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69 articles avec auteur mystere

L'auteur de cette nouvelle ? Louis Delville

Publié le par christine brunet /aloys

 

delvilletete

 

UN MEURTRE

 

Celui-là, il va payer pour tous les autres ! Pourquoi lui ? Parce qu'il est là, devant moi et qu'il est tout seul.

 

Cela fait des semaines que les enfants des voisins m'exaspèrent. Toujours gueulards et mal foutus, ils traînent leur mal-être dans la rue jusqu'à des heures impossibles. On a beau leur demander d'être calmes et silencieux, cela n'y fait rien ! Six ou sept gosses qui crient du matin au soir cela finira par me rendre fou et le jour où j'en choperai un…

 

Le mois d'août annonce la canicule et le retour de mon cauchemar : dormir ou plutôt essayer de dormir la fenêtre ouverte ou transpirer dans mon lit au calme.

 

Évidemment, cette année-là, les jours chauds se sont succédé me laissant de plus en plus fatigué. Et moi, quand je suis fatigué, je deviens rapidement désagréable !

 

Un matin, c'est le plus jeune de la bande qui est passé à portée de main et je te l'ai attrapé… Personne ne m'avait vu, j'en étais sûr. Pour lui faire peur, je l'ai enfermé dans la cave. Celle du milieu, celle qui n'a aucun autre accès que la porte. Là au moins personne ne l'entendra. Je l'ai bien nourri et je l'ai bien abreuvé : du chocolat sur de bonnes tartines beurrées, des chips, du coca. Autant qu'il en voulait.

 

Au début tout le monde l'a cherché partout. Le lendemain on a appelé la police. Après deux jours, les voisins se sont décidés à faire une battue. On a fouillé tous les environs y compris le petit bois. Les flics ont interrogé tout le monde, moi y compris. Rien, ils n'ont rien trouvé, aucun indice, pas une seule trace. Évaporé le gamin !

 

Doucement, les jours passants, la vie a repris son cours. Mes visites à la cave ne servaient qu'à le maintenir en vie, ce petit monstre ! Cela a duré une semaine !

 

J'étais allé trop loin. Si je le libérais maintenant, il parlerait et même si je l'avais bien traité, je risquais gros. Je n'avais qu'une seule issue, le faire disparaître définitivement.

 

Le soir même, je suis descendu à la cave, je l'ai ligoté et bâillonné et je l'ai déposé dans une vieille baignoire. C'est là que je l'ai égorgé. Il n'y a pas eu une goutte de sang par terre, du beau travail !

 

Puis, j'ai découpé le corps en une dizaine de morceaux que j'ai fait longuement cuire au court-bouillon. Ça sentait bon ! Ça sentait tellement bon que j'ai voulu en faire profiter le voisinage.

 

On est venu devant chez moi, on a bavardé, on m'a questionné, on m'a demandé la recette… Alors j'ai décidé de partager.

 

La fête des voisins, cela a du bon !

 

Évidemment, je n'ai pas eu de reste et c'est tant mieux. Une affaire rondement menée mais que vais-je préparer pour le réveillon de Noël ?

 

Louis Delville

louis-quenpensez-vous.blogspot.com

petitesgrandes

Publié dans auteur mystère

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Mais qui est l'auteur de cette nouvelle ?

Publié le par christine brunet /aloys

 

point d'interrogation

 

 

UN MEURTRE

 

Celui-là, il va payer pour tous les autres ! Pourquoi lui ? Parce qu'il est là, devant moi et qu'il est tout seul.

 

Cela fait des semaines que les enfants des voisins m'exaspèrent. Toujours gueulards et mal foutus, ils traînent leur mal-être dans la rue jusqu'à des heures impossibles. On a beau leur demander d'être calmes et silencieux, cela n'y fait rien ! Six ou sept gosses qui crient du matin au soir cela finira par me rendre fou et le jour où j'en choperai un…

 

Le mois d'août annonce la canicule et le retour de mon cauchemar : dormir ou plutôt essayer de dormir la fenêtre ouverte ou transpirer dans mon lit au calme.

 

Évidemment, cette année-là, les jours chauds se sont succédé me laissant de plus en plus fatigué. Et moi, quand je suis fatigué, je deviens rapidement désagréable !

 

Un matin, c'est le plus jeune de la bande qui est passé à portée de main et je te l'ai attrapé… Personne ne m'avait vu, j'en étais sûr. Pour lui faire peur, je l'ai enfermé dans la cave. Celle du milieu, celle qui n'a aucun autre accès que la porte. Là au moins personne ne l'entendra. Je l'ai bien nourri et je l'ai bien abreuvé : du chocolat sur de bonnes tartines beurrées, des chips, du coca. Autant qu'il en voulait.

 

Au début tout le monde l'a cherché partout. Le lendemain on a appelé la police. Après deux jours, les voisins se sont décidés à faire une battue. On a fouillé tous les environs y compris le petit bois. Les flics ont interrogé tout le monde, moi y compris. Rien, ils n'ont rien trouvé, aucun indice, pas une seule trace. Évaporé le gamin !

 

Doucement, les jours passants, la vie a repris son cours. Mes visites à la cave ne servaient qu'à le maintenir en vie, ce petit monstre ! Cela a duré une semaine !

 

J'étais allé trop loin. Si je le libérais maintenant, il parlerait et même si je l'avais bien traité, je risquais gros. Je n'avais qu'une seule issue, le faire disparaître définitivement.

 

Le soir même, je suis descendu à la cave, je l'ai ligoté et bâillonné et je l'ai déposé dans une vieille baignoire. C'est là que je l'ai égorgé. Il n'y a pas eu une goutte de sang par terre, du beau travail !

 

Puis, j'ai découpé le corps en une dizaine de morceaux que j'ai fait longuement cuire au court-bouillon. Ça sentait bon ! Ça sentait tellement bon que j'ai voulu en faire profiter le voisinage.

 

On est venu devant chez moi, on a bavardé, on m'a questionné, on m'a demandé la recette… Alors j'ai décidé de partager.

 

La fête des voisins, cela a du bon !

 

Évidemment, je n'ai pas eu de reste et c'est tant mieux. Une affaire rondement menée mais que vais-je préparer pour le réveillon de Noël ?

Publié dans auteur mystère

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L'auteur de cette nouvelle ? Une nouvelle fois, Carine-Laure Desguin !

Publié le par christine brunet /aloys

 

enfantsjardinr

 

 

L’étrangère



« Vous êtes certain que c’est bien elle ? », m’a demandé mon patron. Je venais de l’avertir du décès de ma mère et de la nécessité de ma présence, aux funérailles. J’étais son fils unique, voyez-vous. Mon patron était mécontent, je comprenais sa situation, un effectif en moins et ce durant deux jours consécutifs. Un aller et retour me prendrait au minimum quarante-huit heures. Cette phrase « Vous êtes certain que c’est bien elle ? », a semé dans mon esprit l’ombre d’un doute. Mon patron avait raison, comment aurai-je pu savoir avec certitude que c’était bien elle ? Le décès était notifié sur un simple télégramme, de surcroît chiffonné : « Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués. »

Cela ne voulait rien dire. Il s’agissait peut-être de la mère de mon voisin de palier. Qu’importe. Et ce télégramme n’était pas daté. Ma mère, cela faisait combien de temps déjà que je n’étais plus allé la voir ? Un an, deux ans ? Je ne savais plus, les jours entassés comme ça, les uns sur les autres, se ressemblaient tous. Cet asile situé à près de quatre-vingts kilomètres d’ici. Deux heures de bus sous ce soleil d’Afrique. Et cette lumière aveuglante. Au début, j’y allais chaque dimanche, à l’asile. C’était au début. Ensuite, ma mère m’a dit que ce n’était plus la peine, qu’elle avait de nouveaux amis, que je pouvais disposer de mon dimanche pour me reposer ou aller au cinéma. C’était bien comme ça, avais-je pensé.

« Deux jours ! Et pas un de plus », avait lancé mon patron, sur un ton autoritaire. « Bien, merci monsieur », avais-je répondu. Avec tout au fond de la gorge, une espèce de nœud dont j’ignorais l’origine. Le manque d’habitude, sans doute. On ne perd pas sa mère tous les jours. Et de savoir que ce n’était peut-être pas elle…

Je suis allé manger au restaurant, chez Céleste. Quand je lui ai annoncé la nouvelle, il m’a dit : « C’est ta mère, tu es certain ? »

Alors j’ai pris un ticket et je suis monté dans l’autobus de quatorze heures. Personne n’est venu s’asseoir à mes côtés, j’étais bien content. Rien ne m’accable le plus que de répondre aux questions que l’on me pose. Les gens attendent de vous plus qu’un « oui » ou un « non », ils veulent des détails, des confidences, une intimité partagée avec vous. Alors ils demandent des précisions. Ils insistent. Leurs visages se décomposent, quand ils se résignent à ne me tirer de la bouche que des « oui » ou des « non ».

Ce soleil derrière les vitres du bus, cette réverbération à la fois éblouissante et suffocante, j’avais l’impression que ma tête bouillonnait. J’étais bien content de rentrer dans l’asile. L’air y était plus frais. Le directeur, un petit homme trapu au regard très sombre et aux sourcils épais m’a accueilli dans son bureau. En deux mots, il m’a expliqué les derniers jours de ma mère et a conclu par « elle n’a pas souffert, elle s’est endormie, et jamais réveillée», tout en me glissant des feuilles imprimées que je devais signer. Obligatoirement, pour les funérailles. Comme j’ai pu, j’ai rempli les cases vides, ce n’était pas facile. Le directeur a perçu mon incapacité et il m’a aidé. Perplexe de constater que j’ignorais autant de choses au sujet de ma mère, il m’a dicté sur un ton suspicieux la date de naissance de la défunte, celle de son arrivée dans cet asile et la date de sa mort. C’est logique, il savait tout ça bien mieux que moi. Il a achevé notre entretien par un : « Vous êtes certain d’être son fils ? »

Un homme au visage décati s’est présenté dans le bureau du directeur. C’était le concierge et il a proposé de m’accompagner jusqu’à la morgue, de l’autre côté du bâtiment. Je me suis empressé de le suivre et le directeur, encore stupéfait, n’eut que deux secondes pour me spécifier l’heure des funérailles. Je lui ai dis, en me retournant, que c’était très bien comme ça, que ça me permettrait de reprendre l’autobus de quatorze heures. Il est resté debout, les mains appuyées sur son bureau, de l’étonnement plein les yeux.

Le concierge était très fier de cette morgue, c’était lui qui s’occupait de la maintenance de ces murs et des morgues, tous les asiles n’en possédaient pas. C’était pourtant nécessaire, d’après lui, pour rassembler les familles. « Bien sûr », ai-je acquiescé. Je n’avais pas de raison de contrarier cet homme qui m’avait l’air de bonne volonté.

« Vous ne voyez pas d’inconvénients à ce que les amis de votre mère vous accompagnent, pour cette soirée de veille ? »

« Non, faites comme d’habitude », lui ai-je répondu.

Les murs de la morgue étaient blancs. Une verrière poussiéreuse recouvrait la pièce. C’est ce que j’ai vu, en premier lieu, ces murs immaculés, cette verrière poussiéreuse. Et puis, une dizaine de chaises, tout autour de la pièce. La bière était juste au milieu. Ouverte. Dessous un drap blanc, j’ai deviné un corps menu. Des mains osseuses reposaient entre deux plis du drap. Mes yeux se sont attardés sur le visage de la vieille femme. Ces rides, de vrais sillons. Sur ce que je voyais du corps, je cherchais un repère, une certitude. En vain. Des expressions, ma mère, même vivante, n’en avait jamais eues. Alors à présent que sa vie s’était enfuie…

« Elle s’est endormie, vous savez, elle n’a pas souffert », m’a murmuré le concierge, avec de la peine contenue entre ses mots. « Oui, je sais », lui ai-je répondu. « Vous ne voyez pas d’inconvénients à ce que les autres vieillards vous assistent durant cette veillée ? », m’a-t-il demandé. « Non, ce sont vos habitudes », lui ai-je dit. Le concierge était vieux, lui aussi, il ne se souvenait plus qu’il venait de me poser deux fois la même question en l’espace de quelques minutes. Cinq petits vieux ont pénétré alors dans la pièce, deux hommes et trois femmes. Je les ai dévisagés. Je n’ai plus osé trop regarder du côté de la bière. Je les ai dévisagés juste comme ça, pour esquiver, pour refuser de regarder autre chose. Quelque chose me dérangeait. La fatigue du voyage ? La mort de ma mère ? La promiscuité dans cette pièce ? Nous étions sept personnes, à présent. Tous me fixaient. Sans doute cherchaient-ils dans mes gestes, sur mes traits, des traces de ressemblance avec ma mère. Un malaise résonnait entre le blanc de ces murs. Tout à coup, des mots sont revenus vers moi, comme un boomerang :

« Vous êtes certain que c’est bien elle ? »

Ces mots, j’ai eu envie de les prononcer tout haut. Et je me suis retenu. A quoi aurait-il servi de me compliquer la vie ? Ce volte-face retarderait les funérailles, demanderait des compléments d’informations, des recherches et cela me ferait rater le bus de quatorze heures. Mon patron serait furieux.

De la sueur perlait sur mon front et venait mourir sur mes joues et dans mon cou. Ma vue se brouillait et ça m’arrangeait bien, en fait : le visage de la défunte devenait flou. La veillée a duré des heures. Le concierge nous a servis du café. « Avec du lait, merci monsieur », lui ai-je demandé.

Tous ces vieux suçaient bruyamment leur sucre, c’était infernal. Je me suis souvenu que c’était une des raisons pour lesquelles je n’étais plus venu voir ma mère depuis si longtemps. Le bruit de tous ces vieux, lorsqu’ils mangeaient. Et leurs regards, braqués sur moi. Comme aujourd’hui. Les bruits. Et les regards.

Le lendemain, les funérailles ne furent que des formalités. L’église se situait à plusieurs centaines de mètres de l’asile. Par chance, un arrêt d’autobus se trouvait à proximité du cimetière, je n’ai donc pas été obligé de faire la route en sens inverse et de revenir vers l’asile.

Ces minutes, une éternité. Le curé, les enfants de chœur, le cimetière, la terre rouge lancée sur le cercueil. Et cette chaleur, toujours cette chaleur africaine. Le curé mitraillait l’atmosphère de phrases toutes faites, des phrases auxquelles tout le monde avait droit, pour le dernier jour. Les enfants de chœur le secondaient, et dissimulaient un rire, lorsque des frelons ont sifflé au-dessus du cercueil. Le curé me regardait parfois. Je n’ai pas compris tout ce qu’il disait et j’avais même l’impression qu’il attendait de moi une ou deux phrases. Je n’avais rien à dire, cela n’aurait fait que prolonger la cérémonie.

Pour ne pas rater le bus, je suis parti le premier, ou presque.

Le lendemain matin, c’était un samedi. J’étais fatigué et quelque chose me semblait incorrect, pas accompli. Je ne devais rien à l’asile pourtant, le directeur m’avait bien signalé qu’aucune facture ultérieure ne me serait envoyée, il connaissait le montant de mon modeste salaire.

J’ai décidé d’aller me baigner, cela me changerait les idées, après tout. C’est là, dans l’eau, que j’ai vu Marie, une secrétaire rencontrée quelques mois auparavant. Marie riait. Dans mes souvenirs aussi, marie riait. Nous avons nagé ensemble et mes mains ont effleuré ses seins. Marie riait toujours, cela lui avait plu, de sentir mes mains frôler sa poitrine charnue. Lorsque nous nous sommes rhabillés, je me suis aperçu que j’avais mis les vêtements de deuil de la veille, une chemise blanche et une cravate noire. Marie ne riait plus. Ces vêtements solennels lui avaient coupé la respiration.

« Ça te dirait une séance de cinéma », lui ai-je demandé. Et puis, m’apercevant que Marie ne décrochait pas son regard de ma cravate noire, j’ai continué :

« Ne t’inquiète pas, j’ai enterré ma mère. Mais ce n’était peut-être pas ma mère. Et puis, c’était hier. »

Carine-Laure Desguin
carinelauredesguin.over-blog.com
desguin

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Mais qui est l'auteur de cette nouvelle ?

Publié le par christine brunet /aloys

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L’étrangère



« Vous êtes certain que c’est bien elle ? », m’a demandé mon patron. Je venais de l’avertir du décès de ma mère et de la nécessité de ma présence, aux funérailles. J’étais son fils unique, voyez-vous. Mon patron était mécontent, je comprenais sa situation, un effectif en moins et ce durant deux jours consécutifs. Un aller et retour me prendrait au minimum quarante-huit heures. Cette phrase « Vous êtes certain que c’est bien elle ? », a semé dans mon esprit l’ombre d’un doute. Mon patron avait raison, comment aurai-je pu savoir avec certitude que c’était bien elle ? Le décès était notifié sur un simple télégramme, de surcroît chiffonné : « Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués. »

Cela ne voulait rien dire. Il s’agissait peut-être de la mère de mon voisin de palier. Qu’importe. Et ce télégramme n’était pas daté. Ma mère, cela faisait combien de temps déjà que je n’étais plus allé la voir ? Un an, deux ans ? Je ne savais plus, les jours entassés comme ça, les uns sur les autres, se ressemblaient tous. Cet asile situé à près de quatre-vingts kilomètres d’ici. Deux heures de bus sous ce soleil d’Afrique. Et cette lumière aveuglante. Au début, j’y allais chaque dimanche, à l’asile. C’était au début. Ensuite, ma mère m’a dit que ce n’était plus la peine, qu’elle avait de nouveaux amis, que je pouvais disposer de mon dimanche pour me reposer ou aller au cinéma. C’était bien comme ça, avais-je pensé.

« Deux jours ! Et pas un de plus », avait lancé mon patron, sur un ton autoritaire. « Bien, merci monsieur », avais-je répondu. Avec tout au fond de la gorge, une espèce de nœud dont j’ignorais l’origine. Le manque d’habitude, sans doute. On ne perd pas sa mère tous les jours. Et de savoir que ce n’était peut-être pas elle…

Je suis allé manger au restaurant, chez Céleste. Quand je lui ai annoncé la nouvelle, il m’a dit : « C’est ta mère, tu es certain ? »

Alors j’ai pris un ticket et je suis monté dans l’autobus de quatorze heures. Personne n’est venu s’asseoir à mes côtés, j’étais bien content. Rien ne m’accable le plus que de répondre aux questions que l’on me pose. Les gens attendent de vous plus qu’un « oui » ou un « non », ils veulent des détails, des confidences, une intimité partagée avec vous. Alors ils demandent des précisions. Ils insistent. Leurs visages se décomposent, quand ils se résignent à ne me tirer de la bouche que des « oui » ou des « non ».

Ce soleil derrière les vitres du bus, cette réverbération à la fois éblouissante et suffocante, j’avais l’impression que ma tête bouillonnait. J’étais bien content de rentrer dans l’asile. L’air y était plus frais. Le directeur, un petit homme trapu au regard très sombre et aux sourcils épais m’a accueilli dans son bureau. En deux mots, il m’a expliqué les derniers jours de ma mère et a conclu par « elle n’a pas souffert, elle s’est endormie, et jamais réveillée», tout en me glissant des feuilles imprimées que je devais signer. Obligatoirement, pour les funérailles. Comme j’ai pu, j’ai rempli les cases vides, ce n’était pas facile. Le directeur a perçu mon incapacité et il m’a aidé. Perplexe de constater que j’ignorais autant de choses au sujet de ma mère, il m’a dicté sur un ton suspicieux la date de naissance de la défunte, celle de son arrivée dans cet asile et la date de sa mort. C’est logique, il savait tout ça bien mieux que moi. Il a achevé notre entretien par un : « Vous êtes certain d’être son fils ? »

Un homme au visage décati s’est présenté dans le bureau du directeur. C’était le concierge et il a proposé de m’accompagner jusqu’à la morgue, de l’autre côté du bâtiment. Je me suis empressé de le suivre et le directeur, encore stupéfait, n’eut que deux secondes pour me spécifier l’heure des funérailles. Je lui ai dis, en me retournant, que c’était très bien comme ça, que ça me permettrait de reprendre l’autobus de quatorze heures. Il est resté debout, les mains appuyées sur son bureau, de l’étonnement plein les yeux.

Le concierge était très fier de cette morgue, c’était lui qui s’occupait de la maintenance de ces murs et des morgues, tous les asiles n’en possédaient pas. C’était pourtant nécessaire, d’après lui, pour rassembler les familles. « Bien sûr », ai-je acquiescé. Je n’avais pas de raison de contrarier cet homme qui m’avait l’air de bonne volonté.

« Vous ne voyez pas d’inconvénients à ce que les amis de votre mère vous accompagnent, pour cette soirée de veille ? »

« Non, faites comme d’habitude », lui ai-je répondu.

Les murs de la morgue étaient blancs. Une verrière poussiéreuse recouvrait la pièce. C’est ce que j’ai vu, en premier lieu, ces murs immaculés, cette verrière poussiéreuse. Et puis, une dizaine de chaises, tout autour de la pièce. La bière était juste au milieu. Ouverte. Dessous un drap blanc, j’ai deviné un corps menu. Des mains osseuses reposaient entre deux plis du drap. Mes yeux se sont attardés sur le visage de la vieille femme. Ces rides, de vrais sillons. Sur ce que je voyais du corps, je cherchais un repère, une certitude. En vain. Des expressions, ma mère, même vivante, n’en avait jamais eues. Alors à présent que sa vie s’était enfuie…

« Elle s’est endormie, vous savez, elle n’a pas souffert », m’a murmuré le concierge, avec de la peine contenue entre ses mots. « Oui, je sais », lui ai-je répondu. « Vous ne voyez pas d’inconvénients à ce que les autres vieillards vous assistent durant cette veillée ? », m’a-t-il demandé. « Non, ce sont vos habitudes », lui ai-je dit. Le concierge était vieux, lui aussi, il ne se souvenait plus qu’il venait de me poser deux fois la même question en l’espace de quelques minutes. Cinq petits vieux ont pénétré alors dans la pièce, deux hommes et trois femmes. Je les ai dévisagés. Je n’ai plus osé trop regarder du côté de la bière. Je les ai dévisagés juste comme ça, pour esquiver, pour refuser de regarder autre chose. Quelque chose me dérangeait. La fatigue du voyage ? La mort de ma mère ? La promiscuité dans cette pièce ? Nous étions sept personnes, à présent. Tous me fixaient. Sans doute cherchaient-ils dans mes gestes, sur mes traits, des traces de ressemblance avec ma mère. Un malaise résonnait entre le blanc de ces murs. Tout à coup, des mots sont revenus vers moi, comme un boomerang :

« Vous êtes certain que c’est bien elle ? »

Ces mots, j’ai eu envie de les prononcer tout haut. Et je me suis retenu. A quoi aurait-il servi de me compliquer la vie ? Ce volte-face retarderait les funérailles, demanderait des compléments d’informations, des recherches et cela me ferait rater le bus de quatorze heures. Mon patron serait furieux.

De la sueur perlait sur mon front et venait mourir sur mes joues et dans mon cou. Ma vue se brouillait et ça m’arrangeait bien, en fait : le visage de la défunte devenait flou. La veillée a duré des heures. Le concierge nous a servis du café. « Avec du lait, merci monsieur », lui ai-je demandé.

Tous ces vieux suçaient bruyamment leur sucre, c’était infernal. Je me suis souvenu que c’était une des raisons pour lesquelles je n’étais plus venu voir ma mère depuis si longtemps. Le bruit de tous ces vieux, lorsqu’ils mangeaient. Et leurs regards, braqués sur moi. Comme aujourd’hui. Les bruits. Et les regards.

Le lendemain, les funérailles ne furent que des formalités. L’église se situait à plusieurs centaines de mètres de l’asile. Par chance, un arrêt d’autobus se trouvait à proximité du cimetière, je n’ai donc pas été obligé de faire la route en sens inverse et de revenir vers l’asile.

Ces minutes, une éternité. Le curé, les enfants de chœur, le cimetière, la terre rouge lancée sur le cercueil. Et cette chaleur, toujours cette chaleur africaine. Le curé mitraillait l’atmosphère de phrases toutes faites, des phrases auxquelles tout le monde avait droit, pour le dernier jour. Les enfants de chœur le secondaient, et dissimulaient un rire, lorsque des frelons ont sifflé au-dessus du cercueil. Le curé me regardait parfois. Je n’ai pas compris tout ce qu’il disait et j’avais même l’impression qu’il attendait de moi une ou deux phrases. Je n’avais rien à dire, cela n’aurait fait que prolonger la cérémonie.

Pour ne pas rater le bus, je suis parti le premier, ou presque.

Le lendemain matin, c’était un samedi. J’étais fatigué et quelque chose me semblait incorrect, pas accompli. Je ne devais rien à l’asile pourtant, le directeur m’avait bien signalé qu’aucune facture ultérieure ne me serait envoyée, il connaissait le montant de mon modeste salaire.

J’ai décidé d’aller me baigner, cela me changerait les idées, après tout. C’est là, dans l’eau, que j’ai vu Marie, une secrétaire rencontrée quelques mois auparavant. Marie riait. Dans mes souvenirs aussi, marie riait. Nous avons nagé ensemble et mes mains ont effleuré ses seins. Marie riait toujours, cela lui avait plu, de sentir mes mains frôler sa poitrine charnue. Lorsque nous nous sommes rhabillés, je me suis aperçu que j’avais mis les vêtements de deuil de la veille, une chemise blanche et une cravate noire. Marie ne riait plus. Ces vêtements solennels lui avaient coupé la respiration.

« Ça te dirait une séance de cinéma », lui ai-je demandé. Et puis, m’apercevant que Marie ne décrochait pas son regard de ma cravate noire, j’ai continué :

« Ne t’inquiète pas, j’ai enterré ma mère. Mais ce n’était peut-être pas ma mère. Et puis, c’était hier. »


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L'auteur ? Philippe WOLFENBERG, l'auteur de "Les états d’âme de la lune et du soleil"

Publié le par christine brunet /aloys

 

http://www.bandbsa.be/contes3/etatsame.jpg

 

Le manoir sur la falaise

 

 

 

 

 

C’est une inoubliable journée d’automne qui s’achève ; l’une de celles qui restent à jamais inscrites dans la mémoire et dont on aime se souvenir quand le cœur n’est plus habité que par une indicible tristesse.

 

Au pied de la falaise, inlassablement, les vagues viennent se déchirer sur les arêtes tranchantes des rochers. De leurs blessures jaillissent des gerbes d’écume - dérisoires linceuls - et leurs cris d’agonie se mêlent aux clameurs des mouettes.

 

Le chemin que j’ai gravi depuis la plage jusqu’au sommet de l’escarpement se sépare en deux sentiers étroits : l’un longe la côte et se perd dans la brume naissante, l’autre, sinueux, s’enfonce dans la lande déserte. Je décide de suivre celui-ci. Çà et là, quelques arbres et des touffes de bruyère rompent la monotonie du paysage.

 

Le soleil, parti à la rencontre de l’horizon, allume de ses derniers feux les feuilles aux tons flamboyants. Tourbillonnant dans le vent du large, elles semblent vouloir offrir à d’invisibles spectateurs un ultime moment de grâce avant d’aller mourir sur le sol.

 

Le temps s’écoule sans que je m’inquiète de donner une quelconque destination à cette escapade qu’il me plairait de prolonger à l’infini.

 

Soudain, au sommet d’une colline, la sombre silhouette d’un manoir se dresse dans la lueur incertaine du crépuscule. Par une fenêtre entrouverte, s’échappent les notes mélancoliques d’une chanson lointaine. Des marches mènent à une terrasse. Je les gravis sans hâte afin de prolonger ce sentiment d’exaltation qui s’est emparé de moi. Je ne peux résister à l’envie de savoir qui habite cette demeure surgie de nulle part. Comme je pénètre dans la pièce, la musique qui m’avait attiré en ces lieux

cesse d’un coup. Seul le crépitement des bûches qui se consument dans la cheminée vient rompre le silence pesant qui s’est installé.

 

Au-dehors, le galop d’un cheval se fait entendre. A mesure que le bruit s’amplifie, l’allure de l’animal faiblit. Je jette un regard à travers la vitre : un magnifique pur-sang à la robe ébène approche puis s’arrête près d’un vieux chêne au tronc noueux. Le cavalier, une jeune femme dont les cheveux courts et les yeux sont de la même couleur que sa monture, en descend. Son allure garçonne, démentie par la finesse de son visage et les courbes harmonieuses de son corps, lui confère une beauté farouche qui me trouble plus que de raison. Elle monte l’escalier de pierre que j’ai emprunté précédemment. Quand elle s’aperçoit de ma présence, un éclair d’intense émotion traverse son regard et un sourire se dessine sur ses lèvres. Elle prend ma main et m’entraîne derrière elle dans un labyrinthe de couloirs. Enfin, nous arrivons dans une cour intérieure où résonne le doux murmure d’une fontaine. Ma mystérieuse inconnue s’y adosse. Deux ou trois gouttes d’eau l’éclaboussent et coulent sur sa joue ; je les essuie du bout des doigts puis je passe les bras autour de sa taille et l’attire à moi. Je ferme les yeux et ressens alors une étrange impression de déjà-vu qui s’accentue jusqu’au malaise.

 

Lorsque je les ouvre de nouveau, je suis seul. Tout autour, la lande s’étend à perte de vue. Là où le soleil s’est couché, quelques voiles de nuages rose pâle agrémentent encore le ciel que la nuit toute proche commence à assombrir. Sur la droite, je distingue confusément le bord de la falaise et, au delà, le vide ; l’impossible espoir qu’un jour, peut-être, la réalité rejoindra le rêve m’empêche de parcourir la dizaine de mètres qui m’en sépare. Au loin, assourdi par le fracas du ressac, je crois entendre l’écho d’un cheval lancé au galop...

 

Philippe Wolfenberg

philippewolfenberg.skynetblogs.be

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Mais qui est l'auteur de cette nouvelle ?

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

point d'interrogation

 

Le manoir sur la falaise

 

 

 

 

 

C’est une inoubliable journée d’automne qui s’achève ; l’une de celles qui restent à jamais inscrites dans la mémoire et dont on aime se souvenir quand le cœur n’est plus habité que par une indicible tristesse.

 

Au pied de la falaise, inlassablement, les vagues viennent se déchirer sur les arêtes tranchantes des rochers. De leurs blessures jaillissent des gerbes d’écume - dérisoires linceuls - et leurs cris d’agonie se mêlent aux clameurs des mouettes.

 

Le chemin que j’ai gravi depuis la plage jusqu’au sommet de l’escarpement se sépare en deux sentiers étroits : l’un longe la côte et se perd dans la brume naissante, l’autre, sinueux, s’enfonce dans la lande déserte. Je décide de suivre celui-ci. Çà et là, quelques arbres et des touffes de bruyère rompent la monotonie du paysage.

 

Le soleil, parti à la rencontre de l’horizon, allume de ses derniers feux les feuilles aux tons flamboyants. Tourbillonnant dans le vent du large, elles semblent vouloir offrir à d’invisibles spectateurs un ultime moment de grâce avant d’aller mourir sur le sol.

 

Le temps s’écoule sans que je m’inquiète de donner une quelconque destination à cette escapade qu’il me plairait de prolonger à l’infini.

 

Soudain, au sommet d’une colline, la sombre silhouette d’un manoir se dresse dans la lueur incertaine du crépuscule. Par une fenêtre entrouverte, s’échappent les notes mélancoliques d’une chanson lointaine. Des marches mènent à une terrasse. Je les gravis sans hâte afin de prolonger ce sentiment d’exaltation qui s’est emparé de moi. Je ne peux résister à l’envie de savoir qui habite cette demeure surgie de nulle part. Comme je pénètre dans la pièce, la musique qui m’avait attiré en ces lieux

cesse d’un coup. Seul le crépitement des bûches qui se consument dans la cheminée vient rompre le silence pesant qui s’est installé.

 

Au-dehors, le galop d’un cheval se fait entendre. A mesure que le bruit s’amplifie, l’allure de l’animal faiblit. Je jette un regard à travers la vitre : un magnifique pur-sang à la robe ébène approche puis s’arrête près d’un vieux chêne au tronc noueux. Le cavalier, une jeune femme dont les cheveux courts et les yeux sont de la même couleur que sa monture, en descend. Son allure garçonne, démentie par la finesse de son visage et les courbes harmonieuses de son corps, lui confère une beauté farouche qui me trouble plus que de raison. Elle monte l’escalier de pierre que j’ai emprunté précédemment. Quand elle s’aperçoit de ma présence, un éclair d’intense émotion traverse son regard et un sourire se dessine sur ses lèvres. Elle prend ma main et m’entraîne derrière elle dans un labyrinthe de couloirs. Enfin, nous arrivons dans une cour intérieure où résonne le doux murmure d’une fontaine. Ma mystérieuse inconnue s’y adosse. Deux ou trois gouttes d’eau l’éclaboussent et coulent sur sa joue ; je les essuie du bout des doigts puis je passe les bras autour de sa taille et l’attire à moi. Je ferme les yeux et ressens alors une étrange impression de déjà-vu qui s’accentue jusqu’au malaise.

 

Lorsque je les ouvre de nouveau, je suis seul. Tout autour, la lande s’étend à perte de vue. Là où le soleil s’est couché, quelques voiles de nuages rose pâle agrémentent encore le ciel que la nuit toute proche commence à assombrir. Sur la droite, je distingue confusément le bord de la falaise et, au delà, le vide ; l’impossible espoir qu’un jour, peut-être, la réalité rejoindra le rêve m’empêche de parcourir la dizaine de mètres qui m’en sépare. Au loin, assourdi par le fracas du ressac, je crois entendre l’écho d’un cheval lancé au galop...

Publié dans auteur mystère

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L'auteur ? Jean-Michel Bernos !

Publié le par christine brunet /aloys

 

1e Couverture MML

 

256ème étage

 

 

J’avais rendez-vous avec le directeur technique, nous devions consulter les plans du gratte-ciel pour analyser la façon de réparer le système de nettoyage automatique des vitres extérieures.

 

Comme d’habitude, j’arrivai en avance. Je flânai donc un moment devant les sales et grandes baies vitrées du cinquantième étage. C’est là que se trouve le snack où je sirotai finalement un jus de pomme et avalai un beignet gorgé de sucre.

Attendant la fin de la cohue engendrée par les gens coincés par les pannes d’ascenseur, je réussis finalement à en attraper un qui montait et entrepris de rejoindre le 256ème étage, lieu de mon entrevue.

 

L’ascension interminable malgré la rapidité relative de cette cage mécanique me porta tout de même à bon port et j’entrai dans la salle de réunion.

Avec l’orage au loin et les noirs nuages jouant à cache-cache avec le bâtiment, la lumière était étrange et inquiétante. Un grand silence planait dans ce lieu si haut, si éloigné des grappes laborieuses : le dernier plateau de l’immeuble avant le toit bardé d’antennes avides d’accrocher le ciel.

 

Paul Thompson aurait du être là depuis déjà un moment. En regardant nonchalamment à travers les grands carreaux, je le vis arriver du pas décidé d’un cadre dynamique décidemment en retard. Je ne pouvais pas me tromper, car bien qu’il ressembla à une fourmi, il portait ce costume très rouge qui lui donnait toujours l’air d’un diable !

 

J’essayai bien sûr de le héler, mais ni la grande hauteur du building, ni les vitres insonorisées ne me laissèrent la moindre chance. Alors en l’attendant, je décidai de compter les étages et fis une découverte somme-toute déconcertante : Le gratte-ciel ne comportait que 255 étages ! J’essayai bien de me rassurer en imaginant que l’un d’entre-eux s’était immiscé dans un demi-palier ou que l’architecte s’était tout bonnement fourvoyé, mais je ne pus empêcher mon esprit de vagabonder dans des supputations acrobatiques. Il me fallait l’attendre, nous ferions alors la lumière sur cette étrangeté.

 

J’imaginai le rire de mon diable de Thompson me disant « Harvey Poulman, vous avez encore bu votre jus de pomme de travers ! », mais quand je choisis de sortir pour l’attendre sur le palier, je ne pus trouver trace d’ascenseur, ni même d’escalier !

 

Étais-je bloqué dans une quatrième dimension, où jamais mon Paul Thompson ne pourrait me rejoindre ?

 

« Là, un téléphone, la ligne grésille, ça marche » me dis-je en faisant lamentablement valser le combiné. Le concierge ahuri me répondit que Paul Thompson était à Philadelphie et qu’il était impossible que j’ai rendez-vous avec lui… surtout au 256ème étage d’un immeuble qui n’en comptait que 255 !

 

Je suis vraiment inquiet, aidez-moi s’il vous plait à sortir d’ici !

 

Jean-Michel Bernos

jeanmichelbernos.over-blog.fr

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Mais qui est l'auteur de cette nouvelle ?

Publié le par christine brunet /aloys

 

point d'interrogation

 

256ème étage

 

 

J’avais rendez-vous avec le directeur technique, nous devions consulter les plans du gratte-ciel pour analyser la façon de réparer le système de nettoyage automatique des vitres extérieures.

 

Comme d’habitude, j’arrivai en avance. Je flânai donc un moment devant les sales et grandes baies vitrées du cinquantième étage. C’est là que se trouve le snack où je sirotai finalement un jus de pomme et avalai un beignet gorgé de sucre.

Attendant la fin de la cohue engendrée par les gens coincés par les pannes d’ascenseur, je réussis finalement à en attraper un qui montait et entrepris de rejoindre le 256ème étage, lieu de mon entrevue.

 

L’ascension interminable malgré la rapidité relative de cette cage mécanique me porta tout de même à bon port et j’entrai dans la salle de réunion.

Avec l’orage au loin et les noirs nuages jouant à cache-cache avec le bâtiment, la lumière était étrange et inquiétante. Un grand silence planait dans ce lieu si haut, si éloigné des grappes laborieuses : le dernier plateau de l’immeuble avant le toit bardé d’antennes avides d’accrocher le ciel.

 

Paul Thompson aurait du être là depuis déjà un moment. En regardant nonchalamment à travers les grands carreaux, je le vis arriver du pas décidé d’un cadre dynamique décidemment en retard. Je ne pouvais pas me tromper, car bien qu’il ressembla à une fourmi, il portait ce costume très rouge qui lui donnait toujours l’air d’un diable !

 

J’essayai bien sûr de le héler, mais ni la grande hauteur du building, ni les vitres insonorisées ne me laissèrent la moindre chance. Alors en l’attendant, je décidai de compter les étages et fis une découverte somme-toute déconcertante : Le gratte-ciel ne comportait que 255 étages ! J’essayai bien de me rassurer en imaginant que l’un d’entre-eux s’était immiscé dans un demi-palier ou que l’architecte s’était tout bonnement fourvoyé, mais je ne pus empêcher mon esprit de vagabonder dans des supputations acrobatiques. Il me fallait l’attendre, nous ferions alors la lumière sur cette étrangeté.

 

J’imaginai le rire de mon diable de Thompson me disant « Harvey Poulman, vous avez encore bu votre jus de pomme de travers ! », mais quand je choisis de sortir pour l’attendre sur le palier, je ne pus trouver trace d’ascenseur, ni même d’escalier !

 

Étais-je bloqué dans une quatrième dimension, où jamais mon Paul Thompson ne pourrait me rejoindre ?

 

« Là, un téléphone, la ligne grésille, ça marche » me dis-je en faisant lamentablement valser le combiné. Le concierge ahuri me répondit que Paul Thompson était à Philadelphie et qu’il était impossible que j’ai rendez-vous avec lui… surtout au 256ème étage d’un immeuble qui n’en comptait que 255 !

 

Je suis vraiment inquiet, aidez-moi s’il vous plait à sortir d’ici !

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Une écriture à six mains !!!

Publié le par christine brunet /aloys

 

http://www.bandbsa.be/contes3/minchellatete.jpgEdmee-chapeauhttp://scrat.hellocoton.fr/img/classic/un-poeme-de-marcelle-paques-le-bon-pain-5689538.png

 

Voluptueusement vôtre

 

Les pensées de Giovanni le ramenaient sans cesse vers cette vision surréaliste et pourtant bien réelle, vision qui avait pénétré ses sens d’une gourmandise qui désormais le tourmentait.  Il avait conscience d’être resté tétanisé, sa vidéo caméra professionnelle à la main, la bouche entrouverte, alors que la jeune fille était tombée dans la cuve de chocolat tiède destiné à recouvrir des pralines. Elle avait poussé un cri étouffé par le plouf spongieux dans cette marée lente et sucrée dont s’échappaient l’haleine du cacao, du beurre, et d’une épice secrète. Puis elle avait ri avec ses collègues qui, hilares et agitées, lui tendaient la main en s’exclamant « Sarah ! Accroche-toi ! » et elle avait ainsi surgi de la cuve, telle une Aphrodite fondante, sa blouse de travail épousant  ses reliefs avec une délicieuse indécence, ses jambes nues laissant transparaître la peau en veinures claires sous la moire sombre qui durcissait déjà. « Ne mettez pas ceci sur la publicité ! » avait-elle plaisanté, inconsciente des pulsions dévorantes qu’elle venait d’introduire dans sa vie.

Et depuis, pas une heure sans qu’il ne goûte, en imagination, ce recouvrement chocolaté sur quelque repli de son corps moite, offert, livré à sa lente et amoureuse dégustation… Le petit bout de film où ce corps jeune et merveilleusement fait était aspiré par une succion sensuelle  dont il imaginait les saveurs, il l’avait gardé et se le projetait sans cesse, de plus en plus affamé.

Les rumeurs de cette aventure étaient parvenues jusqu’aux oreilles d’Alex Leloup, chef de production de la chaîne de télévision qui employait le jeune homme. 

Il l’avait aussitôt convoqué dans son bureau et demandé à voir le film.  Giovanni avait introduit la clé usb dans le portable directorial et avait assisté, impuissant, au trouble qui s’emparait  d’Alex.  Un silence pesant suivit la fin de la projection…  Quand leurs regards se croisèrent… leurs pupilles dilatées ne laissaient aucun doute sur l’excitation qui s’était emparée de leurs sens, balayant toute autre pensée.

Quand le boss lui demanda de convoquer la jeune fille dans son studio privé, et d’acheter de quoi remplir une baignoire de chocolat noir, Giovanni se sentit défaillir… Non, il n’allait pas laisser ce type réaliser, à sa place, le fantasme qui l’obsédait !

Etant dans l’impossibilité de refuser, sous peine de se retrouver sans emploi, il sortit la tête basse, ravalant sa rage.

Le soir venu, il fit entrer la jeune fille dans le studio où les attendait le boss, fit les présentations et voulut prendre congé.  Mais Alex lui tendit une coupe de champagne et lui dit, d’un air complice : 

- Restez donc avec nous…

 

Sarah se tourna vers Giovanni, un peu interloquée par cette mise en scène osée et chocolatée.

Elle observa amusée le visage cramoisi de Giovanni qui examinait avec un intérêt soutenu

le bout de ses chaussures.

 

Avec un sourire sibyllin elle accepta néanmoins la coupe de champagne que lui tendait le boss.

Puis, sereine et consciente de son pouvoir, elle détailla le studio sans dire un mot.

 

Alex prit enfin la parole.

  Sarah, quand j’ai visionné votre chute dans la cuve de chocolat… j’ai tout de suite pensé à l’impact publicitaire que cette séquence pourrait avoir.  Vous, la volupté du chocolat, c’est DIVIN !

Donc, vous voulez mon accord pour la publicité ?

-       

Elle souriait encore. Giovanni pensa qu’il n’avait jamais remarqué la candeur de son regard et pourtant une phrase lui trottait dans la tête depuis son entrée dans le studio…

 

«  Qu’importe l’éternité de la damnation à qui a trouvé dans une seconde l’infini de la jouissance ».

Baudelaire se dit-il balançant entre l’envie de s’enfuir ou de rester…

Eh bien en effet, votre accord et un peu de votre corps !    

Le boss avait répondu avec un aplomb qui arracha une toux horrifiée à Giovanni. « Le caméraman est prêt », dit-il encore, désignant Giovani qui assurerait un champ complet des merveilles en cours et cachait mal son émoi.  « Laissez-vous guider par votre plaisir chocolaté, tout ce que nous attendons de vous c’est du naturel et que l’on ressente toute la sensualité du chocolat. »

Son regard les analysa  l’un après l’autre et elle rit d’un air plutôt amusé. Elle termina sa coupe en émettant une sorte de ronronnement, mettant  Giovanni et le boss dans un émoi proche de la fièvre qui fit monter leur température d’un cran lorsque, déposant sa coupe vide sur le bord du bureau, elle les toisa et demanda sans hésitation :

Je dois me déshabiller ici ? 


Et sans attendre la réponse,  elle avait prestement déboutonné sa blouse de travail, enlevé sa montre et ses chaussures. Elle était parfaite. Un parfait au chocolat, pensa Giovanni, incapable de retrouver en lui un peu d’intelligence. Elle souleva une jambe lisse et claire et enjamba le rebord de la baignoire à pieds de lion pour lentement se fondre dans le liquide épais, brassant ses parfums de volupté sucrée de ses longs bras qui se couvraient divinement d’arômes et couleurs.

Accroupie, elle enleva sans sourciller son soutien-gorge et on devina, sous les coulées de lave noire, deux délicieuses pralines que la chaleur lissait et que tous les deux ne songeaient plus qu’à goûter…

La caméra tremblait dans les mains de Giovanni.  Il la fixa sur un support, sorti prestement de son sac, et enclencha le mode automatique.  Ces quelques minutes avaient suffi à Alex pour se dévêtir…

Il s’approcha lentement de la baignoire, ne quittant pas Sarah des yeux.  Elle soutenait son regard où se mêlaient défi et malice.

Il posa sa bouche sèche sur les lèvres en chocolat, les dégusta lentement, osa une main sur un petit sein noir décoré d’un bourgeon rose…  et rencontra la main de Giovanni posée sur l’autre monticule qui flottait hors de la marée aux effluves entêtantes…

La sirène ondula sous l’eau…

Son corps chaud tressaille sous les mains et ravive les passions ancestrales.

Sarah, femme enfant qui enflamme dangereusement les hommes.

Les yeux mi-clos, gémissante elle s’ébroue, parfumée et joyeuse, révélant monts et merveilles.

Tandis qu’Alex et Giovanni perdant la raison dérivent dans un océan de volupté.

Triturant, malaxant…

Mais, soudain, Giovanni n’apprécie pas ce poids sur lui qui l’oppresse, cette langue râpeuse qui explore ses épaules, une haleine fétide…

C’est le boss, il devient fou ?

Il se redresse, cela suffit !

Giovanni est en sueur, assis sur son lit et son labrador lui lèche le torse avec application.

L’esprit embrumé il se frotte les yeux, un pas dans l’escalier, sa femme entre dans la chambre.

Mon amour, c’est dimanche et je t’apporte le petit-déjeuner…

Café et petits pains au chocolat !

 

Edmée de Xhavée, Silvana Minchella et Marcelle Pâques

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Mais qui est l'auteur de cette nouvelle ?

Publié le par christine brunet /aloys

Voluptueusement vôtre

 

Les pensées de Giovanni le ramenaient sans cesse vers cette vision surréaliste et pourtant bien réelle, vision qui avait pénétré ses sens d’une gourmandise qui désormais le tourmentait.  Il avait conscience d’être resté tétanisé, sa vidéo caméra professionnelle à la main, la bouche entrouverte, alors que la jeune fille était tombée dans la cuve de chocolat tiède destiné à recouvrir des pralines. Elle avait poussé un cri étouffé par le plouf spongieux dans cette marée lente et sucrée dont s’échappaient l’haleine du cacao, du beurre, et d’une épice secrète. Puis elle avait ri avec ses collègues qui, hilares et agitées, lui tendaient la main en s’exclamant « Sarah ! Accroche-toi ! » et elle avait ainsi surgi de la cuve, telle une Aphrodite fondante, sa blouse de travail épousant  ses reliefs avec une délicieuse indécence, ses jambes nues laissant transparaître la peau en veinures claires sous la moire sombre qui durcissait déjà. « Ne mettez pas ceci sur la publicité ! » avait-elle plaisanté, inconsciente des pulsions dévorantes qu’elle venait d’introduire dans sa vie.

Et depuis, pas une heure sans qu’il ne goûte, en imagination, ce recouvrement chocolaté sur quelque repli de son corps moite, offert, livré à sa lente et amoureuse dégustation… Le petit bout de film où ce corps jeune et merveilleusement fait était aspiré par une succion sensuelle  dont il imaginait les saveurs, il l’avait gardé et se le projetait sans cesse, de plus en plus affamé.

Les rumeurs de cette aventure étaient parvenues jusqu’aux oreilles d’Alex Leloup, chef de production de la chaîne de télévision qui employait le jeune homme. 

Il l’avait aussitôt convoqué dans son bureau et demandé à voir le film.  Giovanni avait introduit la clé usb dans le portable directorial et avait assisté, impuissant, au trouble qui s’emparait  d’Alex.  Un silence pesant suivit la fin de la projection…  Quand leurs regards se croisèrent… leurs pupilles dilatées ne laissaient aucun doute sur l’excitation qui s’était emparée de leurs sens, balayant toute autre pensée.

Quand le boss lui demanda de convoquer la jeune fille dans son studio privé, et d’acheter de quoi remplir une baignoire de chocolat noir, Giovanni se sentit défaillir… Non, il n’allait pas laisser ce type réaliser, à sa place, le fantasme qui l’obsédait !

Etant dans l’impossibilité de refuser, sous peine de se retrouver sans emploi, il sortit la tête basse, ravalant sa rage.

Le soir venu, il fit entrer la jeune fille dans le studio où les attendait le boss, fit les présentations et voulut prendre congé.  Mais Alex lui tendit une coupe de champagne et lui dit, d’un air complice : 

- Restez donc avec nous…

 

Sarah se tourna vers Giovanni, un peu interloquée par cette mise en scène osée et chocolatée.

Elle observa amusée le visage cramoisi de Giovanni qui examinait avec un intérêt soutenu

le bout de ses chaussures.

 

Avec un sourire sibyllin elle accepta néanmoins la coupe de champagne que lui tendait le boss.

Puis, sereine et consciente de son pouvoir, elle détailla le studio sans dire un mot.

 

Alex prit enfin la parole.

  Sarah, quand j’ai visionné votre chute dans la cuve de chocolat… j’ai tout de suite pensé à l’impact publicitaire que cette séquence pourrait avoir.  Vous, la volupté du chocolat, c’est DIVIN !

Donc, vous voulez mon accord pour la publicité ?

-       

Elle souriait encore. Giovanni pensa qu’il n’avait jamais remarqué la candeur de son regard et pourtant une phrase lui trottait dans la tête depuis son entrée dans le studio…

 

«  Qu’importe l’éternité de la damnation à qui a trouvé dans une seconde l’infini de la jouissance ».

Baudelaire se dit-il balançant entre l’envie de s’enfuir ou de rester…

Eh bien en effet, votre accord et un peu de votre corps !    

Le boss avait répondu avec un aplomb qui arracha une toux horrifiée à Giovanni. « Le caméraman est prêt », dit-il encore, désignant Giovani qui assurerait un champ complet des merveilles en cours et cachait mal son émoi.  « Laissez-vous guider par votre plaisir chocolaté, tout ce que nous attendons de vous c’est du naturel et que l’on ressente toute la sensualité du chocolat. »

Son regard les analysa  l’un après l’autre et elle rit d’un air plutôt amusé. Elle termina sa coupe en émettant une sorte de ronronnement, mettant  Giovanni et le boss dans un émoi proche de la fièvre qui fit monter leur température d’un cran lorsque, déposant sa coupe vide sur le bord du bureau, elle les toisa et demanda sans hésitation :

Je dois me déshabiller ici ? 


Et sans attendre la réponse,  elle avait prestement déboutonné sa blouse de travail, enlevé sa montre et ses chaussures. Elle était parfaite. Un parfait au chocolat, pensa Giovanni, incapable de retrouver en lui un peu d’intelligence. Elle souleva une jambe lisse et claire et enjamba le rebord de la baignoire à pieds de lion pour lentement se fondre dans le liquide épais, brassant ses parfums de volupté sucrée de ses longs bras qui se couvraient divinement d’arômes et couleurs.

Accroupie, elle enleva sans sourciller son soutien-gorge et on devina, sous les coulées de lave noire, deux délicieuses pralines que la chaleur lissait et que tous les deux ne songeaient plus qu’à goûter…

La caméra tremblait dans les mains de Giovanni.  Il la fixa sur un support, sorti prestement de son sac, et enclencha le mode automatique.  Ces quelques minutes avaient suffi à Alex pour se dévêtir…

Il s’approcha lentement de la baignoire, ne quittant pas Sarah des yeux.  Elle soutenait son regard où se mêlaient défi et malice.

Il posa sa bouche sèche sur les lèvres en chocolat, les dégusta lentement, osa une main sur un petit sein noir décoré d’un bourgeon rose…  et rencontra la main de Giovanni posée sur l’autre monticule qui flottait hors de la marée aux effluves entêtantes…

La sirène ondula sous l’eau…

Son corps chaud tressaille sous les mains et ravive les passions ancestrales.

Sarah, femme enfant qui enflamme dangereusement les hommes.

Les yeux mi-clos, gémissante elle s’ébroue, parfumée et joyeuse, révélant monts et merveilles.

Tandis qu’Alex et Giovanni perdant la raison dérivent dans un océan de volupté.

Triturant, malaxant…

Mais, soudain, Giovanni n’apprécie pas ce poids sur lui qui l’oppresse, cette langue râpeuse qui explore ses épaules, une haleine fétide…

C’est le boss, il devient fou ?

Il se redresse, cela suffit !

Giovanni est en sueur, assis sur son lit et son labrador lui lèche le torse avec application.

L’esprit embrumé il se frotte les yeux, un pas dans l’escalier, sa femme entre dans la chambre.

Mon amour, c’est dimanche et je t’apporte le petit-déjeuner…

Café et petits pains au chocolat !

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