Dans le blog d'Eric Allard "Les belles phrases", Argam, le roman de Gérad Le Goff Chroniqué par Sonia Elvireanu

Publié le par christine brunet /aloys

UN ROMAN DANS LE ROMAN : ARGAM de GERARD LE GOFF / Une lecture de Sonia ELVIREANU

Sonia Elvireanu « MondesFrancophones.com
Sonia ELVIREANU

Un roman complexe Argam de Gérard le Goff qui fait plonger le lecteur dans un univers étrange, à la limite du réel qui glisse subtilement dans l’irréel. Un roman dans le roman, très dense et incitant, aux multiples histoires et narrateurs, riche de descriptions détaillées à la manière de Balzac. Il rappelle le roman gothique par son côté fantastique, ses procédés narratifs, les décors et certains personnages.

Gérard Le Goff présente son roman "Argam" - Le blog Aloys

Une trame difficile à démêler, car l’intérêt de l’auteur est focalisé sur un cas de psychiatrie, un territoire incertain à explorer. Entrer dans l’esprit d’un aliéné pourrait avoir des conséquences fatales pour celui qui s’y hasarde, comme les personnages de ce roman.

Mais le romancier sait s’alléger du fardeau de l’aliénation trop lourde pour le lecteur pour donner à son roman tant son côté d’aventures, que celui de polar et de fantastique.

À partir des personnages bien rangés dans la vie sociale, un avocat et un psychiatre, deux amis, l’auteur construit un premier récit dont le narrateur est en même temps l’acteur des aventures rocambolesques du roman, donc personnage narrateur.

Dans ce cadre réel, il introduit un deuxième récit à l’aide d’un manuscrit trouvé par la police et confié au psychiatre Samuel Berstein. Le narrateur inconnu raconte une étrange histoire vécue sur une presqu’île où se trouvait le manoir abandonné d’une diva du XXème siècle, une chanteuse, adulée pour sa voix et sa beauté éblouissantes.

Un troisième récit tient au côté policier du roman, une enquête sur la disparition d’un aliéné dangereux de l’hôpital psychiatrique. Un quatrième : la biographie de la diva, trouvée dans une monographie de la région s’imbrique aux autres. Son auteur se mêle aux aventures bizarres des deux amis.

Enfin, il y a à la fin le récit d’un ami de l’avocat Osborne, qui a disparu mystérieusement de chez lui. Et dans l’épilogue, l’aliéné qui raconte, continuant de griffonner sur des feuilles ses délires.

Photos de Gérard Le Goff - Babelio.com
Gérard Le Goff

Malgré ses multiples récits qui s’imbriquent comme les poupées russes à déconcerter le lecteur, le romancier maîtrise à merveille le fil de la narration, sait créer le suspense, maintenir la curiosité du lecteur jusqu’à la fin, elle même à interpréter en dépit des fils narratifs qui se démêlent partiellement.

Contrastant avec la complexité de la substance narrative touffue qui se ramifie toujours vers d’autres domaines liés au fantastique, tels l’alchimie, l’ésotérisme, la psychiatrie, l’architecture du roman est assez rigoureuse : entre le prologue et l’épilogue, les chapitres numérotés ont en plus un titre qui annonce l’événement. Cela permet de structurer le roman et de faciliter le repérage de ses multiples récits.

Quant aux personnages, réels ou fantastiques (les esprits qui hantent le manoir, les figures diformes), ils sont placés dans les décors adéquats à leur situation, réelle ou imaginaire. La curiosité et l’esprit d’aventure de quatre personnages raisonnables, les deux amis, plus le libraire et le savant, l’emportent sur la raison, les poussent à des aventures incroyables, les plongeant dans l’étrangeté de l’atmosphère irréelle du parc et du manoir abandonné de la diva à la rencontre du fantastique.

La quête du mystérieux domaine et la fête d’étranges masques dont parle le manuscrit rappellent en quelque sorte Le Grand Meaulnes d’Alain Fournier.

Le talent narratif du romancier s’associe au goût de la description autant du réel que de l’irréel. Les images hallucinatoires, délirantes du parc et de l’intérieur du manoir de la presqu’île contrastent avec les détails précis du décor quotidien. L’auteur fait preuve d’une imagination débordante à créer l’effet hallucinatoire, fantastique du paysage.

Le romancier envisage ses personnages d’un œil de psychologue qui sait lire, deviner leurs sentiments et émotions cachés. Il semble vivre avec eux leurs aventures, s’y prendre comme ceux-ci dans les délires de l’aliéné pyromane. Il prouve son intérêt pour la psychanalyse dans le choix du sujet et les explications médicales du psychiatre durant ses conversations avec l’avocat.

La fin laisse au lecteur le soin de juger la part du réel et de l’irréel du roman et de l’énigme policière. On ne pourrait pas dire exactement qui est l’aliéné enfermé à l’hôpital psychiatrique. On pourrait y reconnaître chaque  personnage narrateur, y compris l’auteur, qui semble s’identifier parfois à ses personnages.

Publié dans avis de blogs

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Philippe D 20/10/2020 21:14

Une note de lecture qui donne envie de lire ce bouquin qui m'est inconnu...

C.-L.Desguin 20/10/2020 06:24

J'avais déjà lu cette recension sur Les Belles Phrases. Un roman "poupées russes" et bien plus encore.