Marie Du Crest nous propose un extrait de "Fragmentée"

Publié le par christine brunet /aloys

 

Marie Du Crest  : lyonnaise de naissance et marseillaise de coeur. Agrégée de lettres modernes et diplômée de philosophie, enseigne depuis presque dix ans les cultures de la communication.

Chroniqueuse de théâtre contemporain à la Cause Littéraire, à la Clef des langues ENS Lyon, écrit depuis toujours mais a envisagé d'être publiée, il y a peu.  Tendance poésie.

 

Extrait

 

 

Durant d’interminables semaines,  il n’a pas cessé de pleuvoir. Le ciel  ruisselle, dégouline. Des rideaux de pluie, des jours obscurcis sans que la lumière ne parvienne à déchirer  la nuée grise.

 

J’ai regardé immobile, assise derrière la  grande baie du salon, le chagrin d’avril.

 

Les vitres de mes fenêtres seront des photos de Sudek,

 des larmes qui coulent le long de mes joues de verre.

 

 Les fleuves, les rivières, les ruisseaux même sortent de leur lit, enjambent les ponts de pierre et vont courir à l'aventure, dans les rues des villages et des villes, jusque dans les caves profondes et obscures, en quelques heures.

 

 Ils gagnent les champs, les prés et les vignobles aux récoltes compromises.

 

Poussent, poussent les herbes folles, les graminées éthérées !

 

Le gaillet gratteron s’enroule autour des plantes et finit par ligoter ses fragiles prisonnières.

 

 

  Le brave zouave de l’Alma, guerrier immobile, baigneur de pierre sent le courant de la Seine grossir le long de ses mollets tendus et craindra peut-être la noyade.

 

Boues des ressacs.

Les rues deviennent d’étranges canaux sur lesquels naviguent de frêles barques en bois, des canoës d’Indiens perdus.

 

Je vogue sur un radeau fou qui m’emporte.

 

Le paysage bascule tout entier dans ses reflets, à l’envers du monde.

 

 

  Jamais les pivoines, les boules de neige, les bleuets et les glycines ne sont aussi fastueux que  les fuchsias des jardins anglais.

 

Chaises de fer vides dans les parcs désertés comme après un départ précipité. Pelouses détrempées sous un soleil impossible. Les nuages ont pris le ciel comme une armée s’empare d’une colline ennemie.

 

 

   Loin, très loin, le silence  égoïste d’une maison au milieu de la campagne : nous nous sommes endormis, après la béatitude de l’amour. 

Publié dans présentations

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Salvatore Gucciardo 18/10/2018 22:44

Belle sensibilité poétique!

Philippe D 18/10/2018 21:31

Tendance poésie. Oui, ça se remarque dans la prose !

C.-L. Desguin 18/10/2018 12:47

Une prose poétique très agréable à vivre.

Micheline Boland 18/10/2018 08:17

Quelle belle écriture empreinte de poésie et agrémentée de métaphores !