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Le blog Aloys

L'auteur de cette nouvelle n'est autre que... Nadine Groenecke !

20 Mai 2012 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #auteur mystère

 

 

nadine groenecke

 

 

Forever

 

 

 

L’amour est une catastrophe magnifique : savoir que l’on fonce dans un mur, et accélérer quand même. L’amour dure trois ans - Frédéric BEIGBEDER

 

Samedi 11 février 2012

 

Bientôt trois ans que mon histoire d’amour avec Valentin a débuté et, d’après les spécialistes du couple, nous atteignons la date de péremption. En d’autres termes, nous entrons dans la phase critique, celle où la passion commence à s’émousser. J’ai du mal à le croire étant donné que ma relation avec cet homme est toujours aussi intense que lors des premiers jours de notre rencontre. J’en veux pour preuve notre dernière partie de jambes en l’air, ce matin même, sur le fauteuil de dentiste vert pomme de Valentin. Il était tellement heureux d’emménager dans les locaux de son nouveau cabinet qu’il a voulu fêter ça à sa manière ! Sous prétexte de me les faire découvrir, il m’a demandé d’être là avant l’arrivée des premiers patients. J’ai compris quelles étaient ses véritables intentions lorsque j’ai constaté qu’il était nu sous sa blouse…

 

D’un ton détaché, il m’a d’abord prié de m’asseoir. Démonstration à l’appui, il m’a ensuite expliqué que le siège sur lequel je me trouvais pouvait être commandé à partir de plusieurs endroits : du pied, du clavier de la console, ou encore, du clavier du support aspiration, et il a précisé qu’une carte électronique permettait d’enregistrer quatre positions : la montée de l’assise du fauteuil monocoque, la descente de la coque et le basculement de cette dernière vers le haut ou vers le bas. Un vrai discours de commercial ! « Pour vous madame, j’opte pour la dernière position qui correspond à l’allongement du patient », a-t-il fini par déclarer, aussi sérieux qu’un pape en pleine bénédiction urbi et orbi. Un scénario nourri de ses fantasmes et dans lequel l’emploi du vouvoiement, censé m’assimiler à une parfaite inconnue, m’a beaucoup amusée. Rien qu’un avant-goût de plaisir…

 

Valentin a ensuite recouvert mes yeux d’un des masques protecteurs dont il se sert au quotidien, puis a entrepris de m’effeuiller avec une délicatesse des plus voluptueuses. Je n’avais encore jamais rien connu d’aussi excitant ! Mais je n’étais pas au bout de mes surprises…

 

Une fois débarrassée de mes vêtements, j’ai senti un souffle me parcourir le corps, comme si un escadron d’anges m’effleurait de la pointe de ses ailes. La caresse aérienne m’a fait frémir et a vite cédé la place à une sensation bien plus vive qui s’est chargée de faire monter le désir d’un cran. Sensation s’apparentant, cette fois, à des picotements de becs d’oiseaux…

 

Lorsque le dentiste nouvelle version a daigné me rendre la vue, j’ai constaté qu’il venait tout simplement d’expérimenter un usage inédit de la soufflette et du foret ! Des préliminaires complètement inattendus et qui n’ont pas tardé à produire leurs effets. Au moment de l’extase, j’ai envoyé valdinguer une ribambelle d’instruments et Valentin a déclenché par inadvertance la fontaine du crachoir rotatif. Intriguée par le bruit, son assistante, qui venait d’arriver, a ouvert précipitamment la porte et l’a refermée encore plus vite. J’ai éclaté d’un rire tonitruant tandis que mon partenaire esquissait un petit sourire coincé.

 

Comme vous venez de le comprendre, notre appétit sexuel et notre complicité sont loin d’être en berne. Ces quelques confidences sur notre intimité démentent toute idée reçue en matière de pérennité du couple. Et je pense que nous réussirons à repousser les limites de l’ennui bien au-delà des trois ans. Peut-être même finirons-nous nos jours ensemble.

 

 

Dimanche 12 février 2012

 

Nous sommes allés voir « L’amour dure trois ans » au cinéma. Le nôtre franchira le cap sans problème, j’en suis désormais entièrement convaincue.

 

 

Lundi 13 février 2012

 

            Après le travail, retrouvailles à la salle de sport. Valentin a un corps d’athlète et l’entretient. Les autres femmes le dévoraient des yeux mais il ne leur a pas accordé la moindre attention.

 

 

Mardi 14 février 2012

 

Dîner aux chandelles au restaurant gastronomique du château des Monthairons. Quoi de plus classique en ce jour de Saint-Valentin, me direz-vous, mais mon Valentin à moi sait bien qu’il n’y a rien de tel qu’un bon repas pour me faire plaisir. J’ai particulièrement aimé le duo de foie gras des Landes et son paleron du Limousin cuit fondant, servi avec de la rhubarbe confite au caramel balsamique. Et pas moins apprécié la fin de la soirée chez lui, aussi piquante que notre récente expérience au cabinet puisque Valentin avait eu la bonne idée de glisser un de ses forets dans sa poche.

 

 

Mercredi 15 février 2012

 

            Nous séjournons à Londres jusqu’à demain soir. Jamais capitale ne m’a parue si encombrée ! Face à ce ballet incessant de bus et de cabs, Boileau n’aurait plus qu’à réviser ses « embarras de Paris », en comparaison bien dérisoires.

 

Avant de filer à un congrès dentaire, Valentin m’a remis sa Gold Mastercard : « Tiens, fais-toi plaisir », a-t-il balbutié d’un air gêné, car il s’en voulait de m’abandonner, ne fut-ce que quelques heures. Pour compenser son absence, rien de mieux qu’une séance de shopping à ses frais, avait-il alors décrété. Il est comme ça, généreux et attentionné, Valentin ! Je n’ai eu aucun mal à faire bon usage de son argent dans les boutiques branchées du quartier de Covent Garden.

 

Existe-il un autre homme capable de me combler autant ? Un autre homme avec autant de qualités ?

En soirée, il m’a invitée au Shaftesbury Theatre où nous avons passé un excellent moment en compagnie des interprètes de la comédie musicale Rock Of Ages. A la fin du spectacle, nous nous sommes engouffrés dans un taxi pour rejoindre notre hôtel. Par la fenêtre, j’ai aperçu un renard qui traversait la route. Constatant mon étonnement, Valentin m’a appris que dix mille de ces petites boules de poils ont trouvé refuge dans la capitale britannique. Il a ensuite désigné une tour en construction, avant d’ajouter : « C’est dans ce gratte-ciel, bientôt le plus haut d’Europe, qu’un de ces goupils s’est introduit il y a quelques mois. Il a grimpé jusqu’au soixante-douzième étage où il est resté piégé durant deux semaines. »

 

 De telles anecdotes, Valentin en a plus d’une en tête et je me délecte à leur écoute. En riant, j’ai suggéré d’adopter un renard. Idée à laquelle j’ai vite renoncé lorsque mon compagnon m’a fait part d’une autre histoire plus du tout attendrissante : celle de deux gosses salement amochés par un de ces canidés alors qu’ils dormaient tranquillement dans leur chambre.

 

 

Jeudi 16 février 2012

 

            Débarrassé de ses obligations professionnelles, Valentin s’est révélé un cicérone hors pair durant cette deuxième journée à Londres. Ses connaissances culturelles n’ont eu de cesse de m’éblouir. Grâce à elles, cette ville n’a plus aucun secret pour moi. Mais le meilleur restait à venir…

 

A la nuit tombée, alors que mes jambes criaient grâce et que je n’aspirais donc qu’à retrouver le lit douillet de notre hôtel, mon guide d’un jour m’a pressé de le suivre dans le London Eye, la grande roue qui surplombe la Tamise. J’ai eu beau le supplier de renoncer à son projet, il est resté inflexible. A ce moment-là, je me suis dis que j’avais trouvé la faille. L’homme que je parais de toutes les qualités était sans doute un brin égoïste ou alors plus têtu qu’une mule. Comme j’ai regretté telles élucubrations ! Car, tenez-vous bien : alors que nous étions suspendus à 135 m de haut, il s’est soudainement agenouillé à mes pieds pour me demander en mariage ! Vous vous rendez compte ! Impossible de réfréner les battements démesurés de mon cœur, j’ai cru mourir de bonheur et ma fatigue s’est envolée d’un coup ! Quand je vous disais qu’il n’arrêtait pas de me surprendre…

 

 

Vendredi 17 février 2012

 

De retour en France, j’ai encore du mal à croire que je n’ai pas rêvé la soirée d’hier.  Cette demande en mariage, c’était tellement incroyable et tellement romantique !!! J’ai vécu le plus beau moment de mon existence. Et ce diamant de la taille d’une noisette qui orne mon doigt, combien de filles rêveraient d’avoir le même !

 

Demain soir, nous fêterons le troisième anniversaire de notre rencontre. J’ai demandé à Valentin de venir chez moi. En fait, je lui réserve à mon tour une surprise et ce, dès le matin, sur son lieu de travail.

 

 

Samedi 18 février 2012

 

Je suis arrivée au cabinet aussi émoustillée qu’une adolescente à son premier rendez-vous galant. La voiture de Valentin, garée juste devant le bâtiment, attestait de sa présence. Ses premiers patients ne débouleraient pas avant une bonne demi-heure, un laps de temps suffisant pour mettre mon plan à exécution…

 

Histoire de saluer comme il se doit l’entrée de notre couple dans sa quatrième année d’existence, j’avais décidé de me transformer en assistante dentaire ultra sexy, c’était ça ma surprise. Sous un manteau des plus austères, tout ce qu’il fallait pour faire perdre la tête à un homme : bas noirs,  talons vertigineux et décolleté à faire damner un saint, comme on dit. De quoi chambouler même le plus récalcitrant aux galipettes.

 

Un fois à l’intérieur du local, je me suis faite aussi discrète qu’une souris en trottinant sur la pointe des pieds. Encore un peu de patience et j’allais lire la stupéfaction sur le visage de mon amant puis voir naître le désir dans ses yeux…

 

Mais ce n’est pas vraiment ainsi que les choses se sont produites ! Jugez vous-même…

 

Lorsque j’ai ouvert la porte, Valentin était nu comme un ver sur son fauteuil de dentiste. Les yeux bandés, chevauché par son assistante, « la vraie », il subissait ses coups de reins répétés avec un bonheur manifeste. Je l’ai vu ensuite brandir un foret au moyen duquel il a éperonné la partie la plus charnue de l’anatomie de sa cavalière, laquelle, en retour, a utilisé la soufflette pour balayer d’un puissant jet d’air la ceinture abdominale irréprochable de sa monture.

 

***

 

Dans le box des accusés, Chloé était arrivée au bout de sa lecture. Elle releva les yeux pour adresser un regard anxieux à son avocat. Lorsque ce dernier lui avait signifié que son cas relevait du crime passionnel et que le jour de son procès, il lui suffirait d’évoquer quelques moments forts de sa vie de couple pour attendrir les jurés, elle avait eu l’idée de rédiger cette sorte de micro journal intime. Un condensé de la dernière semaine de son histoire d’amour qui, elle l’espérait, permettrait à la Cour d’assises de comprendre les raisons qui l’avaient poussée à planter un foret dans le cœur de Valentin, le jour où elle avait découvert qu’il la trompait.

 

http://www.bandbsa.be/contes2/sauvetagesrecto.jpg

 

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Philippe D 23/05/2012 14:36


Je suis venu lire cette nouvelle il y a quelques jours mais impossible de laisser un com.


Pendant un moment, j'ai cru que c'était du vécu puis je me suis rendu compte qu'il s'agissait d'une fiction ... enfin je pense!


Bon après-midi.

magerotte 21/05/2012 09:18


Sans forfanterie aucune, dans un premier temps, j'avais pensé à Nadine... mais Claude Danze, c'était une bonne idée, non ?  

Nadine 20/05/2012 22:43


Une fois de plus, personne n'a trouvé ! Et je suis très flattée d'être comparée à Claude !

claude danze 20/05/2012 19:48


Quand je vous disais que je n'y étais pour rien! Bravo Nadine!

Edmée De Xhavée 20/05/2012 19:26


Bravo Nadine! C'est idiot mais je savais que je connaissais l'auteur, que j'avais lu quelque chose de cette plume et je n'ai pas pensé à toi...

carine-Laure Desguin 20/05/2012 19:24


Zut alors! J'avais songé à Nadine et puis j'ai pensé non, ce n'est pas elle; erreur ! Bravo Nadine pour ce texte aux rebondissements made in Groenecke! 

christine 20/05/2012 19:10


Eh bien, Claude... Tous te désignaient... Mais l'auteur de la nouvelle n'est autre que Nadine Groenecke !!!! Et bien oui... Un texte qui fleure son dernier bouquin... intrigue policière,
chassé-croisé... Bravo Nadine !