Chantal Parduyns et son quatrième roman, Le voile et l'alambic

Publié le par christine brunet /aloys

 

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Avec ce quatrième roman, je vous propose un voyage extraordinaire dans le temps. Vous l’ouvrez et vous êtes à l’hôtel-Dieu de Sénissel en 1718, vous allez rencontrer quelques malades et partager la vie très privée des sœurs hospitalières. Entre tisanes, électuaires et décoctions, les religieuses se dévouent corps et âme au service des malheureux. Toutefois, ces derniers jours, le cœur n’y est pas : vives tensions, accidents inexpliqués et décès intrigants… Œuvre du Malin ? Châtiment divin ?

 

Bien sûr, cette histoire est une fiction. Quoique… qui peut dire d’où vient l’inspiration ? C’est peut-être l’âme de l’hôpital qui m’a soufflé ses souvenirs dans l’oreille…

Le cadre historique, par contre, est bien réel. Je remercie l’Hôpital Notre-Dame à la Rose de Lessines de m’avoir donné accès à sa documentation et à ses collections très riches.

 

Extrait

 

- Bonsoir, Madame. Vous désirez me voir, annonce sœur Gabrielle, debout dans l’entrebâillement de la porte. Ses doigts effilés enrobent la clenche de bronze. Elle se tient droite, la tête légèrement penchée de côté, dans une posture toute de noblesse altière, consciente de son rang et de sa valeur.

- Oui. Prenez place, lui intime mère Agathe, en lui désignant la chaise qui lui fait face, de l’autre côté de l’imposante table de son bureau.

Un demi-tour gracieux, sœur Gabrielle referme la lourde porte de chêne. L’habit de toile épaisse à la coupe grossière ne parvient pas à étouffer la beauté de son corps élancé. Puis, elle avance sur le parquet ciré. Elle porte son austère coiffe noire comme un voile d’apparat surmonté d’un diadème précieux. Ses lourds godillots toquent sur le plancher. Elle traverse la pièce, imperméable au regard aiguisé qui la détaille, indifférente à la solennité du décor qui, d’habitude, impressionne le visiteur. Ainsi, Joseph, le fermier, se glisse toujours ici avec révérence, la tête engoncée dans le col de sa grosse veste. Les mains mafflues crispées sur son bonnet, il s’assied du bout des fesses, son œil timide et admiratif effleure la cire des meubles, les dorures des chandeliers et la plume qui court sur le livre de comptes ; jamais il n’a osé poser la main sur le chêne du bureau. Même le ventripotent bourgmestre, si imbu de son importance, semble rapetisser au pied de la grande bibliothèque vitrée.

Evidemment, sœur Gabrielle est habituée aux décors somptueux. Avant d’entrer au couvent et de devenir l’aide compétente de la pharmacienne, elle arpentait les vastes couloirs du château familial, faisait la révérence dans les salons d’apparat. Le caractère extraordinaire de la convocation ne semble pas l’émouvoir non plus. Et elle s’installe comme il convient, le dos droit légèrement appuyé sur le dossier capitonné, les mains posées sur les accoudoirs.

Face à face, les deux femmes se jaugent en silence. La prieure s’est enfoncée dans son fauteuil. Ses mains tavelées aux articulations déformées reposent sur le bureau. Dans son visage impassible, adouci par les flétrissures de l’âge, ses yeux d’ardoise trahissent une détermination froide et tranchante.

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Jean-Michel Bernos 02/03/2013 18:14


Je ne dirai que 2 mots : Bra Vo !


Les romans historisues sont très difficiles à mettre en oeuvre - Il faut coller à la réalité historique, parfois s'imprégner de la façon de penser de l'époque. Bravo !

Elisa Romain 02/03/2013 13:46


Le résumé et l'extrait donnent vraiment envie de lire le livre. Je rêve d'un espace empli de livres "Chloé des lys" dans ma librairie !


Félicitations à l'auteur.

Edmée De Xhavée 02/03/2013 08:51


J'adore le style, le décor, le lieu, l'époque. J'adore tout, quoi! Que de bons auteurs chez nous!

Carine-Laure Desguin 02/03/2013 05:10


Le style et l'histoire me font penser à une oeuvre de Nadine Monfils; Bien !