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Le blog Aloys

Le chevalier noir, le feuilleton de Christian Van Moer. Episode 2

19 Avril 2014 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Feuilleton

LE CHEVALIER NOIR

feuilleton par Christian VAN MOER

http://christianvanmoer.skynetblogs.be/

 

Au temps des heaumes et des hauberts,

il était une fois la forêt du Mauroi…

 

 

épisode 2 : L’Ogre du Marais

 

         − Voilà, Baron : votre premier adversaire est Gargan, l’ogre du marais. Beau, mon fidèle corbeau vous mènera jusqu’à son repaire. Ne le perdez pas de vue. Dès que vous le voyez rebrousser chemin, c’est que vous êtes arrivé à destination. A vous de jouer alors ; mais attention, Gargan est un géant ! Vous êtes grand, Baron, mais il vous dépasse d’au moins deux têtes.

         − Quels sont ses principaux atouts ?

         − Outre sa force colossale, son adresse : il manie l’épieu et le filet comme les rétiaires antiques les plus habiles.

         − Et ses ressources magiques ?

         − Ses mains : il peut allonger ses doigts puissants en autant de lames effilées.

         − Bien, lâchez votre corbeau, Sargasse, je n’ai pas de temps à perdre.

         − Je ne vous le fais pas dire, Baron.

 

         «  Beau, le corbeau ! Le corbeau Beau ! Nous nageons en plein délire, mon vieux Jais ! marmonne le Chevalier Noir. Enfin, tâchons de mettre au point la stratégie qui doit me permettre de triompher de ce monstre. Pas de précipitation : aujourd’hui, je me contente de repérer les lieux, d’étudier le terrain autant que possible. Demain, je passe à l’offensive. Je n’ai pas droit à l’erreur. Maudite sorcière ! Si j’accomplis ma tâche avec succès, dès que ma petite Sarah est sauvée, je te ferai passer le goût des philtres et des élixirs. Foi de Chevalier Noir !

         Ah ! voilà le corbeau qui fait demi-tour ! Nous y sommes, Jais. Prudence. »

 

         Gilles laisse son destrier dans les halliers et s’approche du manoir avec précaution. Une odeur nauséabonde lui colle aux narines et des nuées de gros insectes agressifs l’assaillent. Le manoir de l’ogre est bâti en plein milieu du marais et n’est rattaché à la terre ferme que par une étroite passerelle de planches glauques et glissantes, ne permettant le passage qu’à un homme à pied. Gilles fait le tour du marécage, mais doit se rendre à l’évidence : il n’y a pas d’autre accès.

 

         « Bigre ! Autour de cette gadoue, je n’ai pas assez de champ pour combattre à cheval ni même à pied contre ce géant. Il faut que je l’affronte à l’intérieur de son antre ! »

 

         Des craquements de roseaux piétinés attirent son attention. Gargan apparaît, se dirigeant vers la passerelle.  Il traîne avec lui deux marmots, noirs de boue et tremblant de peur. L’ogre est réellement impressionnant : une montagne de muscles surmontée d’une énorme tête hérissée de poils hirsutes, drus et rouges comme la braise.

 

         « Le monstre ! Il a encore enlevé des gosses ! Pas de pitié avec ce gaillard-là ! Si je peux, je l’étripe ! »

 

         Le lendemain matin, Gilles revient au manoir, décidé à vaincre l’ogre par la ruse plutôt que par un corps à corps à l’issue incertaine. Il franchit la passerelle et fait crânement retentir le lourd heurtoir de bronze du portail. Gargan, surpris de cette audace, le laisse entrer.

 

         − Hem !... Vous êtes celui que nos vilains appellent le Chevalier Noir, n’est-ce pas ? Que me voulez-vous ?

         − Vous proposer une affaire, Seigneur Gargan.

         − Une affaire ? Hem !... soit, dites toujours, je vous écoute.

         − Voilà, j’ai grand besoin d’argent pour restaurer mon donjon en ruines. Or il se fait que j’ai ramené d’Orient le secret de la conservation indéfinie du sang en flacon et je pense que cela est susceptible de vous intéresser. Vous rendez-vous compte ? Avoir une réserve de sang frais à votre disposition à toute heure du jour et de la nuit ? Je suis disposé à vous vendre cette recette. Qu’en dites-vous, Seigneur Gargan ?

         − Hem !... Cela peut m’intéresser en effet, Chevalier, mais il me faut de sérieuses garanties.

         − Cela va de soi. J’ai ici, dans mon bissac, quelques fioles d’échantillon.

         − Des fioles de sang d’enfant ? s’exclame Gargan, les yeux brillants et l’eau à la bouche.

         − Oui, d’un enfant tué accidentellement il y a dix jours lors d’une tragique chasse à courre.

         − La dernière chasse du jeune prince de Verland ?

         − Celle-là même. Si vous prenez la peine d’y goûter, vous constaterez comme ce sang est resté frais..

         − Hem !... Eh bien, goûtons voir, Chevalier, goûtons voir. Remplissez-moi ce pichet.

         − Aussitôt rempli, le pichet est aussitôt bu. D’un trait.

         − Tudieu ! charlatan, vous croyez vraiment pouvoir me berner ? C’est du vulgaire sang de porc que vous m’avez servi là !... Je…

 

         L’ogre, qui a transformé ses mains en serres d’aigle, ne peut en dire davantage. Il chancelle et s’écroule comme une masse, foudroyé par le puissant narcotique ajouté au sang. Sans perdre un instant, Gilles dégaine son épée et tranche l’abominable tête du monstre. Il s’empare ainsi de l’amulette d’argent et, avant de quitter les lieux, visite le manoir dans l’espoir d’y trouver des enfants encore en vie. Trois mioches sont ainsi sauvés de l’horreur.

 

         − Ne pleurez plus, les enfants. Je vous ramène chez vos parents.

Et d’un ! ricane-t-il en quittant le sinistre parage.

[ ©  Christian Van Moer  & Chloé des Lys ]

http://www.bandbsa.be/contes3/glaneserrancesr.jpg

à suivre

 

épisode 3 : Faune et Centaure

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Christine Brunet 21/04/2014 07:46

Et d'un !!! Gargan zigouillé de belle façon ! vite, demain !

Anne Renault 20/04/2014 20:27

Ah ! Ca continue fort aussi. Avec l'humour qui se pointe...

P 20/04/2014 19:36

Passionnant !!!
Le monstre est mort c'est déjà une bonne chose...

Bob 20/04/2014 10:57

car je ne connaissais que la signification "sinistre, lugubre" du qualificatif. Mais après vérification, "glauque" détermine également une couleur d'un bleu verdâtre, comme celle d'une eau stagnante...

Bravo pour le vocabulaire et zéro pour moi, incapable de rédiger un texte en une fois, mes doigts dérapent et sauvent des bribes de texte !

Bob 20/04/2014 10:55

car je ne connaissais que la signification "sinistre, lugubre" du qualificatif. Mais après vérification, "glauque" détermine également une couleur d'un bleu verdâtre, cxomme celle d'une ea

Bob 20/04/2014 10:53

Toujours aussi intéressant...

J'ai sursauté en lisant "des planches glauques", car je ne conna

Edmée De Xhavée 20/04/2014 10:34

Et hop! Un de moins.... vrai que ça se lit comme un thriller, mais ça a plus de style ... Bravo!

Elisa Romain 20/04/2014 10:19

Rusé le chevalier ! Pourvu que l'épreuve suivante ne soit pas trop périlleuse !

Carine-Laure Desguin 20/04/2014 06:49

Du sang de porc si tôt le matin, beughhhh // On attend la suite car on s'y prend vite, au jeu de ces petits feuilletons...

Jean-Louis Gillessen 20/04/2014 02:27

Passionnant, Christian. Cela se lit comme un thriller. Et bigre, quel vocabulaire aiguisé, quelles descriptions et phrases bien balancées. Plus aussi la qualité des dialogues. J'apprends dix mots dans chaque épisode. Il est vraiment agréable de lire un texte comme tiré du passé, Encore bravo.