Nicole Graziosi nous propose un texte...

Publié le par christine brunet /aloys

« Mais enfin qu’est-ce que tu attends pour le renvoyer ce manuscrit ? L’éditeur l’a accepté ?Alors, faudrait quand-même que tu te décides ...» disait-on depuis pas mal de temps.

 

Eh bien voilà, c’est fait !

 

Le titre ? « La fille aux yeux bandés ». L’auteur : Nicole Graziosi.

 

Incessamment sous peu, va donc paraître chez Chloé des Lys « La fille aux yeux bandés », le troisième de mes livres chez ce même éditeur.

( Pour mémoire, les deux précédents sont : « Mais comment s’appelle-t-elle ? » et Tendresses et venins »).

 

Le propos ?

 

A quelques mois d'intervalle, Dorine enterre ses deux parents. Elle les enterre sans larme, sans chagrin, sans émotion. « Je n’ai que le chagrin de n’en pas avoir » nous dit-elle. Pourquoi une telle prise de distance ?

 

Au fil de sa vie revisitée, ses yeux s’ouvrent sur les diffamations hypocrites dont elle fut l’objet. De chocs émotionnels en révélations sournoises, elle découvre une vie parallèle créée de toutes pièces et qui lui est totalement étrangère. Dès lors, sa vie est dominée par son désir de comprendre les motivations de ceux qu’elle ne se résout pas à appeler autrement que ses « géniteurs ».

 

Extraits :

Si quelqu’un désire prononcer quelques paroles ... Nul n’en a manifesté l’intention. J’y ai bien songé, un peu, mais qu’aurais-je pu dire ?

« Que le diable t’emporte furent tes dernières paroles à mon intention. Il t’a emportée avant moi. Je te laisse en pays de connaissance. Je te laisse dans ses mains. A diable donc ! »

On nous a dit « Il est très tard. Il ne faut pas attendre parce qu’on va fermer. Venez chercher l’urne demain. Cette façon de nous éconduire était un peu choquante. Grève ou pas grève. Canicule ou pas canicule.

Mon coeur n’est que cendre. Cendre de ce que j’aurais pu, cendre de ce que j’aurais dû.

Des « il faut pardonner », des « il faut accepter », des « c’était quand même votre mère », j’en ai entendu. Trop. Les gens m’ennuient avec leur feinte compassion, avec leurs tons larmoyants, leurs phrases toutes faites, ils m’ennuient avec leurs mines éplorées. De quoi se mêlent-ils, à la fin. Ils aiment renifler du chagrin ? Alors il leur faut frapper à une autre porte. Ici, il n’y a pas de chagrin. Il n’y a pas de regret. Il n’y a pas de larmes. Il n’y a rien.

 

............................

 

Il y eut ma rencontre avec les allemands. Pour revenir de l’école, j’avais opté, ce jour-là, pour l’itinéraire qui comportait un morceau de la « Vieille Route» toujours déserte. Elle était bordée de hauts murs de pierres entre lesquelles avaient germé quelques graines de fleurs. Soudain, à un tournant, je vis des soldats allemands.

Je savais qu’ils étaient des méchants, que les gens se plaignaient de devoir par leur faute manger du pain noir et des topinambours, qu’il fallait faire d’interminables queues pour se procurer un petit bout de viande ou quelques grammes de beurre.

Je n’ignorais pas qu’en allant à Grenoble, même les femmes enceintes et les vieillards devaient quitter le tram à La Tronche, quel que soit le temps, et traverser à pied le Pont de l'Hôpital après avoir subi une fouille minutieuse.

 

Tout le monde connaissait l’histoire de ce monsieur qui, à la question

« pistolett ? » du soldat qui avait palpé dans la poche de son pantalon un objet inquiétant, lui avait répondu goguenard « non, non, pipe !» alors que de peur, son voisin claquait des dents ».

.......

J’avais tout cela en tête, ce jour-là, lorsque je me retrouvai face à l’ennemi. Ils étaient en grand nombre, ces soldats, alignés sur le bord droit de la route, fusils bien parallèlement pointés vers son milieu. Que faire ? Demi-tour et prendre l’autre chemin ? C’eut été avouer ma peur. Je continuai donc. Lorsque je fus bien engagée sur ma trajectoire, un cri me fit sursauter, puis la moitié des soldats se porta sur le côté gauche, fusils dirigés vers la route, dans un bruit de bottes assourdissant pour mes jeunes oreilles. Je fis ainsi le chemin au milieu des fusils, sans broncher, sans accélérer, sans les regarder. Ce ne fut qu’une fois sur le chemin, abritée des regards par une haie de lauriers, que je me mis à courir. Mon acte de bravoure, je le gardai secret. Ce fut ma fierté.

Publié dans Textes

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CATHIE LOUVET 18/07/2019 10:14

Moi également...je vais le lire

Edmée De Xhavée 16/07/2019 09:13

Je vais certainement le lire... pas anodin du tout, ça!

C.-L.Desguin 15/07/2019 12:53

Des extraits qui glacent les sangs.

Christian Eychloma 15/07/2019 08:13

Déconcertant...