CLAUDE COLSON: "j'écris pour vivre plus intensément..."

Publié le par christine brunet /aloys

tete-Colson.JPGLorsque vous dites à quelqu’un que vous écrivez, après l’inévitable surprise de la première seconde, vous obtenez invariablement la même question : « et ça t’est venu comme ça ? »

 

L’histoire de l’auteur avec cette « première fois » est toujours différente mais donne toujours la clé pour comprendre son univers… Il est parfois des évidences incontournables qui se construisent au fil du temps, d’autres abruptes qui flirtent avec la pulsion passionnelle de l’instant.

 

C’est lors de cette première confrontation à la page vierge que l’auteur tisse son rapport à l’écriture. Douceur, patience, travail ou violence, urgence, besoin… Raison ou déraison ? Moi, je dirai fusion entre certains auteurs et leurs textes…

 

C’est ainsi que j’appréhende l’univers créatif de Claude Colson link… Pour m’en assurer, j’ai fait comme tout le monde en lui posant la sacro-sainte question : « comment, quand et pourquoi t’es-tu mis à écrire ? »


Je suis venu à l’écriture brutalement, il y a 15 ans. Deux éléments ont été déterminants : un changement d’activité professionnelle m’avait amené à faire des trajets quotidiens en train (qui ont une certaine importance dans ma poésie). Cela m’a redonné le goût de la lecture qui se trouvait, alors, mis en veilleuse. J’ai donc lu, lu, lu dans ces trains et à présent j’y écris aussi, mais pas seulement là. Et puis, des aléas de ma vie sentimentale ont fait qu’à un moment j’ai eu besoin de l’exutoire de l’écrit.saisons.jpg

 

« Mes premiers mots d’auteur (dans Saisons d’une passion, début du livre) : il souffrait, il décida d’écrire. » raconte Claude Colson.

 

Je suis donc venu à l’écriture par l’autofiction et ai trois livres de ce genre à mon actif.

Depuis je n’ai jamais cessé d’écrire ; plus ou moins selon les époques.link

 

J’écris au stylo, pour l’indispensable sensualité de cet acte, et retranscris ensuite à l’ordi (même ce texte pour toi ;  je sais, c’est du boulot, mais je n’imagine pas d’écrire autrement).

 

Comme je le comprends même si, aujourd’hui, pour moi, le clavier a remplacé ma plume… Il y a cette sensation spéciale du papier sous la main, du stylo qui court sur la surface blanche et comble le vide peu à peu…

 

Tu mélanges les genres dans tes textes : que t’apporte chaque style ?


Numeriser-couv-lena-dagneau0002.jpgCe qui me vient le plus facilement, c’est l’expression d’un ressenti personnel, et assez souvent c’est sous forme poétique, notamment les temps forts. J’ai coutume de dire que c’est par paresse : pas besoin de se décarcasser à trouver un sujet, il est en moi ! En écriture, la recherche d’un thème a toujours été ma plus grande difficulté. Dès que j’ai couché une ligne sur le papier le reste suit.


Le poème est aussi une forme en soi achevée et….courte (pour le paresseux que je suis).


Le journal permet aussi, plus simplement peut-être, l’écriture de soi, et le récit permet de relater l’événementiel ( je distingue schématiquement) : voilà peut-être pourquoi j’ai dans les trois livres mêlés les trois genres (cette décision est venue après-coup) qui s’éclairent mutuellement dans la narration d’un vécu qui n’a d’intérêt que s’il parvient à toucher à l’universel.

 

Alors, pourquoi j’écris ?


Pour vivre plus intensément. Je mêle sans cesse la vie réelle et son expression littéraire. Je trouve que l’écriture booste la vie, qu’elle lui donne aussi un contenu qui me paraît souvent plus important que les éléments du réel. Ce mélange a été qualifié par une de mes relations d’attitude proustienne (Je précise que j’ai lu Proust et que généralement il m’ennuie !!)

 

Peut-on parler d’une évolution de ton écriture au fil des textes et du temps ?


Je crois qu'une écriture évolue nécessairement avec l'évolution de l'auteur, surtout les écritures comme les miennes, qui restent assez fortement déterminées par le vécu, notamment en poésie où j'écris pour DIRE une émotion ou une croyance, dire parfois le non-dit social.

 

On ne peut essayer de faire partager son dire, d'universaliser une expérience, qu'au prix d'une sincérité absolue (ou quasi)…

Une évolution dans tes recherches de forme ?


Je pense avoir épuisé mes recherches en écriture d’autofiction.

 

Dans mes trois livres, j’ai successivement fait parallèlement des recherches de forme (mais là aussi, c’est venu après le jaillissement premier de l’écriture) : Saisons d’une passion est un récit linéaire (une flèche),Léna, une rencontre, une spirale (reprise obsessionnelle du thème) link, et le dernier, Toi-Nous a une construction en dents de scie – avec mélange intégral et permanent des trois genres, contrairement aux deux autres livres où ces genres occupent des parties séparées – pour rendre compte d’une folle histoire d’amour fou avec vingt-quatre ruptures.http://www.inlibroveritas.net/images/membres/1227.jpg

 

J’ai très longtemps pensé que j’avais un problème avec l’écriture de fiction, que je n’avais aucune imagination pour cela. Puis je me suis battu, j’ai commencé – assez récemment, enfin depuis quelques années quand même – par quelques exercices d’écriture sur un thème imposé. J’ai pu alors écrire quelques nouvelles (brèves) et, depuis 2007, j’ai tenté l’écriture romanesque de fiction. J’ai écrit deux textes , non encore publiés, un roman court environ 115 pages de livre et une novella d’environ 85 pages.

 

J’ai cependant encore l’impression que cette capacité à écrire de la fiction est fragile. (Depuis un peu plus d’un an d’ailleurs, je fais une pause dans cette activité, me contentant de textes très courts en prose ou plus souvent des poésies, car c’est impossible de cesser totalement d’écrire. Quand je vis des choses fortes, ma poésie est sensuelle, sensitive ; sinon elle est plus réflexive.)

 

Pour y parvenir je m’étais astreint à faire un plan, semi-précis, mais j’en ai eu assez vite assez et je me suis jeté assez tôt dans l’écriture du roman. Là j’ai eu la surprise de voir parfois l’histoire s’auto-créer, les personnages vivre leur vie et me faire ajouter des chapitres à ceux que j’avais prévus. Ces interactions entre mon projet et l’écrit sont exaltantes et créatrices.

 

Peut-on dire qu’aujourd’hui, cette écriture-besoin est plus raisonnée ? qu’elle évolue en même temps que toi ?


Oui, l'écriture du besoin pur est plus raisonnée - mais j'ai toujours mêlé à elle la tentation de l'esthétique. Aujourd'hui l'écriture est plus nourrie de l'envie d'écrire elle-même, mais il y a encore cette volonté du DIRE dont je parlais. Le but étant d'atteindre, si possible, l'adéquation parfaite entre une chose à exprimer et son expression.


toinouscols couv simplePlus de travail aujourd’hui ? Oui, mais  le plus gros est effectué au moment de la création: aurais-je l'immodestie de dire que j'ai à ce moment-là une certaine facilité (une fois le thème trouvé, ce qui est mon calvaire) et que l'accouchement d'un poème est assez rapide. J'ai parfois essayé de retravailler après-coup mais j'ai abouti à un ensemble plus froid (en poésie, trop intellectualisé).


 Je crois beaucoup à la force du jaillissement premier et de l'émotion. Chez moi, une ligne posée appelle d'elle-même la suivante

En fiction, bien sûr il y a un important travail préparatoire (recherches, plan etc.). Retouches à la relecture, aux relectures, mais ce ne sont que des retouches, généralement non essentielles.


Il va falloir que j'accentue cet aspect travail si je veux arriver à produire des textes plus longs (mon record 115 pages). Mais peut-être suis-je fait pour le texte court ??????

 

Mais ne crois-tu pas que le travail efface le côté fusionnel de l’auteur avec son texte ?


J’ai commencé à écrire sous l’impulsion de la passion amoureuse. Je me suis « un peu » distancié de cette dernière et l’ai transposée, sans doute pour partie, sur la passion de l’écriture…

 

Un transfert… Une évolution… Mais la passion est toujours là…

 

 

Passion créatrice, voilà le titre de mon blog… Un titre qui en a fait sourire plus d’un… Pourtant… La passion est le moteur du processus de création. Elle est le lien étrange qui unit l’écrivain et son texte. Révélation tardive ou besoin précoce, elle est toujours le résultat d’un parcours personnel.

 

Il y a autant de façon d’écrire qu’il y a d’auteurs. Quelques uns utilisent leur récit comme un laboratoire linguistique… Certains restent spectateurs de leur œuvre pour en maîtriser le courant, ou, au contraire, se laissent aller au fil des lignes et des événements qu’ils imaginent.

 

Il en est, enfin, qui ont un rapport fusionnel avec l’écriture qui devient alors le reflet d’un état d’âme, d’une tension personnelle…

 

Petit sondage... Selon vous, l’écriture est-elle le reflet d'une passion ? d'un besoin? d’un état d’âme ou d’une simple opportunité ?

 

Pour en apprendre encore plus au sujet de Claude Colson... link

claude-colson.monsite-orange.fr

 

 

Photo Christine Brunet  Christine Brunet

http://recreaction.over-blog.org

http://aloys.over-blog.com

Publié dans interview

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Commenter cet article

carine-LAure Desguin 23/11/2010 16:15



Ah oui c'est vrai j'oubliais ; je me suis déjà confessée; et donc je suis contante dans mes propos ...



christine 23/11/2010 15:07



D'ailleurs, tu t'en es très bien expliquée dans l'interview que tu as eu la gentillesse de m'accorder...



carine-LAure Desguin 23/11/2010 14:23



Comme toujours j'apprécie le fait que les auteurs se délient dans ces intervieuws et glissent le comment le pourquoi de leur rapport avec l'écriture ...


Christine demande est-ce une opportunité, un besoin, le reflet d'un état d'âme...


Pour ma part, c'est une évidence, tout simplement. En 2007, quand j'ai repris le chemin de l'écriture, les personnages et l'histoire se sont imosés. Ils ne m'ont pas demandé mon avis
...



christine 23/11/2010 07:24



L'écriture est le reflet de son auteur... C'est ce que je tente de démontrer, entre autres choses, dans mes interviews... Et je crois que Claude et ses récits reflètent cette dimension
fusionnelle entre l'écrivain et ses écrits.



Claude Colson 23/11/2010 07:16



Je suis heureux de préciser aujourd'hui que j'ai repris l'écriture de fiction : je travaille sur une novella qui fait une centaine de pages de livre. Je vous laisse, je dois aller prendre mon
train, en vrai :) .



christine 22/11/2010 08:04



Ben, non, Philippe, nous ne sommes pas encore le 23... Mais à chaque fois qu'overblog met mon site en maintenance, des articles sont déprogrammés puis reprogrammés n'importe comment
!!!! Pas la première fois... l'article
réapparaîtra demain...



Edmée 21/11/2010 22:26



Eh bien moi non plus je ne peux pas dissocier Claude des trains, mais pour avoir fait de longs et fréquents trajets en train moi-même, je comprends tout à fait.


 


Et certains des poèmes de Claude, ceux justement qui parlent des ces heures rythmées par le défilement des paysages, du mouvement des roues, des gares qui apportent ou emportent des passagers me
plaisent beaucoup. Aurions-nous le Delvaux de la poésie????



Philippe D 21/11/2010 21:35



Tiens, on est déjà mardi 23? comme le temps passe vite! je n'avais pas remarqué...



Lascavia 21/11/2010 19:13



J'apprécie particulièrement qu'un auteur définisse son (ses ?) écriture par la passion et cette sorte d'impulsion qui le porte presque malgré lui à extérioriser des émotions en les matérialisant
au fil des lignes, au fil des mots ... peu importe la forme, d'ailleurs (poésie, prose, ...). J'avais noté que Claude Colson et les trains étaient souvent indissociables. Je me
suis parfois posé la question du "pourquoi ?". A présent, je sais...


Merci à Claude de nous permettre ici de mieux le connaitre. Et merci à Christine pour cette interview fort bien menée.