Opération Taranis... Un autre extrait proposé par Didier Veziano

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

Dubaï - Aéroport International.

Le panneau des arrivées indiquait que le vol GA-6332 en provenance de Beyrouth venait de se poser. L’aérogare ressemblait à un centre commercial luxueux où les boutiques s’étendaient sur quinze mille mètres carrés d’architecture aussi moderne que démesurée.

Terminal I. Un couple était attablé dans un bar dissimulé par une gigantesque plante exotique penchée sur une fontaine. Ils finirent leur jus de fruits et se dirigèrent vers le hall où les passagers allaient bientôt sortir.

Dehors, une chaleur moite rattrapait les voyageurs habitués à la fraîcheur artificielle de l’aérogare. Des limousines et autres berlines avec chauffeurs attendaient leurs riches propriétaires. Beaucoup plus discret, un véhicule sombre avec un homme à bord était garé à l’ombre des palmiers. Il précédait une moto prête à démarrer. Le dispositif de la DGSE était en place.

Le couple avançait main dans la main, lunettes de soleil sur le nez, fondu dans la foule. L’homme portait une casquette de base-ball et un polo Lacoste jaune sur un bermuda beige. La femme était en pantalon en lin et avait pris soin de porter un chemisier léger à manches longues.

— On est en place.

L’agent de la DGSE avait à peine baissé le menton pour parler dans le micro accroché au col de son polo. La réponse arriva instantanément via le récepteur incrusté dans la branche de ses lunettes.

— OK, on attend vos évaluations de situation.

La porte de sécurité s’ouvrit et déversa le flot de passagers du vol GA-6332. Des Émiratis en gandouras blanches, des hommes d’affaires en costumes, mais aussi quelques travailleurs immigrés, indiens et pakistanais, qui venaient suer à grosses gouttes sur les chantiers de construction pour des salaires de misère.

— Le voilà, dit la femme en portant la main à ses lunettes.

La caméra vidéo incorporée captura la démarche lourde d’Abou Hamzra. Jamal le précédait dans le champ de vision avec un chariot à bagages. Derrière eux, un deuxième garde du corps, plus ramassé, balançait sans arrêt des regards alentours en mâchant un chewing-gum. Ils se dirigèrent vers le comptoir de Gulf Air. Après avoir échangé quelques mots avec une hôtesse, celle-ci remit une petite enveloppe à Abou Hamzra. Il l’ouvrit, lut le mot inscrit et leva la tête en direction des panneaux d’informations. Il indiqua à ses hommes la direction à prendre.

— Attention, ils ne prennent pas la sortie principale. Ils se dirigent vers la porte 19.

Dehors la moto démarra lentement, entraînant la voiture dans son sillage. Pendant ce temps, le trio s’engagea sur un long tapis roulant parsemé de palmiers. Les deux agents, noyés dans le flot, suivaient à distance, enlacés.

— Le petit teigneux a l’air nerveux.

— S’il croise notre regard, on décroche quelques instants et on demande à Maxime de prendre le relais.

Le tapis roulant semblait interminable.

Porte 19. Les trois hommes marchèrent vers la sortie.

— Ils sortent, vous devriez les apercevoir dans quelques secondes.

L’agent en moto confirma. Malgré le reflet du soleil il devinait les trois silhouettes s’approcher derrière la baie vitrée. Les battants coulissèrent. Abou Hamzra apparut. Le petit teigneux avait une main discrètement plongée sous sa veste. À cet instant, l’homme au keffieh à carreaux noir et blanc qui depuis cinq minutes faisait les cent pas devant l’alignement des chariots en fumant une cigarette, l’écrasa dans un cendrier puis se dirigea vers Abou Hamzra. Les deux hommes se donnèrent rapidement l’accolade.

— Putain, c’est qui, lui ? fit l’agent à moto.

— À nous de le deviner.

L’agent féminin déclencha son appareil en mode rafale depuis l’intérieur. Avec son collègue ils firent la queue devant un distributeur automatique de billets. À cinq mètres de la sortie. L’agent à la casquette en profita pour s’assurer que dehors tout le monde était à son poste.

— Bon, maintenant, c’est à vous de jouer, nous on rentre. J’ai envie d’aller me baigner.

— Très drôle.

Une Mercedes classe S de couleur marron se présenta à la hauteur des quatre hommes. Un taxi privé. Le chauffeur sortit et tassa les bagages dans le coffre. Chacun s’installa.

— C’est parti, annonça le motard en baissant sa visière.

La Mercedes roula sur une grande route à quatre voies séparées par un large terre-plein central érigé de lampadaires et de palmiers. Une fois sur la Abu Baker Al Siddique road, elle ralentit puis s’engouffra dans le parking souterrain de l’hôtel Marriott.

 

Publié dans Textes

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Brigitte Hanappe 18/04/2019 17:24

Suspens: on sent le danger qui rôde, on ressent la tension des agents, on s'attend à ce que cela dérape...

Micheline Boland 15/04/2019 09:52

Comme l'écrit Edmée, ça fait vraiment cinéma. C'est très visuel.

Edmée De Xhavée 15/04/2019 09:00

Ca fait très cinéma, le rythme, le décor, la tension qui s'installe...