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Le blog Aloys

Jean-Claude Slyper se présente à nouveau et nous propose un extrait de sa nouvelle, La toise

23 Octobre 2013 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Textes

 

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Je suis né à Paris en 1953, j’ai fait de la musique de 1977 à 1984, puis je suis devenu correcteur de presse pour gagner mon pain, je le suis toujours.

Je ne dirais pas que mon univers est infini, rien ne l’est, mais il est assez vaste pour aller de la musique, évidemment, à la littérature, bien sûr, en passant par le cinéma, la peinture, l’architecture, les sciences humaines, l’anthropologie, l’archéologie, l’histoire, la géographie. Les voyages me charment même si je n’en fais pas souvent, l’avion ne m’attire guère, je préfère le bateau : quelques jours sur les mers peuvent être épatants, surtout quand on croise des baleines comme ça m’est arrivé, sans prévenir, au large de l’Irlande.

 

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 La Toise, extrait 

Parfois, une conversation s’impose sans que l’on sache très bien pourquoi et comment. Ainsi, aujourd’hui, Bichel et ses collègues évoquent leur taille. C’est un drôle de sujet de conversation, passionnant, captivant, dont on peut bien se demander pourquoi nuls autres qu’eux s’y intéressent. Ç’a commencé à peine la porte de la crêperie franchie, pour quelque idiotie, Maurice, l’un des deux collègues, l’autre avançant le patronyme de Besace. Personne ne le croit, mais, dans l’impossibilité de lui en trouver un autre, tout le monde l’appelle ainsi, Besace ou La Besace, ça dépend de son état post-libations. En tout cas, c’est Maurice qui a attaqué le premier, à propos d’un problème de taille. Maurice a toujours des problèmes de taille insolubles : ainsi, la serveuse blonde à qui il fait les yeux doux depuis des semaines doit bien mesurer un mètre soixante-dix puisque lui-même mesure un mètre soixante-douze et la dépasse d’une petite mèche de cheveux. Sur quoi, La Besace – ce jour-là, il s’est rempli la panse – éclate d’un rire sarcastique : non mais qu’est-ce qu’y faut pas entendre, toi, un mètre soixante-douze, mais tu erres dans l’espace de tes illusions – il ne peut pas s’empêcher de faire des phrases idiotes, La Besace –, toi, un mètre soixante-douze, impossible mon cher ! Moi-même, qui te rends a few centimètres – de plus, il se targue de parler étranger, il appelle ça son polyglottisme naturel et instinctif –, je me hisse jusqu’à un mètre soixante-quatorze, il est donc parfaitement inimaginable que toi, un géant par rapport à moi, mesures un mètre soixante-douze ! Tu dois réviser ton jugement et penser plutôt à, au moins, un mètre soixante-seize !

 

Quoi ! Quoi ! Bichel n’en croit pas ses oreilles. Il court derrière ses deux compagnons : Quoi ! Quoi ! Et moi ? Hé, attendez ! Et moi, quoi ?

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Edmée De Xhavée 24/10/2013 10:53


Eh! Deux centimètres valent ce qu'ils valent! Bravo!

Carine-Laure Desguin 24/10/2013 07:34


On lit le texte et on ne s'ennuie pas!