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Le blog Aloys

Réflexions tout à trac de Claude Colson: Le voyage

22 Janvier 2011 , Rédigé par aloys.over-blog.com Publié dans #Textes

claude-colson-copie-2.jpgTreize heures.


On roule depuis une heure et demie. Le TGV traverse au grand ralenti une gare importante. J’ignore totalement où je suis, je n’ai pas eu la curiosité de m’intéresser par avance au parcours. Vaguement curieux, pour tuer le temps, je guette les panneaux indicateurs. Ah ! enfin en voilà un : P...Un choc ! Le passé resurgit. Gare de P… Quatre ans et demi déjà. Je n’y étais pas revenu depuis.


On ne remonte pas le temps si ce n’est en rêve, et encore ! Le train a maintenant oublié P… Moi, j’ai été un instant rattrapé par le passé. Brièvement.


Le trajet est très long, impression de monotonie.


Petit assoupissement post-prandial.


Quatorze heures. Le train fonce toujours. Je suis assis à l’inverse du sens de la marche. Par la large baie je regarde et découvre sous un autre aspect ces morceaux de France qui défilent. Dans les roux de l’automne, ce sont campagnes, vallons et bois plaisants, sous un ciel à son bas encore couleur d’été. Plus haut s’accumulent des ouates en dégradé, du gris cendre au marron foncé. Je n’avais d’abord pas aperçu ces menaces farouches, si hautes qu’elles se font oublier.


Elles resteront menaces car – déjà plus loin – le convoi a retrouvé un soleil plus pâle par endroits. La lumière faiblit. Le TGV est entré en saison.


Une heure plus tard. C’est effectivement, à présent, la grisaille et la pluie. Elle vient frapper la vitre comme du grésil et cela m’a tiré de ma lecture. C’est sans doute local car revoici un ciel tout bleu et ensoleillé. Pourtant, dessous, la nature est restée en automne.


La tuile du midi, sans son  éclat, est dépourvue de la gaieté qui, dans mon esprit, lui est consubstantielle.


Trop tôt parlé car, deux minutes après, elle a retrouvé ses feux, sous un soleil d’orage indécis.


Les façades blanches de maisons serrées là-bas sur la hauteur ont comme un air breton.
Quatre heures que je suis dans ce train lancé à vive allure : la France est vaste.
Les gens, pourtant très proches, ne se parlent pas ou, s’ils se connaissent, très peu. Les heures s’entassent, nombre de passagers s’assoupissent. Je « fatigue» moi aussi et laisse errer mes yeux : des collines roussissantes, quelques ifs ou cyprès – je ne sais – puis, plus loin, soudain sur un éperon une croix austère contre le ciel sombre engendre le frisson. Bientôt les douces arcades d’un pont enjambent une rivière. Presque à l’horizon quelques maisons forment le collier d’ un clocher : le spectacle est infini.


Seize heures : soleil aveuglant.
 
   En une demi-journée j’aurai traversé les régions, les climats et presque les saisons. ! Merveille de la technique et également… cadeau de mon agenda.

 

Claude Colson

claude-colson.monsite-orange.fr

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baraffe 23/01/2011 10:17



Décidément, chez Claude une histoire de trains en cache toujours une autre. Continue à voyager et à rêver.



carine-LAure Desguin 22/01/2011 12:52



Depuis que je lis les poèmes et les textes de Claude Colson, chaque fois que je monte dans un train, je pense à cet auteur ...Et lorsque je balaie du regard les paysages, je ne vois plus la même
chose. C'est sans doute ça, la magie de l'écriture ...!



Edmée 22/01/2011 11:11



Oui, Claude sait faire opérer la magie du voyage en train, avec ce qu'elle a de lent et rapide, d'amoureux, les bruits et les silences, la solitude paisible, le regard que l'on laisse traîner ...



Micheline 22/01/2011 09:25



Très beau texte, le climat d'un voyage en train est fort bien rendu. un texte tout en sensibilité et en atmosphère. 



Lascavia 22/01/2011 09:07



J'aime beaucoup le style de Claude Colson. Il est riche, dense, très sensuel, prompt à porter et garder le lecteur au centre des ambiances du récit. Imprégné d'une certaine nostalgie, ce voyage
en train n'est pas triste pour autant qui mêle adroitement  visions et sensations profondes. Oui, j'aime beaucoup. Bravo, Claude 



christine 22/01/2011 06:40



Je suis dans le wagon... Cette impression de monotonie en contemplant le paysage qui défile, c'est la mienne... Un beau texte, Claude.



Philippe D 22/01/2011 06:15



Merci à Claude pour ce texte qui nous fait voyager.


Bon weekend à tous.