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Le blog Aloys

Texte n°4 du concours "Les petits papiers de Chloé"

8 Juin 2013 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #concours

 

 

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LES CHAUSSURES BEIGES

 

 

 

 

"Je ne dois pas faire de bruit en marchant."

"Je ne dois pas faire de bruit en marchant."

"Je ne dois pas faire de bruit en marchant."……..

 

Ma mère passe derrière moi. "Mais qu'est-ce que tu fais là ?"

 

"J'ai été punie. Je montais l'escalier. La sœur directrice m'a prise par le bras. Elle m'a dit : "Vous en faites du bruit ! Vous marchez comme un soldat." J'ai réagi : "Mais ma sœur…" "En plus, vous me répondez !  Vous me copierez cinquante fois : je ne dois pas faire de bruit en marchant."

 

Je me lève et je continue avec aplomb : "Mais je n'en peux rien. Ce sont mes nouvelles chaussures. Écoute, Maman. Quand je marche ici sur le parquet, elles font aussi beaucoup de bruit."

 

"Oui, c'est vrai. Puisque c'est ainsi, on les gardera pour le dimanche…"

 

Ouf, ma stratégie a fonctionné ! Maman n'y a vu que du feu !

 

"Maintenant, termine cette punition, même si elle n'est pas juste !"

 

En fait, ces chaussures neuves, offertes par mes grands-parents à l'occasion de la braderie, m'ont valu quelques critiques désagréables de copines. "C'est pas beau cette couleur…", "Et puis le petit talon, c'est laid…"

 

À mes yeux, le verdict de mes copines condamnait ces souliers beiges qui, du coup, ne me plaisaient plus ! C'était des "salomés" un modèle qui faisait fureur dans les années cinquante, des souliers décolletés, à lanière, fermés par une boucle. J'en avais eu des noirs vernis, des blancs, des bleus, des bruns qui ne m'avaient valu aucune remarque. Il fallait, oui il fallait, que je n'aille plus en classe avec ceux-ci ! 

 

Quand je rencontrais un problème, j'avais pour habitude de le retourner dans tous les sens pour le résoudre. Je n'étais satisfaite que lorsque j'avais trouvé plusieurs moyens de parvenir à mes fins et que l'un d'eux s'imposait clairement à moi. Alors j'ai cherché, cherché encore… J'aurais pu, par exemple, abîmer mes chaussures en les frottant contre des pierres. Un jour, en jouant à l'équilibriste dans le jardin de bon-papa, cela m'était arrivé mais je me souvenais parfaitement du regard sombre de ma mère et de son flot de paroles ! Si j'adoptais cette solution, je m'exposerais à sa colère. Je n'y tenais vraiment pas. J'aurais pu aussi marcher dans des flaques d'eau. Mais là encore, gare aux représailles !

 

Comment faire pour ne plus porter ces chaussures ?

 

Une remarque de mon institutrice allait me donner la solution…

 

"Les enfants, cessez de faire un tel bruit dans les escaliers. On dirait le défilé militaire de la fête nationale ! Si cela continue, il y aura des punitions dans l'air !"

 

Eurêka ! Il me restait juste à imaginer comment mettre mon plan à exécution ! 

 

À l'école, pour un fou rire, pour une faute d'orthographe, pour un "merci" ou un "pardon" oublié, pour une bagarre dans la cour de récréation, il y avait souvent une sanction : verbes à conjuguer à différents temps, phrases ou mots à recopier cinquante fois ou, pour les plus grandes, petite dissertation sur le sujet. À chaque âge, son type de punition. J'avais un peu plus de neuf ans. Il suffisait de m'inspirer des châtiments infligés à des amies.

 

J'ai réfléchi et soupesé chaque mot de cette fausse punition. Fausse punition certes mais vrai remède !

 

 

Mes chaussures beiges ont été réservées pour le dimanche. En ce temps-là, on distinguait en effet les habits et accessoires du dimanche et ceux de la semaine. Pour aller à l'église, à un dîner dans la famille ou chez bon-papa, je m'habillais avec plus de recherche ! Il m'arrivait même de porter un chapeau, des gants en crochet et de prendre un petit sac à main. Ces fichues chaussures beiges s'assortissaient à mes plus jolies robes. Et puis les adultes sont moins spontanés que les enfants. Ils ont appris à se taire et à mentir à bon escient ! Qui parmi eux aurait osé dire que mes chaussures étaient laides ?

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Philippe D 12/06/2013 05:55


J'ai lu les 3 premiers textes à la suite et ai choisi le 3e.


Je viens de lire les 3 derniers et ai choisi celui-ci qui, pour moi, est plus fidèle au style de la nouvelle.


Me reste à trancher...

Adèle Girard 09/06/2013 18:05


Non pas menteuse la petites fille, simplement diplomate! Très belle nouvelle rafraichissante qui rapelle "Les malheurs de Sophie" et la merveilleuse Contesse de Ségur!...Qui n'a pas porté ces
petites chaussures là?...Elles sont encore à la mode!...mes filles n'entendaient pas que je leur achète d'autres chaussures d'été que celles là, car c'étaient les seules dans lesquelles les
cailloux n'entraient pas!

Louis 09/06/2013 16:14


Ah les filles, toutes les mêmes !


Elles sont sournoises et inventent de ces trucs... S'obliger à recopier 50 fois une phrase idiote pour garder sa dignité et ne pas paraîre ridicule devant les copines.


A Liège, on utilise le mot wallon "toursiveuse" pour une telle personne !

Jean-Michel Bernos 09/06/2013 09:53


Joli texte frais et avec un brin d'espièglerie !


Le niveau d'écriture de ces récits est resté très élevé. J'ai ma petite idée, mais le choix reste délicat !

Christian Eychloma 09/06/2013 09:16


Oui, on se trouve ramené vite fait quelques bonnes dizaines d'années en arrière, quand nous n'avions pas encore notre mot à dire et devions porter stoïquement des vêtements choisis pour
nous et suporter des punitions débiles...  


 

Edmée De Xhavée 09/06/2013 08:29


J'ai bien aimé cette nouvelle qui a des accents de Nadine Groenecke mais je doute car elle est un peu jeune pour avoir été chez son grand père enchapeautée!

Carine-Laure Desguin 09/06/2013 05:51


Je prends du plaisir à lire ce texte. Mon dieu aujourd'hui que nous sommes loin de toute cette éducation. Quand je pense que pour mes heures de colle du mercredi après-midi je devais copier dix
fois le règlement, quelle horreur, une punition vraiment débile. 


Et les petites chaussures "salomés", comme ce devait être minouche! Bonne chance à ce texte 4!