La bête blanche, un conte de Micheline Boland

Publié le par christine brunet /aloys

 

boland photo

 

LA BÊTE BLANCHE

 

Le vieux Léon a passé la moitié de sa vie comme mineur. Son père était mineur également et son fils, Jean, travaille lui aussi au charbonnage.

 

Quand il aura l'âge requis, Mathieu, le petit-fils de Léon ira aussi travailler là-bas. Pour un peu le rassurer, Léon raconte des histoires merveilleuses qui se sont passées là-bas, dans les profondeurs de la terre.

 

Léon raconte… Il raconte l'histoire d'une petite bête blanche, mi-souris, mi-écureuil, qui lui parlait. Malgré le bruit des marteaux piqueurs, il comprenait ce qu'elle lui racontait. Léon l'avait appelée Mimie. Elle le retrouvait presque chaque jour et le prévenait du danger. Elle léchait ses blessures qui guérissaient aussitôt. Il pense bien que c'est à cause de Mimie qu'il est encore en bonne santé et peut profiter de son jardin. Quand il était descendu pour la dernière fois, Mimie s'était métamorphosée en femme et il l'avait vue disparaître au fond de la galerie dans un halo de lumière jaune. Elle lui avait même envoyé un baiser du bout des doigts.

 

Aujourd'hui, Mathieu a treize ans. Il a fini l'école primaire et a été engagé par le charbonnage. Son cœur bat déjà très fort lorsqu'on lui donne une lampe et il bat encore plus fort lorsque l'ascenseur commence à descendre.

 

Il a peur. Il ne peut plus reculer. Au fond, il fait terriblement chaud, étouffant et il y a un de ces vacarmes. Tout est noir et il a beau chercher,  il n'y a pas de jolie petite bête blanche. Pourtant, à la fin de la journée, oui, il lui semble bien apercevoir un animal qui disparaît aussitôt.

 

Après ses douze heures de travail, Mathieu revient à la surface. Il a beau passer à la douche, il se sent toujours sale. L'air frais auquel il aspirait lui donne le tournis. Les efforts qu'il a fournis, lui ont coupé l'appétit. C'est vraiment autre chose que d'aller à l'école. Il est épuisé.

 

Jour après jour, Mathieu descend. L'air est irrespirable. Il y a la poussière, l'étroitesse des tailles. Il ne s'habitue pas vraiment. Tout cela n'est pas rassurant. Pour lui, c'est comme l'enfer. Pour se faire entendre, il faut crier bien plus fort que le maître d'école. Mais parfois, oui parfois, il lui semble voir une petite bête blanche à ses pieds. Quand il la regarde, elle disparaît. Il a la sensation qu'elle se trouve sur son épaule. Elle lui parle, elle l'encourage, lui promet un beau dimanche. Elle dit plein de choses qu'il aime entendre.

 

Au fil du temps, Mathieu a revu la petite bête blanche plusieurs fois. Il croit bien que c'est un effet de son imagination mais quand il en parle à son grand-père, ça lui semble plus vrai que le chat qui ronronne à ses pieds…

 

Et puis si Pépé Léon l'a vue, pourquoi pas lui ?

 

Micheline Boland

micheline-ecrit.blogspot.com

 

M Boland Nouvelles à fleur de peau

 

Publié dans Nouvelle

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Philippe D 27/06/2012 05:50


De quoi avoir envie de descendre dans la mine...


Bonne journée à tous.

carine-Laure Desguin 27/06/2012 05:21


Voilà un texte qui nous prend par la main et qui nous entraîne sur les chemins du merveilleux.