Le jeu d'aloys... Mais qui a écrit cette nouvelle ?

Publié le par christine brunet /aloys

point d'interrogation

 

L’Amour au-delà…

 

– Non, coupa Helen, de grosses larmes affluant, pareilles à la marée aux pieds du Mont Saint-Michel, dans ses grands yeux gris-vert.

– Ne vous méprenez surtout pas… Je comprends ce que vous ressentez. Je le comprends parfaitement mais… ce n’est pas sa volonté, répondit le chirurgien d’une voix bien trop mécanique pour simuler une réelle empathie. Vous devez le laisser partir. Demain, il nous faudra débrancher Aidan. Demain, Helen.

– Je ne suis pas prête, répondit-elle irritée.

 

Le praticien tourna les talons et quitta la chambre 408, où seule une photo d’un couple très heureux, ceinte d’un cadre rococo couleur camion de pompier, donnait à la pièce immaculée, blafarde, un dérisoire semblant de chaleur. Les fleurs dans le vase, des roses rouges, étaient mortes de soif depuis déjà plusieurs jours ; Helen avait complètement oublié de s’arrêter en acheter chez le fleuriste dans le hall de l’hôpital, au rez-de-chaussée.

Se penchant sur son jeune et bel époux, elle posa une joue sur son torse athlétique abîmé par une longue cicatrice, l’embrassant, tout d’abord, et se remit à pleurer, dans le plus pur silence que la pluie sur les vitres, un peu grasses, ne tarda pas à venir briser. Cruellement.

 

La journée défila, s’égrainant avec les allers et retours du personnel hospitalier, plus ou moins impassible, et, avec cette nouvelle et sombre journée, défilèrent les souvenirs…

La soirée était bien avancée.

La pluie avait cessé.

Helen se cala dans son fauteuil, ne cessant de veiller son époux, immobile dans son lit et relié à d’horribles et froides machines, imperturbables et menaçantes. Elles semblaient bien plus vivantes que son Aidan dans sa mortifère pétrification. Méduse n’aurait pas fait mieux…

 

Au moment de cesser sa lutte contre Hypnos et son fils, Morphée, Helen, les cheveux quelque peu défaits, prononça quelques mots. Ces mots : « Je ne veux pas te laisser partir. Je ne peux pas. »

Et, finalement, elle se mit à rêver…

De leur rencontre, alors qu’ils étaient tous deux étudiants en droit – lui, pour faire plaisir à sa famille car tout ce qui l’intéressait, dans la vie, c’était de devenir, clamait-il : « Un dieu du surf ! »

Lui revinrent leurs premiers mots échangés à la cafétéria, un jour de décembre ; il venait, se prenant les pieds dans le sac qu’elle avait négligemment jeté à terre, de lui renverser son plateau sur le pull-over blanc tout neuf qu’elle s’était acheté la veille. Revinrent, bien sûr, le tout premier fou rire et, surtout, le tout premier baiser quelques jours après dans la voiture d’Aidan. Elle rêva même du tout premier repas avec ses parents – ses parents à elle –, et se souvint à quel point sa mère avait été séduite. Et pour cause : Aidan était très avenant et plein d’humour, grand et beau garçon. Le gendre idéal, en somme. Helen, très belle avec un beau visage ovale encadré d’une longue chevelure blonde, et Aidan formaient un fort plaisant couple, alliant beauté et gentillesse, générosité, avec des rêves plein la tête. Entre autres, partir un jour à la découverte du Kilimandjaro. Peut-être Shanghai… Et surfer sur les vagues australiennes ! Ils auraient fait plein de photos pour ennuyer leurs familles avec des : « Ça, c’est Helen dans le jardin Yuyuan ! », et des : « Ça, c’est Aidan qui est tombé de sa planche à Bondi Beach ! »

Ils auraient fait un enfant, un soir, après le coucher du soleil, sur une plage de carte postale, derrière une dune… Un petit James ou une petite Kristen.

 

Helen dormait profondément.

 

Inconsciente d’être dans les bras de Morphée, elle poussa une porte qui venait de se matérialiser devant ses yeux, s’ouvrant, étrangement, sur le campus où ils avaient étudié…

– Aidan ? C’est… C’est toi ? s’étonna-t-elle, quoique très heureuse.

– Bien sûr, répondit ce dernier d’une voix enjouée. Ça me fait tellement plaisir de te voir ! Tellement de choses à te montrer… Comme tu es belle…

– Belle ? Tu parles !… À me montrer, dis-tu ? À quoi diable fais-tu allusion ?

– Ah ! Tu vas voir ! Ce soir, amour, nous allons faire le plus beau des voyages… Féerique ! Fantastique ! Magique !

Helen se mit à rire.

– C’est une nouvelle robe ? enchaîna-t-il rapidement.

– Elle te plaît ? s’enquit-elle en tournant sur elle-même.

– Beaucoup. Tu es merveilleuse. Mais comme toujours. L’heure tourne… Allez ! Ne perdons pas une minute…

– Ton côté énigmatique, derrière ce sourire qui te rend si sûr de toi, c’est peut-être cela que j’aime le plus chez toi. Et quand tu relèves ton sourcil gauche, également…

Aidan, alors, prit sa moitié par la main et la pria de fermer les yeux.

– Tu as confiance en moi, n’est-ce pas ? demanda-t-il. Où aimerais-tu être, en ce moment ?

– Où j’aimerais être ? Hum… Laisse-moi réfléchir. Ah ! Oui ! Sur cette plage dont tu m’as si souvent parlé, en Australie.

– Très, très, très bon choix, se satisfit-il. Ouvre les yeux et… regarde !

Helen hallucina, littéralement. Aidan et elle y étaient : à Bondi Beach. Le soleil se couchait, donnant une belle couleur vermeille et dorée au pays des kangourous, et ils étaient seuls au monde. Complètement.

– Je dois rêver, murmura-t-elle, se blottissant contre le corps tout chaud de son époux.

– C’est bon de rêver, affirma-t-il. Et ton maillot de bain est… très sexy…

– Ça alors ! s’exclama Helen en baissant les yeux. Mais… c’est de la magie !

Réalisant que son époux était dévêtu lui aussi, elle lui murmura qu’il était… très viril dans le sien…

– Tu veux qu’on aille affronter les vagues ? la pressa-t-il avec l’impatience d’un enfant.

– Quoi ? Les vagues ? Tu es fou ! J’ai bien trop peur des requins ! C’est plein de requins et de crocodiles, ici ! Et pas des petits !

Aidan se moqua gentiment.

– Puis il fait nuit… Et des vagues, des vagues… il n’y en a pas ! poursuivit-elle.

Il releva les yeux, claqua des doigts… et le soleil chassa brusquement les ténèbres naissantes. Il faisait jour, à nouveau, et un vent idéal faisait se soulever les vagues de l’océan Pacifique.

– Satisfaite ? Il fait jour, y a des vagues… et il n’y a aucune bestiole affamée dans l’eau.

– Mon Dieu… Ou je rêve ou je deviens folle…

– Mais tu n’es pas folle, Helen, rassure-toi. Sinon de moi, j’espère bien !

Souriant, Aidan se pencha sur sa femme et l’embrassa passionnément, comme la toute première fois, quand deux corps étrangers se touchent et se découvrent, fusionnent, explosent, provoquant les plus intenses, les plus incroyables et les plus inoubliables des frissons…

Deux anges sur le sable.

Du doré et du bleu à perte de vue ; véritable paradis anamorphosé, comme un acrylique qui prendrait vie…

– Je t’aime, dit Helen sur le ton de la confidence.

– Moi aussi, dit Aidan. Plus que tout au monde.

Helen surfait sur de hautes vagues avec l’homme qu’elle aimait. Son dieu du surf à elle toute seule… Ils glissaient, tous les deux, sur la même planche. Sur le Pacifique. Aidan se mit à crier d’excitation et de bonheur. Helen, d’ordinaire sage, l’imita. Ils étaient heureux. Le monde leur appartenait.

– Je n’ai jamais éprouvé un tel bonheur, avoua Helen en resserrant ses bras autour de la taille d’Aidan. On devrait faire cela bien plus souvent !

– On le fera, promit-il. Mais ferme les yeux, maintenant.

Helen s’exécuta, exaltante. Lorsqu’elle les rouvrit enfin, ils avaient atterri en plein milieu… d’un carnaval… Dans les rues de la Nouvelle-Orléans ! Et des airs de jazz fusaient ! Et des gens costumés s’amusaient tout autour.

– Tu aimes ?

– C’est incroyable, dit Helen.

– Alors… pense très, très, très, très fort à un costume, n’importe lequel, et claque des doigts ! Je vais faire la même chose.

– Tu es sérieux ?

– Ai-je l’air de plaisanter ? (Il releva son sourcil gauche.)

Helen baissa les yeux, amusée, et pensa très fort à cette actrice dont elle avait oublié le nom mais qu’elle avait adorée dans les trois premiers volets de Pirates des Caraïbes. Puis elle claqua des doigts.

– Mademoiselle Swann ! s’exclama Aidan. J’adore…

Helen se mit à rire en découvrant le costume sur son corps tout fin, apparu, encore une fois, comme par magie. Aidan claqua des doigts et se retrouva, lui, dans le costume de Brad Pitt dans Troie.

– Mon Achille ! s’écria Helen.

– Plutôt cool, non, tous ces gros muscles ? plaisanta-t-il. Allez ! Profitons de la fête et… dansons !

Les deux amoureux virevoltaient, insouciants, pris dans la folie nocturne de ce carnaval étourdissant de couleurs et de sons.

Les rues de la Nouvelle-Orléans étaient très colorées et ornées d’accessoires de fêtes et de ballons de toutes les formes. Il y avait des cracheurs de feu, des clowns et des acrobates, des cajuns qui marchaient sur des échasses et l’on pouvait admirer, de-ci de-là, un James Bond, une Angélique, un Robin des Bois et même… des morts-vivants ! Quelques enfants, d’ailleurs, étaient déguisés en Michael Jackson et lui rendaient hommage en exécutant, plus ou moins bien, la célèbre chorégraphie de Thriller.

– Je voudrais que cette nuit ne s’achève jamais !!!!!! hurla Helen, s’efforçant de couvrir le son des instruments de musique.

– IDEEEMMM !!!!!! cria Aidan encore plus fort.

Il la serra dans ses bras, très fort contre son cœur, et caressa sa chevelure, s’enivrant de sa douce odeur de miel.

 

Toute la nuit, Aidan emmena Helen dans des lieux réellement exceptionnels : aux pieds des Pyramides, sur la Grande Muraille de Chine, au sommet de l’Himalaya et, bien sûr, du Kilimandjaro, pour finir dans un somptueux jardin japonais.

Tout était définitivement possible : nager au milieu des dauphins ou prendre le thé en plaisantant de bon cœur avec la Reine Mère… Pourquoi s’en étonner, après tout ?

 

– Es-tu heureuse ? demanda Aidan. Je veux dire… As-tu assez de belles images, dans ta tête ? Dis-moi…

– Que dois-je comprendre, Aidan ? s’inquiéta-t-elle alors, revenant immédiatement à la réalité.

– Parce qu’il est l’heure.

– L’heure ? L’heure de quoi ? marmotta-t-elle. Mais elle savait.

– L’heure de nous dire au revoir, Helen. Un ange m’a accordé cette nuit. Tout ce condensé de souvenirs avec toi. Il nous a offert ce qu’aurait dû être notre vie, de beaux moments et même… davantage. Tout cela en quelques heures à peine.

– Tais-toi, supplia-t-elle.

– Tu dois me laisser m’en aller, poursuivit-il. Tu dois me débrancher et continuer ta vie sans moi… Tu m’entends ? Helen ?

Les lèvres rouges carmin de la jeune femme furent prises de tremblements. Elle se mit à pleurer.

– Je ne peux pas, Aidan. Je ne peux pas… Comment je pourrais ?

– Il le faut, amour. Je ne suis déjà plus ici. Ce n’est plus que mon corps, et ce corps est vide…

– Arrête, je t’en supplie. Tu me brises le cœur. Pourquoi tu me brises le cœur ?

– Un cœur si plein d’amour ne peut se briser, Helen. Pourquoi tant de désespoir ? Ce n’est pas un adieu, tu le sais bien. Quand l’heure sera venue, nous nous retrouverons. Je serai là. Je t’attendrai.

– Mais moi ? Que vais-je faire, toute ma vie, sans toi à mes côtés ? Que vais-je faire, toute ma vie, sans jamais plus entendre le son de ta voix ? Sans venir t’embrasser le matin quand tu te réveilles ? Sans cet enfant que nous ne ferons jamais ensemble ?

– Je vois, dit-il.

Il fronça les sourcils et se remit à parler.

– N’as-tu pas remarqué des changements, ces derniers temps, Helen ?

– Des changements ?

Elle réfléchit, fébrile.

– Tu t’en souviens, de cette nuit ? Il y a deux mois avant mon accident de moto. Tu t’en souviens ?

Helen fronça les sourcils. Hésita… Puis elle toucha son ventre, le caressa, et réalisa… Elle portait leur enfant. C’était une certitude. Il sourit, tout en versant une larme qui vint effleurer sa lèvre supérieure. Elle éclata en sanglots, tout en souriant d’une joie paradoxalement… « retrouvée ».

– Tu vas vivre une longue et belle vie, amour. Avec notre James, ou notre Kristen. Tu seras une mère exceptionnelle et ça, vois-tu, je le sais. Je le sais comme un et un font deux. Tu vas aimer notre enfant et il va t’adorer, comme moi je t’ai adorée. Tu vas être forte pour lui, pour moi. Mais moi, mon heure est venue. La tienne, non… Promets-moi d’être heureuse. Promets-le-moi.

– Je suis triste… Je suis en colère !… Comme je t’aime, Aidan. Comme je t’aime… Je te le promets, oui, sanglota-t-elle. Mais pourquoi diable ne peux-tu pas te réveiller ?

– Ça va aller, n’ai pas peur. Embrasse-moi une toute dernière fois, s’il te plaît. Nous n’avons plus beaucoup de temps, elle arrive…

Helen, désemparée, embrassa son Aidan une dernière fois. Elle sentit une incroyable chaleur l’envahir, douce et bienfaisante. Régénératrice…

Une intense lumière dorée entoura le corps d’Aidan et le souleva du sol, l’arrachant des bras d’Helen. Elle voulut crier mais il lui sourit. On aurait dit le dieu Apollon prenant place sur son char solaire… Alors, elle s’obligea à être forte. À son tour, elle esquissa un sourire, comme un ultime geste d’amour. Le corps d’Aidan devint une image évanescente et il disparut.

Pour de bon…

 

Dans la matinée qui suivit, quand l’infirmière de jour se présenta dans la chambre 408, Aidan, libéré, souriait dans son repos éternel, ses parents à ses côtés.

Helen, elle, s’était éclipsée, rassérénée, les laissant dire au revoir à leur fils, leur Aidan, et se préparer, déjà, au premier jour du reste de sa vie avec son James. Car c’était un p’tit mec, dans son ventre ; elle en était sûre. Et ce serait un dieu du surf.

 

Dehors, le soleil brillait de mille feux.

 

 

Publié dans auteur mystère

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clovis simard 03/03/2012 21:42


Voir mon blog(fermaton.over-blog.com),No-27. - THÉORÈME TAN. - DIEU NOUS ÉCRIT ?

Alain Delestienne 17/07/2011 19:10



Totalement envouté par ce beau texte aux phrases bien balancées.



carine-LAure Desguin 17/07/2011 16:56



Je parie que c'est Josy Mallet-Praud; de l'amour, du médical et des expressions qui me font dire que ...."couleur camion de pompier", c'est un truc à la josy, ça !



Bob 17/07/2011 16:29



Oui p'têt Christine à cause des biceps du jeune surfeur...  mais non: trop fleur bleue pour elle. Je donne ma langue au chat. A mon avis qqn que je n'ai pas encore lu...Josy ?



Pâques 17/07/2011 16:21



J'ai pleuré...


Une nuit magique pour se dire aurevoir et au matin la cruelle réalité.


??? je ne sais pas qui est l'auteur...



Sophie B. 17/07/2011 14:10



Une bien belle histoire !



Micheline Boland 17/07/2011 14:02



Une belle histoire. Moi, je pense à Christine...



Bob 17/07/2011 12:20



j'en ai les larmes aux yeux... superbe ! A mon avis, qqn que je n'ai oas encore lu... et je lm'en veux !



Steph 17/07/2011 10:17



J'ai adoré ! Une superbe histoire. Et pourquoi pas Claude Colson... Histoire romantique...



Edmée De Xhavée 17/07/2011 09:29



Josyyyyyyyyy, c'est toi? J'ai beaucoup aimé et en ai les larmes aux yeux... snif snif!



Nadine Groenecke 17/07/2011 09:04



Moi, je pense à Adam.



Claude Colson 17/07/2011 07:30



Une belle histoire malgré tout qu'on suit jusqu'au bout.


Seule la découpe en propositions m'a quelquefois posé de petits problèmes mais ce n'est pas l'essentiel.


Si c'était de carine-laure ?? (pas sûr)



Serge 17/07/2011 07:28



Je ne suis pas fan de nouvelles sentimentales mais celle-ci me surprend. Un beau style tout en retenue. Puisqu'il s'agit d'un jeu, curieusement, je dirais que le texte a été écrit par un homme.