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Texte 4 du concours "Les petits papiers de Chloé" : Rencontre du troisième type

Publié le par christine brunet /aloys

La vieille dame tranquille


 

Cette adorable vieille dame, un peu rigolote, me faisait invariablement penser à la maîtresse de Titi et de Gros Minet, avec ses cheveux blancs impeccablement tirés en arrière et retenus par un chignon en boule, ses petites lunettes sur le bout du nez et le gros camée épinglé sur le haut de son corsage immaculé. C’était madame Vialet.

Une voisine sans histoire, incroyablement discrète, que je voyais régulièrement aller et venir à pas menus, les jours de marché, tirant un caddie en tissu écossais dont les roulettes tressautaient sur les aspérités de l’allée mal entretenue.

Elle vivait seule avec son chat, un matou ébouriffé aussi noir que les chemisiers de sa patronne étaient blancs, et j’avais beau fouiller dans mes souvenirs, je ne me rappelais pas avoir jamais vu quiconque lui rendre visite. Et plus j’y pensais, plus je sentais comme une espèce de tristesse m’envahir. Aussi, le jour de la fête des voisins, je n’y tins plus. Plein de compassion, un carton de pâtisseries à la main, je grimpai avec détermination les trois marches me séparant de la terrasse pour aller appuyer sur la sonnette.

Elle vint m’ouvrir au bout d’une petite minute, entrebâillant prudemment la porte, le regard étonné mais aussi souriante qu’à l’accoutumée. Puis son sourire s’élargit en apercevant le paquet que je tenais délicatement par le ruban doré qui le fermait. « Oh ! » s’exclama-t-elle, visiblement ravie.

Elle s’effaça pour me laisser entrer. « Comme c’est gentil, monsieur ! » ajouta-t-elle en m’invitant d’un geste à la précéder dans un couloir assez sombre. Jetant un coup d’œil amusé sur la tapisserie à fleurs passablement défraîchie, un peu gêné malgré tout, je pénétrai bientôt dans une salle à manger qui sentait le renfermé et l’encaustique. Et là, là…

Je lâchai mon paquet qui heurta le carrelage avec un bruit mat. Saisi de stupeur, en proie à toutes sortes de sentiments contradictoires dont la très désagréable impression d’être victime d’un sinistre canular, je contemplai bouche bée, la gorge sèche, les deux grosses créatures insectoïdes commodément installées sur le canapé de cuir synthétique, à côté du chat en train de se lécher consciencieusement le bout des pattes.

« Ah oui… » intervint gaiement la vieille dame. « Suis-je étourdie… J’ai omis de vous avertir que j’avais des invités ! »

Des invités… Ces longues antennes et ces yeux globuleux qui me fixaient comme s’ils me transperçaient, cette carapace chitineuse, ces larges membres antérieurs qui leur donnaient l’allure de mantes religieuses… Non, c’était trop énorme, ça ne pouvait pas être vrai ! J’avalais difficilement ma salive.

« C’est… c’est quoi, ça ? » parvins-je à articuler, paralysé d’effroi.

« C’est qui, voulez-vous dire ? » répondit-elle en riant. Puis, facétieuse : « Je les ai appelés Dupont et Dupond car ils sont inséparables ! »

Surréaliste… C’était à devenir fou !

« Mais… mais enfin, bonté divine, d’où sortent ces… ces horribles choses ?

- Heureusement qu’ils ne comprennent pas vos paroles, ils pourraient bien se vexer, vous savez ! » fit-elle remarquer sur le ton de la plaisanterie. « Je crois qu’ils viennent de Sirius, monsieur…

- Comment ça, de Sirius ? Que me racontez-vous là ? Vous vous moquez de moi…

- Pas du tout ! Je crois qu’ils viennent de Sirius, parce que…

- Bon, ça suffit ! De Sirius ou d’Alpha du Centaure, peu importe ! Que foutent-ils là et quand sont-ils arrivés ? Pourquoi n’avez-vous pas immédiatement averti les autorités ?

- Mais pourquoi faire ?

- Pourquoi faire ? » m’étranglais-je. « Pourquoi faire ? Deux extra-terrestres débarquent chez vous et vous trouvez normal de ne rien dire à personne ? Vous êtes complètement inconsciente, ou quoi ? Quand je pense à toutes ces polémiques à propos de leur possible existence… »

Elle prit un air attristé.

« Ils m’ont fait comprendre à chaque fois qu’ils ne reviendraient plus me voir si je faisais ce que vous dites.

- Parce qu’ils étaient déjà venus ? » m’exclamai-je, au comble de l’ébahissement.

« Oh oui, souvent ! Ils dissimulent leur petit vaisseau dans le jardin, derrière la maison, et nous passons un bon moment ensemble ! Des gens charmants… Si vous saviez tout ce qu’ils m’ont appris !

- Mais… » soufflai-je, incrédule. « Vous avez dit vous-même qu’ils ne pouvaient pas comprendre ! Ce qui n’a rien d’étonnant…

- C’est parce que ça ne se passe pas du tout comme ça. Il faut toucher leurs antennes pour qu’ils puissent transmettre des images directement dans notre cerveau ! Eux lisent facilement nos pensées… Allez-y, faites-le, vous verrez ! »

Je reculai instinctivement.

« Quoi ? Venir plus près de ces affreuses bestioles ? Les toucher ? Vous êtes sérieuse ?

- Je vais vous montrer… » déclara-t-elle en se dirigeant tranquillement vers le canapé.

Puis elle tâta à plusieurs reprises l’antenne de l’un des arthropodes qui ne broncha pas.

« À vous, maintenant ! Vous voyez, ils ne m’ont pas mangée… Ils sont si gentils ! Alors, pourquoi devriez-vous craindre quoi que ce soit ? »

Effectivement… Malgré l’incoercible répulsion que j’éprouvais, je sentis qu’il allait devenir difficile de me dégonfler. La boule au ventre, je m’approchai et m’exécutai avec une infinie délicatesse, prêt à bondir en arrière au moindre frémissement de l’un des deux aliens.

Alors, dans un éblouissement, je vis. Je vis une multitude de mondes très différents, plus merveilleux les uns que les autres, avec de vastes forêts d’étranges végétaux, des fleurs d’une stupéfiante beauté, des lacs scintillants sous des soleils pourpres, oranges, ou bleus, des rivières et des cascades. Je vis des villes splendides dont les tours gracieuses s’élançaient très haut dans un ciel bariolé, et d’immenses spatioports envahis d’essaims d’objets volants se déplaçant à la verticale avec d’incroyables accélérations.

Et puis, je vis soudain tout autre chose. J’eus d’un coup l’impression de pouvoir lire à livre ouvert dans l’âme de la vieille dame, de m’imprégner de sa candeur, de la pureté de ses sentiments, de son inébranlable probité, de son total désintéressement. En un mot, de sa sainteté, qualificatif qui ne me serait jamais venu à l’esprit avant d’éprouver ce que je venais d’éprouver.

Le temps de commencer à m’en remettre, ce fut mon tour… Mes mesquineries, mes lâchetés, mes mensonges, mes trahisons, mon égoïsme, mes pensées délétères… Tout ça et bien plus encore me sauta violemment à la figure, me laissant complètement sonné, comme sous l’effet d’une terrible gifle. Grand Dieu… étais-je un tel monstre ?

Sérieusement ébranlé, je sortis à reculons du salon et quittai précipitamment le domicile de la vieille dame, sans plus écouter cette dernière qui tentait gentiment de me retenir. L’humble, l’obscure madame Vialet qui avait eu l’honneur de recevoir les premiers visiteurs de l’espace. Elle et non pas le président de la République, les membres du gouvernement ou les représentants du parlement. Ou moi-même, habitant juste à côté et n’en ayant jamais rien su…

Je passai le reste de l’après-midi à guetter, derrière les vitres, le départ du vaisseau spatial. Je ne vis absolument rien, finis par aller me coucher sans rien pouvoir avaler et ne réussis pas à fermer l’œil.

Le lendemain matin, épuisé, je constatai avec dépit l’absence de la vieille dame. Bien décidé à contacter le journal local pour la forcer à raconter son invraisemblable histoire, et tout en prenant grand soin de son matou, j’attendis impatiemment son retour pendant des jours, des semaines, des mois. Mais nul ne la revit jamais ni ne fut capable d’émettre la moindre hypothèse sur ce qu’elle avait bien pu devenir.

Mais son chat et moi avons notre petite idée et, à la nuit tombée, nous observons ensemble, pendant de longues heures, dans la constellation du Grand Chien, l’étoile la plus brillante du ciel.

Publié dans concours

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Texte 3 du concours "Les petits papiers de Chloé" : Rencontre du troisième type

Publié le par christine brunet /aloys

La Luciole

 

La Luciole était une de ces petites extra-normes aux origines bousculées, dont le présent aussi la secouait comme une centrifugeuse. Certainement, sa vie ne comportait pas d’il était une merveilleus fois, par un beau matin d’été, elle s’éveilla souriante, sa mère la prit dans ses bras pour la couvrir de baisers, son père était une présence grande et forte, ses frères et elle passaient d’interminables après-midi à jouer dans les prés avoisinants

Elle voulait bien faire, voulait bien croire. Était forcée de faire confiance, et puis forcée de constater qu’elle s’était plantée cette fois aussi. Mais bon, de cette manière, elle avait avancé, en âge en tout cas.

Quand je l’ai connue (le temps d’un repas sidérant), elle venait de se faire prendre en main par un sinistre voyou de la haute (très haute) société française, un comte (oui) hurluberlu et amoral qui se vantait d’un ancêtre auteur d’un livre sur la démonologie, d’une ancêtre devenue Sainte en Italie, de fantômes et esprits malfaisants dans le château, et plus tard de sbires à sa solde qui s’en allaient casser les jambes de ceux que monsieur le comte n’aimait pas ou plus. À l’époque, je ne connaissais pas encore tout son pedigree, je savais juste qu’il était drôle, infidèle (à une épouse qui, actricette de télévision, l’était tout autant), et toujours prêt à une sortie qui ne ressemblerait à aucune autre. Il avait aussi l’avantage d’être plus âgé que notre petit groupe, et surtout celui que nous soyons encore, nous aussi, assez crédules.

Bref, un jour il se présente chez moi avec la Luciole. Une fille au look de titi des rues, toute jeunette, et toute soumise à son destin. Ce type si gentil qui lui avait sans doute dit être fou amoureux d’elle, et qui cherchait à la loger chez ses amis, quelle aubaine, quel seuil menant à la porte du château et la respectabilité. Sa femme comprendrait bien vite, il le lui avait affirmé, et elle habiterait avec lui dans les quartiers Est du château, ceux avec la tour et l’escalier en colimaçon. Il ne voulait plus qu’elle mène cette vie sans amour, lui en était plein, d’amour, elle était sauve ! Oui, sauve, car il l’amène chez moi en me demandant si elle peut loger chez moi le temps qu’il trouve une solution, car tu sais, ma femme, il faut d’abord que je lui en parle. Gloups ! Jamais vu la fille, la fille toute jeune mais délurée à sa façon, et je refuse, offrant toutefois qu’ils restent pour le repas, avec un couple d’amis et mon mari.

La pauvre Luciole se croit dans son futur environnement, avec ses nouvelles relations, et s’efforce d’avoir les manières les plus stylées possible. Elle tient son verre avec le petit doigt tendu comme une pince de crabe, elle se tamponne les lèvres en bouton de rose avec un millimètre carré de serviette, elle écoute poliment nos conversations peu édifiantes sans doute… Le comte la présente, résume à sa façon son existence tirée de Sans famille et Je suis née dans les favellas, et finalement en confiance, la Luciole prend un air très sophistiqué, appuie ses coudes sur la table pour y poser gracieusement son menton, et dans un clignement de paupières détendu me demande : « Et vous, madame, vous avez déjà été en maison de correction ? »

 

Publié dans concours

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Texte 2 du concours "Les petits papiers de Chloé" : Rencontre du troisième type

Publié le par christine brunet /aloys

Jeune femme cherche prince vaillant

 

 

Du plus loin que je m'en souvienne, j'ai toujours rêvé du prince charmant. Enfant, j'aimais l'imaginer beau, grand, drôle et intelligent, bravant les plus improbables périls, tantôt chevalier tranchant d'un coup d'épée la gorge d'un redoutable dragon, tantôt traversant les déserts mortifères pour me délivrer d'un cruel sultan.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'abus de contes de fées avait fait de moi une écervelée.

Heureusement les années ont passé.

Mon adolescence connut son lot de désillusions et de déboires, tant et si bien que la vérité s'imposa : la gent masculine grouillait de médiocrité. Je revis donc mes ambitions à la baisse et me concentrai sur un seul critère, impérieux : la vaillance. Mettre de côté les charmes physiques et intellectuels m’était acceptable, mais je ne pouvais supporter la compagnie d’un être pusillanime.

Evidemment, ce ne fut pas si simple.

J’avais la détermination et l’humeur versatiles, et les hommes, inlassablement, me décevaient dès le premier émoi.

C’est un cerisier qui changea le cours de mon existence.

Alors que trente-cinq ans me séparaient de ma naissance, que je vivais toujours sous le toit maternel, et que, comme tous les matins, je buvais mon café dans la tasse en porcelaine de mon enfance, debout, nue, face à la baie vitrée donnant sur notre beau jardin verdoyant, pour la première fois, je ne vis que lui. Lui, et lui seul. Le cerisier en fleurs.

Je fondis en larmes.

Des trombes de désespérance dégoulinèrent sur mes joues et mon cou. D’une fatalité accablante. Des heures à pleurer sur mon sort, ma solitude, sur cette épaule masculine que je ne parvenais pas à trouver, et sur toutes ces années passées et futures déposant partout, sur moi et en moi, la sale poussière du temps.

Satané cerisier en fleurs.

Satané symbole de fécondité.

 

Il fallait que je prenne mon destin en main, sans quoi continuer à vivre me serait insoutenable. Contre l’avis maternel, le bon sens, la prudence, la quiétude et autres pensées réfractaires, ma décision s’imposa.

Au petit matin, je quittai mon toit de toujours. Et ma campagne.

 

Je choisis de m’installer au cœur d’une grande ville. Une petite annonce de colocation avec “une jeune femme, les pieds parfois sur terre, et aimant la fête” me sembla opportune pour exaucer mes vœux de rencontres.

Emma était étonnante de bonne humeur et d’esprit d’aventure. Et quel sens de la persuasion ! Une semaine, pas une de plus, lui suffit pour me convaincre de l’accompagner à un rendez-vous singulier. Je mis ma crainte de la déconvenue de côté et me laissai gagner par l’insouciance.

 

C’était un soir d’été.

Je me souviens encore du ciel paré de ses plus belles étoiles.

Nous entrâmes dans une salle de restaurant tamisée, tout en velours. Du sol au plafond, partout, la douceur des tissus invitait au toucher. Un écrin sensoriel parfumé subtilement de vanille et coloré de flammes en bougeoirs.

Le jeu pouvait commencer.

Je pris place à une petite table ronde face à un homme charmant. Arnaud. Trop charmant, pensai-je. D’emblée, il me trouva ravissante et me conta fleurette. Sans hésitation, je l’éliminai de la liste des prétendants. Je cherchais un homme différent de mes précédentes rencontres, et certainement pas la parfaite réplique de l’archétype romantique. Paul, le deuxième, était maigre comme un clou. Isidore, le troisième, avait des mains de danseuse. N’allez pas imaginer que je m’attardais sur le physique, non, simplement sur ce qu’il laissait suggérer. Le contraire de la vaillance.

Le cinquième fut celui que je retins.

Certes, Palamède portait une chemise saillante qui mettait en évidence son corps sculpté, mais surtout, il avait dans le regard ce je-ne-sais-quoi d’étrange. Un vert électrisant. Hypnotisant. Il approcha sa chaise de la mienne, s’y assit, et vint chuchoter à mon oreille des mots d’une saisissante virilité : ”Je te ferai l’amour toute la nuit, parce que, moi, je ne suis pas un homme comme les autres.”

 

Je fis un petit signe de la main à Emma, pour lui signifier mon départ, et nous quittâmes les lieux, main dans la main. Palamède avait la paume puissante, la peau épaisse, l’ongle court, et une curieuse démarche, mélange de longues enjambées et de petits pas de course.

Je laissai le choix de l’hôtel à mon partenaire.

Dès que nous fûmes dans la chambre, Palamède m’embrassa avec fougue, promenant sa langue sur la mienne, ses mains sur mes seins, et sans que je comprenne pourquoi, il me demanda de patienter nue sur les draps, le temps qu’il se dévêtit dans la salle de bain. Qu’eussé-je pu refuser à pareil regard électrisant ?

C’est alors que Palamède surgit tel un gorille en pleine jungle, l’instrument en éveil, et moi, frétillante, impatiente de virevolter dans le tourbillon des plaisirs assouvis.

A la seconde où nous ne fîmes plus qu’un, je fermai les yeux pour prier mon corps d’être doux, prier son corps d’être puissant, mais rien n’y fit. Palamède hurla de douleur dans un cri court et strident. Le même que tous les autres hommes avant lui.

Son corps lourd s’effondra sur le mien.

Pauvre homme.

Et pauvre de moi !

           Même ici, loin de ma campagne et de mon monde, une fois de plus, ma flore carnivore avait eu raison de mon prince vaillant.

 

Publié dans concours

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Texte 1 du concours "Les petits papiers de Chloé" : Rencontre du troisième type

Publié le par christine brunet /aloys

L’oasis aux camélias


Une nouvelle journée est en train de s’ouvrir sur le monde. Un timide bourgeon de lumière entré par la lucarne prend possession de la pièce, petit à petit. À quatre heures du matin, le portable à la main, Céline ne dort pas. «Cher Kic, qu’en est-il de tes recherches célestes ? Moi, quand je regarde le ciel, je choisis une étoile et lui parle ainsi : je te sens ici, tout près de moi, tu es mon unique rayon de soleil dans cet univers sombre qui me tient prisonnière. De quel coin de l’univers me protèges-tu ? Le matin, quand je me réveille, mon âme ne tombe plus dans le vide, elle tombe dans ton âme, comme dans la paume d’un Dieu». 
Céline se glisse hors du lit, tandis qu’Emmanuel se prépare à clôturer le rêve du petit matin. Dans une demi-heure il entre dans la cuisine où Céline lui a déjà préparé le café et sa tartine beurrée. Il boit, mange, ensuite il prend son sac et part au travail, « au revoir, chérie, à ce soir » crie-t-il sur le seuil de la porte. Peu après, comme tous les jours, Céline nettoie la table, range la vaisselle, s’habille en vitesse et part au boulot. Des jours tous pareils, sans surprises. Mariés depuis plus de vingt-cinq ans, Emmanuel et Céline se sont déjà installés dans le confort tueur d’amour où nulle émotion authentique ne trouve plus de place. À chacun ses petits joies et ses grands agacements, de plus en plus loin l’un de l’autre. 
Le soir, de nouveau chez elle, Céline ouvre son portable pour voir si Kic lui avait répondu. Oui, son message était là : 
« Chère KicA, ce soir le ciel brille dix fois plus fort que d’habitude. Le Cygne hurle de bonheur en m’envoyant sa lumière, mais non, c’est ta lumière, car c’est grâce à toi qu’elle est tellement brillante à cette heure-ci. On ne se connait que virtuellement, mais c’est comme si on se connaissait depuis une vie entière. Mes collègues d’institut me regardent perplexes : mais qu’est-ce qui t’arrive ?! T’as rajeuni de vingt ans. Si tu savais combien je t’ai attendue… Je ne désire rien de plus pour l’instant, mais je rêve déjà à cet instant magique quand je te serrerai dans mes bras pour te dire à l’oreille… ».
Cela fait juste un an que leur histoire a commencé sur «Votre étoile jumelle», un site de rencontres peu banal qui se présentait ainsi : « Vous n’êtes pas que des poussières d’étoiles sans lueur. Chaque terrien porte en lui un brin d’éclat d’un soleil du Cosmos. Le jour où vous êtes nés vous avez capté l’une de ces miettes divines, ainsi vous abritez tous une minuscule étoile. Elle vous guidera toute votre vie mais, le moment venu, vous devrez la rendre enrichie. Vous êtes ici pour trouver votre étoile jumelle, car ces « binaires de contact » finissent toujours par fusionner. Ayez confiance et fiez-vous à votre instinct ». Pour s’y inscrire, il fallait remplir un formulaire avec les données complètes de naissance (lieu, date, heure) en fonction desquelles on attribuait à chacun une étoile, celle qui avait veillé sur sa venue au monde. Ensuite, à cette étoile on cherchait la paire, car la plupart des étoiles ont une jumelle. Par exemple, Achird est la jumelle du Soleil, Mizar est le double d’Alcor, Kic est l’étoile jumelle de KicA, de la constellation du Cygne et ainsi de suite. Les couleurs des étoiles doubles s’intensifient quand elles se rapprochent. C’est pareil pour les âmes humaines quand elles se rencontrent et s’aiment d’un amour véritable et indestructible.
Passionné d’astres, Kic était venu sur ce site par simple curiosité. Parmi les dizaines de photos alignées en colonnes, il n’a pas choisi la plus belle, mais la plus seule. À côté des dizaines de visages souriants, aux grosses lèvres rouges et aux yeux lourds de mascara, une photo semblait s’y être égarée par erreur : c’était un arbre desséché au milieu du désert qui s’appelait KicA. « Voilà quelque chose qui me ressemble » se dit-il. Et à l’instant même il a écrit à cet arbre-là : « 
KicA, j’ignore si tu es mon étoile jumelle, mais c’est ce qu’on dit ici. Je suis moi aussi un arbre seul, dans un désert. Veux-tu qu’on cherche une oasis ensemble ? Une oasis pour deux solitudes…». Depuis lors, pas à pas, les centaines de messages qui s’en suivirent les ont rapprochés de plus en plus, en les rendant indispensables l’un à l’autre.
Céline avait commencé sa journée comme d’habitude, à quatre heures du matin, en écrivant sur son mobile : 
« Cher Kic, je n’ai pas fermé l’œil de la nuit. Comment ai-je pu tomber amoureuse de quelques phrases astucieuses? N’empêche. Ce bonheur qui m’inonde me suffit pour vivre. Je ne mange plus, je ne dors plus, je ne vis que d’un amour parfait et pur. Je croyais que ça n’existait que dans les livres. Et pourtant… Heureusement, mon mari ne soupçonne rien, je sais me cacher. Il est devenu froid, cynique et il est parfois brutal quand il me parle. Il ne sait plus rêver, ni aimer. On dort dans le même lit, pourtant il habite à des milliers d’années-lumière. J’aimerais tellement qu’on se voie... Moi, j’habite à Huy. Toi ?... »
Le soir, au message de Kic « Chère KicA, j’habite sur la constellation du Cygne, quelle question ?! Où voudrais-tu que l'on se voie ?», elle répondit sur le coup : « Si tu es d’accord, je te propose le Grand Parc du centre de Huy. Comment arriveras-tu depuis le dos du volatile jusque-là je ne sais pas, peut-être au bord d’un vaisseau spatial surperformant, comme dans le film Rencontre du troisième type. Je t’y attendrai quand même demain vers 17 heures, un camélia rouge à la main ; et, pour que je puisse te reconnaître, tu en porteras un à la boutonnière. Ainsi, nos fleurs jumelles feront refleurir les arbres que nous sommes ». 
À 17 heures la lumière satinée du soleil se glissait chancelante à travers le feuillage des chênes et des châtaigniers du parc. Céline s’avançait dans l’allée d’un pas timide, son camélia rouge à la main. Son cœur battait si fort qu’elle pouvait l’entendre. Nerveuse déjà, elle tressaillait au moindre souffle de vent, tandis que ses yeux scrutaient inquiets tantôt sa montre, tantôt les coins ombreux du parc. Vers 18 heures elle s’assit fatiguée sur un banc et mit le camélia sur ses genoux. Continuant à regarder sa montre d’une façon obsessive, des appels au secours partaient de ses doigts qui pressaient inconsciemment le camélia. À 19 heures il n’était pas là, ni à 21 heures. « Que je peux être stupide »se disait-elle, « depuis un an je n’avale que des mensonges et de vaines illusions ». Quelques larmes retenues trop longtemps sous les paupières surgirent tout à coup sur ses joues pâles. 
Vers 22 heures le parc commença à se vider des passants. Céline marchait en se dandinant quand, tout à coup, un jeune homme courut vers elle : « avez-vous besoin d’aide, madame ? », mais elle ne lui répondit pas. En serrant le camélia froissé contre son cœur, elle accéléra le pas vers la maison. Avant d’appuyer sur la clenche, elle effaça ses larmes d’un geste furtif de la main et rangea ses cheveux un peu décoiffés par le vent. « Emmanuel, où es-tu ? » annonça-t-elle sa rentrée, mais personne ne lui répondit. Elle monta, fatiguée, vers la chambre. Quand elle ouvrit la porte… 
… À côté de leur lit couvert de camélias, Emmanuel l’attendait une fleur à la boutonnière. « Mon vaisseau a pris du retard, pourtant j’y étais et je t’ai vue… J’étais trop ému, trop bouleversé pour te parler ». Les yeux baignés de larmes, il l’a prise dans ses bras et lui murmura à l’oreille : « Tant d’années sans te connaître… Pardonne-moi, Céline! Dis-moi que ce n’est pas trop tard ». 
C’était en l’an 2022 quand les deux jumelles Kic et KicA fusionnèrent d’une façon spectaculaire dans la constellation du Cygne. Une nouvelle étoile, une superbe nova de couleur rouge était née. Les télescopes saisirent cette nuit-là un grandiose éclat de lumière, 10 000 fois supérieur aux étoiles d’origine et 100 fois plus brillant que l’étoile Polaire. Il était parti vers nous il y a 1800 ans et il venait juste d’arriver dans le ciel terrestre. 
Même si cela prend du temps, la lumière arrive toujours à sa fin ultime : faire fleurir une oasis quelque part.

 

Publié dans concours

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Antonia Iliescu nous présente son nouvel ouvrage à paraître aux Editions Chloé des Lys "Poésies en gouttelettes-Epigrammes"

Publié le par christine brunet /aloys

 

Un nouvel ouvrage intitulé « Poésies en gouttelettes – Epigrammes » de Antonia Iliescu va bientôt paraître chez les éditions Chloé des Lys. 
Un extrait :

(…) J’ai conçu ce volume par le soin d’attirer l’attention du lecteur sur un genre de poésie qui, malgré son heure de gloire dans le passé, est aujourd’hui peu pratiquée et donc, peu connue. Le livre que je vous présente ici comprend deux parties distinctes :
Le premier volet est fait d’épigrammes et polygrammes originales, illustrées par l’auteure, groupées dans vingt-et-un thèmes : sur l’épigramme, politique, les lois de la physique, religieuses, vieillesse, épitaphes, histoire, l’art divinatoire, mariage et amour, enfants, écrivains et écrits, sur la bêtise, nature, rats, sur les voleurs, sur les chefs, internet, la chimie de la vie, agape, thèmes divers.
Le deuxième volet offre un bref regard sur l’histoire de l’épigramme dès son apparition en Grèce antique et jusqu’aux temps modernes, quand on observe une tendance à disparaître comme genre littéraire (surtout en France et en Belgique). 
(…) Si celui qui prend cet ouvrage dans ses mains ne s’ennuie pas, mon but est atteint.

 

Et une épigramme :

« 
Noir et blanc » 
(thème pour un concours d’épigramme)  
Écrire en noir et blanc c’est difficile,
Ce n’est pas tout à fait mon style. 
Alors, devant le thème, j’ai échoué ;
La preuve que je suis très… nuancé.

Publié dans présentations

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Serge Guérit a lu "Nid de vipères" de Christine brunet

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

 

Nid de vipères de Christine Brunet


 


 

Un premier roman … un thriller… une couverture bizarre… un titre étrange… une auteure que je ne connaissais pas.

Thriller voulant dire pour moi frissons garantis, bons et mauvais policiers, méchants, armes, bandits, meurtres et sang, le tout passé au mixeur et tartiné sur quatre cents pages.

Bon… j’achète et je lis.

Les vingt premières pages, comme dans tous romans, sont justes sympas, implantation des décors et présentation des personnages.

Mais… au fur et à mesure de la lecture des émotions et des ressentis naissent, doucement des pions se placent, se déplacent, se heurtent, tombent.

Des liaisons intrigantes et secrètes se nouent, se dénouent, se blessent.

L’enquête avance… piétine et repart de plus belle et graduellement inquiétante.

Et c’est là, à ce moment que l’on se laisse porter par les mots, par les phrases, que l’on ne peut plus lâcher la lecture, que les événements évoluent, que les manigances se sous-entendent, que l’on veut connaître la suite et la suite de la suite, que l’on ne laisse rien au hasard, que l’on doit lire et lire encore en espérant ne pas voir arriver le mot fin.

Si ce premier et excellent thriller date déjà de quelques années… Nid de vipères place le lecteur dans l’engrenage d’une suite grandement souhaitée et désirée.

Le jour de l’achat de ce roman, j’ai trouvé un remarquable thriller et découvert une magnifique et vraie romancière : Christine Brunet.

 

Serge Guérit

 

Publié dans Fiche de lecture

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Christina Previ pour propose un court extrait d'"Itinérance d'un oiseau bleu"

Publié le par christine brunet /aloys

 

Extrait : « Une vieille bassine »

Sous une lucarne, une vieille bassine en zinc recevait un filet d’eau, provenant d’un joint défectueux de la tabatière, qui lui emplissait lentement le ventre. Il n’y avait pas de quoi s’inquiéter… Nul risque que survienne un quelconque débordement !

Cette bassine semblait faire partie du décor depuis toujours. l’été, son vieux métal rouillé subissait immanquablement la brûlure des rayons du soleil et l’hiver, sa pauvre carcasse se contractait vraisemblablement sous la morsure du froid.

Pourquoi donc me donnait-elle l’impression d’une vieille connaissance ? Cette cuve terne et déformée semblait vouloir me dire quelque chose…

 

Christina Previ

Publié dans Textes

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Chloé Derasse nous présente son ouvrage "Douceur violette"

Publié le par christine brunet /aloys

 

BIOGRAPHIE

 

Chloé Derasse est née à Tournai en 1987. Dès sa plus tendre enfance, un carnet à la main, elle dessine des soleils et des dauphins, elle met des mots sur les paysages de son esprit, elle invente des histoires de familles heureuses et y fait chanter ses questions d'enfant.

Elle ponctue ses études de traduction-interprétation à Mons et de communication multilingue à Bruxelles, de séjours à l'étranger (Panama, États-Unis, Espagne, Brésil et Chine) avant de revenir s'installer à Bruxelles.

L'écriture la suit, la poursuit. Sa plume évolue mais son amour des mots ne tarit pas.

«Douceur violette» est son premier roman. Il est l'aboutissement d'un travail long et douloureux, entamé il y a plus de dix ans et c'est avec émotion qu'elle le partage avec vous aujourd'hui...

 

 

RESUME

 

Lorsqu'un secret de famille éclate au grand jour, c'est toute sa structure qui s'en trouve modifiée. Dans ce roman bouleversant, il est question de famille, certes, mais aussi d'amour. De beaucoup d'amour. D'un amour aussi fort que dévastateur parfois.

Tout y est : le passé, le présent, l'avenir, la peine, la joie, l'horreur et le poids des non-dits.

Le lecteur est tenu en haleine jusqu'au dénouement final.

Une réelle découverte des méandres de la vie, de ses combats et de ses espoirs.

 

EXTRAIT

 

Emma entendit un bruit de pas dans le couloir qui menait à sa chambre. Elle l'identifia immédiatement. Les pas avaient beau se faire extrêmement discrets, l'enfant les distinguait, elle reconnaissait l’affreux craquement des santiags qui avançaient doucement sur le plancher vieilli.

Elle frissonna. La porte derrière elle allait s’ouvrir à tout moment, elle le savait.

Si seulement elle avait pu s'isoler.

Si seulement elle avait pu avoir l’âge de sa sœur aînée à qui on avait laissé placer un verrou.

Emma, du haut de ses neuf ans, avait été déclarée trop jeune pour pouvoir s’enfermer. Elle n’avait donc d’autre choix que d’accepter le crissement de ces santiags noires qui avançaient à tâtons dans le couloir et pénétraient de plus en plus souvent le secret de sa petite chambre violette

Pourquoi ?

Pourquoi elle ?

Pourquoi pas Marie ?

Emma n’avait jamais compris. Il n'y avait pourtant que deux petites années de différence entre les deux sœurs... Deux petites années qui avaient tout changé.

La fillette se mit à sangloter. Elle allait se retourner, mais déjà la main de l’homme lui caressait les cheveux et elle comprit qu’il était trop tard. Une fois de plus, elle ne pourrait rien dire. Il la tira doucement en arrière, la forçant à s’allonger. Ses larmes n’y changeraient rien, et pourtant elle ne parvenait pas à les contenir. Elle avait beau connaître le rituel sur le bout des doigts, elle n’avait pas la force de le désamorcer. Sa peur l’en empêchait.

Elle renifla, un peu trop fort sans doute, car l'homme plaqua la main sur sa bouche, la privant presque de respirer.

Emma ferma les yeux. Le fixer lui était impossible. Le monstre l’intimidait tellement qu’elle aurait fait n’importe quoi pour ne pas avoir à affronter son regard.

L'heure n'avait plus d'importance. De jour comme de nuit, lorsque son père était absent, elle lui appartenait.

D’un mouvement brusque, il souleva la robe en dentelle de l'enfant et lui attrapa fermement les cuisses de ses deux mains. Elle voulut crier, le supplier de ne rien faire, juste pour une fois. Elle voulut se débattre, mais comme d’habitude, elle n’osa pas.

Enfin, dans un moment de douleur atroce, Emma...

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Younes El Berdaoui nous présente son ouvrage "Siège"

Publié le par christine brunet /aloys

 

Younes El Berdaoui est pharmacien d’industrie, musicien-compositeur et auteur résidant à Bruxelles. Son premier roman, Siège, est le produit de longues escapades hivernales dans un salon de thé Saint-Gillois.

 

Résumé

M.Y. se réveille un lundi matin et décide de rester enfermé dans sa chambre à regarder la télé. Cela ne plait guère à son entourage. Un dialogue de sourds s’ensuit. Les voisins s’emportent. La tension s’accroît. Des angoisses, des divagations, des malentendus s’alternent d’un côté et de l’autre dans une ambiance kafkaïenne teintée d’humour. Sous ce siège, la révolte de l’individualité échoue lentement mais sûrement.

 

 

Extrait

« Peut-être que M. Steiner avait raison, se dit-il. Peut-être que la vie n’a pas de sens. Peut-être que seules les sensations sont réelles. Tout le reste du brouillard. Peut-être que l’homme n’a qu’une mission, celle de vivre et de sentir. Et peut-être que vivre se résume à cela ; observer un moineau se promener sur le bord de sa fenêtre ; regarder la mer scintiller au soleil ; sentir le café des voisins à l’aube ; humer un figuier ; observer une gousse d’ail se débattre dans de l’huile d’olive ; sentir l’effet brûlant du miel dans sa gorge ; verser des larmes en dénudant un oignon »

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Un article dans la presse pour le premier roman de Chloé Derasse "Douceur violette"

Publié le par christine brunet /aloys

 

«Le lecteur a lui aussi sa part de chemin à effectuer, à la découverte d’un texte.» ÉdA

Porté durant quelques années, l’ouvrage de la jeune auteure sera présenté dans sa ville natale. Place à la découverte.

L’écriture fait partie de sa vie, depuis l’enfance. Chloé Derasse inventait des histoires pour ses frère et sœurs, rédigeait des textes dans un carnet, poèmes et récits. Adulte, elle s’est lancée dans un projet au long cours, un roman qui trouve sa source dans un fait difficile à cerner.

«Je me souviens qu’une gamine avait inventé qu’un de ses proches l’avait violée. Bien sûr, c’était énigmatique, inquiétant. La question demeurait en suspens: a-t-elle interprété certains gestes, a-t-elle imaginé ou vécu une telle situation, quelle réalité se cache derrière cette accusation grave?»

La part du lecteur

En écrivant «Douceur violette», Chloé ne souhaitait pas s’engager sur la voie du roman policier, ni dans une saga psychologique. Ce qui l’intéresse, c’est le quotidien des personnages, et particulièrement celui de deux sœurs. Emma et Marie sont plutôt complices, tout en vivant des jours bien différents. En avançant dans l’existence, elles accordent beaucoup de place à l’amour, qu’il soit perdu ou vivace, passionné ou serein.

Les rencontres qui traversent leurs parcours sont teintées de sincérité. «Toutes deux cherchent une stabilité, un enracinement, précise l’auteure qui situe son histoire dans un quartier de Watermael-Boitsfort. L’une peut s’appuyer sur son compagnon, l’autre, jeune maman, espère aussi une relation durable. Si une dispute oppose les deux femmes, une réconciliation suit bien vite. C’est alors qu’est suggérée la faille de l’enfance. Simplement suggérée, sans certitude. Parce que finalement, on ne saura jamais quel drame a eu lieu. Il est vrai que je ne souhaite pas que le lecteur ait une réponse servie sur un plateau. De plus, différentes lectures sont possibles. La réalité est parfois ailleurs encore.»

Le roman invite à s’immiscer dans un foyer, puis dans un autre, et le flash-back répond au présent, rejoignant des épisodes partagés et d’autres, secrets. Le dialogue fait mouche: il révèle les impressions et souvenirs d’un personnage, quelques traits de caractère, permet d’avancer dans une intrigue qui demeure mystérieuse. Les liens se tissent, s’évadent, s’inscrivent entre fragilité et force, traçant des sentiers délicats. Une solide trame porte les expériences solidaires ou intimes, que la narratrice développe par séquences.

L’accusation n’est pas de mise: chaque cheminement se construit plus qu’il ne s’ébauche. «Je m’implique dans ce qui se passe, dans ce qui est relaté,souligne Chloé. Mes personnages me touchent, j’aimerais que les lecteurs soient aussi bouleversés que moi. Rien d’autobiographique dans cette histoire qui me permet d’explorer des relations familiales, jamais étrangères à ce que chacun peut percevoir.»

L’illustration de couverture est l’œuvre d’une autre Tournaisienne, Amarande Rivière, amie de la romancière.

«Douceur violette»: le livre de Chloé Derasse (éd. Chloé des Lys, 25€) sera présenté et dédicacé ce samedi 22 juin à 18 h 30 chez Milypat, 1 Grand-Place. Entrée libre.

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