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Publié le par christine brunet /aloys

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Les quatre-vingt ans de mamie Rose.

Au cours du succulent repas, les rires fusent. On attend avec impatience le gâteau de mamie Rose mais cette dernière s’est éclipsée ? On l’appelle. On la cherche dans toutes les pièces, en vain.
— Maman est peut-être dehors, suggère Anne, la cadette.
— Que ferait-elle dans le jardin alors qu’il fait déjà nuit ? rétorque Paul, un des jumeaux.
— Avec son étrange peur, pour ne pas dire sa phobie, de fêter ses anniversaires, maman a sans doute eu besoin de s’isoler avant de souffler ses bougies. Tout à l’heure, en nous voyant tous arriver à l’improviste, elle a failli s’évanouir. Depuis, elle fait la tête comme si on venait d’enterrer l’un de nous. C’est à nous dégoûter de lui faire une surprise ! Je vais voir dans la cour, dit Marie l’aînée.
À peine est-elle sortie, qu’elle crie «au secours !». Tout le monde accourt. La faible lumière du perron laisse entrevoir une faille de plus d’un mètre de large qui s’est ouverte au seuil de la maison. Marie a les pieds et une partie du corps dans le vide. Ses mains glissent. Jean attrape sa sœur avec poigne. Il la tire hors du trou béant puis il va chercher la lampe torche dans le cellier. Tandis que des «mamie Rose !» résonnent, le vif éclairage révèle un sol zébré de fissures. Une chaussure abandonnée de l’octogénaire fait penser au pire. De discrets mais incessants craquements se font entendre. Un arbre s’écroule, avant d’être avalé par la terre morcelée qui a sans doute déjà digéré l’aïeule. Effrayés, tous les membres de la famille se réfugient à l’intérieur. Les murs se mettent alors à bouger. Un cadre tombe. Plus aucun téléphone ne fonctionnent. Anne allume la télévision. Ce serait-il produit quelque chose pendant qu’ils faisaient la fête ? Pourtant, aucun flash spécial n’est diffusé. 
Soudain ! De grands cris de frayeur s’élèvent. Le courant vient de se couper et la lampe torche montre des signes de faiblesse. Jean garde son calme. Il descend à la cave où les bougies sont rangées.
— Et si ?
— Tais-toi Anne ! ordonne Marie en grimaçant à cause d’une contusion à la jambe. 
Jean est long, trop long. Denise, sa femme, panique. Marie tente de rassurer sa belle-sœur. Des enfants pleurent. Les adultes prostrés chuchotent « Et si mamie Rose leur avait menti ! »
Jean revient enfin. Il chancèle. Il jette des bougies sur la table. Il sent l’alcool. Il a bu. Il s’installe dans le fauteuil où il continue de vider une bouteille de vieille prune. Des lueurs dévoilent des murs et un plafond lézardés. Une eau noire suinte un peu partout. L’air devient glacial. Jean est dans un état semi-comateux. Au lieu de répondre aux questions, il laisse échapper un interminable rire nerveux. La panique monte. Certains se serrent en se disant des mots d’amour, comme s’ils pouvaient être les derniers. Mais « chut ! », il ne faut pas effrayer les plus jeunes.
Paul décide d’aller voir dans la cave. Il remonte blême et tremblant. Le verdict tombe :
— Au lieu d’écouter papa, nous l’avons fait interner. Le visage maléfique du mur de la cave existe bel et bien. Il est réapparu et il m’a parlé, dit Paul d’une voix chevrotante.
— Et je peux vous dire que ce qu’il raconte est effrayant. N'est-ce pas Paul ? dit Jean.
— Oui. Et vous avez tous le droit de savoir. À trente ans, après la découverte de sa stérilité, maman a donné son âme pour guérir et nous avoir. Elle ne devait jamais fêter son anniversaire avec ses quatre enfants réunis, sous peine d’entraîner la mort de tous ses descendants. C’est pour cette raison qu’elle s’arrangeait toujours pour partir en vacances ou pour être soi-disant malade à cette date.
— Ou pour se fâcher avec l’un d’entre nous, ajoute Jean. Je n’aurais pas du venir aujourd’hui mais une voix m’a soufflée : «Ta maman est malade et affaiblie. Sa mort est proche. Va fêter ses quatre-vingt ans et pardonne-lui !». Ce qui arrive ce soir est de ma faute.
— Non Jean ! C’est le diable qui t’a piégé. Il y a dix ans, quand il a fait des révélations à papa, il a procédé de même. Comme Maman n’avait pas le droit d’avouer ce pacte, pour ne pas signer notre arrêt de mort, elle a accusé papa de folie. Cela a été une peine supplémentaire infligée par le démon.
— Alors, je pense que le diable ne doit pas être étranger à cette idée de repas d’anniversaire qui m’est soudainement venue, dit Anne au bord de l’évanouissement.
— Vous racontez n’importe quoi, rétorque Marie. Le diable n’existe pas. Nous allons vivre.
Aussitôt, un rire maléfique et une fumée noire monte de la cave.

Le lendemain, le facteur a découvert l’effondrement partiel de la ferme. Le corps de mamie Lucienne n’a jamais été retrouvé. Seules les dépouilles de ses descendants ont été découvertes.
Papy Guy avait toujours été saint d’esprit mais cette tragédie lui a finalement fait perdre la raison. Les belles-filles et les beaux-fils, rescapés de ce funeste repas de famille, ont subit le même sort.
 

Publié dans concours

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Martine Dillies-Snaet 21/03/2018 15:05

Je n'étais pas là hier soir, mon vote est hors délai mais je le donne quand même; j'avais choisi le texte 4.

Bravo à tous.

Edmée De Xhavée 20/03/2018 20:37

Je n'ai pas eu le temps de venir plus tôt mais je vote pour le texte un aussi. Ce dernier, en grand final, est une trouvaille!!!! :D

Christine Brunet 20/03/2018 20:02

Les votes sont clos !!!

Christine Brunet 20/03/2018 19:48

Texte 1 : 1
Texte 2 : 5
Texte 3 : 1
Les autres, 0 votes

Merci pour tous les participants et les lecteurs qui sont passés par ici !

Pâques 20/03/2018 19:31

Pas évident...
Le 2 :-)

Roland Smout 20/03/2018 19:22

Puisqu'il faut départager, choisir, désigner, bien que la qualité soit partout, moi je dis que... j'ai apprécié l'idée d'un poème sur un thème si peu propice à l'exercice, mais que mon texte préféré est bel et bien le numéro 2, très dans l'air du temps, avec une chute véritablement inattendue.
Félicitation cependant à tous les participants :-)

Roland Smout 20/03/2018 19:19

Diable, il y a de l'idée là-dessous. ça me rappelle une nouvelle d'Alberto Moravia, bien qu'on soit ici dans un autre registre... Ne jamais sous-estimer cet esprit du mal.

Jean Louis Gillessen 20/03/2018 20:03

Tout juste. Content de te retrouver, ami léonien qui vînt me soutenir et m'applaudir franchement chez Nele Paxinou, entouré de ta ch'tite famille bien sympa : chouette souvenir, vraiment. Et quelle plume, quel humour, quel esprit de répartie : j'en veux pour autre souvenir toutes nos correspondances, notamment sur le forum... A tout bientôt, Roland.

C.-L. Desguin 20/03/2018 18:12

Je vote pour le texte 1, il est original.

Jean Louis Gillessen 20/03/2018 20:09

Aaaaah, outre le choix du texte que tu poses, que j'ai apprécié également, comme tous d'ailleurs, différemment, ... je te soupçonne d'être aussi l'ardent soldat des plus démunis, ici en l'occurrence, démuni de points - snif - :)

Christine Brunet 20/03/2018 17:48

Texte 6 : 0

Christine Brunet 20/03/2018 17:47

Texte 1 : 0
Texte 2 : 3
Texte 3 : 1
Texte 4 : 0
Texte 5 : 0

Marie-Noëlle FARGIER 20/03/2018 16:24

Je choisis le 2.

Jean Louis Gillessen 20/03/2018 19:56

Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii, soeurette !

Jean Louis Gillessen 20/03/2018 13:53

Après relecture plus fine, je départage mon duo de tête choisi, et j'opte pour césariser le texte n° 2 " Inavouable aveu ". Pour la qualité de l'imaginaire, celle de la plume et de la narration, la transposition des métaphores fantasmagoriques, le fil rouge tellement bien tendu et tenu efficacement, évidemment la chute originale et inattendue à souhait, ... et aussi, plus personnellement, parce que ce texte fait la nique aux chasseurs, aux taxidermistes, aux aficionados et autres " tauromachistes " (néologisme que je m'autorise), et enfin aux personnes qui affichent encore leur attrait pour l'ivoire, dernière touche ajoutée par l'auteur(e) qui remet habilement une couche ultime à une liste incarnant (c'est le cas de le dire) des passions dépassées, horrifiantes et qui m'horripilent. Bravo à l'auteur(e) pour ce tout.

Christine Brunet 20/03/2018 13:01

Et un pour le texte 2, yep...

Christine Brunet 20/03/2018 11:08

Déjà un vote pour le texte n°3 !

A suivre !!! Votez, votez !

Jean Louis Gillessen 20/03/2018 12:36

Et un pour le 2, Bob aussi s'est prononcé. :)

Séverine Baaziz 20/03/2018 09:34

Un vrai plaisir que de se prendre au scénario de ce N°6. Surprenant, glaçant et rythmé à souhait ! Dire que j'ai cru naïvement à un séisme...
Hummm... Mais les autres textes ont leurs qualités bien singulières aussi, alors, heu...
Bon, ben, à ce soir, les amis, hein ;-)

Jean Louis Gillessen 20/03/2018 12:42

Je te rejoins pleinement, Séverine, mais dans mon vote, ce texte pâtira de ses lacunes niveau des erreurs citées plus bas. Et Christine l'écrit justement : cet aspect fait également partie du concours. J'hésite donc encore entre le 2 et le 3, même si déjà un penchant plus prononcé pour l'un des deux. Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii

Micheline 20/03/2018 09:30

Une histoire qui tient en haleine.

Jean Louis Gillessen 20/03/2018 12:44

Tu n'es pas cardiaque, Micheline :) ?

Bob Boutique 20/03/2018 09:08

Faut se décider... allez, le 2 !

Jean Louis Gillessen 20/03/2018 12:54

Yep, Bob, je reconnais ta célérité à te décider promptement, ... tout en sachant que pour écrire tes thrillers, tu manges à coup sûr deux steaks par 24 heures, ... plus un américain cru pur boeuf au p'tit déj ! :)

Philippe D 20/03/2018 08:07

Mais qui est donc mamie Lucienne?
Malgré les difficultés à trancher, je vote pour le texte 3.

Jean Louis Gillessen 20/03/2018 12:47

Je m'en doutais, Phil, ce thème ne pouvait que te réjouir ! :)

C.-L. Desguin 20/03/2018 07:48

Il sera encore difficile de trancher. Merci Jean-Louis pour le résumé de la situation. Je reviendrai ce soir.

Jean Louis Gillessen 20/03/2018 12:34

Merci en retour à toi, Carinolette, pour ce constat, fourmi bondissante et travailleuse aux multiples casquettes joyeuses :).

christine brunet 20/03/2018 07:40

Je comprends le dilemme. Concernant les fautes d'orthographe, je ne corrige jamais les textes que l'on m'envoie : à l'auteur de proposer forme et fond impeccables ; cela aussi fait partie du concours !

Jean Louis Gillessen 20/03/2018 12:29

Mairci pour cette clariffication, et tou juste, Christnie, je te done réson : kestion de respait et d'èxigeance de la par d'un(e) quandidat(e) vis-àvis de la langue frençèse, de soi-maime, , de toi et des autres, je conprends plènement, j'aprouve et j'abomde. Pas de mésessetime ocune dans mon propeau anvers qui ke se çoit, il sagit bien de dire honètement se qui me dèranje, poing de jujer une pairsonne hautoeur (e).

Jean Louis Gillessen 20/03/2018 02:23

Hormis le nombre dérangeant de tant de fautes d'accord et d'orthographe qui peut gâcher le tout, ce récit original rondement bien mené, à rebondissements, rythmé dans ses répliques, surprenant, à l'atmosphère survoltée de panique justement rendue par une plume alerte, et pour la trouvaille du synopsis, chapeau et bravo. Reste que dur, dur, dur de départager. J'ai apprécié la forme du poème n°1 au contenu pas très jovial, ri à la chute drôle et magistrale et la mystérieuse fantasmagorie du descendant des "bouchers chasseurs " dans le n°2, me suis régalé avec les personnages d'Henri Pierre, Pimprenelle and co, dans le n°3 où l'argent fait parfois le bonheur (des uns, pas des autres), le jeu du 13 ou 14 dans le n°4, la bonhommie et la tendresse des 2 mamies pour le n° 5, seul et unique repas sans sarcasme ou cata ou trahison, ou faux sentiments, bref, suis dérouté à devoir n'en choisir qu'un comme le césarisé. Les numéros 6-2 et 3 retiennent plus mon inclinaison pour l'originalité, suivis par les n°s 4 et 5, puis 1. Bon, je vais donc encore réfléchir pour départager le tiercé de départ. Concours riche de styles et d 'imaginaires foisonnants, merci et bravo à toutes et à tous pour ces partages, ainsi qu'à Christine et à toute l'équipe d'Aloys.