Deux lettres au vent..., un texte de Christel Marchal

Publié le par christine brunet /aloys

 

couv.2

 

Deux lettres au vent…

 

 

C’est une petite maison toute simple, banale, pauvrette, plantée dans une rude ruralité.

Une petite maison qui ne ressemble à aucune autre.

Ce qu’elle a de plus ?

Oh ! Ce n’est pas le cadre, ce paysage ingrat que l’hiver appauvrit encore.

Non ! Il faut regarder en l’air pour comprendre.

Le ciel est par-dessus le toit, comme dit le poète Verlaine, et sur le toit aux tuiles sombres, des tuiles plus claires écrivent deux lettres : M et S.

 

Derrière les murs de la maison, il y a Marcellin et Sélina.

Ils se sont connus au village. Ce village où ils sont nés.

Ils se sont mariés.

Ils ont acheté cette petite maison… Ils l’ont agrandie pour les enfants, de leurs mains, tous les deux.

A quel moment ont-ils mis leurs initiales sur le toit ?

On ne sait plus trop. Quelle drôle d’idée !

Et pourquoi faire ?

Pour dire l’amour, pardi !

Marcellin aime Sélina, Sélina aime Marcellin. Une belle histoire.

 

Des nuages défilent dans le ciel, projetant des ombres mouvantes sur la pelouse.

Tout d’abord se fut à peine perceptible.

Un murmure aussi léger que la brise dans les feuilles.

Sélina chante.

Son chant monte vers le soleil, caresse les arbres, flotte au-dessus des tuiles, une vague de lumière, chaque note transperçant la surface visible du monde.

 

Une déclaration criée sur les toits, vue d’avion, vue du ciel et de tous ses saints.

La forêt lui tend ses bras d’or. Et de verdure mélangée. Dans ses reflets multicolores. Les feuilles craquent sous ses pieds.

 

C’est joli l’amour.

Ca tient chaud l’hiver, ça chauffe aussi bien que le vieux poêle à charbon dans la cuisine meublée de bric et de broc avec ses chaises dépareillées.

Sélina a la sensation de devenir fleur ou vent ou de posséder tout l’univers : le bouquet de jonquilles sur la commode, l’herbe tendre à l’extérieur et les bourgeons qui se déplient sur les branches comme des semences de perle et cachées dans le sol, qui deviendront des vers puis des mouches, les oiseaux se répondent d’une branche à l’autre.

Tout cela est à elle.

La maison.

L’enfant.

Marcellin.

 

Marcellin aime Sélina . Sélina aime Marcellin.

C’est écrit sur le toit, non ?

 

Et l’enfant essaye d’attraper les papillons, les oiseaux, les plaques de soleil, les notes de musique qui s’échappent de la radio.

Malheureusement, il existe un autre adage, celui qui nous dit que pour vivre heureux, il faut mieux vivre caché.

Car ce bonheur et cet amour qui se montrent avec tant d’éclat, n’est-ce pas un peu de la provocation ?

Et le ciel, aime-t-il vraiment qu’on le défie de la sorte ?

La source s’en rivage, s’ennuie sans aucun frein, sans berges,

Elle s’égare dans la nuit,

Elle se tarit et se souvient

Du temps jadis où il vous retient

De venir prendre ses deux mains.

Marcellin aime Sélina.

Sélina aime Marcellin.

 

Marcellin se dispute avec Sélina.

Sélina se dispute avec Marcellin.

Et la source hurle son malheur.

L’enfant pleure.

Ce petit corps devient étoile de feu qui s’éparpille

Et voilà l’ange qui dans le ciel et la nuit

D’une lumière pure et puissante que sur la terre, il répand

Garant de la magie qui scintille dans les yeux des enfants.

De lumineux éclairs strient le ciel.

Tandis qu’en lui la paix devient belle.

L’orage de la nuit.

La violence de la pluie.

 

Sur le toit, les lettres du bonheur, si fièrement affichées, deviennent soudain les initiales du plus terrible malheur.

M. Meurtre.

S. Souffrance.

Et le chagrin vivace, prêt à jaillir, aussi impétueux qu’une source d’eau vive.

L’ombre des feuilles dessinent des trous dans les plaques de lumière. Le pendule tic-taque doucement sur la cheminée.

 

Que la bicoque soit encore debout, un siècle après, ou qu’on l’ait rasée, qu’est-ce qui demeure, épargné par le temps ?

Rien que des pauvres vérités.

Ne faut-il pas mettre des rideaux à son bonheur, pour qu’il ne soit ni trop voyant ni trop fragile ?

 

 

Christel Marchal

lelabodesmots.blogspot.com/

 

 

Publié dans Textes

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Pâques 04/04/2013 17:44


Très joli, un nuage de tendresse et de bonheur qui se disloque tout d'un coup...


Que la vie est cruelle !

christine 03/04/2013 14:51


J'ai hâte de découvrir ce nouvel opus, Christel ! 

john 03/04/2013 14:44


Brrr. barbant !

Christel 03/04/2013 13:03


Merci à tous, vos motsme touchent et Christine pour te répondre, Rouge coquelicot s'est déposé début 2013 chez Chloé!


Bel après-midi... bisettes à tous!

Micheline Boland 03/04/2013 09:07


Quel magnifique texte ! Que d'émotions !

Edmée De Xhavée 03/04/2013 08:44


Un très très beaau texte...  c'est vrai qu'on reconnaît bien la poésie spontanée de l'auteure!

Alain PARE 03/04/2013 07:23


.. tout simplement ... aussi joli et tendre que celle dont la main a déposé ces mots ...









christine 03/04/2013 07:09


La poésie des mots, un texte rempli d'émotions... Belle dernière phrase ! J'aime beaucoup l'écriture de Christel. A quand un nouveau livre ?

Christel 03/04/2013 05:48


Grand merci Christine et Carine-Laure!


Délicieuse journée entourée de doux mots!

Carine-Laure Desguin 03/04/2013 05:23


Un texte sensible. L'auteure de "En quête de sens " dévoile à chaque texte un peu plus de sa sensibilité.