Anne Renault a lu "De l'autre côté de la rivière, Sybilla" d'Edmée de Xhavée

Publié le par christine brunet /aloys

 

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Anne Renault a lu :

 

 « De l'autre côté de la rivière, Sibylla » (éd . Chloé des Lys, Belgique), d'Edmée de Xhavée

 

 

A peine venais-je de refermer le livre que je l'ai rouvert aux premières pages – retour de ce long flash-back – pour le plaisir d'y retrouver tous les personnages du roman, qui, après lecture, s'étaient en quelque sorte « remplis » de leur histoire et apparaissaient dans toute leur densité, construite touche par touche au fil du livre.

Ce très beau texte, second roman d'Edmée de Xhavée, est, suivant les traces du premier, « Les romanichels », une saga familiale. Il nous entraîne dans les méandres de la vie d'Emma, de son frère Jean, mais aussi de celles et ceux qui vont les approcher, de façon durable ou éphémère.

« Et Sibylla ? », me direz-vous, celle qui attend « de l'autre côté de la rivière » ?  Eh bien, Sibylla, l'on pourrait dire que c'est le personnage majeur du roman, puisqu'elle en est la narratrice. Et cependant elle apparaît simplement ici ou là, toujours pour aider, protéger, aimer. Présence supérieure, tutélaire, qui, au-delà même de la mort, continue à veiller sur les enfants dont elle a été – pour leur sauvegarde et peut-être leur survie – la gouvernante. Sibylla, grand ange de l'amour, qui donne au roman une dimension spirituelle, même si elle se manifeste d'une façon toute charnelle, par la délicate odeur de sa poudre de riz...

Au début de l'histoire, une « faute », c'est ainsi que l'on nomme, dans la bonne9782874595196 1 75 société de la région liégeoise, comme dans tout milieu conventionnel et bourgeois,  l'abandon de son mari et de ses enfants par une épouse et une mère. Et la faute, comme il convient, sera punie, car l'histoire scandaleuse finit mal.

C'est alors que commence celle de ses deux enfants, Emma et Jean, qui se retrouvent emprisonnés dans l'austère maison des grands-parents maternels, les Dupage, et livrés à leur tante Marie, femme frustrée et persécutrice, dont la méchanceté inventive aurait pu les détruire, n'eût été la protection constante que leur apporte Sibylla. Le destin des enfants se construit cependant dans l'isolement et la souffrance, que l'affection inaltérable qui les lie vient cependant tempérer. 

De mariage catastrophique en instabilité affective, voilà Emma et Jean bien mal engagés dans leur vie d'adultes. A cela s'ajoute pour Emma le pire deuil qui soit, celui de son enfant.

Mais « Sibylla, de l'autre côté de la rivière » est un roman sur l'amour triomphant. Il gît, caché, attendant son heure, et remporte la partie, apportant apaisement et bonheur.

Autour d'Emma et de Jean, gravite une galerie de personnages, charmants ou grotesques, bons ou mauvais, tous hauts en couleur et parés de la vérité de la vie.

« Sibylla, de l'autre côté de la rivière », un roman sur l'amour, mais aussi sur la mort , dont Edmée de Xhavée nous   offre une image étonnamment sereine et poétique, dans la très belle métaphore de cette qui rivière que l'on franchit tous un jour. Mais sur « l'autre côté », point de néant, aucun règlement de comptes. Une figure bienveillante, accueillante nous attend et nous aide au passage. Ainsi ce grand-père, qui accueille son petit-fils, JC, par cet émouvant « Viens, mu pti fi, n'aie pas peur, je te rattraperai ».

Quant à l'écriture, Edmée de xhavée a l'art peu commun de mélanger acuité psychologique et fantaisie, réflexion profonde et détails gracieux, sensualité et humour.

J'ai été passionnée par ce livre, par la richesse de ses personnages, par l'entrelacement des récits. Et je sais aussi que ne s'effacera pas de ma mémoire l'image radieuse de Sibylla et que moi aussi, sans doute, dans les moments de doute ou d'inquiétude, je chercherai les effluves de sa poudre de riz... 

 

 

Anne Renault

Publié dans Fiche de lecture

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Commenter cet article

magerotte 10/05/2012 09:53


Un livre dans mon collimateur...

Lascavia 03/05/2012 23:54


Oui, un roman qui porte la marque de fabrique d'Edmée de Xhavée : sensualité, foisonnement d'émotions profondes et parfois légères, échos de rires enfantins, et puis....l'espoir, toujours
l'espoir, la bouée de sauvetage qui arrive à point nommé quand tout chavire, et l'absolue ténacité à chercher des yeux le rayon de soleil qui ne manquera jamais de percer malgré les nuages... Un
roman en effet très dense, très riche, très humain.


Comme Philippe, j'attends le troisième ouvrage avec impatience.

Philippe D 03/05/2012 20:00


Tiens, Edmée, le troisième, c'est pour quand?

carine-Laure Desguin 03/05/2012 12:41


Une très belle écriture; un roman sur lequel on ne risque pas de s'endormir tellement c'est riche gai et vrai! 

Jean-Michel Bernos 03/05/2012 09:06


Belle fiche !


Merci pour ces morceaux de partage et le soin apporté à décrire ce beau livre.