Fabienne Merkelbag : l'écriture, c'est "Oser dire les choses, parce que l’écriture permet de se dépasser."

Publié le par christine brunet /aloys

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Pouvez-vous vous présenter, svp ? Parlez-moi de votre /vos livres en quelques mots.

Fabienne Merkelbag, 50 ans, mère de deux filles, Florence (23 ans) et Romane (19 ans). Après une enfance passée en Allemagne, je vis dans la région liégeoise depuis l’âge de 18 ans. J’y ai effectué mes études de master en Histoire à l’Université de Liège. Après avoir travaillé comme collaboratrice parlementaire pendant plus de dix ans, je suis depuis 2002 Inspectrice de la Culture au Ministère de la Culture de la Fédération Wallonie-Bruxelles. 

Mon livre, Sagrada Familia, est un ensemble de chroniques inspirées de faits réels mais détournés sur un ton impertinent, mêlés d’humour et de mauvaise foi.


Voilà qui promet ! Original, en tout cas... Depuis quand écrivez-vous ? Un déclencheur ?

L’écriture a toujours fait partie de ma vie. Je fais partie d’une génération qui écrivait régulièrement à sa famille pour les vœux, les anniversaires, les vacances etc… cette habitude d’informer la famille sur les petits faits quotidiens m’a amenée à raconter de manière plus humoristique les événements qui m’ont marquée.

 

Définissez le mot écriture 

 

L’écriture est pour moi un Art. Lorsque je lis, je suis impressionnée par le style de certains auteurs. Leur capacité de faire vivre un personnage ou une intrigue estimages-0165.jpg finalement assez rare. C’est à force de lire que j’ai eu envie de m’y essayer. Poser les mots sur un papier et imaginer comment il sera perçu par le lecteur. Oser dire les choses, parce que l’écriture permet de se dépasser. Comme la peinture, la sculpture ou la musique…


Votre style ?
 

Je crains n’appartenir à aucune style. Ni romancier, ni nouvelliste, ni essayiste. Juste une « écriture spécifiquement belge » comme me l’a écrit l’écrivain belge Patrick Virelles (Peau de vélin, Bestaire impertinent…) en 2006 lors d’une participation à un concours de ‘nouvelles’. C’est vrai que le ton est familier et composé d’expressions wallonnes et bruxelloises.


L'écriture est-elle une passion ? En avez-vous d'autres ? Si oui, y at-il interaction entre vos passions ?

 L’écriture est une réelle passion. Je ne peux rester devant une feuille, un bout de papier ou un post-it sans y griffonner quelques mots. Mon autre passion est la lecture. J’adore les auteurs contemporains. Je ne me déplace jamais sans avoir un livre avec moi. Dans mon sac, dans la voiture… et bien sûr partout dans la maison.


Comment appréhende-t-on votre travail d'écriture autour de vous ?
 

images-0292.jpgDepuis des années, l’envoi par mail de mes « bafouilles » ravit mes proches. J’ai été régulièrement encouragée à continuer. Mais il s’agissait de mon entourage, que je savais bienveillant… Ce sont les encouragements de Patrick Virelles, auteur reconnu, qui m’ont poussée à les mettre en forme pour une publication éventuelle. J’ai été enchantée lorsque Chloé des Lys a eu envie de miser sur mon livre…


Facile ou compliqué d'être lu ?
 

Facile ; il s’agit d’une écriture simple, familière, enjouée… 

 

Vous êtes historienne : pourquoi ne pas avoir choisi d'écrire un roman historique ou, tout au moins, un roman très ancré dans l'histoire ?

  

Le roman historique est une discipline qui demande une grande rigueur, en termes de respect des faits, des personnages et de la critique historique. Je préfère, grâce à l’écriture, me laisser aller à la description d’une série d’événements qui me touchent. Je ne peux écrire que lorsque les mots qui s’alignent me bouleversent, ou me font rire. Lorsque l’on a reçu une éducation stricte, cadrée, c’est peut-être dans l’expression libre et créatrice que l’on trouve un exutoire… A croire qu’en cas de « débordement », ou d’impertinence, je pourrai me retrancher derrière un « c’est pas moi, c’est mon personnage qui l’a dit »… 

 

Pour l'avant-dernière question, j'aimerais vous la poser différemment : vous partez du

réel pour raconter vos histoires, 

      a/ vos personnages sont-ils fortement inspirés de votre entourage ?

Dans Sagrada Familia, tous les personnages existent. Que ce soit Florence, Romane, Gisèle, Claire ou Simonne, tous partagent ma vie, de près ou de loin. Chaque chapitre débute d’ailleurs par un prénom. Une manière de leur rendre hommage, sans doute. Ma façon de leur dire que je les aime… Dans mon quotidien, j’ai beaucoup de mal à le dire. L’écrire m’est plus facile… 

 

       b/ écrire, c'est se dévoiler, plus ou moins... Vrai/faux ?

C’est particulièrement vrai puisque je parle de moi et de mes proches. Même si mes récits sont ‘romancés’ ou font preuve de mauvaise foi, c’est tout un pan de ma personnalité qui est dévoilé… Lors d’une allocution que j’avais faite lorsque j’ai gagné le deuxième prix de l’Eau Noire à Couvin en 2006, j’avais dit que je comparais l’envoi d’un manuscrit à un accouchement. L’impression de se livrer. De se donner. Complètement. Sans pudeur. Le jour où l’on diffuse un texte, on n’en est plus maître. C’est angoissant … et terriblement excitant…

 

       c/ Là, je vous suis à 100% !!!! l'auteur s'expose, quelque part... D'où ma question : est-il compliqué pour vous d'être lue.

 

Au début, certainement. Mais voilà plusieurs années que je partage mes textes avec mes proches. Je reconnais que j’ai besoin du regard des autres pour m’améliorer. L’important est que les commentaires soient sincères. Je préfère une critique négative à des propos flatteurs qui ne respirent pas la sincérité. Je tiens compte des remarques ou des conseils que l’on me donne. J’en ai besoin. C’est cela avancer…

 

Vous dites imaginer comment vos écrits vont être perçus par vos lecteurs : écrivez-vousnoelNouvelAn2007et08-133--1-.jpg pour vous ou essentiellement pour les autres ?

Dans un premier temps, j’écris pour moi. Et puis, rapidement, l’envie de partager mes écrits avec les autres. L’envie de partager…

 

 Qu'apporte, selon vous, le mélange de "langues" à vos récits ? N'avez-vous pas peur que cet aspect restreigne le nbre de vos lecteurs ?

Inclure des expressions « belges » dans mes textes est apparu comme une évidence. Le récit se voulant avant tout ‘oral’, j’écris comme pourrait parler « monsieur tout le monde ». Avec des mots comme « chique », « lacquemants », « frappadingues » ou « zine », je me permets un ton insolent qui dénote avec le langage « bon chic bon genre »… Et j’aime citer des lieux typiquement liégeois, c’est une manière de dire que je suis bien dans la cité Ardente… Je ne pense pas que ces quelques termes effrayeront le lecteur. Au contraire…

 

Allez, un extrait pour vous mettre en appétit...

 

Une semaine sur mon voilier nous propose Claire ? Nous, c’est Lucrèce et moi. Le voilier est amarré à Cadix. Cadix, en Andalousie, pas Cassis, à côté des calanques. Cadix, c’est plus à l’Ouest. Et plus au Sud… Oui, parce que la proposition n’était pas encore digérée que j’ai vite fait de revisiter ma boussole. Parait qu’un marin ne parle pas comme moi. ‘Au dessus’, c’est le Nord, ‘en bas’, le Sud. ‘A droite’, tribord et ‘à gauche’ babord.

 

Merde, faudra que j’informe Di Rupo qu’il est de babord et à de Wever qu’il est tribordien. Quant à l’ouest, j’y suis assez régulièrement pour savoir l’identifier rapidement…

 

Venez faire du bateau qu’elle nous dit Claire, à trois on passera le détroit de Gibraltar. Je vous expliquerai comment on navigue… Fastoche, me dis-je. Sportives comme pas deux, Lucrèce et moi avons, dans nos jeunes années, pratiqué une série de sports. On connait tous les termes concernant la pratique du canasson et nous sommes capables de traduire les yeux fermés les ‘lets’, ‘sets’, et autres ‘smashs’ tennistiques.

 

N’empêche, je dois bien admettre mon incompétence en termes de jargon maritime : j’ignorais qu’un ‘phoque’ pouvait s’écrire ‘foc’ et n’était pas uniquement un mammifère pinnipède ; je pensais qu’une ‘défense’ n’était que de l’ivoire interdit à la vente depuis le massacre de nos amis les éléphants ; je ne savais pas que le ‘duc d’Albe’ était, outre un tortionnaire ibérique, un poteau planté dans l’eau des ports, et encore moins qu’un ‘pont’ était autre chose qu’un jour où les fonctionnaires ont –encore- congé ; enfin, un ‘génois’ n’était dans mon esprit étriqué qu’un petit suisse beau, riche et consterné de ne pas m’avoir encore rencontrée…

 

 

Comme Fabienne Merkelbag l'a très justement écrit, un livre est, qu'un auteur ne veuille ou non, un reflet de lui-même, de son univers de sa personnalité. Cela transparaît dans l'écriture, le genre choisi, le style... Cela le rapproche du lecteur... et fait, en même temps, son unicité. 

 

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

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Publié dans interview

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Carine-Laure Desguin 05/04/2013 05:23


L'écriture permet de se dépasser. Oui, alors profitons-en tous, permettons-nous de nous dépasser.