Bouchon... Un exercice de style, deux versions pour un même sujet ! Aujourd'hui, version Micheline Boland

Publié le par christine brunet /aloys

 

Des bleus au coeur

 

BOUCHON

 

Lors de cet atelier d'écriture du 13/1/2014, il était demandé d'inventer une histoire dans laquelle on trouverait dans l'ordre, les termes suivants :

dans un bouchon lyonnais,

c'est mon petit bouchon,

nul doute, il avait un petit goût de bouchon,

bouchon doseur,

roula sa serviette en bouchon,

ne quittait pas des yeux le bouchon de sa ligne,

Bison Futé annonçait des bouchons à l'entrée des grandes villes,

on allait enfin faire sauter le bouchon !

 

Les deux textes qui suivent, postés aujourd'hui et demain, ont été écrits par Micheline Boland et Louis Delville en un peu plus de quinze minutes.

 

 

Clara Bouchonnet

 

 

Clara Bouchonnet était ce qu'on appelle une bonne fourchette. C'est un sourire aux lèvres qu'elle poussa la porte de "La salade folle". Entrer ainsi, seule, dans un bouchon lyonnais n'était pas dans ses habitudes, mais l'envie de tester au plus vite la bonne adresse recommandée par sa sœur était si forte !

 

Clara Bouchonnet s'installa à une petite table proche de la vitrine. On lui tendit la carte et elle fixa son choix sur cette fameuse salade maison aux deux saucissons chauds dont sa sœur lui avait vanté l'équilibre des saveurs et sur un beaujolais à la ficelle. Sitôt le vin servi, Clara but machinalement une gorgée. Il était bizarre ce vin ! La curiosité de Clara l'emporta sur la mauvaise impression. Elle était toute ouïe, car à la table voisine la conversation s'envenimait : "Maman, Claude, c'est mon petit bouchon, mon amoureux quoi ! Tu ne me feras pas changer d'avis." Ah ces conflits entre une mère et sa fille ! Clara but une nouvelle gorgée. Nul doute, il avait un goût de bouchon, ce beaujolais. Ça commençait bien : des clientes qui se chamaillaient, un vin qui n'était pas au top ! Clara en voulut un peu à sa sœur.

 

"Tiens je prendrai bien un Ricard en attendant ma salade", se dit Clara. "Lui au moins, il ne sera pas bouchonné !"

 

Sitôt dit, sitôt fait. La commande était passée et Clara observait le barman. Ce n'était pas possible, il y avait sûrement un problème avec le bouchon doseur. Le verre qui lui était destiné ne contenait qu'un tout petit fond d'alcool.

 

Un tout, tout petit Ricard. Ce n'était pas normal. Clara sentit la mauvaise humeur la submerger. Elle n'allait pas se laisser faire !

 

"Garçon, je crois que mon beaujolais est bouchonné."

 

"Hum, je vais le faire goûter par le patron et le remplacer si nécessaire, bien entendu."

 

Clara était furieuse. Comment ce jeune serveur pouvait-il douter de sa bonne foi. Nerveusement, elle roula sa serviette en bouchon, la roula et la déroula, la re-roula et la re-déroula.

 

La fille reprit de plus belle : "Et je ne t'ai pas raconté… Tu sais, Claude adore pêcher, je t'en ai déjà parlé. Eh bien figure-toi qu'il s'est fait voler ses asticots pendant qu'il était au bord de l'Étang des Grenouilles ! Comme tous les pêcheurs, il ne quittait pas des yeux le bouchon de sa ligne. Il n'a rien vu… Et quand il s'est retourné, la boîte à asticots avait disparu. Envolée, la boîte.

 

"Quel sot ! Et il n'a rien vu, rien entendu ?"

 

"Maman, on voit bien que tu n'as jamais pêché. On voit surtout que tu ne l'aimes pas, mon petit bouchon."

 

Entre la mère et la fille le ton montait…

 

Clara prêta alors attention à la radio qui diffusait des infos trafic : "Bison Futé annonçait des bouchons à l'entrée des grandes villes, mais il s'était pour une fois mis le doigt dans l'œil. La circulation est fluide presque partout."

 

De toute façon, Clara Bouchonnet s'en fichait des conseils trafic. Elle ne se déplaçait qu'à pied et en bus !

 

"Maman, il faut que je te dise, Claude et moi, on va se marier. C'est décidé. D'ailleurs, on est sur le point d'acheter une maison et de faire un bébé. Pense qu'on approche tous les deux des trente ans !"

 

Voilà on allait enfin faire sauter le bouchon de champagne ! Tout allait s'arranger entre la mère et la flle…

 

"Madame, Madame…"

 

Clara regarda le serveur : "Effectivement le beaujolais est un peu bouchonné. Le patron a décidé de vous le remplacer."

 

La quantité de Ricard avait beau avoir été minimaliste, Clara était sur un petit nuage, celui créé par les brumes de l'alcool. Elle mangea le pain qui était devant elle, mais cela n'arrangeait pas son état. Elle avait de plus en plus chaud.

 

"Ainsi vous avez décidé de vous marier. Je n'en reviens pas. Toi une fille si rationnelle et Claude, un garçon tellement bohême et nonchalant. C'est pas possible !"

 

Clara revint les pieds sur terre. À côté d'elle, les deux femmes n'étaient toujours pas sur la même longueur d'onde, loin de là !

 

"Madame, je regrette, il ne reste qu'une sorte de saucisson."

 

Le garçon était de nouveau devant elle et Clara avait envie de le secouer. Il ne méritait que ça.

 

Quant à sa sœur, Clara Bouchonnet lui téléphonerait dès qu'elle serait chez elle pour lui dire ses quatre vérités et surtout que ses soi-disant bonnes adresses, elle pouvait dorénavant les garder pour elle.

 

Micheline Boland

micheline-ecrit.blogspot.com

boland photo

Publié dans Textes

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Commenter cet article

Micheline Boland 11/02/2014 08:11


Merci Jean-Louis, Carine-Laure, Alain, Nadine et Christine.

christine 10/02/2014 09:19


 


Bravo !

Nadine 10/02/2014 09:17


Bravo Micheline, et tu n'as pas poussé le bouchon trop loin...

magerotte 10/02/2014 09:16


Micheline ou l'art de (bien) lancer le bouchon...

Carine-Laure Desguin 10/02/2014 08:35


Un exercice mené de main de ...de ...

Jean-Louis Gillessen 10/02/2014 01:21


Bravo Micheline, en plein dans le mille ! Et je suis mort de rire ! Ce texte serait un excellent support pour un exercice de mémoire et d'expression en déclamation


(c'est le prof de théâtre qui parle ...) !