Texte N°5 Concours les petits papiers de Chloé

Publié le par christine brunet /aloys

LES DEUX MAMIES

 

 

Gabrielle s'est levée très tôt. Après sa toilette, elle a passé plusieurs heures à cuisiner. Elle s'est appliquée pour évider et épépiner les tomates des gamins, et pour paner les escalopes de veau qu'elle leur destine. À dix heures et demie, Monique, la mère de son beau-fils, arrive chez elle avec sa petite valise et un gâteau fait maison. Monique a horreur de conduire le soir, elle a donc prévu de loger chez Gabrielle. Il est près de midi quand les deux femmes terminent de dresser la table. Assise dans un fauteuil, Gabrielle attend la famille. Elle se réjouit de les revoir tous, surtout Corentin et Damien, ses deux petits-fils. Elle brûle d'impatience, se lève et va vérifier que rien ne manque. Elle a pensé à tout : à la salière, au poivrier, aux petits beurriers, aux bougies, aux deux verres décorés de Schtroumpfs. Elle a mis de délicieux vins blancs au frais. Un instant, elle perd pied : elle a oublié de rafraîchir les sodas pour les garçons ! Elle pallie cet oubli. Elle regarde l’heure : midi vingt. Ils ne vont plus tarder...

Avant de se rasseoir, elle jette un regard au miroir. Son chignon et son léger maquillage sont impeccables. Corentin adore sa coiffure, il dit qu'elle la fait ressembler un peu à une princesse. Elle s'observe encore et constate amèrement qu'elle a pris des rides depuis le décès de Michel, son époux. Comme Michel lui manque, lui qui est décédé il y a presque un an !

Son fils et sa belle-fille arrivent. Les deux petits ne viendront pas ce dimanche, car ils ont une réunion importante chez les scouts. Mais Juliette et Caroline, les aînées, vont suivre accompagnées de leur amoureux. Le nombre de couverts ne changera pas. C'est pour cela qu'on n'a pas pris la peine de la prévenir de l'absence des deux garçons. Gabrielle est déçue, des larmes qui lui montent aux yeux. Elle n'a pas vu grandir ses petits-fils ! Plus ils avancent en âge, moins elle les voit. À dix et onze ans, ils ont déjà des activités qui leur sont propres. Ils prennent leur indépendance. Ils n'ont plus besoin qu'on les conduise à l'école et qu'on surveille leurs devoirs. D'ailleurs qu'ont-ils encore à faire de ses câlins ? Qu'ont-ils à faire de sa mousse aux deux chocolats ?

On sonne de nouveau. C'est sa fille et son mari. Enfin les derniers se manifestent ! On passe à table. Gabrielle prend place au plus près de la cuisine. On échange des banalités. Son gendre se charge de servir le champagne. Gabrielle et Monique vont chercher les verrines préparées avec amour.

On bavarde. On parle vacances, voyages, restaurants, cinéma, mode, placements, sports, politique. Quasiment pas un mot au sujet de Michel si ce n'est pour évoquer ses talents de bricoleur et rien à propos des deux petits qui sont absents. Gabrielle, qui a le cœur lourd, n'avait pensé que cuisine savoureuse, ambiance chaleureuse, cajoleries aux deux gamins.

L'heure est au dessert. En sortant le gâteau et la mousse aux deux chocolats du frigo, Gabrielle retrouve les plats qu'elle avait préparés pour les deux gamins. Elle a passé tant d'heures pour plaire à tout le monde… Était-ce bien indispensable ?

Bientôt, il ne reste que Monique qui l'aide à remettre de l'ordre dans l'appartement.

Le lendemain midi, nos deux mamies se régaleront des tomates aux crevettes et escalopes panées.

Publié dans concours

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Pâques 19/03/2018 20:48

Très juste ce texte !
Nous aussi le samedi nous allions chez mes parents sans nos fils ( ils étaient au patro )...
Mais ce n'était que partie remise pour un autre jour de la semaine ;-)
Et ma mère ne se donnait pas autant de mal pour nous recevoir heureusement !!!

Roland Smout 19/03/2018 19:34

Si ce n'est pas du vécu, ça y ressemble diablement. La vie, trop simplement, trop désespérément. Moralité : faut trouver le bonheur sans l'attendre des autres. Ceci dit, dans ce texte, je vois le papier fleuri au mur, le beau service, la nappe des grands jours qui égayent le désespoir d'être d'une époque révolue, d'être de trop ou du moins de n'être que supportée, de se sentir inintéressante. Bref, ce récit de repas est presque une peinture réaliste, et c'est bien.

Micheline 19/03/2018 15:13

Ah les mamies !

C.-L. Desguin 19/03/2018 13:10

La vie, tout simplement.

Jean Louis Gillessen 19/03/2018 12:27

Aucune trahison, aucune vilénie, juste deux chouettes Mamies, ça change ... Bravo pour cette fraîcheur, (Micheline) et vive les tomates crevettes !

Séverine Baaziz 19/03/2018 11:31

J'aime beaucoup ! Ce temps qui passe... Cette tendresse si présente...
Un très joli texte qui me fait un peu penser à la chanson "Quatre murs et un toit" de Bénabar. Bravo !

Bob 19/03/2018 11:17

Micheline (sans son sac) à 85%

Edmée De Xhavée 19/03/2018 08:50

Je suis perplexe car ici aussi je suspecte Micheline alors qu'il n'y a aucun mort à déplorer... Je vieillis :) Belle évocation en tout cas...

Philippe D 19/03/2018 08:15

Beaucoup de mamies pourront se reconnaitre dans ce récit, je pense.