Concours "Les petits papiers de Chloé" : texte 5. Votre vote en commentaire sur ce post avant le 09/05

Publié le par christine brunet /aloys

Concours "Les petits papiers de Chloé" : texte 5. Votre vote en commentaire sur ce post avant le 09/05

La salle d’attente

 

           

            J’attendais mon tour sur une chaise bancale, entre un vison et un nombril à l’air. Dehors, il pleuvait des cordes, et je me suis dit que c’était pas franchement l’idéal pour une fourrure et une peau à demi-nue. Moi, j’avais choisi un imperméable. Un bel imperméable. Suffisant pour me faire sourire comme une idiote au milieu de parfaits inconnus. J’ai traîné mon regard d’un visage à l’autre, discrètement, et j’ai bien vu que tous les parfaits inconnus, sans exception, avaient l’air en vrac.

            Bien sûr, j’ai posé la question quant à savoir ce que nous faisions là. Personne ne savait. Ni moi. Ni eux. Il y avait juste eu cette lettre arrivée la veille, en recommandée. Une lettre qui stipulait la date et le lieu du rendez-vous, et se finissait par une menace à vous glacer le sang en pleine canicule.

Présence obligatoire sous peine d’emprisonnement immédiat. 

 

J’ai observé les parfaits inconnus l’air en vrac, un par un, pour chercher un point commun, une raison d’être tous assignés ici, dans cette salle d’attente aux chaises bancales et au néon qui grésille, mais je n’ai rien trouvé. Absolument rien. Rien de rien. 

Un, deux, trois, quatre, cinq… neuf, dix, onze… vingt, vingt-et-un. Nous étions vingt-et-un. Vingt-et-un regards hagards. Vingt-et-un instants absents. Aucun de nous n’avait le cœur à la conversation. Etrangement, nos téléphones étaient privés de réseaux, alors on s’occupait comme on le pouvait. Certains feuilletaient des magazines. D’autres se rongeaient les ongles. Moi, je commençais à psychoter. Peut-être y avait-il eu erreur sur la personne ? Peut-être était-ce une mauvaise blague ? Peut-être l’un d’entre nous était au courant de toute l’histoire ? Voire, en était l’instigateur ! 

Plus les minutes s’écoulaient, plus la théorie me paraissait évidente. Parmi tous ces parfaits inconnus l’air en vrac se trouvait forcément un coupable. Il y a toujours un coupable. Mais lequel ? Je les regardais. Ils me regardaient. On se regardait. Et puis, nos pieds. Je les regardais. Ils me regardaient. On se regardait. Et puis, nos pieds. Et puis, la fenêtre, pleine de flotte et de crasse. 

 

  —        Suivant !

            C’était au tour du vison. Bien sûr, on ne l’a jamais revu. Pareille à une apparition d’outre-tombe, la blouse blanche et furtive de la secrétaire a surgi dans l’interstice de la porte, a crié son mot de rien du tout, et deux battements de paupières plus tard, les deux femmes ont disparu. 

            Entre mes deux oreilles, mes idées ont mis le bazar. Les mots perdaient leur sens, les lettres leur empattement, les chiffres leur arrondi. Et je ne vous parle même pas des secondes et des minutes qui remontaient le temps.   

—        Suivant !

            Au tour du nombril à l’air.

—        Suivant !

            Le bracelet électronique serré à la cheville.

—        Suivant !

            Les ongles verts.

—        Suivant !

Les cheveux en pagaille.

—        Suivant !

La paire de lunettes orange.

 

Quatre heures plus tard, j’étais seule au milieu de chaises vides. Autant vous dire qu’il ne restait plus grand chose de mes idées. De vagues suppositions qui me soufflaient que nous étions peut-être dans un roman de science-fiction et que le point final s’approchait doucement.

—        Suivant !

Mon Dieu. 

C’était mon tour.

 

En compagnie de la blouse blanche, une blouse bleue et deux uniformes. Le Docteur Rouskoff et deux agents de la police judiciaire. 

—        Contrôle des consciences ! qu’ils ont hurlé à l’unisson.

J’aurais pu essayer de fuire, mais je n’en ai pas eu l’idée. D’ailleurs, en stock, il ne me restait plus aucune idée.

Une seringue m’a injecté un sérum dans la plus grosse veine de mon bras gauche. C’est là qu’ils ont commencé l'interrogatoire qui servait à fouiller qui j’étais. Ce que je faisais de mes journées et de ma vie. Si je me droguais. Si j’avais déjà pratiqué le cannibalisme. Si j’aimais torturer les girafes, les moines, les caissières, les boxeurs ou tout simplement les gens. Si je collectionnais les peaux mortes,  les pansements usagers ou les vieilles brosses à dents. A tous les si, ma conscience répondait non. Un non quelconque, un peu à plat mais, a priori, sorti de ma bouche.

En même temps, je battais des cils pour voir si je contrôlais encore quelque chose. Et oui, de ce côté-là, tout allait bien.

 

Voilà.

Je suis repartie comme je suis venue.

Dans mon bel imperméable.

La tête apparemment vissée entre mes deux épaules.

 

Un fourgon est passé.

A l’intérieur, j’ai reconnu le vison, les cheveux en pagaille, et les ongles verts.

Publié dans concours

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

C.-L.Desguin 08/05/2020 19:55

Je vote pour le 2, Paul et les larmes. Bien sûr, c'est compliqué de choisir, j'ai aimé tous les textes. Dommage, on ne peut lire le 6, le 7, le 8...

Christian Eychloma 08/05/2020 17:44

Texte 3... Ce récit m'a fait penser au film "Un homme idéal", l'histoire d'un type qui trouve le manuscrit d'un ancien d'Algérie récemment décédé et qui le publie sous son propre nom, un roman ("Sable noir") qui fait alors fureur et permet au tricheur d'accéder au succès...

C.-L.Desguin 08/05/2020 19:52

Je me souviens de ce film. La fin est tragique me semble-t-il. Mais le suspens était bien mené.

Edmée De Xhavée 07/05/2020 08:47

Chapeau en tout cas pour tous ces textes vraiment gourmands. Il faut pourtant voter, et donc décider qu'on en a préféré un par rapport aux autres, et honnêtement il n'y en a pas un que j'aurais écarté. Alors je vote pour le troisième, en demandant pardon à tous les autres...

Auguste D 06/05/2020 21:10

Non, just a joke

Jerome D 06/05/2020 09:00

Pour moi, puisqu'il faut faire un choix, c'est le texte 4 qui ressort. Très bien écris, très beau retournement psychologique et intemporel, c'est vraiment un petit coup de cœur malgré les qualités des autre textes. Quelques soient les résultats bravo à tous et toutes.

Philippe D 05/05/2020 21:25

Cette fois, tous les textes sont bons, mais le premier m'a vraiment séduit et j'ai décidé directement de voter pour lui. Désolé pour les autres qui mériteraient bien mon point aussi !
Donc texte 1 pour moi.

Jean-Louis Gillessen 05/05/2020 20:51

Ouftiii, difficile à se décider, tant les textes sont originaux, bien singuliers, tous à suspens. Félicitations à toutes les auteures et tous les auteurs, et merci Christine pour ce concours passionnant. In fine je porte mon vote sur les textes comme suit : 1) le texte 3 "Page 47"/ … puis, pour ne plus me creuser trop la tête, je place quasi ex aequo les 5-2-1 et 4. Mais vraiment, tous méritent une médaille pour la création à l'imaginaire bien posé, dans un suspens bien amené. Euh, Christine, on peut changer son vote encore le samedi 9 ? Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii

christine brunet /aloys 08/05/2020 07:40

Non... AVANT le 9... Encore aujourd'hui, si tu veux...

Jean-Louis Gillessen 05/05/2020 14:46

La dernière convoquée dans la salle d'attente est sauvée : ouf, elle a pu nous conter l'histoire, en pleine conscience saine et tranquille semble-t-il donc.

Séverine Baaziz 05/05/2020 11:04

Ça me fait penser aux convocations, après tirage au sort, qui peuvent nous désigner jurés d'assises... Bon ben, je vais vérifier ma boîte aux lettres ;)

Edmée De Xhavée 05/05/2020 08:39

Je me suis amusée, on dirait une scène de Blade Runner (si quelqu'un d'autre est assez vieux pour l'avoir vu :D ) et franchement... chapeau!

Jean dallier 05/05/2020 08:03

Angoisse, humour, style lapidaire. Excellent

C.-L.Desguin 05/05/2020 07:48

Au secours, Boooob est de retour! Donc en résumé ceci est le 5ème texte et on vote ICI avant le 9 mai. A bientôt!