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Le blog Aloys

Le chevalier noir, le feuilleton de Christian Van Moer. Episode 7

24 Avril 2014 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Feuilleton

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LE CHEVALIER NOIR

feuilleton par Christian VAN MOER

http://christianvanmoer.skynetblogs.be/

 

Au temps des heaumes et des hauberts,

il était une fois la forêt du Mauroi…

 

 

 

épisode 7 : Le Pertuis maudit

 

         − Au tour de Létha, la Vouivre, Baron.

         − Je vous écoute, sorcière.

         − Elle vit dans la ravine qui court jusqu’à la lisière orientale du Mauroi ; dans une grotte profonde, insondable, aux galeries qui s’enfoncent et se perdent dans les entrailles de la Terre. A quelques enjambées de son antre s’ouvre le Pertuis Maudit, le trou aux serpents, le nid de ses tueurs qui lui obéissent aveuglément. Pour avoir une chance de la vaincre, il faut d’abord neutraliser ces sournoises cohortes rampantes.

         − Comment, sorcière ?

         − C’est votre problème, Baron. Pas le mien.

Ensuite, il vous faut la combattre de près pour lui planter votre épée dans le crâne et maintenir fermement l’acier tant que dureront ses contorsions désespérées pour s’en dégager. Elle mettra longtemps à mourir. Si vous relâchez un tant soit peu votre effort, elle se libèrera du glaive et recouvrera sur-le-champ sa forme intacte. Il faut que sa tête reste fendue jusqu’à son dernier spasme.

         − Et ses armes, ce sont ses crochets venimeux, je présume ?

         − Pas exactement, Baron. La gueule de la Vouivre est dépourvue de crochets. Dépourvue de crochets, mais non de venin mortel, une bave glauque qu’elle crache sur sa proie avec une précision diabolique à plusieurs pas de distance. Ce venin corrosif dissout toute matière qu’il atteint, brûle et ronge irrémédiablement les chairs jusqu’à la mort.

         − Existe-t-il un moyen de s’en protéger ?

         − Oui, Baron, mais il faut pour cela avoir recours à ma magie. Ce moyen, c’est votre bouclier de Croisé, pourvu que vous le prépariez exactement comme je vais vous l’indiquer… Quelle est la devise des barons de Valembourg ?

         − … Cum decore vincere, pourquoi cette question, sorcière ?

         − Vaincre avec honneur… Parfait. Recouvrez votre écu de parchemin, de vélin pour être précis, sur lequel vous aurez transcrit la devise de votre lignage avec votre sang, Baron : le venin de Létha n’aura aucun effet sur lui. Mais ne perdez pas de vue que votre bouclier ne protège pas votre destrier ni vous-même entièrement. Il vous faudra combattre à pied et parer tous les jets de bave ! La Vouivre visera aussi bien vos pieds que votre chef, le bras qui manie ou la main qui tient le glaive. Un instant de relâchement et c’est la fin. Mais avec le crâne fendu jusqu’au menton, elle ne peut plus cracher.

         − Diantre !... Avez-vous du vélin, sorcière ?

         − Oui, Baron. Préparons votre égide.

 

* * *

 

         «  Beau vole beaucoup plus bas et plus près de moi, aujourd’hui. Craint-il que je le perde de vue ? »

 

         Le Chevalier Noir ignore que la fée Sargasse a pris l’apparence de son corbeau, car elle tient absolument à assister au combat et espère pouvoir se repaître de l’agonie de Létha, sa pire ennemie. En vue du Pertuis Maudit, elle feint de faire demi-tour, mais se perche sur la cime d’un grand hêtre, d’où elle pourra tout observer.

         Gilles descend de cheval au bord de la ravine et examine longuement la configuration du lieu avant de s’y aventurer. Il aperçoit la Vouivre aller et venir aux abords de son antre, mais ne remarque aucun serpent.

 

         « Bonne affaire ! Ces satanées bestioles sont dans leur trou. Je vois distinctement la gueule noire et béante de la fosse d’ici ; elle n’est pas bien large, me semble-t-il. Comment pourrais-je condamner ce passage sans me faire assaillir ? »

 

         Gilles remarque alors un gros quartier de roche, plus ou moins sphérique, éboulé jusqu’à un pas du bord du chemin creux.

 

         «  Voilà ce qu’il me faut ! On dirait qu’il s’est arrêté là exprès et qu’il n’attend que moi ! s’exclame-t-il. Si je parviens à faire basculer cette masse dans la ravine, elle va dévaler le versant et filer droit vers l’aven. La pente est douce, sa course sera plutôt lente, peut-être même sera-t-elle encore un peu ralentie par les hautes herbes ; mais si mon calcul est exact, le trou l’arrêtera tout net et l’ouverture sera bel et bien obstruée ! Allons, Valembourg, au travail ! Commence par déblayer le sol autour de la roche et creuse ce qu’il faut du bon côté avec ton épée jusqu’à ce qu’elle bascule. »

 

         De son observatoire, Sargasse admire l’intelligence du Chevalier Noir et croasse de joie en voyant que le rocher s’enfonce pile et suffisamment dans le pertuis pour le fermer hermétiquement.

Attirée par le bruit, la Vouivre sort de sa grotte et, verte de rage, remonte la ravine à la rencontre de l’intrus qui, loin de tourner les talons, s’avance résolument vers elle.

         Gilles constate avec surprise que Létha a un fort joli corps de femme et que son visage, s’il n’était dépourvu de nez et n’avait le menton fuyant, serait franchement avenant.

         La beauté nue contre le guerrier bardé de fer ! L’issue du combat paraît évidente. Et pourtant charme et poison sont les armes les plus redoutables.

 

         « Ne te laisse pas envoûter et distraire par sa beauté, Baron ! s’affole Sargasse. Dis-toi bien que c’est un monstre, qui extermine sans pitié les voyageurs – hommes, femmes, enfants – qui ont le malheur de s’égarer dans sa ravine en traversant la forêt. Manie l’écu et l’épée comme jamais tu ne les as maniés. Ce sont dix Sarrazins qui t’encerclent et te pressent ! C’est l’Hydre aux sept têtes ! L’Octopode des abysses ! Fixe ses yeux, Baron : ils t’indiquent où elle va cracher son venin. »

 

         Schpffft ! Létha est vive et souple. Schpffft ! Elle esquive les coups de glaive du Chevalier Noir sans peine. Schpffft ! Gilles utilise son bouclier avec une habileté remarquable. Schpffft ! Le combat s’éternise. Schpffft ! L’issue est incertaine. Schpffft !

Sargasse se décide alors à intervenir. En vol plané, sans bruit, elle surgit dans le dos de la Vouivre et lui donne un violent coup de bec avant de se sauver à tire-d’aile. Surprise, Létha se retourne. Schpffft ! Instant de distraction fatal : le Chevalier Noir ne laisse pas passer l’occasion de lui fendre le crâne. Elle a beau se débattre, se tortiller, se contorsionner pour se dégager, l’épée, tenue d’une main ferme, finit par la clouer au sol. Le soleret du vainqueur lui écrase le ventre pour l’immobiliser tout à fait. Peu à peu ses yeux étonnés s’éteignent et se ferment à jamais. Par précaution, Gilles attend encore un peu avant de retirer son épée pour lui trancher la tête et lui prendre l’amulette.

 

[ ©  Christian Van Moer  & Chloé des Lys ]

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à suivre

 

épisode 8 : Le Loup-garou du Sablon

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Anne Renault 26/04/2014 20:25

Dommage, pas de nez et le menton fuyant ! Elle mérite la mort...

Edmée De Xhavée 25/04/2014 09:15

J'ai loupé l'épisode d'hier que je m'en vais lire de ce pas... Mais ce Gilles fait un mort par jour, le fougueux personnage...

Carine-Laure Desguin 25/04/2014 07:37

On se prend au jeu, on attend le feuilleton! Ce que j'aime aussi dans ce texte, des substantifs que je redécouvre, des mots qui me plaisent. Le mot Vouivre par exemple.

Christine Brunet 25/04/2014 07:30

Mais si, Jean-Louis ! Tu as zappé un épisode ! Cette fois-ci, le combat fut rude ! Voilà qui ne présage rien de bon...

Jean-Louis Gillessen 25/04/2014 17:54

Christine, tu veux me rendre frappadingue ! Non, s'il est vrai que j'ai connu des horaires décalés hier et avant-hier et que je suis prêt à craquer nerveusement avec mon blogue,
je n'aurais zappé pour rien un épisode. Non, je ne suis pas fou - rires - .
A la fin du 5, la belle nymphe Myrrha soutient notre baron preux Chavalier Noir et lui énonce 3 conditions (dont celle de l'emmener dans sa couche ), dans le 6 il exécute le nain Andros, et à la fin, il dit :

" Bien, j’ai deux jours devant moi. Si j’allais rendre compte du succès de ce combat éclair à la belle Myrrha ?... Pour la remercier de m’avoir si bien renseigné… ".
Non, mais ... euh, quoi, que, hein, bon, alors ?

Jean-Louis Gillessen 25/04/2014 01:51

Hola, notre preux et vaillant Gilles de Valembourg ne s'est pas rendu au préalable chez la belle Myrrha comme il l'avait pensé et annoncé? Dommage. Il doit avoir ses raisons. Le récit continue d'être sensationnel, ce conte me plaît chaque jour de plus en plus. Je ne réitère pas ici tout ce que j'ai écrit hier dans le commentaire de l'épisode 6 : j'ajoute cependant que je verrais bien ce texte être lu, étudié, servir dans l'enseignement comme élément de support dans le cadre d'un moment du cours de français.
Autre : le montage photo de ton visage est plus qu'original, Christian !