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Le blog Aloys

L'auteur mystère n'est autre de Philippe Wolfenberg, l'auteur de "Les étâts de la lune et du soleil"

22 Décembre 2013 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #auteur mystère

 

etatsame

 

 

 

Dimanche 21 mars 2010

 

A travers la fenêtre de la chambre, je contemple le parc. Ordinairement, la vision de la nature, si forte et si sereine, suffit à calmer mes angoisses. Ce matin, c’est peine perdue. Je mets cette nervosité sur le compte de ce qui s’apparente, en toute logique, à un phénomène de manque : une poussée d’adrénaline, au moment de prendre Caterina à la dérobée, suivie d’une nuit tout en douceur et, aujourd’hui, le besoin impératif de franchir une nouvelle étape. Le sexe – ainsi que l’amour, d’ailleurs – est une drogue… Il en faut sans cesse plus et, si possible, présenté sous un jour différent. Si l’habitude tue la passion, je ne suis pas convaincu pour autant que l’imagination soit infinie.

Je reviens vers le lit. Dans les draps en désordre, Caterina, entièrement nue, dort toujours. Ses formes épanouies, la sensualité de son visage, ses imperfections qui loin de desservir sa beauté la transcende et sa personnalité, paradoxalement rebelle et docile, m’ont pris au piège. Le maître qu’elle se plaît à voir en moi, finalement, n’est qu’un pantin dérisoire dont elle tire les ficelles… Inconsciemment ou non. Je suis totalement dépendant d’elle comme elle l’est de moi. Jusqu’au jour où, tels deux Icare, nous brûlerons nos ailes aux flammes de la lassitude. Mais peut-être serons-nous sauvés, à la dernière extrémité, par la tendresse qui prévaut lors des heures les moins excessives de notre relation.

 

*

 

Le ciel est gris et il pleut à verse. Les tentures du salon, parfaitement closes, constituent un obstacle impénétrable pour la lumière sans éclat de ce début d’après-midi. Caterina, à genoux devant la cheminée, est vêtue d’un body en cuir noir qui part de la taille et s’arrête sous les seins. Glissée entre ceux-ci, une lanière ajustable s’en va rejoindre un large collier orné de rivets argentés. De chaque côté, à hauteur du nombril, un anneau métallique est relié au moyen d’une chaîne à un bracelet emprisonnant le poignet. Une sangle, attachée sur le devant à l’aide d’un bouton-pression, couvre son sexe puis se scinde en deux parties croisant la courbe des fesses et fixées au revers par le même procédé. Enfin, dans le dos, un chapelet d’agrafes scelle cette étonnante cuirasse.

 

Quelques cierges, posés sur des plateaux en étain, forment un cercle qui va nous soustraire, durant ce cérémonial érotique, à la morale des bien-pensants.

 

Elle me dévisage. Dans ses yeux, je discerne un amalgame d’appréhension, d’impatience, de soumission et de défi. Un battement de cils et je prends conscience de son tempérament antinomique : une force de caractère insoupçonnée en lutte avec une irrépressible inclination à être dominée. Un antagonisme inhérent aux individualités tiraillées entre éducation rigide et affranchissement en devenir.

 

Aussi expressif et fascinant que soit son regard, je le dissimule sous un bandeau de tissu opaque. Davantage dépendante de mes fantasmes (qui, pour partie, sont aussi les siens), elle n’en reste pas moins d’une surprenante sérénité.

 

Du bout de la cravache que ma main tient avec fermeté, je dessine le contour de sa poitrine. Je m’attarde sur les aréoles et les extrémités dressées qu’elles encerclent. Un frisson parcourt son corps. Je libère ses bras et lui donne l’ordre de poser les mains sur le sol. Elle s’exécute. L’instrument de torture effleure sa croupe relevée en prélude à une série de coups légers ponctuée d’un dernier plus violent. Je respecte scrupuleusement ce rythme afin qu’elle le mémorise. Ainsi, tel un déclencheur sensoriel, il est la promesse, dans un climat contradictoire d’anxiété et de désir intenses, de l’exquise souffrance qui lui arrache, à chaque recommencement, un cri de douleur et de plaisir mélangés.

 

Je l’aide à se relever et à se débarrasser de son harnachement. Ensuite, je la guide jusqu’à la chambre.

- Changeons les rôles… Si tu restes privée de vision, tu as le droit, par contre, de faire ce que tu veux de moi…

- Mon Maître est trop généreux…

 

Un sourire amusé aux lèvres, Caterina détache maladroitement ma chemise, la fait glisser sur mes épaules et l’expédie au petit bonheur la chance. Elle tapisse mon torse de baisers doux et humides. Sa langue s’aventure sur mon ventre ; j’ai grand-peine à me contrôler tant cette partie de mon anatomie est réactive à ces attouchements. Elle entrouvre mon pantalon et, en même temps qu’elle lèche ma bouche, s’empare de mon sexe qu’elle guide entre ses cuisses. Avec fougue, elle me chevauche longuement jusqu’à obtenir le produit de ma jouissance qu’elle considère, avec justesse, être le prix de son abandon absolu.

 

 

Philippe Wolfenberg

 

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