Carine-Laure Desguin a lu les deux ouvrages de Pascale Gillet-B "Aiguillages" et "Le salon de coiffure"

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

Je viens de lire les deux premiers romans de Pascale Gillet-B. Et j’attends bien sûr le troisième avec impatience. Les points communs entre les deux livres ? Tout d’abord les couvertures, des illustrations aux traits précis, élégants, et qui collent très bien aux deux récits. Deux illustrations signées Pierre Hermesse qui confèrent déjà à l’œuvre de Pascale Gillet-B une unité affirmée. Une unité qui se retrouve aussi entre les lignes de ces deux livres. Mais là, je m’interdis de trop en dire. 

Le premier roman, Aiguillage, est de loin un hymne à l’Amour, celui d’une mère pour son fils car l’autrice l’annonce dès le début, chaque personnage de ce livre porte en lui une ressemblance physique ou un trait de caractère de Mathias, le fils de Pascale Gillet-B, un fils disparu tragiquement voici quelques années. Aiguillage, un roman qui nous entraîne tantôt en France, tantôt en Belgique. On apprécie les descriptions des paysages, un ancrage certain à la terre et l’on devine à travers tout ça cet amour de la nature que devait porter en lui Mathias. Et les personnages ? Les deux figures centrales sont Marguerite et Jonas. Marguerite vit en France, elle a trois frères aînés qui la protègeront toujours et qui seront chacun à leur façon un père attentif pour son fils Jacques, né d’une rencontre d’un soir. Jonas, lui, vit en Belgique. C’est un jeune homme qui a difficile de se reconstruire. Il a vécu une rupture sentimentale assez pénible et aussi un évènement tragique dont les images sanglantes lui reviennent sans cesse en mémoire. Entre chaque épisode d’un moment de la vie de Jonas et de celle de Marguerite, un interlude inattendu mais qui appuie le récit. 

Ce livre n’est pas un livre triste, non. On cherche entre les lignes de chaque page « quelque chose » de Mathias et le lecteur reconstruit un puzzle, suppose des faits, semble les comprendre, et au fil de la lecture s’aperçoit qu’il aime lui aussi ce garçon trop tôt disparu et qu’il le connaît un peu mieux, à présent… Ce serait selon moi le livre de la renaissance, ou tout au moins de la continuité, celle d’une vie trop tôt écourtée mais qui subsiste à exister à travers ce livre. À un certain moment, on cherche l’intersection, le recoupement. Car entre Jonas et Marguerite il y a bien, devine-t-on, un lien. Alors on tourne les pages car on se dit, le voilà ce lien. Eh bien non. On se trompe. La vérité est ailleurs et cette vérité est très très belle. Bien sûr que ce livre est bien écrit, les mots sont choisis, mesurés, tout quoi. Mais Aiguillage est un livre plus grand que tous les mots réunis et c’est là que les cinq lettres du mot magie prennent tout leur sens. 

Et comme je suis une lectrice insatiable et surtout curieuse, j’ai enchaîné de suite avec la lecture du Salon de coiffure car déjà le titre du livre m’intriguait vraiment. Et je le dis d’emblée de jeu, je déteste les salons de coiffure. 

Mais celui-là, alors celui-là… Car on comprendra tout au long de la lecture que ce salon de coiffure a vécu une fonction très spécifique lors de la guerre 40-45. Il ne fut pas uniquement un espace de jeu pour Charles et Richard, les deux amis qui, bien tard dans leur vie découvrent le secret qui les relie l’un à l’autre. Car dans ce livre-là aussi le lecteur cherchera ce qui relie les deux amis. Une amitié de toute une vie puisque Charles et Richard se sont connus dès l’enfance. Le récit commence bien plus tard. Charles vient de perdre sa mère et découvre des feuillets que celle-ci (la coiffeuse) a écrit. À la période même où Richard et sa mère entretiennent de longues conversations. L’une et l’autre famille ont vécu la guerre de façon tout à fait différente puisque l’une et l’autre était on peut le dire dans des camps tout à fait opposés. Ce que révèlent les deux femmes sont des témoignages que j’ai relus plusieurs fois et j’imagine dès lors tout le travail de recherche de Pascale Gillet-B. Des faits précis sont décrits et très détaillés, ces faits-là sont criants de vérité. Page 53 nous lisons les mots réquisitionner, occupation, rationnement, collabo. Alors vous comprendrez de quoi il s’agit et ce qu’ont vécu Charles et Richard auprès de leurs parents qui chacun à leur façon ont mené une mission qu’ils pensaient juste. Mais alors, ce secret ? 

Tout le talent de Pascale Gillet-B se situe là, écrire un récit passionnant et amener le lecteur vers une issue qu’il n’aura pas devinée. Le salon de coiffure, un livre important à mettre dans toutes les mains et particulièrement dans celles de nos adolescents. 

 

Aiguillage, roman, Pascale Gillet-B, Editions Chloé des Lys, 2015,

ISBN 978-2-87459-869-2

Le salon de coiffure, roman, Pascale Gillet-B, Editions Chloé des Lys, 2019,

ISBN 978-2-39018-108-8

 

Carine-Laure Desguin

http://carineldesguin.canalblog.com

 

Publié dans Fiche de lecture

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Commenter cet article

Brigitte Hanappe 15/07/2020 19:35

" le salon de coiffure" est dans mon stock et j'avoue avoir trop retardé le moment de le lire. Cette critique attrayante me rappelle qu'il est temps que je m'y plonge et tout porte à croire que l'histoire va me plaire.

Philippe D 13/07/2020 21:42

Moi, les couvertures ne m'attirent pas du tout. Par contre, Carine-Laure les vend bien. Je retiens car, pour l'instant, ma PAL est trop importante !

C.-L.Desguin 13/07/2020 14:16

De très belles heures de lecture et surtout la découverte d'une véritable auteure/autrice/écrivaine (au choix).

Edmée De Xhavée 13/07/2020 09:25

Quelle belle incitation à lire ces deux très beaux livres! Moi aussi je les ai lus, et ne peux que faire chorus à cette analyse fine et enthousiaste. Deux livres qui ne laissent pas indifférent et sont aussi une occasion de redécouvrir la beauté des mots de notre langue!

C.-L.Desguin 13/07/2020 14:16

A présent nous attendons le troisième livre.