Terreurs nocturnes, une nouvelle d'Adam Gray - partie 3

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

PHOTO pour 4me de COUVERTURE (ADAM GRAY)

 

 

Terreurs Nocturnes…

 

« Plains ceux qui ont peur car ils créent leurs propres terreurs. »

 

(Stephen King)

 

Part III

 

Élizabeth n’avait su descendre du lit. Réagir… Protéger Luke. Qu’eût-elle pu faire, de toute manière ? Qu’eût-elle pu faire ?… Choquée, en pleurs, elle se sentit deux fois plus coupable de penser : « Comment me protéger, MOI, maintenant ? »

Le tisonnier…

Elle s’élança, mais une gifle magistrale la fit retomber sur le matelas. Elle frotta sa joue endolorie.

Des doigts se frayèrent un chemin dans sa chevelure.

Elle poussa un cri, faisant volte-face.

Un index, un majeur et un annulaire glissèrent sur ses lèvres.

Elle bondit, cherchant les yeux jaunes tout autour d’elle, et s’empara du tisonnier. Elle fendit l’air avec.

L’arme lui fut arrachée des mains… Elle la regarda se plier avant d’être jetée au sol, et poussée sous le lit.

– Notre Père, qui êtes aux cieux, que votre nom soit sanctifié, que votre règne arrive, que votre volonté soit faite sur la Terre comme au Ciel, ânonna-t-elle. Délivrez-nous du…

TOC ! TOC ! TOC ! encore une fois… Et bien plus fort.

– Délivrez-nous du !…

Le tambourinage contre les murs reprit… Bien plus fort. Et bien plus vite.

– Délivrez-nous du MAL !!! hurla-t-elle.

Elle sentit alors deux mains glacées se poser sur ses hanches et le corps d’un homme, assurément… se coller contre son bassin. Une langue lécha son visage. À son oreille, on lui susurra de nouveau : « Tu vas crever, connasse… »

La jeune veuve se rua sur la porte, l’ouvrit vivement et se mit à courir aussi vite que possible. Au bout d’une dizaine de minutes, elle s’arrêta un instant et s’adossa à un arbre pour reprendre son souffle. Elle se retourna… tout doucement.

 

Les yeux jaunes étaient là…

TOUJOURS !

Élizabeth se remit à courir, mais elle était épuisée…

Son corps heurta violemment une masse jaillie de nulle part. Elle s’écroula.

 

Dans son rêve, elle se revit petite fille. Elle était en colonies de vacances dans les Alpes du Sud. C’était, d’ailleurs, ses toutes premières vacances sans ses parents. Bien sûr, elle avait été très malheureuse, le jour du départ… mais il y avait ce garçon, dont elle était follement amoureuse. Quel était son nom, déjà ? Ah ! Oui ! James… Ses parents étaient anglais.

Un soir, James la mit au défi de passer la nuit dehors, toute seule, et que, si elle le faisait, plus tard, ils se marieraient. La petite Élizabeth, croyant encore aux contes de fées, prit son courage à deux mains et obéit au jeune garçon infatué.

Elle eut la peur de sa vie quand, par mégarde, elle dérangea un Grand-duc aux aguets. Le rapace lui fit savoir son mécontentement en secouant ses grandes ailes ! Et jamais, jamais !… elle n’oublia ces yeux orangés.

Ces yeux jaunes…

 

Quant à James, des années plus tard, elle le retrouva sur un réseau social, racontant, sur sa page, son alcoolisme et son désespoir d’avoir été plaqué… par son mec. « Bien fait, connard ! » s’était-elle écriée, refusant, par ailleurs, sa demande d’ajout à ses amis.

 

Tout tourbillonnait. Il y avait des bruits indistincts. Peut-être métalliques. De très fortes odeurs d’épices, dans l’air, pénétraient ses narines. Ses yeux refusaient de s’ouvrir mais quand, enfin, elle se réveilla, tout son corps était endolori et son crâne comme dans un étau.

Peu à peu, sa vision s’éclaircit. Il lui sembla reconnaître la silhouette d’un homme… affairé à cuisiner, apparemment. Et marmonnant. Elle était assise sur un rocking-chair, une couverture posée sur les genoux, dans un intérieur plutôt similaire à celui qu’elle avait réussi à fuir.

L’homme portait une vieille salopette et un tee-shirt maculés.

– Où est-c’que je suis ? demanda-t-elle timidement.

L’homme se retourna ; il tenait un hachoir à la main. Élizabeth eut un sursaut – un double sursaut, en fait… en découvrant le visage atrocement défiguré de son hôte.

Il pivota vers le coin cuisine pour planter le hachoir dans ce qui semblait être une planche à découper la viande puis, d’un geste bourru, il invita la jeune femme à venir s’asseoir à sa table. Elle hésita, dissimulant sa terreur. Mais, pensant avoir affaire à un dangereux psychopathe – et qu’elle devait, à tout prix, gagner du temps –, elle obéit.

L’homme vint déposer une assiette et des couverts devant Élizabeth, puis lui servit une mixture fort peu appétissante, qui ressemblait à un ragoût.

– Vous, manger ça, fit l’homme en poussant l’assiette.

– Je n’ai pas très faim, en vérité, mentit-elle. Mais si vous avez un peu d’eau…

L’homme au triste faciès haussa les épaules, alla chercher un broc, un verre, et le remplit presque à ras bord. Après quoi, il s’assit et se mit à manger.

Tout en buvant avec empressement, Élizabeth tourna la tête et aperçut des restes d’animaux entassés dans des bassines. Cette viande devait être pourrie depuis des jours et des jours. Elle en eut un haut-le-cœur ! Et reposa son verre vide.

– Encore ? demanda-t-il.

Mais elle déclina sa proposition très poliment.

 

Observant l’homme mastiquer depuis quelques minutes, elle remarqua un chapelet autour de son cou.

– Vous êtes croyant ? demanda-t-elle avec précaution. Votre chapelet… Je me demandais…

Il s’arrêta de manger, la considéra comme si elle se moquait de lui.

– Bois, mauvais ! s’écria-t-il. Esprits, pas bons. Ça ! Protection.

– C’est très joli, dit-elle, s’efforçant de paraître cordiale, commençant à se demander si elle n’avait pas plutôt affaire à un simple d’esprit qu’à un dégénéré consanguin.

– Vous, gentille, dit-il en se remettant à savourer son plat.

– Je peux le voir ? osa-t-elle.

– Voir ça ? s’enquit-il en touchant son chapelet.

– S’il vous plaît, oui. Il est vraiment magnifique.

L’homme hésita, une expression de peur lui creusant le visage.

– Non ? Vous ne voulez pas ? insista-t-elle. Je ne vais pas le casser…

– Mais une seconde, alors, hein ? Gri-gri, mien. Moi, besoin !

Il ôta alors son amulette et la poussa jusqu’à Élizabeth, qui passa l’objet autour de son cou.

– Vous très jolie avec gri-gri mien, déclara-t-il très naïvement. Moi, avoir autre, quelque part dans maison. Vous, vouloir, autre ?

– Vraiment ? Vous êtes sûr ? s’étonna-t-elle.

– Falloir protection à vous, contre dé…

 

S’il avait pu finir sa phrase, l’homme aurait prononcé le mot « démon ».

 

TOC ! TOC ! TOC ! entendit-on à la place.

 

Élizabeth se raidit, les yeux exorbités. Son hôte se mit à hurler de terreur et alla se cacher derrière un rideau pour placard tout déchiré.

Le bouton de porte tourna tout doucement… Élizabeth se réfugia sous la table… La porte s’ouvrit. La jeune femme sentit quelque chose de froid la frôler, tourner autour d’elle et… hésiter, très longuement.

 

L’entité se désintéressa finalement de Beth et se saisit du pauvre homme, bien mal inspiré de s’être ainsi séparé de son gri-gri…

Entraîné à l’extérieur, hurlant dans les ténèbres, il disparut. Exactement comme Luke.

 

Élizabeth resta là un moment. Sans bouger.

Serrant très fort le chapelet contre sa poitrine, elle se décida à quitter la cabane et marcha loin… Très loin. Aussi loin que ses pieds le supportèrent.

Au petit matin, elle s’évanouit sur le bord d’une route.

Mais, par chance, un automobiliste aperçut le corps.

 

Après l’avoir correctement installée à son bord et ceinturée, il prit la direction de l’hôpital le plus proche.

 

Élizabeth regardait la route sinuer devant elle, mais sans la voir vraiment… Elle n’éprouvait plus rien. Penser à Luke ne la faisait même plus souffrir. Elle avait la vie entière pour le pleurer. Elle était vivante.

Vivante.

– Je vous remercie, dit-elle enfin à l’automobiliste qui l’avait ramassée, lui évitant, ainsi, de se faire écraser comme un vulgaire hérisson.

Elle tourna la tête sur la gauche et le répéta : « Merci. »

L’homme au volant se mit à grogner et baver. Il s’abattit sur la jeune femme et mordit dans la chair tendre de son cou.

C’était Luke. Le malheureux était devenu un zombie.

 

– NOOONNNNNN !!!!!! hurla-t-elle en se réveillant, frappant l’air avec ses poings et tapant des pieds sur le tapis.

– Holà ! Tout doux ma petite dame, dit l’automobiliste. Vous avez dû faire un cauchemar… Ça va ? Ça va aller ?

– Si ça va aller ? Si ça va aller !?! s’impatienta-t-elle.

– Calmez-vous, O.K. ? Je ne vous veux aucun mal, moi. Je vous ai trouvée sur le bord de la route, pas très loin du Château de la Baume ; vous connaissez ? Là, je vous conduis à l’hôpital. Vous vous êtes bagarrée avec votre homme, pas vrai ? Vous murmuriez : « Luke » quand je vous ai assise dans mon véhicule.

– L’hôpital ? Non ! Pas l’hôpital. Conduisez-moi au poste de police le plus proche. S’il vous plaît…

– La police, hein ? Bon. O.K. Va pour la police…

Il se tut, se demandant s’il n’avait pas ramassé une Catherine Tramell.

 

Un an plus tard…

 

Élizabeth rentra chez elle. Sa nouvelle séance chez le psy l’avait épuisée. S’immerger, encore une fois, comme bien des années auparavant, dans ses mauvais souvenirs de vacances dans les Alpes du Sud… Répéter, encore. Toujours la même chose…

À force d’hypnose – mais en réalité, elle s’en persuadait elle-même –, le Docteur Turner finit par convaincre Élizabeth qu’il n’y avait pas d’yeux jaunes, dans les ténèbres… Sinon ceux d’un hibou. Que ce fut elle, en fait, mais sans penser à mal, bien évidemment, qui contamina Luke, lui-même ancienne victime de terreurs nocturnes, avec cette histoire dans les Alpes.

Il n’y avait donc ni spectres ni morts-vivants…

Ni croquemitaine.

Son défunt mari, car la PTS l’avait finalement retrouvé quelques jours après le signalement de sa disparition par son épouse, avait été, et « rien que cela », au mauvais endroit au mauvais moment… Un serial killer se dissimulait à l’endroit précis où ils avaient décidé, l’an dernier, de passer leur week-end. Tout le reste n’était qu’affabulations. Un tour de passe-passe du cerveau pour ne pas affronter la réalité…

 

Élizabeth alluma son ordinateur afin de consulter ses courriels. Il y en avait un de son amie Susan – anciennement adepte, entre autres, de la fameuse planche de Ouija.

 

Liz, toujours O.K. pour ce soir ? Tu n’as pas répondu à mes messages, garce ! Bon, dis-moi, je suis allée acheter le dernier Twilight… On va passer la soirée à fantasmer, devine… sur le beau EDWARRRD !!!!!! À poil, de préférence ! Ouais, j’suis folle, je sais, mais il est trop beau ! ARGH !!!!!! Je serai chez toi vers vingt heures. Prépare le popcorn ! Salé ! Et, Liz, et là je suis sérieuse… suis un peu mes conseils et écoute ta psy, d’accord ? À force de crier au loup, les conneries, ça arrive… Tu le sais ce qui s’est passé la dernière fois que j’ai voulu faire ma belle avec mon Ouija, hein ?… C’est comme les maladies… À force d’y penser, ben tu peux finir par te les déclencher ! Capito ? Allez, @ toute ! Sue

 

P.S. : Bella est une salope !!!!!!

 

Élizabeth, un demi-sourire aux lèvres, abandonna son ordinateur et se rendit dans la salle de bains. Elle ôta ses chaussures, sa robe, ses sous-vêtements, puis se fit couler un bain, n’oubliant pas d’y ajouter quelques perles parfum « Thé Vert Citron » de chez SEPHORA.

Sue ne serait pas là avant une heure trente ; elle avait tout le temps de se relaxer… Et préparer le pop-corn. Salé !

Elle se laissa glisser dans la baignoire. Quel délice…

 

Le téléphone sonna. Le répondeur se mit en route. Élizabeth tendit l’oreille ; c’était Susan : « Liz, c’est moi. T’es où ? Je suis en route. Dis-moi, t’as fait tomber ton chapelet dans ma voiture, hier soir, en cherchant tes clés dans ton sac. Je viens de m’en rendre compte. Liz ? T’es où ? Dans ton bain ? J’espère que le pop-corn est prêt ! »

 

Élizabeth écoutait, blanche comme un linge…

Jamais, depuis, elle ne s’était séparée de son chapelet. Qu’elle le portât autour de son cou ou qu’il restât dans son sac, elle ne s’en séparait… jamais.

 

– Notre Père, qui êtes aux cieux, que votre no… commença-t-elle.

 

Très prestement, quelque chose happa la jeune femme, qui disparut sous l’eau… dans sa propre baignoire.

Dans la glace de la pharmacie entrouverte, les deux yeux jaunes, satisfaits, regardaient les bulles remonter à la surface…

 

FIN

 

 

Adam Gray

 

 

 

 

Attention ! Adam va nous proposer dans un prochain post une fin alternative... A déguster !!!!

Publié dans Nouvelle

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Commenter cet article

Adam Gray 03/10/2011 16:37



J'espère ne pas vous faire faire des cauchemars hein...



carine-LAure Desguin 03/10/2011 15:24



A présent, je suis attentive à la couleur des yeux ...C'est normal docteur ?



Adam Gray 03/10/2011 12:27



Si tu fais référence à la fin alternative, je l'espère ! Ma mère m'a dit que j'étais un malade d'avoir écrit une chose pareille...



christine 03/10/2011 11:38



Mais c'est fait et de si belle façon ! Je suis certaine qu'après ce texte, les lecteurs seront surpris !!! 



Adam Gray 03/10/2011 09:50



Merci beaucoup Alain et Christine, sincèrement...

Il faudra quand même que je songe à écrire quelque chose de plus tendre une prochaine fois...



christine 03/10/2011 09:21



cette nouvelle ressemble au reflet de certains cauchemars qui collent à la peau et dont on ne peut se défaire, même éveillé. Adam, tu sais tenir en haleine, rebondir et surprendre... Bravo !



Alain Delestienne 02/10/2011 12:02



Il faut savoir écrire pour nous tenir en haleine de la sorte. Moi qui suis plutôt un sceptique, je vais finir par y croire à ces yeux jaunes. Quand on pense émerger et que le rythme cardiaque se
calme, on replonge dans l'horreur. Félicitations !!!