Un enfant de la mine, un conte de Micheline Boland

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

boland photo

 

Un enfant dans la mine

 

Il y a bien longtemps les enfants travaillaient à la mine. En ce temps-là, il n'y a d'ailleurs pas que dans la mine que des enfants travaillaient. Ils aidaient leurs parents artisans et devenaient ensuite boucher, boulanger, maçon, menuisier, fermier ou tailleur comme l'étaient leur père ou leur mère.  Seuls les filles et les garçons des gens riches allaient à l'école.

 

Travailler dans une mine, c'est dur. Il y fait chaud, on y travaille onze ou douze heures par jour. Comme les enfants sont plus petits que les adultes, ils peuvent se faufiler facilement dans les galeries pour extraire le charbon. C'est fatiguant et dangereux. Que de mauvaises chutes, que de blessures !

 

Jeannot a douze ans. Il est l'aîné d'une famille de quatre enfants. Son père est mort, sa mère travaille au charbonnage où elle pousse des wagonnets à la surface. C'est la grand-mère qui s'occupe des enfants.

 

"Tu sais Jeannot, bientôt tu n'iras plus à l'école, j'ai besoin d'argent. Tu viendras travailler à la mine avec moi. Tu es presque un homme, tu travailleras au fond comme ton père."

 

Sa grand-mère est bien triste. Elle aurait voulu que Jeannot reste encore un peu à l'école, pour devenir petit employé ou qu'il aide un commerçant. Elle cherche à adoucir les conditions de vie de Jeannot, à ensoleiller un peu son quotidien. Elle décide d'aller voir Joseph, son voisin, le porion.

 

"Joseph, j'aimerais que de temps en temps tu déposes un petit morceau de pierre bleue près de Jeannot."

 

Quelques jours avant qu'il ne descende pour la première fois, sa grand-mère appelle Jeannot : "Tu sais, mon grand, au fond de la mine, on peut trouver de jolies pierres colorées. Elles sont toutes petites. Cela arrive rarement mais cela arrive. Sache que ces pierres ont beaucoup de valeur."

 

C'est un mensonge mais elle espère apporter ainsi un peu de rêve à Jeannot.

 

Le jour J, grand-mère prépare deux tartines de saindoux et juste avant son départ, elle lui rappelle : "N'oublie pas, Jeannot, les jolies pierres. Fais attention à toi et regarde bien."

 

Elle lui donne un baiser et Jeannot part avec sa mère. Il est bientôt au fond. Après avoir poussé quelques wagonnets, il a déjà des ampoules aux mains et il est sale, vraiment sale. Il fait très chaud et très sombre. Il a mal partout. Pourtant, pour se donner du cœur à l'ouvrage, Jeannot ne cesse de chercher une petite pierre colorée.

 

À la pause, Jeannot mange ses tartines. Jamais, il n'a apprécié ainsi le pain et le saindoux. Quand il  reprend le boulot, il se raccroche à l'idée des pierres de couleur pour trouver un peu d'énergie.

 

Les jours passent et par un après-midi aussi sombre et chaud que les précédents, il trouve une toute petite pierre bleue dans une galerie.  Il la fourre vite en poche. C'est certain,  avec cette petite pierre, il va être riche.

 

Ce qu'il voudrait par-dessus tout, c'est trouver six pierres : une pour sa mère, une pour sa grand-mère, une pour lui et une pour chacun de ses trois frères.

 

Au bout de l'année, Jeannot a trouvé trois petits cailloux bleus qu'il garde soigneusement dans une boîte d'allumettes.

 

Lors de la fête de sainte Barbe, il a l'audace de s'approcher du directeur de la mine pour lui offrir son trésor.

 

"C'est pour vous, Monsieur. J'ai trouvé ça dans le fond… Il paraît que ça a beaucoup de valeur."

 

L'homme sourit à peine. Il le toise et dit juste : "Garde les…" Il sait que ces pierres ne valent rien !

 

Pourtant, Julie, la fille du directeur n'a pas perdu une miette de la scène, elle admire l'audace de Jeannot.

 

"Dis-moi, sais-tu lire et calculer au moins ?"

 

"Oui, un peu Mademoiselle".

 

"Alors, je t'engage.

 

C'est ainsi que Jeannot est devenu le petit secrétaire de la jeune fille, historienne mais aussi poète à ses heures. Elle l'a gardé très longtemps à son service. Au début, il a reçu le même salaire que celui qu'il touchait au charbonnage mais peu à peu, son salaire a été augmenté.

 

Toute sa vie durant, Jeannot a conservé la boîte d'allumettes contenant les trois minuscules pierres bleues. La grand-mère de Jeannot avait réussi au-delà de son espérance.

 

Micheline Boland

micheline-ecrit.blogspot.com

 

M Boland Le magasin de contes

Publié dans Nouvelle

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Pâques 20/06/2012 22:04


Trois petites pierres bleues et le coeur d'une grand-mère ont changés le cours des choses...

christine 20/06/2012 11:55


On peut évidemment donner son avis sans être agressif. 

Bales 20/06/2012 10:57


Un peu lieu commun quand même !


Pas de grande originalité dans ce texte. j'ai le droit de donner mon avis ?

Philippe D 20/06/2012 05:58


Zut alors! Je pensais que Jeannot allait épouser Julie! C'est trop injuste!

carine-Laure Desguin 20/06/2012 05:02


Et bien on ne sait s'empêcher de verser une larme ...Un très beau conte!