Philippe Desterbecq a lu "Des éclats d'univers" de Josy Malet-Praud

Publié le par christine brunet /aloys

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Voici un recueil de nouvelles que je recommande à tous les amateurs du genre; ils ne pourront qu'apprécier ces onze textes écrits avec brio.

Si je juge la qualité d'une nouvelle par sa chute, mon jugement fut très différent à la lecture de la première "L'héritier des Lazennec" (qui reste ma préférée) car, si l'histoire se termine de manière inattendue, c'est à une multitude de rebondissements que Josy nous invite.


De page en page, Josy surprend son lecteur qui croyait avoir tout compris dès le début mais qui, en fait, était loin d'imaginer les causes de la fuite de l'héroïne.

Cette nouvelle est bien trop courte et pourrait faire l'objet d'un roman.

Vient ensuite une série de textes de longueurs différentes (les textes courts me touchent toujours moins, je n'ai pas eu vraiment le temps d'entrer dans l'histoire qu'elle est déjà finie), sans lien apparent (Josy, tu me diras si je me trompe) mais tous écrits de main de maître!

J'aime le style de Josy, j'aime les mots qu'elle choisit, la poésie qui se dégage de ceux-ci, j'aime l'ambiance qu'elle arrive à mettre dans ses histoires, bref, je suis conquis par ces nouvelles.

Si j'avais déjà apprécié le premier recueil de l'auteure, parisienne d'origine mais qui vit à Nantes "Un, deux,des éclats d'univers trois, soleil", je trouve ce nouveau recueil encore supérieur.

Je ne vais pas vous résumer chaque texte mais vous offrir quelques extraits qui vous permettront de découvrir le style de Josy Malet-Praud si vous ne connaissez pas encore son talent.

La Scavia sait que son mari a été dénoncé et qu'il sera arrêté s'il ne fuit pas : "Je savais qu'ils venaient pour lui. Giovanni, l'opposant au régime fasciste du Duce, l'empêcheur de couler au fond du bouillon sulfureux de la dictature annoncée, le second nom sur la liste des condamnés à mort en ce mois de décembre 1922 à Torino, capitale industrielle du Piémont. "

Au pays des Ràmon, Roxana et Léo pourront-ils défier le destin et s'aimer malgré la malédiction qui pèse sur les filles Ràmon? : Dans la baraque abandonnée, à l'extrême limite de l'effondrement depuis la mort d'Inès l'Envoûteuse, sous les poutres infestées d'une kyrielle d'insectes, dans cette icône de la désolation, les âmes sulfureuses de cinq générations de sorcières attentives s'agitent. Des ombres fébriles s'impatientent..."

Voyez l'ambiance particulière qu'a su créer Josy dans "La brume des acacias" : Le couloir s'étirait sous l'oeil inquisiteur d'une grosse veilleuse. L'iris blafard tachait la nuit au-dessus de la porte coupe-feu du couloir 24. Une lueur mi-chienne mi-louve de mauvais augure. Une clarté trouble, oppressante comme celle diffractée par les abysses artificiels d'un aquarium géant. Reflets d'un farfadet sans relief, les contours nébuleux de l'intruse glissaient sur les murs coquille d'oeuf de la galerie déserte. La dernière porte, tout au bout, bâillait sur les ténèbres, seulement trahie par le faisceau d'une lampe de bureau. Le contact des semelles sur le sol plastifié altérait un silence de cimetière, dispersant dans l'espace confiné une théorie de suçotements malsains et de baisers suspects."

Onze nouvelles qui vous séduiront sans aucun doute dans ce recueil à lire et à relire. A bon entendeur...

 

Philippe Desterbecq

philippedester.canalblog.com



 

Publié dans Fiche de lecture

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Josy Malet-Praud 15/06/2012 10:53


Merci . Suis touchée par ces propos plus qu'encourageants... Merci en particulier à Philippe D. pour cette note de
lecture détaillée et l'attention qu'il a porté à chacune de mes petites histoires.


L'héritier des Lazennec aurait en effet pu faire l'objet d'un roman....s'il n'avait pas fait avant le sujet d'une nouvelle   (car quand, comme au théâtre, le rideau est baissé...l'histoire est terminée). Cette position est souvent discutée (et discutable aussi) par deux "écoles" : les nouvellistes,
les romanciers, sauf peut-être quand les romanciers sont aussi des nouvellistes et qu'ils touchent du doigt ainsi très concrètement la différence entre les deux genres. Peu importe : l'essentiel
est dans le plaisir de l'écriture (et ses difficultés !) et celui de la lecture et de l'évasion...


Encore MERCI.

jm bernos 14/06/2012 13:49


Encore une fiche de lecture qui donne envie de découvrir l'auteur. On ne peut pas tout lire - les expériences de lectures que font certains sont tellement profitables pour faire ses choix !


Merci pour ce travail.

Marie-Claire 14/06/2012 12:12


Oui, ce recueil confirme le talent de Josy pour la nouvelle. Trop courte, l'histoire des Lazennec ? Elle pourrait faire l'objet d'un roman, c'est vrai, mais le resserrement de l'action sert bien
l'atmosphère de drame et amplifie l'effet de surprise ; du moins c'est mon avis. Les autre nouvelles sont excellentes aussi, tant sur le plan de l'intrigue - toujours limpide même si elle est
complexe - que sur celui de l'écriture, impeccable et originale comme nous le savons. Alors, Josy, on en redemande ! Et merci à toi, Philippe, de rappeler que les meilleurs auteurs se cachent
parfois chez ds éditeurs discrets.

argali 14/06/2012 09:16


Je devrais me mettre aux nouvelles. J'aime bien à l'occasion et j'en achète pourtant rarement...

Nadine 14/06/2012 08:47


Le premier était déjà une belle réussite, alors je ne manquerai pas de lire le second. Josy écrit divinement bien.

Edmée De Xhavée 14/06/2012 08:08


Bien d'accord avec Philippe. J'ai aussi retenu la première nouvelle en particulier pour son ambiance si étrange, et ensuite j'ai voyagé de l'une à l'autre dans, en effet, chaque fois un nouveau
décor envoûtant et une trame souvent à teintes psychologiques...

carine-Laure Desguin 14/06/2012 06:11


Merci Philippe pour cette note qui donne envie de lire ce livre! 

Philippe D 14/06/2012 05:44


Un très bon recueil, une auteure de talent.


Bravo Josy!


Bonne journée à tous.