texte 2 du concours

Publié le par christine brunet /aloys

Ça y est !

 

Ça y est ! Elle est là, insidieuse, déjà tenace, nichée au creux de l’estomac, comme si j’avais avalé des cerises avec leurs noyaux. Et pourtant, il reste encore tant de semaines à passer.

Ils étaient tous partis. Le petit connard d’en face était parti ; lui et son affreux chien  qui passait sa journée à courir après les chats du quartier. Je les avais vus monter tous les deux dans leur voiture bourrée de valises et de cannes à pêche, me gratifiant d’un sourire méchant et d’un aboiement stupide ; d’un aboiement méchant, d’un sourire stupide, je ne savais plus. « En route ! », avait dit son père, bien fort pour que toute la rue l’entende. En route vers les « pays imbéciles où jamais il ne pleut », selon le vers d’une chanson d’un poète à moustaches que mon grand-père écoutait souvent. Parties aussi les voisines, deux pimbêches qui passaient le plus clair de leur temps à se tirer les cheveux et à se traiter de tous les noms d’oiseaux. Et tous les autres, tous les autres aussi. Des déserteurs happés par un appel irrésistible lancé chaque été ; inévitablement là, comme les grippes en hiver.

Mon amie la pluie était devenue ma seule compagne de vacances. Elle venait frapper à mon carreau comme le grand Tom quand il voulait faire une partie de foot. Le grand Tom ! Un gaillard long comme un poireau monté dont la peau laiteuse, à son retour, aura pris des teintes de poivron rouge.

Ça y est ! Je l’avais un moment oubliée celle-là. Elle a bougé, un petit saut vers les intestins. Je n’ai pourtant pas mangé de cerises. « P ...d’appréhension ! » dirait mon père qui ne manque jamais d’illustrer ses discours de jurons. Trois semaines encore !

Nous aussi, nous allons partir. La mer ou la montagne ? Chez nous, c’est beaucoup plus simple que ça. Un large consensus, selon une expression que j’ai entendue une fois à la radio. Chaque année, une fois pour toutes, c’est la mer et la montagne. La mer et la montagne : Un accord sur lequel ni mon père ni ma mère ne reviendront. Moi, on ne me demande pas mon avis. Mais qu’importe ! J’en ai déjà assez avec ce poids d’une tonne au moins qui me bloque la poitrine. Mes parents ont passé plusieurs heures hier sur l’ordinateur, chacun leur tour, l’une pour trouver des maillots de bain deux pièces, l’autre des chaussures de randonnée. Un signe qui ne trompe pas, le départ est proche.

Et ça voyage ! La poitrine maintenant !

La mer et la montagne. Concrètement, c’est d’abord une semaine, allongé sur du sable brûlant, souillé de mégots et de noyaux de pêches et, malheureusement, des nouilles à tous les repas ; un menu imposé par la petite cousine, une chipie forte de son statut d’hôtesse. Et dans la foulée, une autre semaine à suivre l’oncle dans ses folles randonnées pédestres, un être autoritaire qui, dans les moments les plus durs me lancent des regards pleins de reproches où je crois lire cette terrible phrase qui en a fait trembler plus d’un : « Marche ou crève ! »

Le retour enfin ! Une peau qui part en lambeaux, des ampoules aux pieds prêtes à exploser. Douleurs insignifiantes comparées à cet étau qui me broie tout le corps.

 

Le moment, l’évènement, l’épreuve est proche.  Un tremblement, parfois, me saisit tout le corps. Je me réveille la nuit, en sueur, oppressé.

Ça y est ! Je suis dans la situation de la victime qui ne peut plus échapper à son agresseur. Elle nous a fait asseoir, promenant sur chacun, ses cibles, son regard de myope où je n’ai jamais vu briller la moindre lueur d’humanité. J’ai eu l’impression qu’elle s’attardait même sur moi. Et, de sa voix de caporal enroué, elle a enfin prononcé la phrase tant redoutée : « Racontez en trente lignes vos dernières vacances. Vous avez cinquante minutes. »

Une éternité déjà vécue l’année précédente. Cinquante minutes qui me paraîtraient bien plus longues que toutes les journées qui allaient suivre. Jusqu’aux prochaines vacances.  

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Pâques 10/10/2012 20:24


J'aime bien le côté décalé, un beau texte !

Alain Delestienne 03/10/2012 23:23


Bien merci également, Jean-Michel, pour cette mise au point à laquelle j'adhère.

Jean-Michel Bernos 03/10/2012 20:28


Merci pour ces précisions Alain. En donnant 14/20 à ce texte, je le classe dans le haut du panier malgré ses imperfections. On ne fait en effet ni un concours de rhéthorique, ni un essai de
littérature, mais j'ai personnellement du mal à seulement dire "c'est super". Il est cependant probable que je ne commenterai pas tous les textes. 


Les commentaires peuvent se limiter à un avis court, je les respecte, mais je pense que les auteurs devraient être demandeurs d'analyses plus détaillées, ce que j'essaye de faire quand le
texte en vaut la peine. Par exemple, CDL possède l'un des rares comités de lecture à donner un avis documenté sur les oeuvres soumises. c'est rare et précieux !  

Alain Delestienne 03/10/2012 19:51


Ce qui suit n'enlève rien à mon commentaire sur la page Fb de CDL qui disait qu'il faudrait, à mes yeux, être fort pour battre ce texte. Pour embrayer sur ce que dit Mer Bernos, le "chacun leur
tour" au lieu de "chacun à son tour" est pê volontaire de la part de l'auteur. " ... sur chacun, ses cibles ..." , singulier apposé à un pluriel, j'hésite ??? Par contre, il y a une faute dans
l'accord d'un verbe. Enfin, à côté de la qualité du texte, ce sont des détails qui concernent plus un correcteur qu'un écrivain.

Jean-Michel Bernos 03/10/2012 14:28


Je ne lis pas les commentaires déjà posés... pour ne pas être influencé par les avis des autres ; mais surtout parce qu'au risque de paraître un peu butor, je mets un point d'honneur a rester
sincère. Le texte en lui même n'a rien d'extravagant, mais garde un certain rhytme. Plutôt moderne dans le style, il nous amène dans les affres des pré-vacances. Construit honnêtement, il lui
manque juste un peu d'énergie et de conclusion originale. J'ai noté quelques toutes petites erreurs de syntaxe, mais une orthographe impeccable. a mon avis, un bon 14/20

carine-Laure Desguin 03/10/2012 13:16


ce sera encore bien difficile de trancher! 

Philippe D 03/10/2012 13:15


Un deuxième texte qui sent le vécu et qui peut replonger chacun d'entre nous dans un passé plus ou moins proche...


Bon après-midi à tous. 

Micheline Boland 03/10/2012 13:06


Un texte très original ! Bravo à son auteur !

christine 03/10/2012 11:39


Ah non, Elisa, on vote pour un seul texte !!!! Mais je suis d'accord, ça va être très compliqué !

Anne Renault 03/10/2012 11:33


Ah ! les profs ! Source première des traumatismes infantiles. Enfin, faisant la bise à chacun(e) des nombreux anciens élèves que je rencontre, je ne me sens pas trop concernée..Pour en venir au
texte, le le trouve très réussi, bien écrit, bien enlevé, plein de petites notations fines. Et une très bonne chute après le suspense. C'est un art que la nouvelle courte !

Elisa Romain 03/10/2012 11:01


Si tous les textes ont la qualité des deux premiers, il  sera effectivement difficile de choisir...Peut-on voter pour plusieurs  ?

Adam Gray 03/10/2012 10:11


Joli lecture, et déjà deux textes bien différents. Le choix sera encore difficile...


Celui-ci me rappelle ma toute première rédaction à l'école dont le thème était justement racontez vos dernières vacances...

Nathalie Wargnies 03/10/2012 10:05


Très chouette à lire ... et à relire !!...  :-)

Christian Eychloma 03/10/2012 09:06


Un seul mot : formidable !

silvana 03/10/2012 08:39


oh la la, ça va être dur de choisir ! 

Claude Colson 03/10/2012 08:39


Me plaît beaucoup cestui-là, original, légèrement décalé, avec sa petite surprise finale.

Edmée De Xhavée 03/10/2012 08:36


Mais comment départager deux textes aussi bons et différents? Celui-ci est parfait aussi dans un autre genre que celui d'hier!!!!


 


Bravo!

christine 03/10/2012 08:15


Deuxième texte du concours... pas de photo, cette fois, compliqué pour ce texte. Alors lisez et choisissez !