Une chronique de l'ouvrage de Salvatore Gucciardo, Le voyageur intemporel, signée Martine Rouhart sur le site de l'AREAW

Publié le par christine brunet /aloys

Une chronique de l'ouvrage de Salvatore Gucciardo, Le voyageur intemporel, signée Martine Rouhart sur le site de l'AREAW

 

Personnellement, depuis l’enfance il m’arrive de pénétrer dans l’intimité des peintures. Tout à coup l’instant merveilleux jaillit, un furtif serrement dans la poitrine, une sensation confuse. Un point de tableau me happe, tout vacille, mon être se tend et s’envole, léger comme un elfe, pour se poser dans un repli du paysage. C’est presqu’une illusion d’impression, mais je la ressens, je suis rentrée dans le paysage, je suis devenue la peinture.

Il y a un peu de cela dans le livre de Salvatore Gucciardo, et ceci, à plusieurs égards.

Tout d’abord, le roman est en résonance profonde avec l’univers cosmique qui inspire presque toutes ses peintures, et la lecture du livre y renvoie sans cesse.

Ensuite, c’est par ce phénomène étrange, cette sorte de pouvoir de « rentrer dans les peintures », que débute le roman.

Renato, 22 ans, a acheté une toile représentant un monstre aquatique (un poulpe) avec, à ses côtés, une femme nue vue de dos. Il fixe le tableau et soudain, tout se brouille dans sa tête, il est pris d’un malaise. Il se réveille dans un palais. Il y est accueilli par le monstre, qui lui présente sa femme Era (qui n’est autre que la femme du tableau acheté par Renato). La beauté d’Era trouble grandement le jeune homme qui en tombe passionnément amoureux.

Nous ne raconterons pas ici l’histoire, une vaste épopée qui entraîne Renato (rebaptisé Ini) dans de nombreuses péripéties (l’on ne peut s’empêcher, tout au long de la lecture, de voir passer des images de certains épisodes de Games of Thrones). Les épreuves qu’il a à surmonter les unes après les autres doivent finalement le conduire à subir l’Epreuve du Savoir et alors, enfin, à s’unir à Era.

Au-delà de l’histoire proprement dite, il s’agit surtout d’une sorte de conte philosophique et poétique, où le merveilleux se mêle à l’effrayant, le sensuel à la brutalité.

C’est le récit d’un très long rêve qui est en même temps un voyage initiatique dans le temps et dans l’espace, un voyage au bout duquel Renato trouvera la connaissance, l’indépendance et donc une forme de liberté.

L’on y lira des réflexions de nature philosophique intéressantes, comme celles sur le destin des artistes dans notre monde, ou encore, sur la solitude.

« La solitude est un virus incurable. Elle est en nous depuis notre naissance. Elle ne connaît ni le bien, ni le mal. Elle est intemporelle et se nourrit de chair humaine. Lorsqu’elle se manifeste, elle accapare notre personne et nous emprisonne de ses multiples tentacules. Aussitôt, les terres de l’âme s’irriguent. L’eau se met à s’agiter. L’écume se forme et se faufile dans les galeries intérieures, emportant avec elle des gerbes d’espoir, des racines d’amour, des liens d’amitié. Bientôt, une vague océane couvre le tout ».

Le style est très poétique, essaimé de métaphores ; une écriture onirique qui fait écho aux œuvres picturales de l’auteur-poète qui démontre que Salvatore Gucciardo est un Artiste complet.

 

 

Martine Rouhart

Romancière, poète et critique littéraire

12 mars 2019

Publié dans Fiche de lecture

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