Carine-Laure Desguin nous présente à sa façon un ouvrage d'Eric Allard "Les écrivains nuisent gravement à la littérature"

Publié le par christine brunet /aloys

 

Eric Allard, Les écrivains nuisent gravement à la santé, Cactus Inébranlable, 2017


 

Sur un coup de texte, ce non-oulipien (ou pas) a écrit sans compter. À vue de texte, comme ça, on se dit que ce type a la pêche, tant de lettres sur une seule ligne et aucun mot qui ne se permet un simple un tête-à-queue, non, ils sont tous bien alignés et dénoyautés, les majuscules au garde à vous lorsque trépasse une virgule ou lorsque deux points s’étalent vers une suspension. Néanmoins, il est souhaitable de lire au sein même des interlignes, c’est dans ces espaces, ces sillons profonds composés de grammaires et d’autres terreaux lexicaux, que ce non-oulipien (ou pas) exerce son art, celui de l’aphorisme. Inspirez et redite ce mot comme si vous éternuiez, aphorisme. Voilà, c’est ça, aphorisme. Et croyez-moi, ce type est toujours à la page. Oserai-je dire à la Une ? Avec ses numéros bien encrés de cascadeurs silencieux (aucun cri ne s’est jamais débroché d’une seule de ses reliures), il ne commet aucun impair et il peut d’après ce qu’en écrivent les critiques littéraires, avec ses mots englués d’une singulière pommade, guérir chacun de ses pairs, et leurs plurielles aussi. C’est d’ailleurs le genre de type qui tient ses proverbes, malgré tous ses coups de textes et ces emballements anthologiques, voire biobibliographiques. On dit qu’à chaque séance de dédicace, il perdrait même quelques livres (gare à l’amalgame).

Avec ses éditeurs non plus, Eric Allard (il s’agit bien de cet homme-lettres, celui-là même qui marche sur des œufs) n’est pas ours du tout. Il leur fournit à gogo des manuscrits en peluche, quitte à se faire persécutexte par les uns ou équilatéral déchiffré par les autres. Pas facile de garder en équerre des miss au milieu de la page quand on rétrécit ses tissus pour cavaler en littérature jeunesse…

Vous l’avez deviné, tout ceci n’est qu’un mix des aphorismes puisés dans ce P’tit Cactus, trente-septième du nom, dont le brillant auteur n’est autre qu’Eric Allard. Quatre-vingt-sept pages dans lesquelles l’auteur n’épargne rien ni personne du monde littéraire. Les éditeurs, les écrivains, les poètes et…les poétesses. Car elles aussi sont égratignées, ces poétesses qui refusent parfois à l’auteur un dernier vers (gare à l’amalgame). Ces allardises surfent et roulent aussi sur le monde virtuel, c’est dire si ce type est à la page. Je vous le dis, tout est passé au stylo à bille et, bonne longue nouvelle ou court roman , ce livre n’a donc subi aucune censure, ni aucune césure non plus. Il plaira à tous les lecteurs et particulièrement aux futurs auteurs, ceux qui viennent par exemple d’envoyer un manuscrit. Cela les familiarisera avec la planète littérature. Ils apprendront à bien aligner leurs phrases avant de les présenter au peloton d’exécution d’un comité de lecture (gare à l’amalgame).

À la page quarante-trois, quelques auteurs apprécieront toute la générosité d’Eric Allard. J’invite Philippe Leuckx, Gaëtan Faucer, Daniel Charneux et quelques autres victimes d’un stylo à jet d’encre délébile à prendre connaissance de ce p’tit cactus qui d’une manière assez piquante remet à l’endroit ce mot que l’on couche parfois entre deux hémistiches d’un ver : raturelitté (gare à l’amalgame).

C.-L. Desguin

http://carineldesguin.canalplus.com

 

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Jean Louis Gillessen 26/01/2018 16:22

Je ne sais pas si je suis non - oulipien (ou pas), car pas trouvé dans le Grand Albert, mais envie de me goinfrer d'allardises sucrées (ou pas, et attention à l'amalgame) en écoutant sans modération des notes blues jazzy jouées à la carinette (re attention à l'amalgame). Bravo Carine-Laure ainsi qu'Éric. Merci pour ce bijou.

C.-L. Desguin 27/01/2018 13:10

Merci Jean-Louis, il faut savoir jouer de tous les instruments. Celui-ci est assez surréaliste, il faut innover, parfois.

Éric Allard 26/01/2018 14:42

Grand merci à Carine pour son texte enlevé, si bien tourné... Et à Christine Brunet aussi pour le relais sur ce blog qui accueille plusieurs ami(e)s....

C.-L. Desguin 27/01/2018 13:08

Ce Ptit cactus fut un régal, Eric.

Séverine Baaziz 26/01/2018 14:36

L'éloge de l'aphorisme par l'aphorisme ! Bravo et merci à Carine-Laure, qui a le talent de savoir jongler avec les mots :-)

C.-L. Desguin 27/01/2018 13:07

Merci Séverine. C'est un bel exercice cérébral. Je n'en suis pas sortie intacte. Mais je ne me soigne pas.

Micheline 26/01/2018 10:29

De belles prouesses de style.

C.-L. Desguin 26/01/2018 14:12

J'adore ça. Petit scoop, lorsque j'étais ado, c'était mon style d'écriture. Merci Micheline et amitié à Louis.

Marie-Noëlle FARGIER 26/01/2018 09:50

En lisant ce texte, j'imaginais un cirque avec ses acrobates et aériens, jongleurs, écuyers, magiciens, clowns habités par les lettres, où les mots seraient le clou de chaque représentation ! Des figures de tout style !

C.-L. Desguin 26/01/2018 14:14

Les aphorismes d'Eric Allard sont de belles acrobaties également. J'ai beaucoup aimé ce livre et ai tenté d'y répondre, en quelque sorte. Merci à toi et bon week-end. Ah oui, au passage, félicitation à ton fils!

Edmée De Xhavée 26/01/2018 09:03

J'en perds mon la, tiens! Trop bien tourné, ce texte-test de notre Dame Castexte... :)

C.-L. Desguin 26/01/2018 14:15

Ah mais pour une fois, je me suis concentrée et tu le sais, j'aime la diversification...

Bob 26/01/2018 07:47

sus stupéfactionné par la qualité de cet article grammatical (gare à l'amalgame). C'te Carine-Laure m'étonnera toujours ! Savais pas qu'elle pouvait aussi être sérieuse ?

Eric Allard ! Je note, je note de musique (gare à l'amalgame)

C.-L. Desguin 26/01/2018 14:16

Bob, tu ne me connais pas. Et c'est tant mieux.