Marie-Claire George : pourquoi écrire ? C'est une vie en plus...

Publié le par christine brunet /aloys

Marie-Claire George, auteur de L'ange gardien, édité aux Editions Chloé des Lys... Une fiche qui serait restée anonyme si... Oui, parce qu'il y a deux "SI"...

9782874595103_1_75.jpgSI je n'avais pas remarqué le drôle de petit objet en première de couverture... Vous ne l'avez pas encore vu? Qu'à cela ne tienne, n'est-ce pas...

Voilà une bonne entrée en matière pour l'interview: un objet mystère. J'interroge alors l'auteur à ce sujet:

La couverture de l"L'ange gardien" a été réalisée par une amie, Roseline Deback. Elle a photographié un petit objet à suspendre au sapin de Noêl, qui représente un ange aux traits sud-américains. Il va comme un gant à la première nouvelle du recueil, celle qui donne son titre au livre. Il y est en effet question d'un ange gardien qui ne trouve plus de protégé à son nom chez nous et s'en va chercher en Colombie. J'étais ravie !

Mais je vous ai parlé de deux "SI"... le second, c'est le petit résumé qu'elle m'envoie. Elle y parle voyages et, une fois de plus, je ne peux résister...

Pourquoi tous ces voyages dans mes nouvelles ? Je n'y avais jamais réfléchi mais c'est vrai, mes personnages bougent beaucoup  ! Les voyages, je les ai toujours aimés même si les circonstances aujourd'hui ne me permettent plus de courir le monde. Ce qui m'attire dans un voyage, ce sont les ambiances dépaysantes, les gens, un quotidien souvent bien éloigné du nôtre mais des aspirations qui au fond se ressemblent. Je suis fascinée aussi par des personnalités intrépides qui bravent les difficultés matérielles et le qu'en dira-t-on pour aller à la découverte des autres... et ainsi d'eux-mêmes.

Il ne reste plus qu'à faire plus ample connaissance... Je vois que son "Ange gardien" est un recueil de nouvelles. je prends alors mon interrogatoire à l'envers...

Pourquoi as-tu choisi d'écrire des nouvelles ?

J'aime beaucoup lire et écrire des nouvelles. C'est un genre qui exige de la concision, l'économie de mots, qui oblige donc à suggérer et laisse ainsi une part active au lecteur, surtout si la fin est ouverte. Pour cela, il faut beaucoup travailler : cerner rapidement le cadre et les personnages, ne pas laisser de temps morts dans le déroulement de l'histoire, choisir le terme exact, la phrase qui porte, amener une chute... Mais j'aime faire tout cela ! C'est aussi l'art de l'élagage : "less is more" !
Et maintenant un roman. L'idée m'est venue de plusieurs personnes qui avaient lu une de mes nouvelles et s'étaient déjà attachées aux personnages. Le danger de se baser sur une nouvelle pour écrire est roman est de tomber dans le délayage et de finir par lasser le lecteur. Mais pour une fois, les circonstances que vivaient mes héros leur ouvraient grand la porte sur une vie peu banale et je me suis lancée... sans savoir où ils allaient me mener.Tournai-la-page-MC-George.jpg Ecrire un roman, c'est une entreprise !  Il faut accepter que les personnages vivent leur vie et nous mènent où on ne l'imaginait pas. Cela oblige aussi à tenir une chronologie stricte des événements, à se renseigner sur les lieux où se déroulent l'histoire, éventuellement le mode de vie à l'époque (cela va de la façon de faire ses courses ou de manger à la dispositition d'une maison, aux moyens de transport, aux expressions locales...) C'est beaucoup de recherches, il ne faut pas être pressé, mais beaucoup de plaisir aussi ! J'espère que, quand il sera fini, il procurera aussi un bonheur de lecture !
Pour moi, la nouvelle et le roman sont deux genres différents qui n'ont en commun que de proposer une histoire complète. C'est une autre écriture et je me fais plaisir en passant de l'une à l'autre !

Puisque tu parles depuis un moment de tes personnages, quels sont tes rapports avec eux ?
 Je les crée volontiers à partir d'une photo que j'observe attentivement. Photo choisie dans une revue, un album, ... Je dispose ainsi de caractéristiques physiques (que je modifie évidemment parfois), j'imagine leur personnalité, leur cadre de vie habituel, les circonstances qui entourent le moment de la photo. Je peux aussi tomber sur une réflexion, dans mes lectures, dans la vie ou dans mes cogitations, et l'imaginer dans la tête ou dans la bouche de quelqu'un. Après quoi, je pense à leur créer un entourage. Une famille, des voisins. Et souvent, les choses viennent alors toutes seules : un drame dans leur existence, une faiblesse, des aspirations... L'aventure commence ! Du moins pour un roman. Pour les nouvelles, c'est différent. Je pense plutôt à un thème et je collecte des mots, ou je choisis au hasard une phrase dans un livre et qui me sert d'incipit.

        Je serais tentée de dire que mes personnages n'ont rien de moi. Je me refuse en effet aux textes autobiographiques, ce n'est même pas une tentation. Pourtant, on glisse forcément une part de soi-même dans ses écrits : dans le thème, le comportement de certains personnages, le cadre choisi pour l'histoire, dans la façon d'écrire aussi...

        Je n'ai pas encore beaucoup d'expérience : je n'ai encore publié que des nouvelles et je suis seulement en train de terminer mon premier roman, mais j'ai déjà le début de deux autres sur papier. Pour celui que j'achève, oui, les personnages me sont proches : voilà un an et demi que je vis avec eux ! J'aurai en effet du mal à les abandonner ! Ce que j'espère, c'est que les lecteurs s'attacheront à eux autant que moi !

Est-ce que tu crois qu'écrire crée-t-il des liens ?
Je ne compte plus les bonnes relations et les amis que je me suis faits depuis que je me mêle d'écrire ! Partager la même passion nous met facilement sur la même longueur d'ondes. On se comprend, on fait part de ses doutes, on échange des impressions, des conseils, des tuyaux... Internet facilite les échanges mais on a aussi plaisir à se rencontrer en vrai, c'est même parfois l'occasion de voir du pays !

Quel est le regard des autres sur ta passion d'écrire ?
Positif, à cent pour cent. Même si au départ je sentais un peu de condescendance de la part de certaines personnes, je crois que tous ceux qui les ont lues ont pris plaisir à découvrir les nouvelles de mon "Ange gardien". Etre éditée est aussi une "reconnaissance publique". Et puis, je ne me présente pas comme candidate au prochain Goncourt : j'ai du plaisir à écrire, je veux le partager donc j'écris "de mon mieux". Et les lecteurs lisent mes écrits pour ce qu'ils sont : sans prétention mais je l'espère, intéressants (à l'un ou l'autre titre) et bien tournés.

Est-ce que que ça veut dire que tu écris avant tout pour toi ou pour être lue ?

   D’abord pour moi, je n’avais jamais pensé à publier mes nouvelles jusqu’à ce qu’un ami m’y incite. Mais il est évident qu’être lue est une satisfaction, une reconnaissance. Et qu’il faut respecter le lecteur en ne lui balançant pas n’importe quoi. Il ne faut pas le décevoir, donc pour moi cela implique de lui offrir une histoire intéressante, de susciter chez lui une émotion (le rire, la peur, la tendresse, le chagrin, ...) et de mettre mon écriture au service de tout cela. Je travaille beaucoup mes textes mais j’espère que cela ne se voit pas.

Tu parles de faire passer tes émotions à tes lecteurs... Comment ? Définis ton style...

  Classique. Ce n’est pas moi qui figurerai un jour dans les anthologies pour avoir expérimenté de nouvelles formes d’écriture ! Pour moi, ce qui compte ce n’est pas le style en soi, mais le style au service de l’histoire. Mais classique ne signifie pas banal, j’espère, et j’ai le souci de le rendre vivant et agréable.

  

Ton univers littéraire ?

  J’admire les grands auteurs du XIXe siècle : Balzac, Zola, Maupassant, ... Bien sûr, l’époque a changé et tout doit aller plus vite, mais voilà des gens qui savaient raconter. Plus proches de nous, je citerai Henri Troyat, Bernard Clavel, Jeanne Bourin, Isabel Allende, Thrity Umrigar (« Tous ces silences entre nous »), Khaled Hosseini (« Les cerfs-volants de Kaboul »), Irène Nemirovsky (« Suite française »), Eric-Emmanuel Schmitt, Françoise Chandernagor, Catherine Hermany-Vieille, Anny Duperey, ... Mais je m’en veux de ne pas lire assez...

Retravailles-tu beaucoup tes textes ?


 Je travaille beaucoup mes textes, oh oui ! Même en écrivant le premier jet, je rature déjà beaucoup ce qui fait que je n'avance pas vite. Je me dis qu'à ce stade, je ne devrais pas me préoccuper de détails mais c'est plus fort que moi. Puis, par la force des choses (mes droits d'auteur ne me permettent pas encore d'engager une gouvernante pour prendre en charge les viles tâches ménagères), le texte se repose et quand je le relis, les défauts m'apparaissent mieux : répétitions inopportunes, longueurs, manque de vivacité du récit, ... C'est aussi une partie du travail que j'aime bien, me corriger, et je peux revenir dix, quinze, vingt fois sur un texte pour en changer un détail. Certaines personnes (celles qui n'écrivent pas, ou peu) estiment que le premier jet a nécessairement plus de force qu'un texte retravaillé. C'est loin d'être mon avis. Je pense à ces mannequins faussement débraillés qui semblent sortir de leur lit mais dont le négligé est le résultat de bien des heures de travail pour une équipe de maquilleurs, coiffeurs,... Que de travail pour donner l'illusion du naturel !

        Pour la trame de l'histoire, je n'y pense pas vraiment au départ. Ou si j'ai l'une ou l'autre idée, je m'en éloigne fatalement au fil de l'écriture. Ce sont les personnages qui vivent leur vie, c'est à moi de les suivre et il peut arriver tellement d'"accidents" que bien malin est celui qui peut prédire leur évolution, en tout cas pas moi. J'ai l'impression (mais d'autres conçoivent les choses autrement, il n'y a pas qu'une recette) que si je prévois tout des personnages dès le début, il n'y aura jamais de surprise et l'histoire sera sans intérêt.

        Ca, c'est mon travail... Il faudra juger sur pièces du résultat !

A présent, la question que je pose toujours au début, celle que j'avais oubliée et qui, pourtant, est sans doute la plus importante : pourquoi écris-tu ?

J’ai toujours aimé écrire, à l’école j’adorais les rédactions : elles me valorisaient davantage que le système métrique ou les démonstrations de géométrie ! A l’école primaire, j’ai d’ailleurs remporté deux concours insignes : l’un sur les biscuits Delacre, l’autre sur le drapeau belge... Puis j’ai enseigné et me suis davantage penchée sur la prose de mes élèves que sur la mienne, avec le souci de leur donner le goût de la lecture et de l’écriture. Bref, je n’ai plus rien écrit pendant des années jusqu’au jour où j’ai appris l’existence d’un cours par correspondance de créativité écrite organisé par la Communauté française. Un révélateur ! Ces cours, très bien conçus, variés et progressifs, m’ont permis de renouer avec le plaisir d’écrire et aussi de mieux me connaître au point de vue littéraire. J’ai alors participé à quelques concours où je ne me suis pas montrée mauvaise.

Alors, pourquoi écris-tu ? 


   C’est surtout pour me faire plaisir. Plaisir d’inventer une histoire, des personnages, d’essayer de les faire vivre. ; c’est pour moi une vie en plus. Mais aussi plaisir de chercher la phrase la plus percutante, le mot le plus juste, le ton le plus efficace, les sonorités les plus adéquates ou les plus harmonieuses. Et aussi plaisir d’être lue, de partager quelque chose avec le lecteur. Ecrire crée aussi des liens d’amitié !


            Je ne suis pas poète, même si j’ai le goût des images et des sonorités. Jusqu’ici, j’ai surtout écrit des nouvelles et des contes. Je préfère être dans la fiction et dans l’action, qu’il se passe quelque chose. Je suis d’ailleurs en train de terminer un roman, mon premier. Depuis un an et demi que j’y travaille, je me suis attachée aux personnages que j’ai créés. J’espère qu’un éditeur voudra bien d’eux et que les lecteurs les aimeront....


            Un déclencheur ? Je ne dirai pas qu’écrire est pour moi un besoin irrépressible, qu’une journée sans écriture est une journée manquée. Il y a d’abord la vraie vie avec les autres et, même si cela me manque, je reste parfois une ou deux semaines sans écrire une ligne (sauf à mes amis, la correspondance tient une grande place dans ma vie.) Je cherche donc ces déclencheurs : un atelier d’écriture, une proposition de concours, une exposition, une photo. Ou bien j’ouvre un livre au hasard et j’y choisis une phrase qui me sert d’incipit...
 
J'ai commencé par la première de couverture, je termine logiquement par la quatrième... 

Marie-Claire George a longtemps enseigné le français, en Afrique et dans la région du Centre. 

Elle se consacre aujourd’hui à l'écriture, mêlant dans ce recueil des textes aux tonalités variées dont la tendresse est le fil conducteur.

"A votre âge, Arthur, vous pouvez prendre vos responsabilités. Je vous laisse quarante-huit heures pour découvrir une nouvelle vie à accompagner. Hâtez-vous, nous n'avons que faire d'anges oisifs. Le monde est aujourd'hui d'un danger ! Croyez-moi, il y a de l'ouvrage pour tout le monde au paradis !"

 

 

 

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

 

www.passion-creatrice.com

www.aloys.me




Publié dans interview

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Commenter cet article

Marie-Claire 03/01/2012 14:29


Merci Carine-Laure, Nadine, Christian, Philippe ! Il est toujours tellement agréable d'avoir des retours des lecteurs, sutout quand ils sont aussi sympas !

Philippe D 28/12/2011 06:01


Un recueil de nouvelles que j'ai beaucoup aimé. Une écriture classique peut-être mais excellente.


A lire sans crainte de s'ennuyer.

Christian Eychloma 27/12/2011 14:27


"Il faut accepter que les personnages vivent leur vie et nous mènent où on ne l'imaginait pas". Voir aussi par exemple Laurent Dumortier "...il arrive que les personnages prennent
les commandes de l’aventure", et l'on pourrait citer beaucoup d'autres auteurs !


J'ai l'impression que c'est pareil pour tout le monde, que nous sommes les premiers surpris par le comportement de nos propres personnages, pourtant au départ
simples créations de notre esprit mais qui, à peine imaginés, se hâtent de prendre leur indépendance !!!


Très bonne année !


 

Nadine Groenecke 27/12/2011 09:56


Je rejoins les propos de Marie-Claire, notamment en ce qui concerne le travail de correction, répété jusqu'à ce qu'on soit satisfait du résultat (j'ai bien aimé la comparaison avec le
mannequin et son air faussement naturel). L'ange gardien m'a fait passé un excellent moment de lecture. 

carine-Laure Desguin 27/12/2011 07:54


Marie-Claire Georges, une belle rencontre. Une personne qui possède de vraies valeurs, de l'empathie qui ne vire pas à la sensiblerie, un amour des textes bien écrits qu'elle retravaille jusqu'à
plus soif ...A son contact, on grandit.