demanda-t-elle, je pense que c'est le plus court chemin pour atteindre n'importe quel service.

              - Tout à fait. C'est donc là que nous allons nous séparer. Je vous remercie  encore infiniment de ce que vous avez fait pour moi ce soir.

Marie attendit la suite. La voiture était maintenant à quelques mètres du grand porche de l'hôpital. La lumière blanche qui en émanait ruisselait sur le terre-plein qui y menait, comme une coulée de lait. A l'intérieur, on devinait des allées et venues incessantes. Des infirmières, des soignants sortaient, par petits groupes, riant, discutant.

Marie avait laissé le moteur allumé, afin de ne pas paraître attendre de Sarah des remerciements supplémentaires, et pour ne pas la retarder.  Aussi fut-elle surprise de la voir, au lieu de quitter la voiture, se tourner vers elle.

Un temps de silence, suspendu. Sarah baissa la tête, puis la releva après une profonde inspiration,  regardant maintenant Marie bien en face.

 - Je ne vous ai pas dit de quoi il s'agit vraiment, murmura-t-elle d'une voix sourde. Voilà, dans ce sac, il y a des vêtements, mais aussi des sous-vêtements, et des chaussures, un collier aussi. Ce n'est pas pour une sortie, non... C'est sa tenue pour la mise en bière. Carine est morte ce matin, à cinq heures.

          Elle pivota rapidement et quitta la voiture, laissant Marie sans voix. Sur le siège du passager, un rectangle blanc se détachait dans l'obscurité. Une des lettres, oubliée...

 

 

Anne Renault

annerenault.over-blog.com

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"Trio"... Une nouvelle de... mais de qui, au fait ? première partie !

Publié le par christine brunet /aloys

point d'interrogation

                                                        TRIO

 

 

 

 

 

Marie regarda une fois de plus par la fenêtre. Non, il ne pleuvait plus, vers quatre heures les trombes d'eau avaient cessé, faisant place à un temps menaçant. Des nuages bleu-noir se gonflaient entre les arbres du boulevard, leurs cimes atteignant le niveau de son appartement du septième et dernier étage. En bas, elle avait vu le toit de sa voiture,  garée contre le trottoir, qui luisait comme le dos d'un gros insecte. La circulation avait repris avec intensité, on était vendredi soir, dans une grande ville.

Puis elle revint au petit tas de courrier, posé sur la table. Les six enveloppes blanches, fermées, timbrées, attiraient le regard dans la pièce qui commençait à s'assombrir. Electricité, téléphone, internet... des factures pas urgentes, certes, mais qu'il faudrait poster. Marie pensa un instant que les lettres lui demandaient avec insistance de les prendre, de les mettre dans son sac et de les emporter. « Occupe-toi de nous ! ». Elle soupira. De plus en plus, depuis quelque temps, les choses semblaient s'animer, dire ou réclamer, une chaise de travers insistait pour qu'on la remît droite, un couteau tombé cherchait à l'apitoyer pour qu'elle le ramasse et le range, le coussin bleu du canapé, le soir, devant la télévision, lui susurrait: « prends-moi contre toi, contre ton ventre, j'ai besoin de chaleur ». Rien d'inquiétant, ce n'était pas réel, elle le savait. Mais l'était-ce beaucoup moins que ce que lui disaient ses collègues de travail, ou la caissière du super-marché... A vivre seule, on a besoin de peupler  l'univers qui vous entoure, il est bon que l'on vous demande et que vous donniez, sans cela la vacuité, le « pour rien » de sa vie devient par trop insoutenable. Alors pourquoi ne pas écouter les choses familières, dont on sait qu'elles ne vous feront aucun mal, parce que vous vivez en bonne harmonie avec elles depuis de nombreuses années.

Marie attrapa son sac, prit le paquet de lettres et les y rangea, enfila l'imperméable accroché dans l'entrée. En sortant de l'appartement, elle vit s'entr'ouvrir la porte d'en face, sur le palier. La vieille madame Kieffer se pencha dans l'entrebâillement.

  - Grisou n'est pas remonté, j'aimerais  bien qu'il rentre, voudriez-vous jeter un coup d'oeil dans la cour, en bas, et le mettre dans l'escalier si vous le voyez ?

Elle ajouta:

   - Vous sortez par ce vilain temps ! Et avec cette pluie, en plus, on est glacé !

   - Des lettre à poster ... Marie tapota son sac.

Au rez-de-chaussée, pas de Grisou. Le chat reviendrait bien, il revenait toujours, sachant d'instinct rester à l'arrière de l'immeuble, à l'écart du boulevard et de ses dangers.

Au premier feu, Marie regretta d'être partie. Il lui faudrait au moins vingt minutes pour atteindre la Poste, le trafic ne s'écoulait pas, la file de voitures restait bloquée malgré l'autorisation de passer, les véhicules de l'autre côté du croisement n'ayant pas bougé.

Quelle idiote ! Elle aurait dû aller à pied, à la boîte pas toute proche, certes, mais quand même, s'engager dans cette pagaille du vendredi soir, très mauvaise idée !  Puis elle pensa qu'elle n'était pas sortie depuis le début de la semaine, en dehors des aller et retour à son travail, qu'elle avait fait du ménage, regardé la télévision, qui la guettait encore ce soir  - des films, des films, à force, elle les mélangeait - que c'était le week-end et que personne parmi ses connaissances ne lui avait fait signe. A vrai dire, elle non plus...

Elle finit par voir apparaître l'imposant immeuble de la Poste, en face du terre-plein central du Boulevard Béranger où les vestiges du marché aux fleurs disparaissaient à grande vitesse, les fleuristes repliant leurs tentes, rangeant les plantes dans de grands pots de fer à l'arrière des camions, abandonnant sur le sol pétales froissés et tiges arrachées.

Il faisait sombre maintenant, les lampadaires n'allaient pas tarder à s'allumer. Pas question de se garer pour faire une petite visite au Printemps, qui brillait de tous ses feux, à cent mètres à peine. On était en plein centre ville, pas une place de parking. Elle se rangerait trois secondes avec ses feux de détresse dans l'espace laissé libre devant les boîtes, y jetterait ses lettres, et il faudrait bien rentrer... Elle mit son clignotant pour changer de file et se rapprocher du bâtiment, n'évitant cependant pas un coup de klaxon prolongé et un appel de phares, qui lui firent battre le coeur un instant.  Les agressions, elle supportait mal.

Comme elle encastrait la voiture dans l'étroit espace devant les boîtes, la pluie se remit soudain à tomber, une averse orageuse si violente que les gouttes se transformaient en lignes brillantes, qui faisaient un bruit d'enfer en frappant la carrosserie. Pourtant, pas question d'attendre, d'autres pouvaient venir poster leur courrier. Elle prit les lettres, les glissa sous son imperméable, inspira profondément et se jeta dehors. D'un bond, elle atteignit la borne jaune et glissa le paquet dans la fente. D'un autre bond elle regagna l'habitacle, les cheveux trempés, les mains ruisselantes. L'averse, les moteurs qui tournaient...il lui sembla que les bruits de la ville étaient multipliés par dix. Ils l'assourdissaient, ils frappaient à ses tempes. Il fallait s'échapper de là, vite.

Elle allait obliquer pour tenter de s'insérer dans la file de véhicules, prévoyant des difficultés car les conducteurs devaient être exaspérés, quand un coup assez fort fut frappé à la vitre du passager. Stupéfaite, elle arrêta sa manoeuvre, se pencha et tenta de voir qui l'avait donné. Impossible, la fenêtre était emperlée, le temps trop sombre. Sans doute quelqu'un qu'elle connaissait, ce n'était pas le quartier des mendiants ou des SDF. Elle actionna un bouton et la vitre s'abaissa. Elle vit un visage de femme, des yeux effrayés, un sourire hésitant, des cheveux noirs plaqués par la pluie sur le front plissé. L'inconnue cria presque, afin de se faire entendre dans le tumulte environnant:

   - Pardonnez-moi, s'il vous plaît, je sais que ça ne se fait pas, mais j'ai un grand service à vous demander. Vous comprenez, les bus sont en grève, je n'ai pas de voiture, et il me faut absolument aller quelque part. Si vous pouviez m'emmener, si cela ne vous dérangeait pas... Je n'ai pas l'habitude d'interpeller les gens, croyez-moi, mais cette fois, oui, cette fois, c'est une urgence. Je suis confuse...

Marie n'hésita pas. Elle se pencha un peu plus et ouvrit la portière. Une seconde plus tard, la femme était assise à côté d'elle. D'abord, elle ne vit d'elle qu'une silhouette qui s'agitait, un  manteau sombre trempé, un parapluie qu'elle tentait de coucher au sol.

   - Je vais vous mettre de l'eau partout. Ah! vraiment, je suis désolée ! Je suis venue   à l'arrêt de bus, ici.

Elle tendit un bras en direction de la Poste et Marie distingua le panneau jaune, l'abri de plexiglas, désert. Personne pour attendre, juste les allées et venues rapides de passants pressés.

     - Mais vous voyez, pas un bus ! quelqu'un m'a dit qu'un conducteur avait été attaqué, hier soir, et aujourd'hui, eh bien, ils sont tous en grève. Je suis allée à la  gare, à la station de taxis, j'ai attendu une demi-heure, pas un seul de libre. Alors, je suis revenue ici, je sais que les gens peuvent stationner une minute pour poster leur courrier, et j'ai pensé...

Marie ne l'entendait plus. Un conducteur compatissant venait de lui laisser l'espace suffisant pour qu'elle prenne place dans la file, qui avançait au pas.

      - Excusez-moi, dit-elle, je ne vous ai pas bien écoutée, c'est si difficile de circuler. Je me dégage d'ici, je trouve un endroit tranquille, et vous me direz où vous voulez aller.

Comme la femme ne répondait pas, Marie tourna la tête vers elle, intriguée. Elle vit son visage de profil, contracté, regardant fixement devant soi. Elle comprit que l'autre était au bord des larmes. Le soulagement ? Cette « urgence », une situation difficile ? Bah, elle ne risquait rien, la femme n'avait pas l'air perturbée, ses explications étaient plausibles. Et puis, elle avait du temps, tellement de temps, par cette soirée vide...

La pluie violente avait cessé. Subsistait une bruine froide, qui faisait luire les capots des voitures et entourait d'un halo les enseignes lumineuses maintenant allumées.

Marie tourna à droite, dans une rue tranquille et se gara sans difficulté. Elle se tourna vers sa passagère.

            - Ouf ! fit-elle, nous voici au calme, c'était vraiment la folie tout à l'heure.

L'habitacle recevait la lueur blanche d'un lampadaire, mais la femme se trouvait à contre-jour et Marie distinguait mal ses traits, seulement une masse de cheveux sombres et bouclés, une silhouette assez fine engoncée dans un manteau noir. Une odeur de laine humide, insistante mais pas désagréable, s'en dégageait.

- Alors, si vous me disiez en quoi je puis vous être utile, j'ai du temps ce soir, je vous emmènerai où vous voulez.

            - Je m'appelle Sarah.

     Marie, à nouveau, fut surprise de l'angoisse que trahissait le ton étranglé. L'émotion de la femme était intense et ne se justifiait pas par le simple service rendu, si insolite fût-il. La passagère fit une pause puis reprit avec plus de calme, en parlant lentement et en détachant nettement les mots, dans l'évidente intention de se maîtriser.

  - Vous n'imaginez pas à quel point ce que vous faites est important pour moi. Voyez-vous, je suis une femme seule...

Là-dessus Marie retint un sourire amer. «  Bienvenue au club », pensa-t-telle, formule qu'elle regretta immédiatement. Elle n'était pas ici pour s'apitoyer sur elle-même par personne interposée.

Sarah poursuivit:

             - Vous savez, quand j'ai vu qu'il n'y avait pas de bus, pas de taxi, j'ai téléphoné pour qu'on vienne me chercher et m'emmener. Mais ils sont tous sur répondeur. C'est le week-end, ils veulent être tranquilles, ils ont déjà fait leurs plans pour la soirée.

 Marie les connaissait bien, ces « ils », les copains, les relations, les collègues, parmi eux personne d'absolument fiable, fidèle, sur qui l'on pût s'appuyer, quelle que soit la situation.

               - Alors, j'ai cru que je ne trouverais personne, personne, et alors, ça aurait été une catastrophe, vraiment.


Le timbre de la voix s'engagea dans l'aigu, en même temps qu'il faiblissait. 

 

 

A suivre demain....

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L'Amour au-delà, une nouvelle d'Adam Gray

Publié le par christine brunet /aloys

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L’Amour au-delà…

 

– Non, coupa Helen, de grosses larmes affluant, pareilles à la marée aux pieds du Mont Saint-Michel, dans ses grands yeux gris-vert.

– Ne vous méprenez surtout pas… Je comprends ce que vous ressentez. Je le comprends parfaitement mais… ce n’est pas sa volonté, répondit le chirurgien d’une voix bien trop mécanique pour simuler une réelle empathie. Vous devez le laisser partir. Demain, il nous faudra débrancher Aidan. Demain, Helen.

– Je ne suis pas prête, répondit-elle irritée.

 

Le praticien tourna les talons et quitta la chambre 408, où seule une photo d’un couple très heureux, ceinte d’un cadre rococo couleur camion de pompier, donnait à la pièce immaculée, blafarde, un dérisoire semblant de chaleur. Les fleurs dans le vase, des roses rouges, étaient mortes de soif depuis déjà plusieurs jours ; Helen avait complètement oublié de s’arrêter en acheter chez le fleuriste dans le hall de l’hôpital, au rez-de-chaussée.

Se penchant sur son jeune et bel époux, elle posa une joue sur son torse athlétique abîmé par une longue cicatrice, l’embrassant, tout d’abord, et se remit à pleurer, dans le plus pur silence que la pluie sur les vitres, un peu grasses, ne tarda pas à venir briser. Cruellement.

 

La journée défila, s’égrainant avec les allers et retours du personnel hospitalier, plus ou moins impassible, et, avec cette nouvelle et sombre journée, défilèrent les souvenirs…

La soirée était bien avancée.

La pluie avait cessé.

Helen se cala dans son fauteuil, ne cessant de veiller son époux, immobile dans son lit et relié à d’horribles et froides machines, imperturbables et menaçantes. Elles semblaient bien plus vivantes que son Aidan dans sa mortifère pétrification. Méduse n’aurait pas fait mieux…

 

Au moment de cesser sa lutte contre Hypnos et son fils, Morphée, Helen, les cheveux quelque peu défaits, prononça quelques mots. Ces mots : « Je ne veux pas te laisser partir. Je ne peux pas. »

Et, finalement, elle se mit à rêver…

De leur rencontre, alors qu’ils étaient tous deux étudiants en droit – lui, pour faire plaisir à sa famille car tout ce qui l’intéressait, dans la vie, c’était de devenir, clamait-il : « Un dieu du surf ! »

Lui revinrent leurs premiers mots échangés à la cafétéria, un jour de décembre ; il venait, se prenant les pieds dans le sac qu’elle avait négligemment jeté à terre, de lui renverser son plateau sur le pull-over blanc tout neuf qu’elle s’était acheté la veille. Revinrent, bien sûr, le tout premier fou rire et, surtout, le tout premier baiser quelques jours après dans la voiture d’Aidan. Elle rêva même du tout premier repas avec ses parents – ses parents à elle –, et se souvint à quel point sa mère avait été séduite. Et pour cause : Aidan était très avenant et plein d’humour, grand et beau garçon. Le gendre idéal, en somme. Helen, très belle avec un beau visage ovale encadré d’une longue chevelure blonde, et Aidan formaient un fort plaisant couple, alliant beauté et gentillesse, générosité, avec des rêves plein la tête. Entre autres, partir un jour à la découverte du Kilimandjaro. Peut-être Shanghai… Et surfer sur les vagues australiennes ! Ils auraient fait plein de photos pour ennuyer leurs familles avec des : « Ça, c’est Helen dans le jardin Yuyuan ! », et des : « Ça, c’est Aidan qui est tombé de sa planche à Bondi Beach ! »

Ils auraient fait un enfant, un soir, après le coucher du soleil, sur une plage de carte postale, derrière une dune… Un petit James ou une petite Kristen.

 

Helen dormait profondément.

 

Inconsciente d’être dans les bras de Morphée, elle poussa une porte qui venait de se matérialiser devant ses yeux, s’ouvrant, étrangement, sur le campus où ils avaient étudié…

– Aidan ? C’est… C’est toi ? s’étonna-t-elle, quoique très heureuse.

– Bien sûr, répondit ce dernier d’une voix enjouée. Ça me fait tellement plaisir de te voir ! Tellement de choses à te montrer… Comme tu es belle…

– Belle ? Tu parles !… À me montrer, dis-tu ? À quoi diable fais-tu allusion ?

– Ah ! Tu vas voir ! Ce soir, amour, nous allons faire le plus beau des voyages… Féerique ! Fantastique ! Magique !

Helen se mit à rire.

– C’est une nouvelle robe ? enchaîna-t-il rapidement.

– Elle te plaît ? s’enquit-elle en tournant sur elle-même.

– Beaucoup. Tu es merveilleuse. Mais comme toujours. L’heure tourne… Allez ! Ne perdons pas une minute…

– Ton côté énigmatique, derrière ce sourire qui te rend si sûr de toi, c’est peut-être cela que j’aime le plus chez toi. Et quand tu relèves ton sourcil gauche, également…

Aidan, alors, prit sa moitié par la main et la pria de fermer les yeux.

– Tu as confiance en moi, n’est-ce pas ? demanda-t-il. Où aimerais-tu être, en ce moment ?

– Où j’aimerais être ? Hum… Laisse-moi réfléchir. Ah ! Oui ! Sur cette plage dont tu m’as si souvent parlé, en Australie.

– Très, très, très bon choix, se satisfit-il. Ouvre les yeux et… regarde !

Helen hallucina, littéralement. Aidan et elle y étaient : à Bondi Beach. Le soleil se couchait, donnant une belle couleur vermeille et dorée au pays des kangourous, et ils étaient seuls au monde. Complètement.

– Je dois rêver, murmura-t-elle, se blottissant contre le corps tout chaud de son époux.

– C’est bon de rêver, affirma-t-il. Et ton maillot de bain est… très sexy…

– Ça alors ! s’exclama Helen en baissant les yeux. Mais… c’est de la magie !

Réalisant que son époux était dévêtu lui aussi, elle lui murmura qu’il était… très viril dans le sien…

– Tu veux qu’on aille affronter les vagues ? la pressa-t-il avec l’impatience d’un enfant.

– Quoi ? Les vagues ? Tu es fou ! J’ai bien trop peur des requins ! C’est plein de requins et de crocodiles, ici ! Et pas des petits !

Aidan se moqua gentiment.

– Puis il fait nuit… Et des vagues, des vagues… il n’y en a pas ! poursuivit-elle.

Il releva les yeux, claqua des doigts… et le soleil chassa brusquement les ténèbres naissantes. Il faisait jour, à nouveau, et un vent idéal faisait se soulever les vagues de l’océan Pacifique.

– Satisfaite ? Il fait jour, y a des vagues… et il n’y a aucune bestiole affamée dans l’eau.

– Mon Dieu… Ou je rêve ou je deviens folle…

– Mais tu n’es pas folle, Helen, rassure-toi. Sinon de moi, j’espère bien !

Souriant, Aidan se pencha sur sa femme et l’embrassa passionnément, comme la toute première fois, quand deux corps étrangers se touchent et se découvrent, fusionnent, explosent, provoquant les plus intenses, les plus incroyables et les plus inoubliables des frissons…

Deux anges sur le sable.

Du doré et du bleu à perte de vue ; véritable paradis anamorphosé, comme un acrylique qui prendrait vie…

– Je t’aime, dit Helen sur le ton de la confidence.

– Moi aussi, dit Aidan. Plus que tout au monde.

Helen surfait sur de hautes vagues avec l’homme qu’elle aimait. Son dieu du surf à elle toute seule… Ils glissaient, tous les deux, sur la même planche. Sur le Pacifique. Aidan se mit à crier d’excitation et de bonheur. Helen, d’ordinaire sage, l’imita. Ils étaient heureux. Le monde leur appartenait.

– Je n’ai jamais éprouvé un tel bonheur, avoua Helen en resserrant ses bras autour de la taille d’Aidan. On devrait faire cela bien plus souvent !

– On le fera, promit-il. Mais ferme les yeux, maintenant.

Helen s’exécuta, exaltante. Lorsqu’elle les rouvrit enfin, ils avaient atterri en plein milieu… d’un carnaval… Dans les rues de la Nouvelle-Orléans ! Et des airs de jazz fusaient ! Et des gens costumés s’amusaient tout autour.

– Tu aimes ?

– C’est incroyable, dit Helen.

– Alors… pense très, très, très, très fort à un costume, n’importe lequel, et claque des doigts ! Je vais faire la même chose.

– Tu es sérieux ?

– Ai-je l’air de plaisanter ? (Il releva son sourcil gauche.)

Helen baissa les yeux, amusée, et pensa très fort à cette actrice dont elle avait oublié le nom mais qu’elle avait adorée dans les trois premiers volets de Pirates des Caraïbes. Puis elle claqua des doigts.

– Mademoiselle Swann ! s’exclama Aidan. J’adore…

Helen se mit à rire en découvrant le costume sur son corps tout fin, apparu, encore une fois, comme par magie. Aidan claqua des doigts et se retrouva, lui, dans le costume de Brad Pitt dans Troie.

– Mon Achille ! s’écria Helen.

– Plutôt cool, non, tous ces gros muscles ? plaisanta-t-il. Allez ! Profitons de la fête et… dansons !

Les deux amoureux virevoltaient, insouciants, pris dans la folie nocturne de ce carnaval étourdissant de couleurs et de sons.

Les rues de la Nouvelle-Orléans étaient très colorées et ornées d’accessoires de fêtes et de ballons de toutes les formes. Il y avait des cracheurs de feu, des clowns et des acrobates, des cajuns qui marchaient sur des échasses et l’on pouvait admirer, de-ci de-là, un James Bond, une Angélique, un Robin des Bois et même… des morts-vivants ! Quelques enfants, d’ailleurs, étaient déguisés en Michael Jackson et lui rendaient hommage en exécutant, plus ou moins bien, la célèbre chorégraphie de Thriller.

– Je voudrais que cette nuit ne s’achève jamais !!!!!! hurla Helen, s’efforçant de couvrir le son des instruments de musique.

– IDEEEMMM !!!!!! cria Aidan encore plus fort.

Il la serra dans ses bras, très fort contre son cœur, et caressa sa chevelure, s’enivrant de sa douce odeur de miel.

 

Toute la nuit, Aidan emmena Helen dans des lieux réellement exceptionnels : aux pieds des Pyramides, sur la Grande Muraille de Chine, au sommet de l’Himalaya et, bien sûr, du Kilimandjaro, pour finir dans un somptueux jardin japonais.

Tout était définitivement possible : nager au milieu des dauphins ou prendre le thé en plaisantant de bon cœur avec la Reine Mère… Pourquoi s’en étonner, après tout ?

 

– Es-tu heureuse ? demanda Aidan. Je veux dire… As-tu assez de belles images, dans ta tête ? Dis-moi…

– Que dois-je comprendre, Aidan ? s’inquiéta-t-elle alors, revenant immédiatement à la réalité.

– Parce qu’il est l’heure.

– L’heure ? L’heure de quoi ? marmotta-t-elle. Mais elle savait.

– L’heure de nous dire au revoir, Helen. Un ange m’a accordé cette nuit. Tout ce condensé de souvenirs avec toi. Il nous a offert ce qu’aurait dû être notre vie, de beaux moments et même… davantage. Tout cela en quelques heures à peine.

– Tais-toi, supplia-t-elle.

– Tu dois me laisser m’en aller, poursuivit-il. Tu dois me débrancher et continuer ta vie sans moi… Tu m’entends ? Helen ?

Les lèvres rouges carmin de la jeune femme furent prises de tremblements. Elle se mit à pleurer.

– Je ne peux pas, Aidan. Je ne peux pas… Comment je pourrais ?

– Il le faut, amour. Je ne suis déjà plus ici. Ce n’est plus que mon corps, et ce corps est vide…

– Arrête, je t’en supplie. Tu me brises le cœur. Pourquoi tu me brises le cœur ?

– Un cœur si plein d’amour ne peut se briser, Helen. Pourquoi tant de désespoir ? Ce n’est pas un adieu, tu le sais bien. Quand l’heure sera venue, nous nous retrouverons. Je serai là. Je t’attendrai.

– Mais moi ? Que vais-je faire, toute ma vie, sans toi à mes côtés ? Que vais-je faire, toute ma vie, sans jamais plus entendre le son de ta voix ? Sans venir t’embrasser le matin quand tu te réveilles ? Sans cet enfant que nous ne ferons jamais ensemble ?

– Je vois, dit-il.

Il fronça les sourcils et se remit à parler.

– N’as-tu pas remarqué des changements, ces derniers temps, Helen ?

– Des changements ?

Elle réfléchit, fébrile.

– Tu t’en souviens, de cette nuit ? Il y a deux mois avant mon accident de moto. Tu t’en souviens ?

Helen fronça les sourcils. Hésita… Puis elle toucha son ventre, le caressa, et réalisa… Elle portait leur enfant. C’était une certitude. Il sourit, tout en versant une larme qui vint effleurer sa lèvre supérieure. Elle éclata en sanglots, tout en souriant d’une joie paradoxalement… « retrouvée ».

– Tu vas vivre une longue et belle vie, amour. Avec notre James, ou notre Kristen. Tu seras une mère exceptionnelle et ça, vois-tu, je le sais. Je le sais comme un et un font deux. Tu vas aimer notre enfant et il va t’adorer, comme moi je t’ai adorée. Tu vas être forte pour lui, pour moi. Mais moi, mon heure est venue. La tienne, non… Promets-moi d’être heureuse. Promets-le-moi.

– Je suis triste… Je suis en colère !… Comme je t’aime, Aidan. Comme je t’aime… Je te le promets, oui, sanglota-t-elle. Mais pourquoi diable ne peux-tu pas te réveiller ?

– Ça va aller, n’ai pas peur. Embrasse-moi une toute dernière fois, s’il te plaît. Nous n’avons plus beaucoup de temps, elle arrive…

Helen, désemparée, embrassa son Aidan une dernière fois. Elle sentit une incroyable chaleur l’envahir, douce et bienfaisante. Régénératrice…

Une intense lumière dorée entoura le corps d’Aidan et le souleva du sol, l’arrachant des bras d’Helen. Elle voulut crier mais il lui sourit. On aurait dit le dieu Apollon prenant place sur son char solaire… Alors, elle s’obligea à être forte. À son tour, elle esquissa un sourire, comme un ultime geste d’amour. Le corps d’Aidan devint une image évanescente et il disparut.

Pour de bon…

 

Dans la matinée qui suivit, quand l’infirmière de jour se présenta dans la chambre 408, Aidan, libéré, souriait dans son repos éternel, ses parents à ses côtés.

Helen, elle, s’était éclipsée, rassérénée, les laissant dire au revoir à leur fils, leur Aidan, et se préparer, déjà, au premier jour du reste de sa vie avec son James. Car c’était un p’tit mec, dans son ventre ; elle en était sûre. Et ce serait un dieu du surf.

 

Dehors, le soleil brillait de mille feux.


 

 

Adam Gray

 

 

Publié dans auteur mystère

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