André Elleboudt nous présente son ouvrage "Le Rivage d'un Océan sans Terre"

Publié le par christine brunet /aloys

 

L'auteur/Bio

 

André Elleboudt, né en 1953, aime parler, écrire, chanter, jardiner, partager connaissances et convictions. Depuis toujours, ou presque, la musique à écrire et chanter, les mots à entendre, dire ou écrire, la nature à regarder, travailler et cultiver, l'Europe à découvrir à travers ses gens et ses paysages, la pédagogie à appliquer, inventer et expérimenter, … forment, avec la famille, des raisons de vivre. Et puis un jour, l'édifice se déstructure quand la santé prend les rênes de sa vie et du reste.

Alors, écrire devient le lieu d'une nouvelle liberté dans l'adversité.

 

Le Rivage d'un Océan sans Terre/Résumé

 

Le titre, pour qui veut en pénétrer l'intime, exprime ce lieu qui devrait être "la terre en vue" d'un marin. Mais, à y bien penser, un océan sans terre ne peut avoir de rivage. Cet océan, d'ailleurs, existe-t-il ? C'est dans ce vide, ce non-lieu que je me retrouve quand la douleur permanente me casse. Les pages du livre parlent du quotidien de la souffrance, description doublée de manière plus poétique par l'expression, difficile, du ressenti.

Mais il n'est pas question de plainte. Il s'agit moins de "lutter contre" que de "pouvoir vivre avec".

 

Un extrait

 

J’ai subi une attaque et je suis occupé. Mon corps est occupé, comme un pays en guerre. Croyez-moi ou pas. J’ai été attaqué par des objets. Mon corps est devenu un territoire sous contrôle ennemi. L’occupant ? Des objets, des outils de toutes sortes.

 

C’est une histoire étonnante que je m'en vais vous narrer. C’était comme si le quotidien inerte avait pris possession de mon quotidien vivant. Jusque-là ma vie s’était pourtant déroulée normalement. Une vie normale, normale comme quand ce qui nous arrive n’appartient pas à l’extraordinaire, au hors norme.

 

Ma vie était normale et belle.

 

 

Un soir, au terme d'une journée de travail en plein air à entretenir le jardin familial, le bain salutaire vit s'approcher un couple de clés à molette qui sans crier gare et malgré ma nudité rose s'emparèrent de mes poignets et, fermant leur mâchoire, déclarèrent qu'elles prenaient à ce jour possession desdits poignets pour en faire un lieu de seconde résidence. Grande fut ma surprise et totale mon incapacité à me défendre. Depuis ce jour, les poignets occupés ne sont que sècheresse, dureté ; ils mènent une vie solitaire, séparés d'un corps duquel ils ne semblent plus se préoccuper. Ils portent ce qu'ils veulent quand ils le veulent, développent la force que leur bon vouloir estime suffisante dans toute tâche de manutention. Bref, ils se sont désolidarisés du reste du corps si ce n'est du cerveau à qui ils communiquent fidèlement maux et douleurs, faiblesses et impuissances. Et cela dure toujours.

 

Cela fait une dizaine d'années qu’un soir, affalé dans le canapé, quelque peu las à la fin d’une journée de travail, je sentis l'attaque insidieuse d’un chargeur de batteries. C’est utile, un chargeur dans la boîte à outils, cela permet de redonner puissance aux tournevis, aux foreuses. Je me reposais, couché dans le canapé et soudain, lentement, imperceptiblement mais incontestablement, une sorte de courant électrique se répandit dans mes jambes suscitant une forme de tremblements, de pincements et puis de tressautements totalement incontrôlables. Surprise, étonnement, inquiétude et difficulté d'expliquer ce qui était en train de se passer. Les jambes bourdonnaient-elles, brûlaient-elles, se refroidissaient-elles, c'était un peu tout cela à la fois, une sensation l'emportant parfois sur l'autre dans un concert qui semblait ne pas devoir se terminer. Et puis, ces jambes qui tressautent sans raison, qui pédalent vers nulle part, cela a de quoi interpeller. Et cela dure toujours.

 

A un point que les yeux

n'en finissent de dire

la souffrance de l'âme :

pleurer d'être si mal.

 

Etre mal de ce corps

dans sa grandeur idiote:

la souffrance.

Et que ce mot fait mal.

Publié dans présentations

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Commenter cet article

Jean Louis Gillessen 23/02/2018 14:50

Très poignant ce texte, André. Juste catharsis qui ne peut que toucher, informer, sensibiliser à cette douleur et au mal qui ancrent l'angoisse et la déstructuration dans le corps et l'esprit. J'apprécie énormément les métaphores issues de votre imaginaire qui, en fait, sont issues de ce que votre cerveau humain ressent intensément et qui traduisent pleinement ce que vous souhaitez nous transmettre. Titre subtil et fort. La phrase "Mais il n'est pas question de plainte. Il s'agit moins de "lutter contre" que de "pouvoir vivre avec"." dit tout. Atteint de douleurs chroniques et ancien épileptique, je me questionne toujours quant au besoin de "justifier" qui vient tel une réponse à une demande de "l'autre", comme si cela n'était pas déjà suffisamment clair, évident.Merci et Bravo pour ces mots, ce témoignage, et l'utilité de ce texte pour tout une chacune, tout un chacun. Reconnaissance de votre douleur, et reconnaissance à vous, André, pour dire votre chemin, exemple de courage.

cathie 28/03/2018 09:47

Je suis tout à fait d'accord, très beau texte

André E. 23/02/2018 15:46

Que vous dire, sinon merci pour vos mots qui d'une certaine manière viennent épouser les miens!

Séverine Baaziz 23/02/2018 12:01

Très beau et d'une infinie utilité : témoigner et offrir de ce courage de tenir malgré tout.
Merci beaucoup, André !
(J'ai un ami pour qui la méditation apaise un peu la souffrance...)

André E. 23/02/2018 13:07

merci pour ces encouragements.

Christina Previ(otto) 23/02/2018 11:05

Dépasser, voire sublimer la souffrance et écrire de si belle choses, je dis bravo à vous Monsieur André Elleboudt ! La souffrance est laide, avilissante, elle ne nous rend pas meilleurs, ne nous rend pas beaux, elle est injuste, immonde et avec cela, vous écrivez de si belles choses. L'accepter, vivre "avec elle" plutôt que contre elle est peut-être la seule voie qui aide à la dépasser ? Encore bravo !

André E. 23/02/2018 11:36

Merci!

Marie-Noëlle FARGIER 23/02/2018 08:09

En lisant ces mots, je pense à l'échelle de douleur. Quantifier la douleur avec des chiffres ! Sauf que parfois le 10/10 n'est pas suffisant ! Les mots d'André Elleboutz identifie l'intruse, ce tas de ferraille qui incise, assomme... Bravo pour votre écriture André Elleboutz et merci, c'est aidant d'apposer un visage... sur cet ennemi.

André E. 23/02/2018 11:37

Merci!