Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le blog Aloys

A la rencontre de Jean-Louis Gillessen : interview sur les traces de sa pièce de théâtre, LEON, 20H30

14 Février 2014 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #interview

Jean-Louis GILLESSEN... Mais qui est-il ? Voilà une question que je me pose depuis qu'il a proposé, sur ce blog, un poème... ou plutôt, un hymne à la vie. Je pensais qu'il publiait chez Chloé des lys un recueil de poème... Et bien, pas du tout ! Il propose une pièce de théâtre au titre singulier... LEON, 20H30... avec quelques mots énigmatiques au-dessous "Supposez... Mais ce serait trop long à vous expliquer". Bizarre, bizarre... Non ?

 

Allez, Jean-Louis, tu te présentes ? 

1A.jpg

 

 

Je me présente sous mon  nom réel parce qu'il est déjà apparu sur des affiches, dans des critiques, en tant qu'auteur et comédien de théâtre.

J'habite actuellement à Wasseiges, en pleine campagne, qui se trouve à quasi égale distance de Namur, Louvain-la-Neuve et Liège, et à environ 75 kms de Bruxelles : vive la Belgique et ses autoroutes ! L'entité compte 4 villages et 2.500 habitants.

Je vis seul, séparé, mais suis l'heureux papa d'une fille de 15 ans, pour qui tout boule et roule agréablement. Quatre frères et sœurs, quantité de neveux et nièces.
Parents décédés. Agé de 57 ans, je suis né le 15 mai 1956.

De formation Educateur Spécialisé A1 et Infirmier, j’ai suivi des humanités gréco-latines, beaucoup voyagé en Europe. Gymnaste de compétition,  je me destinais à être enseignant en éducation physique, mais des problèmes de dos m’ont empêché de poursuivre les études, tout comme celles de médecine que j’ai dû interrompre cette fois suite à un accident de moto. Tout en travaillant, j’ai suivi le cursus de 5 ans d’un conservatoire communal en Art Dramatique, années qui m’ont enrichi sur le métier de comédien, sans que je ne pense alors le pratiquer. C’est le « hasard », même si je ne crois pas en celui-ci, qui m’a permis en 1980 de travailler dans un théâtre pour enfants pendant trois ans : j’y faisais tout, de la vente des spectacles à décorateur, régisseur, auteur, comédien, … Puis la vie a fait que j’ai cumulé multiples professions éclectiques : chauffeur de bus, gérant d’auberge de jeunesse, barman dans un tennis-club huppé (plus jamais !), saisonnier en France, directeur artistique pour une boîte événementielle, libraire, et bien entendu éducateur pendant de nombreuses années.

J’écris depuis l’âge de 8 ou 9 ans, voire même avant, avec comme élément déclencheurDSC01285 le souci de vouloir, justement, communiquer en laissant une trace concrète à mes parents, frères et sœurs, sur le tableau destiné à cet effet qui se trouvait dans la salle à manger-salon. Très vite, le tableau ne me laissant pas suffisamment de place, je suis passé à l'écriture sur feuilles puis sur cahier. Plus tard, en humanités gréco-latines, à 14 ans, dans le cadre du cours de Français, pour le premier " vrai " examen de création propre, le professeur avait proposé aux élèves de choisir entre 4 thèmes imposés : deux en dissertation et deux en poésie. J'avais mal à la tête, il faisait chaud, nulle envie de disserter, j'ai pu le faire à satiété dans les années qui suivirent. L'un des deux thèmes en poésie s'intitulait " La page blanche ". Et là, j'ai bondi sur l'occasion pour écrire cinq pages de texte en alexandrins. Emerveillé par les tragédies grecques, romaines et françaises que les professeurs nous avaient fait découvrir, je ne pouvais qu'essayer de créer moi-même quelques uns de ces chantants vers à douze pieds dont je me délectais.
Je fus encore plus surpris quand sur le bulletin apparut au mois de juin la note de ... 19 points sur vingt! J'avais pu écrire et assembler des mots que mon professeur avait appréciés! Puis j'ai cherché à retrouver des notes approximatives, que ce soit par le biais de dissertations ou d'exercices de diction et de déclamation. Heureux étais-je, les points arrivaient et me donnaient à chaque fois une bouffée de bonheur intense.

Aujourd'hui, je continue d'écrire par amour de la vie du verbe. Pour exister par la plume et enseigner, transmettre ce que je ne peux simplement dire.
Pour témoigner de scènes de la vie quotidienne, d'épisodes ou de témoignages à leur tour entendus au détour d'un café, d'une rencontre au hasard des jours plus nouveaux les uns que les autres. Pour dire tel inattendu, telle expérience, telle joie, telle douleur. Pour rapporter, raconter, conter les mouvements des multiples histoires qui déterminent un destin, un chemin, pour donner le feu à une étincelle, apporter la lumière à ce qui pourrait ne jamais paraître ou apparaître, pour partager, faire circuler de l'émotion, celle qui sous-tend nos valeurs et nos comportements. Voilà ce que représente pour moi l’écriture.

DSC04451J'aime à surprendre par le mot, le faire chanter dans son verbe, s'entrechoquer avec ses pairs, je les veux multiples et distrayants, tantôt différents, tantôt répétés, sans jamais lasser, tantôt bruts, tantôt transformés, remaniés, inventés, j'essaie de faire vivre le langage écrit comme s'il était dit. Tel est mon désir et par là-même, ce qui le fait vivre, et surtout continuer à vivre, à perdurer. Car si le désir est toujours satisfait,  satisfait à jamais,  c'est la mort du désir,  la mort de l'écriture.

Je  suis un " désireur " assidu. La pratique de l'écriture de la parole, des mots dits par l'autre ou ceux que j'imagine et que je dépose sur le papier, cette pratique s'attache à dégager l'émergence sans cesse renouvelée de ce désir qui me fait vivre.

«  Heu-reux ! » , comme disait Fernand Raynaud.

Certes je peux ressentir par quelque fulgurance un surgissement passager d'une partie du tas gris comme une caserne qui se trouve bien enfouie au tréfonds de mon être, mais alors j'écris, je pose le mot, je me réanime et je l'anime. Alors vient à la rescousse précisément un nouveau désir, que j'apprivoise, reconnais plutôt que ne le refoule, et que je m'applique à maîtriser. Je ne peux écrire sans maîtrise, fut-elle directe ou juste à la relecture : j'écris à la plume, rature, biffe, reprend, corrige, peaufine. Et les mots doivent danser et chanter. Pour moi bien entendu, mais aussi et surtout pour la lectrice, le lecteur. Si je perçois que mon désir échoue, je m'évertue à le libérer de sa première force pulsionnelle parfois aveugle, afin de le faire passer du plan alors souvent inconscient, où il resterait " immaîtrisé ", au plan conscient où il peut être assumé, réfléchi, plus précis, messager de mots plus nuancés, plus jolis, mieux choisis, mêlés, transcrits, ... ils deviennent alors mieux manuscrits, formeront in fine meilleur manuscrit. Pléonasme entre le mot adjectif et son nom homonyme.

DSC01276.JPGLe style de mes écrits ? Ils sont variés. J'ai publié de 2000 à 2007 - dans la revue R.I.F (Réfléchir, Intervenir, Former), dont j'étais membre actif pendant cette période -  des articles mensuels tantôt journalistiques, tantôt sous forme de poèmes. La revue existait (et existe encore) sous l'obédience du coordinateur de l'équipe éducative au sein de laquelle je travaillais dans un Centre d'Hébergement pour la Jeunesse dépendant de l'AWHIP. Je m'occupais de la mise en pages, de l'édito, et mes articles relevaient tantôt de l'actualité sociale, tantôt le plus souvent tournaient autour d'un thème que je choisissais librement (ex: la précarisation, les familles recomposées, la transcription d'un témoignage, les droits du père séparé, de nombreux poèmes à thème social, ou complètement hors ce sujet.)

Comme dit plus haut, j’ai également participé activement à l’écriture en groupe de pièces de théâtre pour l’enfance et la jeunesse. Aujourd’hui je m’adonne toujours à la rédaction de poèmes et d’articles de fond journalistique. Je remercie d’ailleurs Christine Brunet qui publie et publiera encore de temps à autres quelques uns de mes textes.

Mon univers littéraire ? Tout récemment les ouvrages de mes nouveaux comparses que je commence à découvrir chez CDL Chloé des Lys, je ne citerai pas de noms pour ne pas faire de jaloux, et j’ai du pain sur la planche car la production est éclectique et prolixe  (rires) ! L’intensité de la lecture dans ma vie a beaucoup varié selon les périodes de ma vie. Un peu, beaucoup, passionnément selon les  disponibilités. De fait j’ai repris des études par deux fois dans la trentaine puis la quarantaine, tout en travaillant et en élevant ma fille Manon. Lorsque je travaillais full time, temps plein, tout en étudiant, j'ai plus lu des livres en rapport avec les études susnommées, car je ne pouvais pas concrètement lire autre chose, si ce n'est le journal, et l'un ou l'autre magazine littéraire (ou pas). Je me souviens (rires, parce qu'il était deux ou trois heures de la nuit et que je devais assurer le réveil, petit-déjeuner + la gestion des départs à l'école des enfants dits à trouble du comportement lors des gardes en tant qu’éducateur) je me souviens donc avoir lu tout un temps Le Journal du mardi, dont le rédac chef était le journaliste Bouffioux.
Comme beaucoup,  j’ai fort été marqué et influencé par les «  classiques  »  lus en humanités, j'ai fort apprécié dans le désordre pendant cette période et les années qui suivirent tant Hugo, Tolstoï, Zola, Stendhal en passant par Alfred de Musset, Georges Sand, Verlaine, Rimbaud, Voltaire, Tchekhov, Pirandello, Camus, Sartre, la liste est trop longue et certes non exhaustive, j’en oublie une quantité incroyable, puis Stefan Zweig, Sagan, tant cette vague donc que  de nombreux romans selon les époques et les modes dont je n'ai plus en mémoire les titres ni ne pourrais ici retrouver les auteurs (habitant sur seulement 83 m2 de surface, j'ai vendu une bonne partie des livres lus, même si certains sont encore "casés" dans des vieux casiers AMP de mon ancienne librairie (rires). Je voudrais citer Roland Topor, Dubillard du même prénom pour ses fameux Diablogues et autres,  Dostoïevski, l'intégrale des textes de Raymond Devos, ceux de Pierre Desproges, des maîtres en la matière, Guy Bedos, j'apprécie fort Philippe Labro, et dans un tout autre registre passionnément le regretté généticien et philosophe Albert Jacquard, le sociologue Joseph Basile ( chroniqueur dans la LLB) et j'oublie ici quantité d'auteurs lus avec grand intérêt, mais que ma mémoire ne pourrait retrouver pour l'heure ...

gillessen1Que vais-je publier chez CDL ? Une pièce de théâtre intitulée " Léon 20 H 30 ", inspirée d'un fait divers, au départ irradiant de banalité, qui m'est arrivé.
La pièce relate l'histoire de Léon. Son histoire qu'il raconte. Passager sur une moto, ce jeune étudiant en médecine est victime d'un accident de roulage. La moto percute une ambulance à vive allure et il subit un traumatisme crânien sévère. Il est alors entraîné dans une histoire clinique longue de dix ans, où le milieu du médico-légal se révèle être impitoyable et surprenant. De victime Léon devient comme accusé. La pièce, dénonciatrice d'un système, se veut néanmoins résolument drôle et optimiste. Elle a été jouée à de nombreuses reprises et en plusieurs endroits, le total de ses diverses créations a réuni huit ou neuf mille spectateurs.        

Niveau reconnaissance, j'ai connu la joie d'être reconnu (oui, j’apprécie fort ces mots de la langue française «  connaissance »  et « reconnaissance  ») par des critiques positives de quotidiens belges et autres hebdomadaires. J’ai pu bénéficier d’un passage à la RTB radio Namur et à la télévision au JT de 19H30 sur la RTBF, qui présentait un extrait filmé par leur équipe au splendide Espace Léopold Cedar Senghor Place Dumont à Bruxelles. Sans compter  la reconnaissance du public. Mais pourquoi avoir attendu tant de temps alors pour faire éditer le texte ? Je pense que l’évidence ne m’apparaissait pas,  j’ai mené une vie fort remplie (qui n’est pas finie !), et ce sont ma fille, des amies et amis qui m’ont convaincu d’entreprendre la démarche : aujourd’hui j’ai fait le pas sage qui s’imposait.      

Il est vrai que j’éprouve des difficultés à «  accepter  » un texte définitif quel qu’il soit : je ressens le besoin de changer tel ou tel passage, remodeler, peaufiner, mais j’en ai déjà parlé plus haut à propos du sens que je donnais à l’écriture et concernant ma façon d’écrire. Je peux ajouter que j'écris toujours au stylo d'abord, puis je transcris sur ordi. Parfois en écoutant de la musique. Souvent la nuit. Il m’arrive régulièrement de me relever pour jeter sur le papier une idée. Parfois cela me prend deux minutes, parfois je les prolonge en heures ! Le soleil se lève, j’écris encore, je ne vois plus le temps passer quand, à onze heures du matin, … j’ai faim !

Je constate alors que j’étais à la plume comme on était au charbon pendant huit à 10 heures d’affilée. Mais la joie, le bonheur, la jouissance sont intenses.

DSC04455.JPG

Des projets ? Ha, des projets, oui, ça bouillonne là-dedans ! Je m’attèle  à la mise sur pied d'une nouvelle création de ma pièce dans laquelle je jouerai et ferai la mise en scène : je dispose de l’endroit pour les répétitions (la salle de gymnastique de mon village), et pour les représentations de la merveilleuse salle qu’est le centre culturel de la ville de Wasseiges (Ferme de la Dîme). Je compte pouvoir « tourner »  avec la pièce dans quelques villes-clés de Belgique. A l’heure venue, je ferai connaître les dates et lieux de représentations sur le blog Aloys, avec l’autorisation de mon amie Christine Brunet.

Parallèlement je continue d'écrire ardemment, tout en préparant l'édition de Léon. J’ai commencé à m’attacher à la création d'un blog que je veux être attractif, rédigé correctement, à l'aspect non rébarbatif et sans couleur d'amateurisme. Cela prend du temps. Pour l’instant, il n’est pas très original, j’en reste aux balbutiements. Je souhaite continuer à travailler sur un projet d'écriture également théâtrale qui a pour thème l'éducation, au sens large du terme, mais plus particulièrement vue par l'œil d'un éducateur passé par multiples expériences, tant au niveau du terrain avec les enfants que celui des formations, séminaires, contacts avec les collègues, réunions d'équipes, de synthèse concernant un enfant patient, etc. J'abrège : le projet est la réalisation d'un "One man show" sur le ton principal humoristique, auto dérisoire et critique par rapport au thème abordé. Il va de soi que, tout comme pour la quasi majorité de mes textes, je m’inspire de «  qui  »  et de «  ce que  »  je vois et observe autour de moi, alentour dans la société du tout venant.

Cela me permet, et j’en terminerai par ceci, d’écrire en en-tête de ce que je publie :

« Toute ressemblance avec des personnes existant

ou ayant existé n’est pas fortuite »

Jean – Louis  Gillessen

 

Allez, je vous propose de découvrir quelques lignes de cette pièce de théâtre qui, je dois l'avouer, m'intrigue fortement...

 

DSC04459

 

P R E A M B U L E ( sur scène )

 

 

  Un médecin féminin

 

En blouse blanche, elle vient s'asseoir

 sur une chaise faisant partie du décor

 déjà planté de la scène I.

Un éclairage bleu est  tamisé.

 

 

 

Fin de journée. J'ai passé l'après-midi avec Léon. Tout a changé.

Je vous répète qu'il s'agit là d'un état démentiel qui ne nous paraît pas susceptible d'amélioration, étant donné sa relation à des lésions irréversibles, par nature, du cerveau. " ... C'était il y a dix ans, une phrase parmi tant d'autres issue du dossier médico-légal de Léon.

Supposez, mais ce serait trop long à vous expliquer.

Alors nous ne pouvons pas en parler, me direz-vous. Bientôt, si, et vous avez raison,

il faut connaître Léon. Cet après-midi, à dix-sept heures, il est parti.

Pour aller au théâtre, à vingt heures trente, pas loin d'ici, peut-être ici-même.

Il m'a dit qu'il vous " dira ". C'est étrange, j'ai passé quelques heures en sa compagnie, et je parle un peu comme lui. Mais je ne sais toujours pas s'il est vraiment guéri.

J'irai le voir ce soir. Ce qu'il a certes oublié dans ce qu'il a écrit, je l'ai retenu pour lui dans ce qu'il ne dit pas. Il sera surpris mais ravi de découvrir ces quelques phrases perdues sur quelques feuilles trouvées dans quelque pile de ses quelques papiers.

C'est vrai qu'il en a trop. Des papiers. Entassés épars sur un dossier dérangeant, comme pour le couvrir sans trop l'étouffer. Le dossier.

Mal rangés, dérangés. Les papiers sur le dossier. Voici l'oubli de Léon.

 

( Sur ces derniers mots, le médecin soulève une pile de feuilles qu'elle projette

 

en l'air : les feuilles par dizaines retombent éparpillées sur la scène. )

 

 

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article

Jean-Louis Gillessen 17/02/2014 17:43


Clin d'oeil et reconnaissance à toi, Alain ....

magerotte 17/02/2014 13:28


J'ai toujours été admiratif devant des personnalités aux nombreux parcours alors qu'il est déjà très difficile d'en suivre ou d'en assumer un ! Bravo !

Jean-Louis Gillessen 14/02/2014 14:42


Merci Carine-Laure et Christine ...

christine 14/02/2014 10:22


C'est clair que le titre interpelle ! Quant à l'auteur, quel dynamisme ! Bravo !!!

Carine-Laure Desguin 14/02/2014 07:48


Un parcours super-intéressant, rare même. Le sujet de la pièce de théâtre me ramène à "Ma chère folie" de Céline Gierts. Lu mais hélas pas encore commenté. "Léon 20h30", un titre
accrocheur!