Deuxième partie de la nouvelle d'Albert Niko "Colline"

Publié le par christine brunet /aloys

 

Je ne tire du réel que le minimum vital – de quoi me maintenir –, ne retenant que des lambeaux de vécu que mon imagination recyclait pour en faire des espèces d'épouvantails qu'un rien baroque je dressais par écrit...

Je ne levais pour ainsi dire pas les yeux quand je marchais en ville. Les mêmes regards, le même programme. Maisons, marronniers et réverbères dans une même perspective, et nos vies descendant l'avenue comme un long cortège funéraire continu...

À huit heures dans les collines vous étiez pas dérangé, chacun étant plus ou moins occupé à faire avancer son pion ou préoccupé de ces questions. C'était là que j'échafaudais la plupart de mes textes. Je m'enfonçais une heure ou deux avant de rebrousser chemin.

Le bourdonnement de la ville dans sa cuvette m'évoquait le bréviaire que bavait une marée de bouches...

prière de ne pas chercher plus loin...

Je sais pas si le vieux de la première maison tenait un journal minuté de mes escapades, ou s'il campait toute la journée sur son perron, en tout cas pas moyen d'y couper, son sourire visqueux me remontait l'épaule comme une limace. Il n'y avait ni bureaux ni usine, ni même une ferme dans les collines. La dernière fois, j'y ai croisé deux types qui m'ont fixé comme si la chose ne s'était pas produite depuis le siècle dernier.

Ils m'ont très attentivement regardé arriver de si loin qu'il n'était pas impossible que j'arrive du siècle dernier.

Il fallait être chasseur, ou retraité, pour se trouver un matin dans les collines.

Ils étaient les deux.

 

ALBERT NIKO

Publié dans Nouvelle

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Pâques 28/11/2017 19:16

L'imaginaire, un trésor inépuisable...

Micheline 28/11/2017 15:53

De belles images, notamment celle-ci : "son sourire visqueux me remontait l'épaule comme une limace".

Jean Louis Gillessen 28/11/2017 15:01

Dures errances de l'âme et de la vie pour ce personnage englouti dans sa bulle où rien ne semble positif, si ce n'est la sublimation par l'écriture. J'aime particulièrement la phrase : " Ils m'ont très attentivement regardé arriver de si loin qu'il n'était pas impossible que j'arrive du siècle dernier."

Albert Niko 28/11/2017 15:32

...Toutes ces images, le refuge de l'imaginaire les commande.

C.-L. Desguin 28/11/2017 07:05

Assez surprenant en effet.