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Le blog Aloys

La malédiction de la Main... Une nouvelle d'Edmée De Xhavée

28 Janvier 2011 , Rédigé par aloys.over-blog.com Publié dans #Nouvelle

Edmee-chapeauLa malédiction de la Main – Edmée De Xhavée

 

Alors qu’elle était prête à accoucher de moi, ma mère s’est vue conseiller par le personnel de l’hôpital d’aller au cinéma pour se distraire. Mon père l’a donc emmenée se détendre dans une salle où on donnait un film d’horreur, La main avec Peter Lore. Ella adoré mais bon, je voulais vraiment sortir de là et une fois le film fini, elle est retournée à l’hôpital où je suis née à 2h45 du matin. Il paraît que je ressemblais à Peter Lore, ce qui n’est pas flatteur comme je l’ai constaté il y a peu.  

 

Bien des années ont passé… et  je suis arrivée en 2001 (comme vous tous d’ailleurs….). Mon mari et moi avions une imprimerie, et…

 

Pauvre petit chat de rue ! Pauvre, mais pauvre petit ! Nous avions le cœur brisé de devoir jeter « Voyou » à la porte chaque soir alors qu’il avait passé la journée sur des boîtes de carton dans l’imprimerie. Il s’y détendait et surtout s’y goinfrait tout le jour, et on le restituait aux tiques, puces, matous couverts de croûtes et ventre creux chaque soir. Puis on a découvert, en y regardant mieux, qu’il s’agissait d’une Voyelle… pauvre, mais pauvre petite chatte vouée à une mort certaine dans la rue … Alors … eh bien, on a décidé d’en faire une heureuse bestiole, et de la capturer pour y arriver.

 

Elle n’a pas du tout aimé ce plan, et m’a mordue avec la vigueur et la précision d’un douanier qui vous prend pour un terroriste. J’ai tenu bon. Surtout pas lâcher. Aïe-aïe-aïe-aïe pas lâcher ! C’était pour son bien, on penserait au mien après. Nous l’avons conduite chez le vétérinaire pour la faire stériliser, et  sommes rentrés travailler le cœur gros – pauvre petite chose effrayée !

 

Pendant ce temps-là, ma main – la malédiction de Peter Lore – faisait si mal que je l’aurais volontiers coupée. En fin d’après-midi elle avait le volume de la main de King-Kong, et j’ai décidé d’aller effrayer notre médecin traitant en la lui agitant sous le nez. Il s’agissait d’une ravissante Asiatique qui aurait eu sa place au concours de Miss Philippines, mais pas ailleurs. Elle a regardé la chose et a calmement dessiné les contours de la partie gonflée avec un marqueur noir, et m’a dit de revenir le lendemain si ça avait empiré. Et m’a prescrit des anti-douleurs qui auraient permis que l’on me coupe en morceaux sans que je cesse de chanter.

 

Le lendemain, la main de King-Kong avait changé – franchement, Peter Lore, je n’avais rien fait, moi ! C’était ma mère qui voulait voir le film, pas moi ! – et ressemblait à une pastèque de la couleur d’une pomme au sucre : un vermillon luisant du plus bel effet. Les lignes tracées par Miss Philippines n’étaient plus qu’une bouée dans une mer de lave. « Je vous envoie chez le docteur Bond » me dit-elle avec un sourire éblouissant. Mais le docteur Bond n’a pas de rendez-vous avant le lendemain après-midi.

 

Sa salle d’attente ravirait Barbie si elle était malade : fleurs artificielles, tableaux romantiques avec des champs plus fleuris que Keukenhof et des rivières si brillantes qu’on dirait une coulée de glycérine. Et arrive le docteur Bond qui est UNE docteur Bond. Une noire hautaine qui s’avance vers moi comme si j’étais enchaînée au mur et elle armée de bistouris trempés dans du venin de serpent. Et en effet, j’ai beau ne pas être enchaînée, elle s’empare de ma main gigantesque et tente d’enfoncer un bâtonnet là où les quenottes de Voyelle – la pauvre petite – ont fait leur entrée dans mes chairs. « Pour voir s’il y a un abcès » dit-elle avec une férocité satisfaite, tandis que je serre les dents, car je ne prenais plus de la potion magique anti-douleur. Elle constate que non, pas d’abcès, et m’informe enfin de ce qu’elle ne peut rien pour moi de toute façon car elle, son rayon, c’est la chirurgie esthétique de la main ! Magnanime quand même elle me conseille d’aller voir le docteur *&^)_%$ (oui, c’est aussi difficile à prononcer que ça !) qui lui, est spécialiste des maladies infectieuses.

 

Cher docteur *&^)_%$ … en voyant la chose qui termine mon bras (car elle ne me sert même plus de main, à ce stade-là…) il s’écrie : Mais vous devriez être à l’hôpital depuis deux jours ! Vous n’avez plus de sensibilité dans la paume ! Hop ! Hôpital !

 

Et j’y suis restée trois jours avec un antibiotique en intra-veineuse que l’on changeait toutes les 4 heures, grelottant de froid en plein mois de juillet. Pendant ce temps là, Voyelle prenait possession de ses confortables nouveaux quartiers…

 

Plus tard j’ai reçu par erreur les papiers de l’assurance médicale destinés au Dr Bond. L’espionne au bâtonnet réclamait $250 pour la visite (5 minutes….) et $285 pour avoir nettoyé mon abcès… Armée de l’indignation du JUSTE, j’ai bondi sur le téléphone pour informer la compagnie d’assurance de la fraude commise, pour m’entendre dire … « qu’est-ce que ça peut vous faire ? Ce n’est pas vous mais nous qui payons ! » Non, cruche, c’est moi qui paye une assurance trop cher pour couvrir les fraudes et les galanteries que les médecins se font entre eux : Miss Philippines a envoyé à l’espionne au bâtonnet une cliente qui n’en avait pas besoin mais qui lui rapporte plus de $500. L’espionne lui rendra la pareille ou  l’invitera à un dîner de gala quelconque. Et je paye.

 

Voyelle va bien. Le docteur *&^)_%$ a presque volé mon cœur, car il m’a bel et bien sauvé la main, celle que Peter Lore voulait me prendre.

 

Edmée de Xhavée

edmee.de.xhavee.over-blog.com

 

 

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claude danze 31/01/2011 21:15



Mais comment tu fais pour ainsi nous captiver avec trois fois rien? Mais n'oublions pas, comme disait Raymond Devos, que deux fois rien, c'est quelque chose (alors trois fois, j'te dis pas...).
Merci pour ce moment de lecture plein d'imprévus, d'états d'âme, d'authenticité. J'ai adoré.



Philippe D 28/01/2011 18:02



J'attendais cette nouvelle depuis plusieurs jours. Aujourd'hui je me demande s'il ne s'agit pas d'une histoire vécue tant les mots sonnent vrai !


J'ai bien raison de ne pas aimer les chats !


Bon weekend.



magerotte 28/01/2011 16:38



EXCELLENTE NOUVELLE ! A propos de Peter Lorre, cet acteur était magistral dans "M le maudit" de Fritz Lang. Ce film raconte l'histoire du vampire de Dusseldorf



Anne Renault 28/01/2011 13:46



De toutes façons, je craque sur les histoires de chats perdus en souffance. J'en au recueilli, nourri, câliné plus d'un...Quant à la main, ça fait partie des aléas
de la vocation de sauveur de chat...Je garde moi aussi quelques traces d'affection mordeuse ou griffeuse.


Et je craque encore plus quand l'histoire est contée avec cet entrain, cet humour, cette légèreté.



carine-LAure Desguin 28/01/2011 13:40



Des toubibs pris la main dans le sac ...Un sac de noeuds dénoués avec brio légèreté et humour ! Ah Edmée reste avec nous ne pars pas je t'en suppplie ! Enfin heu je voulais dire, reviens !



Edmée 28/01/2011 12:38



Merciiiii! Non, c'était ma maman qui avait voulu aller voir un film d'horreur! Elle adorait ça!



Lascavia 28/01/2011 10:03



BRAVISSIMO, Edmée. Un talent fou++++++++++ qui se complait dans tous les styles ! Ici, une histoire de main mémorable...sympa les chats, mais (presque) toutes leurs morsures
et  griffures ont tendance à tourner mal (peuvent pas être parfaites ces petites bestioles à poils ). Bises.
Josy.



Gauthier Hiernaux 28/01/2011 10:00



Oui, je connais bien le Dr *&^)_%$ mais permets-moi de te
dire que ta prononciation laisse à désirer. Tu as oublié un % entre l'^ et la ) 


G



Nadine Groenecke 28/01/2011 09:28



Effrayant cette histoire de main qui aurait pu mal tourner et tout aussi effrayants les personnages dépeints par Edmée ! Des gens sans scrupules comme on en rencontre malheureusement trop
souvent. Edmée, tu aurais pu naître dans le cinéma... drôle d'idée (de ton père, je suppose) de choisir un film d'horreur ! 



Micheline 28/01/2011 09:00



Le style magnifique d'Edmée pour une histoire qui donne froid dans le dos.


Bravo Edmée !



christine 28/01/2011 06:48



Morale de l'histoire ? Faut pas tenter de faire de bonheur des autres contre leur gré (Voyelle avait envie de courir paisiblement la prétentaine) et, surtout, il faut éviter le ciné avant
d'accoucher !