Extrait de l'ouvrage d'André Elleboudt, le rivage d'un océan sans terre...

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

C'est d'un plombier hors pair dont j'aurais besoin tant le sommeil de qualité et finalement le sommeil tout court s'écoule hors de moi par tant de fuites invisibles. Quand le sommeil a toujours été un allié naturel, qu'il est terriblement malaisé de faire face à sa subite absence. Se coucher à 21.30 et terminer sa nuit à minuit et parfois un peu plus tard ou bien tomber endormi au lever du jour contient un double questionnement : comment résoudre le problème afin de ne pas en faire un cauchemar… éveillé ? Que faire le reste de la nuit ?

Seul, face à un trou noir avec, pour accompagnement, le souffle lent de ma belle en sa route paisible. Seul, à ne plus désirer regarder l'heure sur le réveil tant le temps semble alors encore plus long. A force de résister avec succès à cette envie horlogère, s'installa une compétence jusque-là inconnue : la capacité d'imaginer le moment de la nuit en fonction de l'obscurité, du silence, du réveil des bruits extérieurs, du démarrage de la chaufferie… Au fil des nuits se développa une véritable lecture à l'aveugle du temps qui passe. Drôlement capable, le cerveau humain, mais trop limité pour relancer le cycle du sommeil !

Que faire le reste de la nuit ? Lire ? La lumière gênerait ma voisine. Me lever et marcher ? Mes douleurs reprendraient de plus belle, la position couchée est souvent la moins inconfortable. Descendre et m'installer à la télé ? Non, par principe.

Alors je décidai de rester au lit, d'appliquer les leçons de démaitrise apprises lors de sessions de sophrologie. Imaginer un moment de bien-être, en faire un sujet de pensée mais pas plus ; respirer, apprendre à maîtriser la respiration pour en faire une alliée de l'endormissement. Parfois cela fonctionne. A moins que cela ne soit le hasard, tout simplement.

Une dernière voie pour rentrer dans le monde de la nuit, les somnifères. Alors là, oui, je dors, mais d'un sommeil inqualifiable. Une espèce de mécanique incontrôlable s'installe : avaler, me coucher, sombrer, tracer, lutter… pour me réveiller. Mais chemin obligé, je devais essayer cette méthode pour ne pas me liquéfier, perdre le sommeil. J'ai essayé et un jour ai décidé d'arrêter au prix… non imaginé d'un sevrage "réparateur".

Et maintenant je gère mes nuits au mieux, m'endors et me réveille, parfois me rendors et parfois habite mes nuits éveillées.

 

A. Elleboudt

Publié dans Textes

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C.-L. Desguin 28/04/2018 16:45

Une belle écriture et j'aime aussi la couverture, je suppose que c'est une photo.

Jean Louis Gillessen 28/04/2018 13:55

Encore et toujours tellement bien décrits, ces moments. Bravo et courage, cher André. Merci et reconnaissance à toi pour nos échanges, pour "qui" tu es, pour ce que tu nous transmets.

Pâques 28/04/2018 13:03

Se lever et écrire...
Pourquoi pas ?