Une terrible beauté est née, une nouvelle de Carine-Laure Desguin

Publié le par christine brunet /aloys

                                    

desguin

 

Une terrible beauté est née.

 

Le soleil ouvre grand ses sourires, comme s’il connaissait de cette fille, aux yeux charbonneux et à la bouche en cœur, qui s’éclipse de l’immeuble, tous ses désirs engloutis, ses remous qui s’éveillent et ses futures trajectoires…

- Tiens, voilà Mado ! chuchote Jéromine tout en se penchant vers la copine assise juste en face d’elle, qui sirote son p’tit noir…

- Tu parles ! s’étrangle  Marie-Galantine en haussant expressément le ton pour que toute la terrasse du bistrot l’entende…

 

Et c’est gagné. Un gars style jeune cadre dynamique détourne son regard de son pc portable et sourit aux deux belles qui papotent.

 

Avec son accent parigot et ses petits gestes vifs qui lui font ressembler à Annie Girardot dans « Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas mais… elle cause »,

Marie-Galantine claque sa tasse de café sur la table et continue son cinéma…

- C’est pas croyable ! Mam’zelle passe en coup de vent, on ne la vaut plus, ma parole ! Visez-moi un peu ça ! Elle nous nargue, ma parole ! Elle nous nargue ! Put… 

 

Jéromine, l’air gêné, balaie du regard toute l’assistance, tout en se renfonçant de plus en plus sur sa chaise.

 

- Dis quelque chose, toi, au lieu de t’écrouler comme un vieux château de cartes ! C’est vrai quoi ! Quand on a partagé des années de turbin ensemble, on peut retourner la tête pour dire bonjour aux gens ! Non mais quand même ! Tout ça parce que mam’zelle beauté fatale s’est dégotée un mec dans une galerie d’lard ! Et que ça remue du popotin par-ci, et que ça remue du popotin par là…

Tu te souviens pas ? Elle était comme nous, vendeuse chez Monoprix …Et voilà que son mec, une espèce de fils à papa qui tape des couleurs sur des murs, il s’est fait un fameux paquet de tunes …Pire encore : mam’zelle beauté fatale a bousillé des murs, elle aussi et bingo : il paraît que son oeuuuuuvre est côtelée

 

Le jeune gars se lève, sort de sa poche un appareil photo….

- Mademoiselle, permettez-moi…Je suis réalisateur de film. Je vous écoute. Je vous observe. Vous êtes celle que je cherchais.

 

Carine-Laure Desguin

http://carinelauredesguin.over-blog.com/

 

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Publié dans Nouvelle

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Commenter cet article

éric 05/03/2012 14:48


Une scène bien croquée, dialoguée, tournée. De l'Audiard, du Carné, du Truffaut? Non, du Desguin!

christine 04/03/2012 19:39


Un texte à lire à haute voix, hein ! Bravo, Carine-Laure !

Edmée De Xhavée 04/03/2012 19:33


Oooh! Et avec une surprise en prime!!!! Super...

Pâques 04/03/2012 16:57


Quelle belle chute !


J'ai adoré en voyant le titre je pensais que tu allais parler de toi ...

Philippe D 03/03/2012 20:35


Je devine dans quel genre de film elle va tourner...


Bravo Carine-Laure.

Micheline 03/03/2012 20:20


Beaucoup de vie et quelle belle chute !

Christian Eychloma 03/03/2012 14:27


Découverte de la nouvelle Arletty ?  On croirait presque l'entendre...

Marie-Claire 03/03/2012 14:11


Court mais bon, ce dialogue de jalouses et puis la chute !

carine-LAure Desguin 03/03/2012 13:01


Un dialogue à l'Audiard oh mais dites-moi les amis, vous allez tous les ressortir avec le petit lapin blanc ??

magerotte 03/03/2012 12:56


Et le dialogue ?... Un p'tit parfum d'Audiard, non ?

carine-LAure Desguin 03/03/2012 12:54


Un petit air de François Truffaut ...oh la la ...Merci les amis

Jean-Michel 03/03/2012 12:32


Un petit air de François Truffaut !

Anne Renault 03/03/2012 12:06


Je retrouve bien ici le style, la gouaille, l'allant de Carine-Laure. Petit instantané sur des nanas qui causent. J'aime beaucoup.
Amitiés


Anne

Adam Gray 03/03/2012 10:48


Comme un début de conte de fée moderne... Bravo Carine-Laure !