Les oiseaux des villes : une nouvelle poétique de Carine-Laure Desguin

Publié le par aloys.over-blog.com

desguinSur le quai de la gare ? Bien sûr que j'écris sur le quai de la gare...Je suis assise sur ma valise, voilà tout ! Et j'écris...


Tous ces gens au visage triste ou gai, jeune ou moins jeune allument mon crayon et sur le papier se dessinent des textes "urbains". Des textes "urbains" ?


Hé oui, pour les demandeurs de pain, les demandeurs d'amour... Pour tous ceux-là, je désirais écrire...


Vous qui me connaissez bien, vous savez que j'aime la ville et tous ses oiseaux ... 
Ses oiseaux ?


A travers la toile du net, je perçois des interrogations, juste là, dans les lueurs de vos yeux ébahis...


Les oiseaux des villes ! Oui, des oiseaux ! De gentils oiseaux...En hiver, ils ont faim, ils ont froids..


Les oiseaux de la ville, ce sont tous ces gens sans toit, ce sont ceux que les beaux manteaux oublient, évitent et repoussent tout près des égouts, des souterrains, des quais de gare et des ponts...


Les oiseaux des villes, ce sont des hommes mal rasés, des mendiants, des prostituées; ce sont des demandeurs d'asile, des demandeurs de pain, des demandeurs d'amour...


      Les oiseaux des villes   I   ( novembre 2009 )
De la "Place Buisset"
Aux "Buissons des Rois"
De la "vallée des nus"
A la "Plaines des Vides-Ordures"
Sur les froids pavés des trottoirs
Le matin attend la nuit
La nuit décale le jour
Tu attends fille du jour
Fille du printemps fille de l'hiver
Le corps explosé aux tourments de l'amour
Le corps exposé aux tournants du désamour
Tu attends fille de rien
Tu attends fille de tous
Que des paupières plissées en billets
De banque des voitures débarquent
Le plus tôt le plus tard
Entre tes soupirs et tes fumées d'espoir
Te déshabiller et te rhabiller
Du nécessaire des fruits et du miel
Du superflu des paillettes des dentelles

     Les oiseaux des villes II  ( novembre 2009 )
La ville est torsadée
De tes arcs-en-ciel urbains
Oiseaux de plumes aux petits cris
Chantant sur les toits des humains
Vous êtes le soleil au bout
des tunnels des piétinants
Aveugles et sourds et malentendants

Vous êtes entre deux façades
De pluie de soleil au fond
De ce qui touche les trottoirs
Les poussières les poubelles les cartons

Oiseaux de plumes aux bonheurs
Simples et tranquilles
Vous regardez piauler les autres
Les "mal-pensants" les indociles
Les embouchés les imbéciles
Aux pieds de plomb aux mains d'argile
Aux poches lourdes de pognon
Au coeur clos et engourdi
Et sourds de partout aux oiseaux des saisons

        Les oiseaux des villes III  ( novembre 2009 )
Décalée dans la ville aux longs manteaux
De verre à soif de canifs métalliques
De clochards de chair de sang et d'étoiles
De courses de chevaux et de rouges carnavals
Tes puzzles derrière les lucarnes
De feux et tes questions géométriques
fertilisent les musiques et les confessionnaux

Noceuse aux amulettes fétardes aux talismans
Tes agapes refroidissent sur des nappes en papiers
Peints et de soie et de cachemire et de rubans
Tes gerbes de flammes rançonnent les chèquiers

Echouée sur les cuirasses des cyniques tambours
Chapeautés d'argent et d'or et de lumière
Et d'encens pourquoi pas puisqu'au nom de l'amour
Tu enjambes gauloiseries et animales crinières.

La poésie c'est pour moi une des plus grandes libertés. On lance des mots, des idées. On crée des images et les mouvements deviennent un film...


Vous avez lu ces textes. Quelles images avez-vous maintenant tout au fond de vous ? Et demain, que restera-t-il de cette lecture et de ces images ? A qui penserez-vous la prochaine fois que vous traverserez la ville ? Et quand il fera froid, très froid, à qui penserez-vous ?



Merci à vous chers amis d'être arrivés ici, sur la dernière ligne...Mais c'est peut-être un commencement, n'est-ce pas ? Après une dernière fois de quelque chose, il y a une première fois d'une autre chose ! Non?...

 

 

CARINE-LAURE DESGUIN

http://carinelauredesguin.over-blog.com

Publié dans Nouvelle

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Christine 29/08/2010 10:47



Un texte anticonformiste. Une observation de notre environnement urbain, de ces gens que nous croisons sans les voir, par pudeur ou par lâcheté, souvent. Il te ressemble : il vient du coeur.



martine dillies-snaet 05/08/2010 22:00



J'aime. J'ai aimé.


J'aime tes mots qui sentent bon, qui sentent mauvais l'ambiance des faubourgs, des rues grises aux réverbères éteints.


Continue de parler, continue à dire, Carine!


m.



magerotte 02/08/2010 09:54



Que tout cela est bien joli! On sent que cette poésie vient du coeur... je ne suis pas un spécialiste en la matière.


Encore bravo... de la part d'un drôle d'oiseau (des villes, bien entendu)



Edmée 01/08/2010 13:44



Comme Claude, le troisième "acte" est un peu hermétique pour mon esprit léger léger, mais quel beau lamento tu as donc fait, quelle reconnaissance envers les oubliés, ceux qui souffrent et
oscillent d'une demi-journée à l'autre!


 


Bravo Carine-Laure!



carine-Laure Desguin 01/08/2010 13:35



@ Claude : oui je sais je suis parfois très hermétique et dans la vie et dans la respiration de mes textes ( surtout en poésie ) ;
mais je tente de toujours rester fidèle à cette magie qu'on appelle inspiration ...


@Josy : hé oui je ne vis que dans le mouvement et l'indifférence me pèse parfois ; ne pouvant nettoyer tout le conformisme de la
planète , j'écris ! Du coup, je me sens légère légère légère !


Merci les amis ! Et surtout merci pour votre fidèle présence sue ce blog commun !



LASCAVIA (Josy Malet-Praud) 01/08/2010 10:32



Un texte porté haut par la belle vitalité d'un auteur dont le coeur n'est "ni sourd, ni engourdi"...Bravo, Carinne-Laure.



Monilet - Claude Colson 01/08/2010 09:42



Texte qui interpelle (dans tous les sens du terme), généreux et inspiré. Il n'est pas toujours des plus faciles, notamment dans le III mais suscite ainsi la réflexion.