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Le blog Aloys

Victor Lebuis : "La publication est le contraire de la confidence ou de la confession"

29 Avril 2014 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #interview

 
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Victor Lebuis... Voilà un nom, un auteur qui ne nous est plus inconnu ! Gagnant du dernier concours organisé pour "Les petits papiers de Chloé", il n'a, depuis, de cesse de nous parler de son roman,publié chez Chloé des Lys "Souvenirs obscurs de l'école abbatiale". 

 Mais qui est-il vraiment ? Comment appréhende-t-il l'écriture ? J'ai voulu en savoir plus...

Victor, pourriez-vous vous présenter, svp ?

              Après mes secondaires et mon service militaire, j'ai été amené à beaucoup voyager, professionnellement et pour le plaisir de la découverte, en Asie et en Amérique surtout.

Après cela et quelques péripéties, j'ai ouvert une librairie-journaux, ensuite j'ai décidé de vendre des livres aux libraires. Et puis, constatant que la vente n'était - et n'est toujours pas... - mon fort, j'ai choisi des voies «alimentaires» qui m'ont bien convenu généralement par leur régime alternant le travail en solitaire et en groupe, les activités diversifiées et les horaires variés.

J'ai pris ma pension il y a 4 ans. C'est ainsi que l'on devient tout à fait indépendant: les horaires variés, les activités diversifiées et le travail en solitaire ou en groupe...

 

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Avez-vous toujours écrit ?

    Si non, quel élément déclencheur vous a amené à l'édition ?

              Dans mon jeune temps je n'ai écrit que l'un ou l'autre court récit, et depuis mes 20 ans, des poèmes.

Publier mon livre a été un besoin, la simple continuation du processus spontané qui m'avait fait écrire d'une traite, 50 ans après les faits, un épisode de ma vie d'adolescent pensionnaire.

Publier mes poèmes est autre chose: le désir et le plaisir de partager ce que j'ai crée et aimé, et la fierté aussi d'être reconnu déjà par le comité de lecture d'un éditeur. Dans le monde de l'écriture celui-ci a la place du héraut, comme dans leur domaine propre le journaliste, le missionnaire, le publiciste,... : ils sont des Révélateurs.

La publication est le contraire de la confidence ou de la confession: c'est la mise sur la place publique, c'est crier ce que l'on a sorti du cœur – une tentative de cure personnelle et l'envie de faire connaître.

 

Est-il facile ou compliqué de se livrer aux lecteurs et donc d'être lu ?

                  Se livrer – c'est le mot exact – aux lecteurs est vraiment difficile. Se déshabiller en public, même si c'est un choix comme dit plus haut, donne forcément la conscience de sa nudité, je n'ai plus d'armure, l'angoisse m'enrobe. Encore aujourd'hui.

Mais je publierai encore.

 

Quels sont vos sujets de prédilection ? 

Mes sujets de prédilection, si nous parlons de la composition écrite, tournent autour de ma perception propre des choses. L'émotion  tient ma plume, je donne la forme. C'est un champ  largement exploitable. 

 

Vous avez proposé à Chloé des lys, un roman. Comment l'avez-vous conçu, écrit ? Au fil de la plume ? Très structuré avec un plan au départ ?


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Mon roman a été conçu, littéralement, à la plume. Guidée uniquement par le sentiment: d'abord les deux premiers chapitres, ensuite le dernier. Tous trois retranscrits presqu'à l'identique. Les autres ont suivi dans un ordre aléatoire, toujours crées dans le même élan. 

Une fois tout écrit j'ai choisi l'ordre définitif des chapitres, et relu les documents d'époque pour vérifier l'exactitude du terrain physique – le ressenti personnel n'avait pas besoin de confirmation. 

J'ai supprimé les quelques anecdotes et avis personnels, et les phrases trop littéraires.

 Donnez-nous votre définition du mot écriture...

                 Ecriture: un moyen indirect d'expression. Cela signifie que l'auteur ne peut pas se tromper dans ce qu'il communique, sa relation doit être claire et exacte car s'il pense, après la parution, devoir préciser son message ou le démentir, il n'a qu'un seul moyen de le faire : réécrire, car son lecteur est hors de portée.

Et si l'on peut admettre que quelqu'un aille «trop loin» verbalement, il n'y a pas de tolérance possible pour un auteur qui aura toujours eu le temps de se corriger s'il l'avait voulu.

 

Vous écrivez des poésies et des textes. Quel style vous correspond le mieux et  pourquoi ?

                 Sans doute aucun, c'est la poésie qui me correspond – je parle ici en tant qu'auteur. Peu expansif et peu démonstratif de nature, j'ai tendance à «enfermer» mon expression dans un cadre dense plutôt qu'à la développer en long et en large.

Le poème à forme fixe me convient donc parfaitement: il oblige à condenser la pensée et son expression dans un cadre défini. Chaque mot prend ainsi un poids considérable, une densité telle que son sens précis et les règles prosodiques et métriques appliquées le rendent irremplaçable.

Un poème qui ne respecte pas ces règles n'est plus qu'un texte poétique. Et un poème une fois traduit n'est plus poème, il devient aussi un texte poétique car il n'a plus ni rime ni mesure, ni l'harmonie de sa langue d'origine.

 

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Avez-vous des manies d'écriture, des besoins particuliers ou pas ?

                J'ai peu de manies d'écriture. Très tôt, dès mes premiers vers, j'ai étudié la prosodie (accentuation et intonation) et la métrique (structure) appliquées à la poésie; leurs règles poussent à la perfection.

A tout moment pendant la composition je lis mon texte à voix haute, pour vérifier les

mesures et les rimes, et dépister les dissonances éventuelles. Le poème étant l'union entre inspiration et technique, il ne se crée pas spontanément. Je vois souvent qu'il m'échappe, que la trame que j'avais décidée devient autre, et que je n'ai qu'à suivre - l'auteur n'est alors plus le créateur, il est devenu Ordonnateur et Révélateur, et cela me réjouit à chaque fois, profondément.

 

Avez-vous envie de vous "lâcher", à nouveau, dans le "flot" verbal d'un roman ?

Si le roman est une «narration fictionnelle», ce n'est pas un roman que j'ai écrit - cependant les définitions changent avec le temps, celle que je donne au mien est « relation impressionniste». Or, je ne sens ni le besoin ni l'envie de continuer dans cette voie qui ne ferait que tourner autour de moi-même, et du coup me ferait  tourner sur moi-même. Je trouve qu'il y a mieux à faire.

 
Je me suis, en effet, "lâché" dans cette prose. Mais c'est dans la poésie que je m'épanouis.

 

Merci Beaucoup, Victor. Je ne crois pas trahir un secret en révélant que vous avez proposé au comité de lecture des Editions Chloé des Lys un recueil de poèmes et qu'il a été accepté !

 

Christine Brunet

 

www.christine-brunet.com

www.aloys.me
 

 

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Victor 02/05/2014 07:31

Merci Jean-Louis de ton commentaire, tu as toi-même un choix des mots très éclairé, juste et bienveillant. Et je ne dirai pas ici lesquels de ceux-ci m' ont particulièrement frappé, ainsi que d'autres. A chacun son style comme tu le dis, et à chacun son goût. Et en effet, "rien ne mettra quelque frein aux autres poésies à venir ..."...

Victor 02/05/2014 20:25

Sans bien savoir, Carine-Laure, ce que nous serions sans la poésie - sans doute encore un peu plus perdus que nous le sommes parfois - je suis sûr que sans l'énergie et la multi-présence que tu lui donnes constamment, CDL n'aurait pas sa vitalité actuelle. Celles et ceux comme toi l'alimentent.

Carine-Laure Desguin 30/04/2014 14:05

Nous attendons ce recueil de poésies. Sans la poésie, que serions-nous? Les éditions Chloé des Lys publient plusieurs poètes. Je pense à Claude Renard, Marcelle Pâques, Emilie Decamp, Martine Dillies-Snaet, Laurent Dumortier ( ne l'oublions surtout pas), et beaucoup d'autres.

Jean-Louis Gillessen 30/04/2014 01:45

Quelle interview de toi intéressante, Victor. Pour t'avoir déjà lu et croisé quelque peu sur la toile, je retrouve ici certains éléments que j’eusse pu deviner concernant ta personne : non seulement au niveau de tes tempérament et aspirations, mais également au niveau de la rigueur d'écriture par toi prônée tant qu'appliquée. J'apprécie beaucoup ton avis sur la publication donné par son contraire.
Et la prosodie te sied à merveille : je ne m'étonne pas du goût prononcé voire amoureux que tu portes aux mots Ordonnateur et Révélateur, à tel point de leur céder une majuscule! Je ne pense pas me tromper en écrivant que tu es méticuleux et perfectionniste quand tu prends la plume. Cela t'honore.
Il s'agit de ton style. D'autres existent, certes, tu as le tien. Et je te rejoins aisément, dans le sens où je te crois, quand tu exprimes que la poésie plus que la " relation impressionniste " t'épanouit. Il eut été regrettable cependant que tu n'écrives point ni ne publies " Des souvenirs obscurs de l'école abbatiale ", puisqu’ils sont en toi, ils sont tes ressentis et sentiments d'un vécu particulier, unique.
Passage obligé sans doute. Qui en rien ne mettra quelque frein aux autres poésies à venir ...