Walter Macchi : "L'écriture, comme la lecture, est un besoin, une passion, une façon d'apprendre et d'évoluer aussi. "

Publié le par christine brunet /aloys

a-un-detail-pres.jpgWalter Macchi est auteur chez Chloé des lys... un romancier… A un détail près est un polar, son polar.

Un point commun qui m’interpelle, bien évidemment. Des tas de questions se bousculent dans ma tête : comment conçoit-il son récit, son intrigue, comme crée-t-il ses héros… tout cela pour répondre à une seule question : y a-t-il un seul processus d’élaboration pour ce genre très particulier de littérature ? Plusieurs ? Un état d’esprit à part ou non ?

J’espère que Walter Macchi parviendra à répondre à toutes ces questions… et, peut-être, à me donner les clés qui me manquent.



Walter, depuis quand écris-tu ?
Je suis traducteur de formation et j'ai toujours écrit dans le cadre de ma vie professionnelle. J'ai eu la chance de travailler pendant une vingtaine d'années dans une mission diplomatique, dont les dix dernières au sein du service de presse. Quand je ne traduisais pas, je composais ou corrigeais des textes, des discours. Le reste du temps, je lisais les journaux le matin, et tout ce qui me passait sous la main le reste de la journée. C'était une expérience vraiment enrichissante.

Pendant toutes ces années, j'ai maintes fois repoussé le projet d'écrire un roman parce que le boulot prenait tout mon temps mais au fond de moi-même, j'ai toujours su que ce rêve, qui ne m'a pas quitté depuis l'enfance, allait devenir réalité. Cela a été le cas peu après la quarantaine.

Un événement déclencheur ?
Je faisais toutes les semaines la navette entre Genève et Bruxelles et passais beaucoup de temps dans les avions et les aéroports. L'idée de base du premier roman a germé pendant ces voyages. L'histoire s'est construite petit à petit et s'est bien vite imposée comme une évidence.

Que t'apporte l'écriture ?
L'écriture, comme la lecture, est un besoin, une passion, une façon d'apprendre et d'évoluer aussi. Parce qu'écrire, c'est créer.

L'écriture me permet également d'aborder les thèmes essentiels de l'existence, la vie, l'amour, la confiance, la trahison, l'argent…

Pourquoi l'écriture est-elle un moyen d'évoluer ?
walter1.jpgMes principales sources d'inspiration sont l'observation et la lecture. L'écriture est un moyen d'évoluer parce c'est un apprentissage constant qui nécessite beaucoup de rigueur et me pousse à me remettre sans cesse en question. Comme les voyages, elle me permet de découvrir d'autres horizons et de m'ouvrir aux autres et au monde qui m'entoure.


Tu as peut-être d’autres passions ?
Je suis un touche à tout, curieux de naissance. Je me suis donc essayé dans pas mal de domaines mais il y en a trois qui sont une constante : la photographie, les voyages et l'actualité internationale avec, de temps à autres, une passion qui prend le pas sur les autres, au gré de mes envies.

Comment écris-tu ? directement sur ordi ou sur le papier ? la nuit, le jour, tout le temps?
J'écris directement sur ordinateur, dès que j'ai un moment, dans la journée ou la soirée. La nuit j'essaye de dormir, parce que le sommeil – ou son absence - est également une source inépuisable d'inspiration. J'ai un petit enregistreur qui depuis peu me permet de capter les idées au moment où elles prennent naissance, sans risque de les perdre.

Jusque là, rien ne distingue Walter Macchi d’un romancier de roman historique ou contemporain, par exemple… Ma curiosité s’accentue.

Pourquoi avoir choisi le genre policier pour t'exprimer ? Le suivant en est-il également un?
Les policiers sont mes romans de prédilection, C'est le genre qui titille le plus mon imagination. C'est à mon avis le type de roman le plus exigeant et le plus compliqué à mettre en œuvre pour que l'histoire tienne la route et soit crédible, un de ceux qui demandent le plus de recherches et une documentation riche, parce que tous les éléments sont importants, l'intrigue, les personnages et leur environnement, le style…
Mon premier roman, un thriller dont l'intrigue se déroule dans le monde des affaires, de la parfumerie de luxe et de la photographie de mode, est en partie basé sur une expérience personnelle.

Le second est un roman plus classique, qui a néanmoins représenté un défi et un véritable exercice de composition. Il a fallu d'abord d'entrer dans la peau d'une jeune personne de l'autre sexe, et mettre ensuite deux histoires en parallèle : celle de l'adolescente racontée par elle-même, et celle d'une famille, originale et avare, que le goût pour l'argent fera sombrer.

Pourquoi avoir changé de genre de roman ?
L'approche entre un polar/thriller et un roman est différente. Dans un polar, on est beaucoup plus dans l'action et dans les changements de lieux. Pour cherches leswalter2.jpg indices, pour enquêter, il faut bouger.
Changer de style et écrire un roman a été une démarche intéressante qui m'a obligé à aller puiser plus profondément en moi pour faire sortir les émotions, les sentiments
et arriver à les mettre en mots.


Je vois… Quelle serait ta définition perso de l'écriture et définis ton style...
L'écriture pour moi est un formidable moyen d'expression, avec l'envie sous-jacente d'intéresser un plus grand nombre possible de lecteurs. Mon style est assez direct, sans fioritures et très visuel.


Comment construis-tu ton récit ? Ecris-tu au fil de la plume, avec un canevas ? un plan ?
Pour les romans policiers en particulier, j'essaye de bâtir un canevas de scénario solide autour d'une idée directrice. C'est un peu moins vrai pour le second roman où j'ai plus laissé libre cours à mon imagination et à ma plume. Lorsque j'écris, il m'arrive cependant de modifier le scénario en cours de route, parce que j'ai eu un flash ou parce que mes "conseillers" m'ont suggéré une autre voie. Je connais souvent des "moments de grâce", où les mots et les idées se bousculent à un tel point que j'ai parfois du mal à suivre.

 

Crois-tu qu’on écrit un polar comme un autre roman, avec le même état d’esprit ? D’où la question qui en découle… Tout auteur peut-il devenir auteur de roman policier selon toi?

Non, comme je l'ai dit précédemment, on aborde un polar avec un état d'esprit bien particulier. La trame est constituée par une intrigue, un événement mystérieux qui débouche sur une enquête avec des indices, des pistes, de l'action.
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Connais-tu dès le début la réponse à toutes les questions induites par l’intrigue ? Sais-tu qui est le coupable dès le début ? Si c’est le cas, qu’est-ce qui te passionne dans le processus du polar ? Le jeu avec les lecteurs ? la déclinaison des indices ?

De façon générale, avant de me mettre à écrire, j'ai un scénario de base, qui peut s'étoffer, se corser en cour de route. Mais je sais dès le début où je veux amener mes lecteurs.
Ce qui me passionne dans le processus du polar c'est justement le jeu qui s'installe entre l'auteur et le lecteur, et qui consiste selon moi à créer un suspense, une tension qui accrochera ce lecteur de façon suffisamment efficace pour qu'il ait hâte d'en connaître la chute.


Voilà une différence de taille entre nos deux approches de la conception d’une intrigue… Je crois qu’il vient de me donner la réponse que j’attendais. Pourtant je poursuis
l’interview, pour comprendre jusqu’où vont ces différences.

Tes personnages ont des personnalités bien marquées. Comment les construis-tu? Quel rapport as-tu avec eux ? facile ou compliqué de mettre un point final à tes
histoires ?
4e-a-un-detail-pres-001-copie-1.jpgPour mon premier roman, mes personnages sont nés d'observations personnelles, sur place à Genève et dans la vie quotidienne. J'ai essayé de les construire avec rigueur et me suis parfois identifié à eux, dans ce qu'ils avaient de plus humain, dans leurs qualités mais également leurs défauts. Je les aime bien et y suis attaché, même lorsqu'ils sont antipathiques pour les lecteurs. Je n'ai pas vraiment de problèmes à mettre un point final à mes histoires. J'éprouve parfois un sentiment de nostalgie ; c'est quelquefois à regret que je mets un terme à leurs aventures.

Certains construisent leur roman à la première personne… Toi, tu te choisis de te mettre dans la peau d’une femme dans ton second roman… Pas commun… Comment
entre-t-on dans la peau d'un personnage d'un autre sexe ?
Quand il écrit, un auteur fait immanquablement référence à une vision très personnelle des choses. Il peut parfois essayer de brouiller les pistes mais c'est un peu de lui-même qui transparait dans ses personnages.

 
Pour mon second roman, j'ai voulu sortir de mon enveloppe "masculine" et me contraindre à penser autrement, à voir la réalité sous un autre angle. L'aspect psychologique m'a demandé énormément d'efforts. Je réalise à présent, à quelques mois de la sortie officielle du livre, combien cette tentative est périlleuse et délicate.
J'ignore même si j'y suis parvenu. L'avenir me le dira…

Lorsqu’on te lit, une chose frappe immédiatement le lecteur, c’est le côté visuel de ton récit, un peu comme si tu l’avais construit autour d’un scénario développé au fur et à mesure, étoffé pour en faire un roman. Pourquoi le visuel est-il si important ?
Je réalise en répondant à tes questions combien mes passions se rejoignent, l'écriture, la photo ou le cinéma, les voyages. Toutes ces passions, qui sont autant de plaisirs, me permettent de partager des émotions, de capturer l'instant ou le vécu, que ce soit par les mots ou l'image. Mon premier roman A un détail près est très visuel, au point que j'aimerais bien parvenir à en faire un film. Je suis actuellement en train de travailler sur son scénario.



Est-il facile ou compliqué d'être lu pour toi ? Comment tes proches voient-ils cette passion ?
walter3.jpgPlutôt compliqué d'être lu par le plus grand nombre et d'obtenir ainsi des avis contrastés qui me permettent d'évoluer. En règle générale, mes proches voient cette passion de deux façons, avec étonnement pour certains, avec enthousiasme pour d'autres, parfois avec un brin d'envie, mais rares sont ceux qui réalisent vraiment la solitude de l'auteur face aux difficultés et aux injustices du monde de l'édition...


Quel est ton univers littéraire ?
Auparavant, je lisais presque exclusivement des romans policiers et des thrillers. Mais ces dernières années, mon univers littéraire s'est beaucoup diversifié. A présent, je lis essentiellement des romans mais tous les genres m'intéressent. J'avoue avoir un peu plus de mal avec la poésie et les romans historiques, mais rien ne dit que je ne m'y mettrai pas un jour. Mes lectures ne connaissent pas de frontières, avec toutefois une nette préférence pour les écrivains francophones, anglo-saxons et italiens bien sûr. J'ai découvert quelques perles dans les auteurs italiens contemporains qui gagnent à être connus (F. Volo, F. Moccia, P. Giordano, entre autres). Dommage qu'ils ne soient pas tous traduits en français.

J’aimerais que tu termines non pas par un extrait de ton roman mais par une autre définition… A ton avis, qu’est-ce qui fait un bon roman policier ? Tu parviendrais à me donner ta définition du roman policier ?
C'est une question à laquelle il m'est difficile de répondre. Il serait réducteur de dire qu'il n'existe qu'une seule définition tant les genres de romans policiers sont diversifiés.
Un bon roman policier est un roman dont le lecteur se dit, après avoir tourné la dernière page, que l'intrigue était tellement bien ficelée qu'elle en était géniale et qu'elle l'a captivé jusqu'à son dénouement inattendu.

Je ne peux qu'approuver... L'inattendu, l'intrigue forte, bien ficelée... la recette d'un bon polar... la recette de "A un détail près"... vous n'y croyez pas ? Lisez...
Pour retrouver l'univers de Walter macchi, un site... www.waltermacchi.comlink
Christine Brunet

www.christine-brunet.com
www.aloys.me
www.passion-creatrice.com

Publié dans interview

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Commenter cet article

carine-LAure Desguin 25/09/2011 19:42



" L'idée d'écrire s'est imposée comme une évidence", un témoignage commun à pas mal d'auteurs, dont moi. L'écriture, on y pense et puis un jour, on se retrouve devant cette évidence ...



christine 25/09/2011 15:37



J'ai lu "A un détail près"... Pour qui aime une bonne intrigue, des personnages attachants, voilà une lecture toute trouvée !



Philippe D 25/09/2011 06:27



La liste pour ma prochaine commande s'allonge!


Je crois, en effet, qu'il est plus difficile d'écrire un polar, un roman policier qu'un autre. Il faut que tout tienne la route et qu'il n'y ait pas trop d'invraisemblances même si le héros est
un super héros.


Bon dimanche ensoleillé.