Changement de cycle, une conte pour la rentrée de Micheline Boland

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

boland photo

 

CHANGEMENT DE CYCLE

 

1er septembre, jour de rentrée scolaire. Ben a beau avoir huit ans, avoir déjà l’expérience de deux rentrées à la "grande école", le cœur n’y est pas. Difficile de faire le deuil des jours de liberté, de jeux improvisés avec les cousins et les voisins, des pique-niques au jardin. Difficile de se séparer du cocon familial pour se plier aux exigences ce Monsieur Baudouin, un instituteur qui, voici des lustres, a déjà été celui de son père. Une sorte d’ogre exigeant. "Tu sais fiston, les premiers jours, je tremblais tellement face à lui, que mon écriture était devenue quasiment illisible. Heureusement, Oncle Bernard était dans ma classe. Il suffisait que je lui adresse un petit regard, pour reprendre courage…"

 

Qu’est-ce son père lui en a parlé de ce Monsieur Baudouin ! "C’est grâce à lui que l’ordre est devenu ma seconde nature. Le jour de Saint Nicolas, il a offert à chacun une flûte à bec en plastique. C’est lui qui nous a appris à en jouer. Mon goût pour la musique, c’est à lui que je le dois. Quand nous avions les yeux dans le vague, il nous interrogeait. Quand nous répondions bien, il disait que certains élèves ont l’air de rêver alors qu’ils réfléchissent. Il nous prouvait ainsi qu’il ne faut pas se fier aux apparences !"

 

Comment ne pas avoir peur de ce Monsieur Baudouin, sorte de super Papy tout puissant et omniscient que son père évoque avec une telle palette d’émotions dans la voix ?

 

Jusqu’alors, Ben n’a connu que des institutrices, jeunes, maternelles et spontanées. Cette année, cela change.  

 

Heure H…

 

Ben s’assied où Monsieur Baudouin le fait asseoir. Monsieur Baudouin commence par passer en revue les règles de vie en classe. Ce n’est pas gagné d’avance ! C’est en vain que Ben cherche à croiser le regard de ses copains Greg et Mathieu tandis qu’il recopie le règlement à la deuxième page de son journal de classe. Son écriture est tremblée comme devait l’être celle de son père. Tous, ils sont tous comme empruntés et timides face à cet instituteur qui les ouvre à un nouveau cycle.

 

Ben regarde un moment par la fenêtre. Même pas un oiseau dans le platane, même pas un ballon dans la cour. Soudain, il aperçoit Chipie. Oui, c’est bien sa chienne qui se trouve là au pied de l’arbre. Quelque chose de la douceur de la maison, ici, à l’école, en ce début septembre.

 

Chipie, aux aguets comme lui-même devrait l’être. Il n’est plus seul avec ses craintes. Pour affronter les aléas de la vie, il connaît des filles comme sa sœur aînée qui gardent la photo d’un ami ou d’un parent dans un coin du cartable ou du plumier. D’autres, comme sa mère, portent un médaillon que leur a offert un être cher. Lui, c’est un être vivant, sa fidèle compagne de jeux qui l’a accompagné jusqu’à l’école en ce jour particulier. Déjà, il se sent plus confiant.

 

Juste un regard de temps en temps vers le pied du platane, pour reprendre  pouvoir sur lui-même. Son écriture devient plus ferme, ses acquis lui apparaissent de nouveau maîtrisés. Quand Monsieur Baudouin lui demande de lire ce qui est écrit sur le tableau, Ben le fait d’un ton assuré.

 

Lorsque la sonnerie retentit pour annoncer la récré, il semble à Ben qu’il s’est déjà acclimaté au nouveau cycle.   

 

Dès qu’il est dehors, Ben cherche Chipie. Elle n’est plus là. Les caresses de remerciement, ce sera pour la fin de l’après-midi, juste avant de recouvrir les cahiers avec ce papier bleu qu’il a pris tant de plaisir à choisir…

 

Micheline Boland

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Publié dans Nouvelle

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claude danze 24/09/2011 17:07



Tranquille et sobre, "ça sent le vécu"... Je me souviens moi aussi de l'horrible ogresse de MAT(ernelle)SUP(érieure): elle me faisait peur, avec ses lèvres maquillées à outrance par dessus une
épaisse couche de fond de teint, qui la faisaient ressembler à la sorcière au nez crochu de Blanche-Neige... Quel soulagement que la première primaire (en néerlandais svp, vu que j'haitais à
Nieuport Ville, à l'époque). Merci Micheline, pour ce joli moment de lecture.



Anne Renault 21/09/2011 22:48



Une jolie histoire sur le monde de l'enfance, ses craintes, ses amitiés.



Micheline 21/09/2011 21:01



Merci à Philippe, Nadine, Christine, Alain et Carine-Laure. Je suis heureuse de constater que cette petite histoire éveille bien des souvenirs...   



carine-LAure Desguin 21/09/2011 13:29



Una anecdote : à l'école gardienne, nous devions rester deux ans chez la même institutrice. MAis moi, je suis restée mes deux ans chez l'instit précédente car je ne voulais pas rester chez la
deuxième ! Elle m'effrayait ! Et quand j'ai rééllement dû y aller, j'ai eu l'impression que c'est elle qui avait peur de moi, elle me regardait comme si j'étais une bête curieuse !!! MAis tout
s'est bien passé; le premier jour, elle avait déssiné le livre de la jeune avec Ballo et toute la clique...



Alain Delestienne 21/09/2011 11:20



Beau et attendrissant parce que c'est bien écrit. Je me suis retrouvé en 4e primaire devant monsieur Druet qui me faisait un peu peur.



Nadine Groenecke 21/09/2011 07:32



Je crois qu'aujourd'hui, ce sont plutôt les élèves, dès le plus jeune âge, qui donnent des sueurs froides aux instit ! Une belle histoire, en tout cas Micheline.



christine 21/09/2011 07:13



Un conte de circonstance ! Quentin, mon fils, curieusement, a toujours préféré les hommes ! Mais je crois qu'on a tous, un jour, éprouvé cette apréhension face à un instit à la réputation
sévère...



Philippe D 21/09/2011 05:56



Un conte tout en douceur.


La crainte d'avoir un instituteur après une série d'institutrices, je connais, je suis bien placé pour savoir que certains enfants ont une appréhension terrible d'avoir un homme comme instit. Ca
passe vite!


Moi, ce n'est pas un ogre que j'ai eu en primaire mais une ogresse! Elle m'a traumatisé!


Bonne journée.