Henri Puffet présente son roman "la mise entre parenthèses"

Publié le par christine brunet /aloys

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Le héros et narrateur du récit, Jean, 45 ans, brillant vétérinaire, offre une image de professionnel hyperactif, dont la vie est remplie à ras bord.

Mais voici qu’un bête accident, point de départ du récit, vient tout changer et le met soudain sur la touche. Le destin tient parfois à peu de choses. Durant les longues semaines d’inactivité forcée, à l’hôpital puis lors de sa convalescence, il lit beaucoup, réfléchit énormément, et jette un regard rétrospectif sur sa vie. Il n’avait jamais soupçonné qu’on puisse avoir une vie intérieure.

Notre personnage entame une progressive descente à l’intérieur de soi, une irrésistible métamorphose qu’il arrive rapidement à considérer comme une renaissance privée, persuadé que son accident était un croc-en-jambe du destin.

Alors qu’il a repris le travail, une foule de questions continuent de le hanter. Il se sent de plus en plus à contretemps de la vie normale et dérive lentement vers une décision un peu radicale : il va tout lâcher, sortir du rang et partir pour une espèce de voyage initiatique. Et il saute le pas. Il prend la route, dans l’improvisation la plus totale. Il vole un an au reste du monde à la poursuite de réponses et à la recherche de la vérité.

Comme on le voit, « la mise entre parenthèses » n’est ni un polar ni un thriller, ce n’est pas non plus un essai ou un conte philosophique. Dans ce qui est plutôt un récit de vie sans intrigue romanesque, jean nous raconte page après page sa longue errance et sa patiente quête. C’est surtout la chronique d’un long voyage, intérieur et extérieur, témoignage d’un homme qui finalement démontre que la sérénité est à la portée de chacun.

Et voici donc Jean, au centre du récit, affranchi du carcan de la vie dite ordinaire, qui confesse sa passion nouvelle pour la solitude, et qui rend un véritable culte à la liberté. Qui, à sa manière, délivre des messages essentiels, des vérités parfois dérangeantes, et se laisse aller à des curieuses réflexions sur le climat de notre époque. Au hasard de ses pérégrinations, il se plaît à collectionner les ambiances, il donne libre cours à son amour de la nature et des grands espaces, parfois même bucolique, sans être – c’est lui qui le dit- ni un lyrique, ni un écolo naïf, ni Rousseau. Notre ami vétérinaire aime à rappeler que rien n’est jamais aussi compliqué ni aussi sombre qu’on veut bien le dire, il nous entretient de lois naturelles, dénonce les travers de notre société avec des mots empruntés à son jargon professionnel, et multiplie avec un certain humour les piques à l’encontre de ses contemporains qu’il observe comme des insectes ou des rongeurs de laboratoire. Il nous livre sans complaisance sa version de l’actualité et se plaît à peindre les gens rencontrés en singuliers portraits.

Trouvant l’inspiration à l’écart du temps, dans le calme pastoral ou le silence des grands espaces, loin des bla bla, des divertissements et de la bêtise banalisée, Jean fait la part belle aux descriptions. Il éprouve une tendresse particulière pour les routes vides, les paysages sans fin, les villages perdus, les forêts profondes et les déserts humains. Au long du chemin parcouru, la nature est omniprésente. De Belgique en France, en faisant un crochet par la Suisse et l’Autriche, avant de s’envoler vers les Amériques, on se promène en Forêt noire, on crapahute en montagne, on visite la Bretagne. Puis le livre nous emmène droit vers l’ouest du Canada et des USA, avant de se terminer en Amérique Latine par une balade dans l’Atacama et une visite guidée du « Gran Chaco » paraguayen, dans la poussière, la chaleur et les beuglements des vaches.

Les relations entre les gens sont un des thèmes récurrents du récit. La dimension humaine est donc bien présente aussi, et, chemin faisant, Jean Granier bavarde avec des paysans bien de chez nous, casse la croûte avec des cowboys et avec des vaqueros, dialogue avec une sympathique métisse canadienne, raconte sa quête à une ancienne amie … Toutes ces rencontres sont pour lui l’occasion d’attirer l’attention au passage sur la diversité des caractères, mais surtout, une fois de plus, sur le fait que chaque humain est unique, apte au bonheur et à la liberté, malgré un contexte de mondialisation et d’uniformisation à outrance qui l’agace profondément. Le fait que la trajectoire de Jean croise beaucoup de personnages pittoresques, lucides, optimistes et calmes, n’est pas un simple hasard. Sans être pour autant du « sirop » en opposition volontaire au pessimisme, au catastrophisme, aux climats de crise, au bourrage de crâne tragique et aux fresques romanesques à la mode. Jean donne à voir les gens tels qu’il les croise dans sa recherche d’une compréhension paisible du monde, alors qu’il cherche à percer les secrets des relations humaines.

Et puis le voyage s’achève, et revoilà Jean à la case départ. Sa quête métaphysique n’est pas achevée – elle n’aboutit jamais vraiment, l’essentiel étant le cheminement. Mais il est devenu autre. L’épilogue ne réserve pas de grande surprise, le dénouement est calme à l’image du narrateur. Pour Jean Granier, l’important est d’avoir ouvert les yeux sur la vie. Il rentre vivifié, comme après une promenade en forêt. Sa longue parenthèse peut sembler un rien irréelle, mais un récit, s’il peut rafraîchir et réconforter un peu le lecteur, c’est toujours bon à prendre par les temps qui courent…

Les références aux nombreux livres que le « héros » a lus et relus sont pratiquement absentes. C’est intentionnel.

Publié dans présentations

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Nadine Groenecke 18/12/2012 08:55


Faire le point sur sa vie, s'échapper du quotidien pour prendre le temps d'aller à la rencontre des autres et découvrir le monde, l'idée nous effleure tous un jour mais peu de personnes
osent franchir le pas. On a envie, en tout cas, de connaître l'expérience de Jean.

Edmée De Xhavée 18/12/2012 08:34


Ca doit être un magnifique témoignage... nous sommes si nombreux à rencontrer le "temps des questions" et de simplement mettre la poussière sous le tapis pour ne pas faire "d'histoires"... alors
qu'on doit faire la sienne, d'histoire! Bravo

Carine-Laure Desguin 18/12/2012 06:49


On rêve tous comme Jean d'arrêter sa ie actuelle et de partir pendant de longs mois sur les routes du monde. Jean lui a réalisé cette quête de lui-même...