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Le blog Aloys

Bob Boutique a lu "Lovebirds" d'Edmée de Xhavée

13 Septembre 2013 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Fiche de lecture

 

lovebirds finish (1)

 

« Lovebirds » d’ Edmée De Xhavée

Soyons honnêtes, Edmée tout comme Christine et quelques autres sont des ami(e)s que je respecte et aime beaucoup et que je serais par conséquent incapable de critiquer, au alors en privé et uniquement de façon très amicale et positive. 
Dans le même temps, j’achète et lis tout ce qu’ils ou elles publient, parce que j’aime leur monde et qu’il m’intéresse de savoir comment il évolue.
Je précise bien “j’achète”, car j’ai horreur de recevoir des bouquins en cadeau, dans la mesure où cela m’oblige pratiquement à les lire, donc à les commenter, même lorsqu’ils ne m’ont pas enthousiasmé ! 
J’ajoute enfin que je les “achète” car je trouve qu’il y a derrière chaque ouvrage un tel investissement personnel que c’est bien la moindre des choses que de payer les quinze ou vingt misérables euros affichés sur la couverture.
“Lovebirds” je l’ai donc commandé à l’instant même où j’ai appris qu’il allait sortir et Edmée n’en savait rien… je ne le regrette pas, que du contraire, ce livre m’a même étonné et je vais tenter de vous expliquer pourquoi.

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Parlons d’abord de l’objet: un beau livre de plus de trois cent pages, bien imprimé, avec une couverture originale de Maureen Debbaut. Je ne vais pas vous dire le contraire, car c’est ma petite nièce et qu’elle est trrrès susceptible.
28,50 euros c’est beaucoup trop cher, mais ce prix se réduit à 19,90 lorsque vous le commander en direct sur le site de Chloe des Lys et ça, c’est tout à fait raisonnable !
J’ai bien rigolé en lisant le pitch du verso qui présente Edmée comme une baroudeuse internationale ( ce qu’elle a effectivement été ) et résume fort bien le bouquin en titrant: huit récits qui parlent d’amour. C’est exactement ça, des histoires “qui ont inspiré à cette femme de conviction (oh que oui !) des récits d’archéologie des sentiments humains !” 
Là, je n’ai plus très bien compris ! Associer la jolie Edmée a de l’archéologie ? A la Vénus de Milo peut-être ? Passons.

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Premier étonnement et non des moindres, la préface de Luc Beyer de Rycke. 
Pour les plus jeunes ( en dessous de quarante ans ) ce nom n’évoquera rien. Et pourtant ! Après avoir présenté le journal télévisé de la Radio Télévision Belge pendant près de vingt ans dans les années 60-70, il devint député européen et écrivit de nombreux essais sur la politique internationale et sur la Flandre dont il est un des enfants. Car Luc est gantois et fait partie de ses flamands bilingues et francophones qui manient parfois mieux la langue de Voltaire que les français eux-mêmes.
“La nouvelle est un art plus difficile que le roman, explique t-il, et Edmée De Xhavée y excelle”… 
Je confirme ( le fait qu’elle y excelle ) et cela m’ interpelle d‘autant plus qu’elle n’avait écrit à ce jour que des livres particulièrement riches en personnages, en style, en descriptions brillantes, parfois même époustouflantes, en psychologie fouillée et donc… en nombre de pages. Un De Xhavée, c’était toujours une brique et on entrait dans ses romans comme on entre en religion, avec des semaines voir des mois de lecture.
Et puis voilà qu’elle se lance dans la nouvelle avec des récits courts et rapides torchés en trente ou quarante pages ! Elle sait donc tout faire.
Et Luc Beyer qui s’y connait en littérature d’ajouter: “l’ auteur ressent profondément le tragique de l’ existence… mais laisse transparaître au bout du jeu, l’idée d’une rémission”.
Je ne l’avais jamais entrevu de cette façon, j’ai même été voir sur Wikipedia ce que signifiait exactement le mot “rémission” (une sorte de pardon ou de rachat) et je trouve cette réflexion particulièrement juste… surtout lorsque Luc conclut qu’ “Edmée de Xhavée est au fond une petite fille à la peine, atteinte jusqu’au fond du coeur et de l’âme… Elle se meurt, mais elle survit”.

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Après de tels commentaires, vous allez certainement imaginer un livre noir et désespéré.
Hé bien, Pas du tout. Les personnages d’Edmée sont rarement reluisants, encore moins courageux, mais souvent drôles dans leurs efforts pathétiques pour cacher ces imperfections. Et comme rien n’échappe à l’oeil impitoyable de l’auteure, qui démonte tous les jeux et faux semblants avec une précision d’entomologiste, c’est franchement jouissif ! 
Les “lovebirds” ( ou “inséparables” en français ) sont ces petits perroquets qui vont toujours par deux et donnent l’impression rassurante de couples éternels et fidèles.
Dans les huit récits d’amour d’ Edmée, la réalité est beaucoup moins ydillique. Les amants font de très gros efforts pour donner l’illusion aux autres ( parents, amis et connaissances ) que tout va bien dans leurs couples et qu’ils s’adorent. Sauf que la plupart du temps, c’est tout le contraire : ils se déchirent, se mentent, se trompent ou vont jusqu’à se mépriser !

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Dans le premier récit qui donne son nom au livre « Lovebirds » un couple de randonneurs se promène, sac au dos, dans une réserve située à quelques kilomètres de New-York. J’y ai déjà été plusieurs fois et ignorait complètement qu’ une telle forêt montagneuse et perdue existait si près de la Pomme. Même qu’on y aperçoit les buildings de Manhattan des hauteurs de cette petite montagne. Faisons confiance à Edmée qui connaît une bonne partie des States comme sa poche…
Pour leur entourage, ce couple est presque parfait et amoureux, mais « de jeune fiancée ardente puis jeune épouse consciencieuse elle s’était , en trois ou quatre ans, transformée en vierge de fer et de béton, en femme qu’il ne fallait pas brusquer d’avantage si on l’aimait vraiment. » 
Puis l’incident, nos deux hikers tombent en plein bled sur des « Jackson White », des espèces de sauvages new-âge qui vivent dans ces forêts de tout et de rien, quasi comme des bêtes, et cette rencontre tourne mal… on songe évidemment à « Délivrance » le célèbre film de Boorman. Mais ne comptez pas sur moi pour vous dévoiler l’ histoire…
Un autre récit évoque l’amour démesuré et malsain d’une mère, donc d’une belle-mère ! Un troisième de l’amour papillon d’un Don-Juan qui m’a beaucoup amusé ( vous lirez…) , un quatrième de celui empêché, maladroit, malhabile, qui se repent dans une effroyable tristesse à l’heure de la mort dans une chambre d’hôpital et ainsi de suite… 
Huit histoires, fort bien racontées et toutes différentes, qui valdinguent dans tous les sens et sur tous les continents avec un tempo enlevé qui mène le plus souvent vers un dénouement inattendu ( on a vraiment pas le temps de s’ennuyer )
Avec à chaque fois, le même fil rouge: l’amour avec un tout petit “a”, qui aimerait tant pouvoir s’écrire avec une majuscule, ou alors des amours insensées, aigries, trahies, comme des plantes qui poussent de travers…
Et puis arrive, comme si bien ressenti par Luc Beyer… la rémission… le pardon, car tout ce qui tourne autour de l’ Amour est en fin de compte bien dérisoire.

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Dernière interrogation. Peut-on écrire des nouvelles avec le même brio et la même richesse de style qu’on met dans un roman de trois cent pages ?
Pour Edmée de Xhavée, la réponse est oui, incontestablement. Le roman est un voyage en solitaire de plusieurs mois dans un pays où tout est à découvrir tandis que la nouvelle ressemble plus à un city-trip où le temps vous oblige à foncer sur l’essentiel. Mais elle maîtrise… 


«Le feu ouvert projette sur le visage de Vincent une lueur chaude et ondoyante qui longe les courbes de son visage. Dans ses mains, un verre de cognac sur lequel son image se reflète à l’envers, dans des teintes ambrées et mouvantes. »
« Elle voit un dindon sauvage dans le jardin arrière de la maison. Elle s’approche et imite son glouglou avec douceur. C’est un jeune mâle qui n’a pas encore de barbe, au plumage d’un beau bronze métallique aux reflets verts et soyeux, se terminant par de belles plumes tachetées de noir… »

Il vous faut un dessin ?
Un très bon livre, auquel je ne m’attendais pas. Il est déjà rangé dans ma bibliothèque avec un tas de graffitis et de notes griffonnées dans les marges, pour être sûr que personne n’aura envie de me le piquer.

Bob Boutique

www.bandbsa.be/contes.htm

http://www.bandbsa.be/contes3/10negresses.jpg

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Pâques 14/09/2013 20:15


Je vais le lire prochainement, j'avais aimé " Les Romanichels" et je suis certaine que je vais apprécier Lovebirds !!!


Déjà le blog d'Edmée est un petit régal, un rendez-vous qu'on ne rate pas


Bon week-end à tous.

martine 14/09/2013 16:24


Edmée, quoiqu'elle écrive,  c'est toujours un futur Goncourt! Je maintiens et signe!

Philippe D 14/09/2013 11:51


Bob s'est donné corps et âme dans la rédaction de ce billet! Waouh!


On ne peut toutefois pas dire qu'Edmée se lance dans la nouvelle. Je pense qu'elle s'est lancée voilà bien longtemps. J'ai eu l'occasion de lire quelques-unes de ses nouvelles avant la parution
de ce très bon recueil.


Edmée, c'est toujours un plaisir de te lire.


Bon weekend à tous. 

silvana 14/09/2013 08:56


Une auteure que j'aime, une couverture géniale, une fiche de lecture élogieuse par un auteur que j'apprécie.... bon vol les zoziaux ! 

Claude Colson 14/09/2013 08:19


Et pas que la plume.... :)

Edmée De Xhavée 14/09/2013 08:17


Ce p'tit gars Bob a toujours la plume volubile, que ce soit pour présenter les autres ou parles de négresses...

Carine-Laure Desguin 14/09/2013 07:33


Ai lu les deux premiers livres mais celui-ci, bien qu'ayant très envie de le lire, n'est pas encore arrivé chez moi. Un bien zoli commentaire de ce Bob, un p'tit gars que je croise
parfois

christine 14/09/2013 07:26


Pas encore lu... Mais le livre est sur mon bureau avec un certain nombre d'autres...